‹ Histoire de la Grèce sous la domination des Romains (volume 3)Chapitre 15 sur 186 · RAPPORTS TENDUS ENTRE ROME ET ANTIOCHUS LE GRAND · texte numérisé non relu

RAPPORTS TENDUS ENTRE ROME ET ANTIOCHUS LE GRAND

en Europe ou accepter l'intervention des Romains en iavci des villes grecques d'Asie S dont plusieurs, notammen — Smyrne, Lampsaque, et Âlexandria Troas, continuaient résister au Grand-Roi et avaient, déjà avant cette époque, ia^m ploré la protection des Romains *. C'était, au fond, rompr «^ déjà avec Ântioclius ; mais les hostilités ne commencèrent pa ^ encore. Les Romains empêchèrent encore la guerre d'éclaté m en envoyant une nouvelle ambassade en Asie; mais Antic^ — chus, hésitant et indécis, cherchait toujours encore à se pré — parer de loin et par des moyens divers à la lutte décisive^* En attendant, les Étoliens faisaient les plus grands efTorts pour faire éclater la guerre aussi rapidement que possible. 11^ avaient complètement renoncé à la politique louvoyante dont. ils avaient été obligés de s'accommoder à plusieurs reprise» depuis quelques dizaines d'années; tous les efforts du parti exalté, qui était alors prépondérant chez eux et qui avait à sa. tète Thoas et Damocritos, tendaient maintenant (en 193)^ d'un côté à décider le Séleucide à débarquer rapidement en. Grëce^ de l'autre, à mettre en mouvement dans la Péninsulo hellénique, pour eux et pour Antiochus, une série de solides alliés. Ils firent fausse route dès le début en se trompant eus et le Séleucide, alors comme plus tard, sur les véritables sentiments des Hellènes, et en proclamant en Grèce, avec une assurance que n'autorisait aucun fait positif, Touvertarc prochaine des hostilités par Antiochus. Le roi Philippe, sur le secours duquel ils avaient compté avec certitude, ne les écouta pas; le prudent Antigonide était bien trop rusé pour s'exposer témérairement, soit en tirant prématurément l'épée, soit en faisant trop tôt des déclarations positives, ou pour renoncer à des avantages que semblait précisément lui promettre une attitude réservée pendant les préparatifs de la nouvelle lutte colossale qui allait s'engager entre la grande puissance de l'Orient et celle de l'Occident. Nabis, par contre, céda immédiatement aux instigations de l'ambassadeur étolien'

») Liv.. XXXIV, 57^9. Appian.. Syr.,c.6. Diod., XXVIÏl, 15. *) Cf. Liv., XXXIII, 38. XXXV, 42. Polyb., XVIII, 35. XXI, 10, 3. Diou., XXIX, 7.

*) Liv., XXXIV, 50 s. fin., 60 sq^. Appian., Syr.y c. 7 sqq.

NABIS COmfKNCf LÀ (.VERRE EN LACOME 109

DamocriioSy qui cherchait à le décider à attaquer les villes maritimes do la Laconie qu'on venait de lui enlever, parce qu'il était persuadé que le tyran, une fois brouillé avec Rome, serait forcé de faire cause commune avec Ântiochus '.

