LES MILLE ACHÉENS SONT CONDUITS A ROME
avec le secours de la commission romaine qui siégeait à Amphipolis. Bien que pas un Achéen ne fût compromis par les papiers de Persée, Callicrate ne se rebuta pas. Pour prévenir tout soulèvement populaire imprévu contre le parti oligarchique et pour paralyser par la terreur du nom romain la résistance des confédérés qu'on pouvait craindre, deux des commissaires sénatoriaux les plus considérés, Gains Claudius et Gnseus Domitius Ahénobarbus accompagnèrent Callicrate et ses amis, en 167, d'Amphipolis dans le Péloponnèse. Longtemps on chercha un prétexte pour ne pas donner l'air d'un acte de brutalité pur et simple au coup d'éclat qu'on méditait; tout ce qu'on pouvait reprocher aux hommes du parti national, c'est que, malgré la politique qu'ils suivaient depuis l'année 170, ils nourrissaient au fond du cœur des sympathies pour Persée et qu'ils avaient assisté du moins avec le plus grand regret à la ruine complète de la puissance macédonienne. Une parole de l' Achéen Xénon vint fournir aux Romains et à leurs amis le prétexte désiré. Les commissaires prétendaient en effet devant l'Assemblée du Péloponnèse que les confédérés les plus haut placés avaient, pendantlaguerre, soutenu Persée de leur argent et d'autre façon : l'Assemblée devait, disaientils, pour punir un pareil crime, prononcer contre ces hommes une sentence de mort. Et lorsque l'Assemblée demanda qu'on lui désignât clairement les hommes qui, à ce qu'on prétendait, s'étaient compromis de cette façon, un des Romains, inspiré par Callicrate, déclara que tous les Achéens qui pendant cette guerre avaient été à la tête des affaires fédérales étaient suspects aux Romains. Alors le digne Xénon, universellement estimé, se leva et déclara avec une noble franchise : que lui aussi avait été à la tête des Achéens pendantlaguerre, mais qu'il ne se sentait nullement coupable vis-à-vis de Rome et qu'il n'avait eu aucun rapport avec Persée ; qu'il était prêt à tout hasard à rendre compte de son attitude devant l'assemblée fédérale et même devant un tribunal romain. Les Romains firent immédiatement leur profit de cette parole inconsidérée. Plus de 1,000 notables confédérés du parti national, dont Callicrate et son indigne ami Andronidas écrivirent les noms^, furent saisis et invités à se rendre à Rome pour s'y justifier.