‹ Histoire de la Grèce sous la domination des Romains (volume 3)Chapitre 135 sur 186 · CRIMES DE VERRES A LAMPSAQL'E · texte numérisé non relu

CRIMES DE VERRES A LAMPSAQL'E

î t à M}Ticlos *, en dérobant de nombreux objets d'art de toute ■ ^.spèce, sans respect ni pour les temples, ni pour les demeures fc articulières, en se permettant de cruelles exactions et en fai- ^ .sant argent de tout. Les faits scandabuix qui se passèrent à . Lampsaque caractérisent d'une façon etlVayante le gouvernement de Taristocralie romaine, même en Grèce, le mépris criminel de lous les droits, les procédés arbitraires et cruels dont se rendirent coupables dans ces malheureuses contrées, sur les bords de la mer Egée et de l'Hellespont, ces Romains spoliateurs, presque aussi mauvais que les pires des pachas turcs : ils croyaient sans doute que, même après les victoires de Sulla et les châtiments qu'il leur avait infligés, ces pays n'étaient pas suffisamment punis. EnelTet, Verres, en 79 avant J.-C, entreprit, en prenant pour point de départ la province gouvernée par Dolabella, un nouveau voyage en Bithynie par la province d'Asie, soi-disant au service de TÉtat. A Lampsaque, il apprit que Philodamos, qui, par son origine, son rang et sa fortune, occupait la première place dans cette ville, qui, à ce qu'il parait, ne s'était même pas compromis lors du massacre ordonné par Mithradate et qui entretenait d'excellents rapports avec les autorités romaines, avait une fille aussi belle que vertueuse. Joignant à ses autres vices l'impudicité la plus elfrénée, habitué à outrager grossièrement les femmes et les filles des provinciaux. Verres désira posséder cette jeune fille. Rubrius, son entremetteur ordinaire, fut donc sans retard logé chez Philodamos, qui olfrit un splendide festin à quelques-uns de ses amis et aux personnes de la suite de Verres. Vers la fin du repas, Rubrius demande qu'on fasse paraître la jeune fille; naturellement, le digne Philodanjos refuse. Alors les Romains, sans cacher davantage leur coupable projet, essaient de s'emparer de la jeune femme. L^nc lutte s'engage entre les sicaires romains et les esclaves et amis de Philodamos, lutte à laquelle prennent part bientôt son fils et ses voisins. Philodamos lui-même est maltraité par Rubrius, mais ce dernier aussi est blessé, le licteur Cornélius tué, et finalement les Romains sont expulsés de la maison. Ce n'est qu'avec peine qu'on em-

0 Cic, In Verrem, act. I, lib. I, c. 34, 86 à 35, 90.

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pécha le peuple de se soulever en masse. Alors Verres engag-î son supérieur à quitter sa province el à se rendre auprès de Gains Claudius Néron, qui, à cette époque, gouvernait l'Asie, pour tirer vengeance du malheureux Philodamos. On demanda compte à ce dernier de la mort du licteur Cornélius; puis un tribunal romain, composé en partie d'officiers de Tentourage de Dolabella, devant lequel parut comme accusateur, à l'instigation de Verres, un créancier de la ville de Lampsaque, condamna à mort Philodamos et son fils : l'exécution eut lieu bientôt après sur la place publique de la ville phrygienne de Laodicée (dans la province de Dolabella) ^ Le châtiment de ces crimes et d'autres qu'il commit en Achaïe et en Asie n'atteignit* Verres qu'en 70, après qu'il se fut livré, comme l'on sait, à de nouveaux excès dans la Sicile grecque en qualité de propréleur (73-71) : l'exil et une amende assez forte qu'il fut condamné à payer ne furent qu'une expiation imparfaite; il trouva la mort en 43 lors des proscriptions de Marc-Antoine. Les annales de la Grèce d'Europe ne font pas mention, il est vrai, de ces actes de scélératesse qui peignent si bien la situation déplorable de la Grèce d'Asie pendant la période malheureuse qui s'écoula entre les années 88 et 70 av. J.-C. Et pourtant, les Grecs d'Europe, eux aussi, devaient éprouver encore bien des malheurs. D'un côté, en effet, la déplorable administration romaine de cette époque exerça sur la moralité des Hellènes, déjà si profondément corrompus (p. 311 sqq.), l'influence la plus déplorable. Les vices d'un peuple civilisé, mais usé et à bout de forces, gémissant pendant des années, sans aucun espoir, sous la plus cruelle oppression; Farrogance unie à la dissimulation, une fausseté sans bornes, des actes de vengeance souvent aussi lâches que cruels; un servilisme repoussant, un dévouement complet au pouvoir établi, dans l'espoir de se dédommager en opprimant les autres ou de s'assurer l'appui d'un maître impitoyable pour commettre des bassesses, tout cela se voyait dans la Grèce de cette époque. Personne, en songeant aux expériences faites antérieurement, ne

•) Cic, In Vcrr. acL, I, II, lib. I, c. 24, 63 à 34, m. ') Cf. Pauly. il. E., vol. VI, 2, p. 2471. Dhumann, vol. 111, p. 91 sqq. Vol. V, p. 324-328.

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