‹ Histoire de la Grèce sous la domination des Romains (volume 3)Chapitre 146 sur 186 · TIT03 POMPONIUS ATTICUS · texte numérisé non relu

TIT03 POMPONIUS ATTICUS

dit domt il jouissait profitèrent largement à la ville infortunée. Pomponius était le fils d'un riche banquier romain; il avait lui-même embrassé la carrière de son père et trouva, comme tant d'autres Romains (comme plus tard entre autres M". Curius, son ami et celui de Cicéron, à Patr», T. Manlius àThespies, M. iEmilius AvianianusàSicyono et M. Mindiusà Élis'), dans les villes de la Grèce, de la Macédoine et de TAsic-Mineure appauvries par la guerre, l'occasion de faire les opérations financières les plus étendues et les plus lucratives. L'âpreté du Romain, toujours « peu traitable » en affaires d'argent, la rigidité et la froide dureté même des moins mauvais parmi les princes do la finance romaine, ne faisaient nullement défaut à Atticus; mais il sut rester honnête homme; il ne fut point un usurier sans cœur; il n'était pas un de ces cruels Ûéaux des provinces, comme Rome les produisait alors en ^ masse. On le loue hautement, au contraire, d'avoir si bien su aider les Athéniens de son argent et de son crédit; on nous apprend que, dans ses relations avec les Athéniens, Atticus ne songeait pas à son intérêt, que — tout en exigeant qu'on le payât aux époques fixées — il se contentait d'un intérêt très peu élevé, qu'il n'exigeait aucune commission de ceux auxquels il procurait un emprunt à des conditions avantageuses, et que, par la sévérité même avec laquelle il exigeait le remboursement exact des sommes prêtées, il s'elTorçait de prévenir Taccumulalion si dangereuse des intérêts *. Ce qui achève le portrait de ce banquier romain si plein de bon sens, c'est que, lui aussi, comme beaucoup d'autres Romains, pour la plupart de son rang', il avait acquis (depuis 70 ou 69 environ av. J.-C.) en Epire, non loin de la ville chaonienne de Bouthroton sur le fleuve Thyamis*, dans l'île de Corcyre, et, près de là, sur les

*) C\c., Ad AIL, VIII, 5, 2. 6, 5. IX, 17,2. A^iA"ni7., VII,28 sqq. XIIÎ, 17 et 50, et Xin,21. 22. 26, 2. On cite encore comme bienfaiteurs des Grecs, au temps d*AtlicuR et de Pompée, des gens comme le banquier romain L. Aufîdius Bassus à Tarse (Bôckh, C, L Gr., II, n* 2335).

*) Nep., ibid, 2, 4 et 5 ; cf. Drumann, vol. V, p. 8 sqq. Ceci ne Tempécha pas de profiter de la situation et de Tappauvrissement d'Athènes pour placer ses capitaux; son agent d'affaires était l'épicurien Xénon. C\c,, Ad AU., V, 10, 5. 11, 6. VII, 1. 1. XIII, 37, 1. XIV, 16, 4. XVI, 1, 5.

3) V. entre autres pour l'Épire Vabr., Dere rust.^ II, prœf, extr., et 2, înit.

*) Varr., ibid. II, 2, init. Cic, Ad AU., 1,5, 3 et 7. IH,7, 1. 16. 19, 1.

CICÉRON A ATBÈNeS 411

lies Sybola *, des propriétés considérables et d'un très bon rapport. L'administration de ces biens, aussi bien que d'autres affaires, le ramena plusieurs fois encore dans la péninsule gréco-macédonienne (entre autres à.Sicyone), même après qr'il eut transféré ses pénates d'Athènes à Rome^ Les loisirs que laissaient à A tticu s ses affaires, il les consacrait exclusivement à l'étude de l'histoire, de la littérature grecque et de la philosophie, et à la société des savants et des professeurs les plus distingués d'Athènes. Enfin, comme Sulla(p. 357), et, après lui, tant de Romains éminents — notamment Cicéron et Auguste' — Atticus se fit initier aux mystères d'Eleusis*.

Avant Atticus, plusieurs hommes éminents, comme Q. Mé* tellus Numidicus^ T. Albucius et les célèbres orateurs L. Licinius Crassus (vers 110 av. J.-C.) et }i. Antonius (103 avant J.-G.)', étaient allés faire leurs études à Athènes; mais Atticus fut le premier de cette longue série de jeunes Romains de grande famille qui, pendant quelques dizaines d'années, se pressèrent en si grand nombre autour des philosophes athéniens que, pendant les deux dernières générations de la Repupublique, Athènes semblait être une Université romaine; Comme le chevalier L. Sauféiu8^ un ami d'Atticus que nous ne citons qu'en passant, le jeune condisciple d'Atticus, déjà connu à Rome comme avocat et habile défenseur, Mai*cus Tullius Cicéron (suivant l'exemple de son oncle Lucius, 103 av. J.-C.) vint à Athènes avec son frère Quintus et son cousin Lucius en 79; il y passa six mois (il resta en Grèce^ en

20, 1.21, i.23, 5. IV, 15,3. 16, 1. V, 21, 3. VI, 3, 2. LX, 12, 1. X,7,3. XVI, 16. Nep., Att.f c, 11, i et 2. 14, 3. Drumann, V, p. 9 et notamment p. 62 sqq.

«) Cic.,ArfA«.,VI,2,10.V, 9,1. XIII, 24. Drumann, vol. V, p. 25 et 63.

») Cic, Ad AU., I, 13. 17, 2 et 4. II, 15, 1. Sur Sicyone, v. Cic, ibid. I, 13, 1. 19, 9. 20, 4. II, 1, 10, 21, 6. Voy. en général Drumann, vol. V, p. 64 sqq.

') Cic, De legibus, II, 14, Dio Cass., LI, 4. Sueton., Octav,, c. 93.

*) Cic, De leg., II, 14. Lobeck, Aglaophamus, p. 37 sqq. Les Romains ne sMntéressaient pas seulement aux mystères d'Eleusis. Plutarque, Luc^ c. 13» nous apprend que, pendant la guerre maritime contre Mithradate, Voconius, un des légats de Lucullus, se fit initier (en 73) dans l'île de Samothrace aux Mystères de ce nom.

^) Cic, Brut., c. 35, 131. De oral., I, 11 et 18 sqq. II, 1 et 90. III, 20.

®) Corn, Nep., AitiCy c. 12, 3.

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