Nabis se mit donc immédiatement à Tœuvre; il entra en relation avec ses anciens partisans des ports laconiens (appelés depuis ce temps-ià villes des Éleuthéro-Laconiens), gagna en divers lieux les autorités et ceux qui étaient au pouvoir en leur faisant des présents, et se débarrassa par le meurtre de ceux d'entre eux qui étaient pour lui de dangereux adversaires. Puis, au printemps de Tannée 192, il se mit tout à coup en marche et se jeta sur Timportante place de Gytheion*. Mais bientôt Timprudent agresseur devait rencontrer un vigoureux adversaire. EneiTct, le vaillant général achéen Philopœmen était enfin (en 194 ou 193 avant J.-C.) revenu de l'île de Crfele. En face de Tétat des affaires en Grèce, qui s'était complètement modifié pendant son absence — elle avait duré plusieurs années — cet homme d*État prit une attitude décidée. L'étroite union des Achéens avec la puissance italique, leur protectrice, et la puissante influence des Romains dans la péninsule hellénique étaient des faits accomplis; il fallait absolument les reconnaître et rester fidèle à Tallianct^ romaine. Mais, d'un autre côté, Philopœmen aspirait à assurer à la Ligue au moins une indépendance solide et honorable à càié de Rome, à éviter un dévouement servile à cette dernière et^ en ce qui concernait la politique extérieure, à défendre partout avec énergie les intérêts particuliers des Achéens en Grèce. Nabis lui en fournit la meilleure occasion. Les Achéens, en raison de la situation des affaires depuis 195, avaient facilement pardonné à Philopœmen son aventureuse et peu patriotique expédition en Crète (p. 63); dans l'automne de Tannée 19H, ils l'avaient nommé chef de la Ligue pour l'année 192 avant J.-C.^. Lorsque les Achéens reçurent la première nouvelle que Nabis reprenait les armes, ils exhortèrent d*un côté le tyran par des ambassadeurs à ne pas violer

i) Liv., XXXV, 12. Zo.NAH., IX, 18.

») Liv., XXXV, 13.

3J Cf. Liv., XXXV, 25. Pllt., Philop. c. 14. ioiU Schokn, ojk dLp, 213.

110 SOrLÈVEMENT DES ACIIÉENS CONTRE NABIS

la paix et mircutcnniémc temps une garnison dans Gylhcion ; d'autro part, ils se liAtèront d'envoyor une ambassade aux Romains pour leur annoncer que des troubles avaient éclaté en Laconie*. Cependant le Sénat continuait à recevoir d'Asie des nouvelles inquiétantes; non seulement bs négociations qui avaient eu lieu (à Éphèse et à Apamée) entre les ambassadeurs romains et la cour de Syrie; sur les bases de l'ullimatum du Sénat, n'avaient servi qu'à rendre de plus en plus évident le profond dissentiment qui existait déjà entre les deux grandes puissances : le roi Eumène II, successeur d*AtlaIe I*' de Pergame (depuis la seconde moitié de l'année 197 avant J.-C), qui, comme ennemi d'Antiocbus, jouait du côlé de^ Romains un rôle semblable à celui des Etoliens du côté dt^m. Grand-Roi, s'efforçait de donner au Sénat une image claire c^ ! aussi vive que possible des préparatifs et des agissements di ennemis de Rome en Asie et en Grèce*. Le préteur Aulr Atilius Serranus reçut donc Tordre d'équiper une flotte et la conduire en Laconie -^ (nous ne parlons pas d'autres pre paratifs qu'on fit en Italie). En outre, Flamininus (au prii ^ temps de l'année 192) se rendit en Grèce avec d'autres ambi sadeurs romains, pour décider partout les Hellènes, par puissante inlluence personnelle, à rester fidèles à Tallianc^^ romaine ^

En attendant, Nabis avait non seulement poussé vigoureuso ment le siège de Gylheion, mais encore dévasté le territoire des Acbéens. Les Achéens avaient attendu, par égard pour Rome, le retour d'Italie de leur ambassadeur : mais, dans une assemblée convoquée à Sicyone pour délibérer sur la question laconienne, comme une dépèche de Flamininus, auquel on avait fini par demander son avis, conseillait aux alliés d'attendre l'arrivée de la flotte romaine avant d'attaquer la Laconie, ce fut la calme fermeté de Philopœmen qui fit taire les scrupules exagérés à l'égard de Rome et qui décida les Achéens à prendre immédiatement Toffensive contre Nabis*.

') Liv.,XXXV, 13.22. 25.

*) Liv., XXXV, 13-24. ArPiAx. Syr-, c. 9-12. Zonah., IX, 18, ^) Liv., XXXV, 20. 22. Zo.nar., IX, 19. ♦) Liv., XXXV, 23. Zo.nar., ibid. Cf. Pllt., Flamin., c. 15- ' «) Liv., XXXV, 25,

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