LA PROVINCE D*ACHA1E
communes de la nouvelle province conserva son ancienne autonomie. Outre Athènes, libre et alliée, nous voyons pendant longtemps figurer comme villes libres dans cette province : Sparte^ les villes des Éleuihérolaconiens, la ville sacrée de Delphes, Abœ en Phocide, Élatée, également eu Phocide (et jouissant du privilège de l'immunité) ; les villes béotiennes de Thespies et de Tanagra, Pharsale en Thessalie, ainsi que les iles d'Égine, Zacynthe et Céphallénie et la ville de Corcyre, — la ville locrienne d'Amphissa jouissait du droit d'immunité ^ — à côté desquelles figurent les nouvelles colonies de Nicopolis et de Patra». (comblées de faveurs et également villes libres) et la ville de Corinlhe, qui toutes jouissaient de plusieurs des précieux privilèges (Corinthe en avait aussi les institutions) qui distinguaient les colonies romaines dans les provinces *.
III, 539. Sur les détails de la justice romaine dans les provinces, v. encore Bethmaxn-Hollweo, Der romische CivilprocesSt vol. II (Bonn, 1865), p. 33 sqq. Sur l'Achaïe, où les Hellènes avaient peut-être le droit de faire juger d'après les coutumes locales, par des jurés pris dans leur sein et sous la présidence du gouverneur ou de son légat, les différends ordinaires ou procès qu'ils avaient entre eux el dans lesquels Taccusé était un Grec, v. Phi- LOSTR., Vit, Apoll. Tyan., V,30. Le légat passe toujours, dans la hiérarchie, avant le questeur. Sous l'Empire, tous les questeurs provinciaux portent le titre de quxstor pro prœlore [Cï. Mommsen, in /iermes, II [4867], p. 115).
') Pour Sparte, v. Strab., VIII, 5, 5, p. 562 (365). Philostrat., VU. Apoll. Tyan , IV, 33. Plin., iV. H., IV, 5 (8). 16 et ci-après, vol. II ; sur les Éleulhérulaconiens, v. Plin., loc. cit.; sur Delphes, Plin,, N. H., IV, 3 (4), 7 ; sur AbaD, Pals., X, 35, 2; sur Élatée, Paus., X, 3i, 2; sur Thespies, Plin.,
IV, 7(12), 25; sur Tanagra, Plin., î6/(i.,26; sur Pharsale, Plin., IV, 8 (15), 29; sur Égine, Plin., N. H., IV, 12(19), 57; cf. Ahrens, p. 61 ; sur Corcyre, Plin., t6/rf.,52; sur Céplialléuie el Zacynlhe, Plln., ibid., 54; sur Amphissa, v. Plin., N. //., IV, 3 (4), 8. Pline, ibid.^ 7, appelle aussi les autres Locriens Ozoles immines; ils n'étaient sans dou'e exempts que des tributs payables à l'empire et dépendaient pour le reste de la ville de PatrsB, Paus., X, 38, 4 et 5). Sur Argos (cf. Julian., éd. Spanh. EpUt, 35, p. 407), voy. les remarques de BeckerMarqltardt, III, 1, p. 256. Nous aurons, du reste, à montrer, vol. II, que l'autonomie des « villes libres »> fut constamment res-
.treinte; cf. Hock, R, G., I, 2, p. 248 sqq. Mommsen, B. G., Il, p. 367. KuHN, vol. II, p. 28 sqq. el surtout Voigt, Jus naturale, vol. II, p. 762-829. D'après Voigt, p. 770 sqq , la situation politique de ces villes se modifia aussi en principe depuis le commencement de l'Empire, en ce sens que les liberœ civilntes de l'Empire n'étaient plus considérées et traitées comme souveraines pour la forme, mais seulement comme u immédiatement dépendantes » du gouvernement central.
*) Pline, N. //., IV, 1 (2), 5, appelle Nicopolis civUas libéra : cf. Arrian.,
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Les autres conditions do Texistonco n*en furent point modifiées. En Achaïe aussi, il est vrai, le gouverneur romain se trouvait maintenant à la tète de la justice; dans les cités grecques, qui jusque-là avaient eu leurs lois particulières, les édits du gouverneur, et peu à peu aussi le droit romain^ prenaient une notable importance; les Grecs, en ce qui concernait Tapplication de leurs lois particulières et le maintien de leurs institutionsy étaient maintenant soumis aux ordres et à la surveillance de leur gouverneur* : mais, en somme, on épargna les vieilles institutions juridiques des Hellènes, qui avaient une si haute culture intellectuelle, et les cités conservèrent au moins leurs constitutions municipales (p. 266, 1), leurs autorités librement élues, leurs assemblées populaires restreintes avec l'administration de leur police (exposée souvent, il est vrai, aux empiétements du gouverneur), de leurs finances, et en général^ le droit assez étendu de faire leurs propres affaires -. Antérieurement déjà nous avons montré que les anciennes confédérations, avec leurs fonctionnaires^ continuèrent à
Diss. Epictet., IV, 1, 14. Bl'usian, Geotjr,^ I, p. 32. Patrœ est appelée ville libre par PArsAN., Vll^ 18, 5; je ne sais si elles ont été aussi immunes; cf. Becker-Marqitamdt, R. a., lll, 1, p. 262. Sur le droit colonial, voir Walter, Geschichle d. R. B., vol. I, p. 477 à 485, dont l'opinion est surtout partagée par Hock, R. G., vol. I, 2, p. 229-242; v. ensuite Beckbr- Marquardt, p. 261 sqq., 350 sqq. i^armi les villes nouvelles fondées en Grèce par les Romains, c*est Corinthe qui est le type le plus pur de la colonie romaine. Lu magistrature coloniale (que nous voyons aussi fonctionner â Boulhroton, à Dyrrhachion,à Philippes; cf. Zumpt, Comm. Epigr.f vol. I, p. 376 sqq. ) existait aussi à Corinthe; cf. Hôck» op. cit,, p. 230. EcKiiEL, D. iV., vol. Il, p. 240 sqq. Zimpt, op. cil,, p. 146. 190. A Patrœ, au contraire, où les Romains étaient beaucoup moins nombreux (nous ne parlerons pas de Nicopolis, où les colons romains, peu nombreux, paraissent s'être fondus avec la masse de la population hellénique, v. ZrMPT. op. cit,, p. 376, 473), nous ne voyons nulle trace de magistratures italiques; cf. Hock, p. 230. EcKiiEL, op. cit., p. 225 sqq., 255 sqq. Je ne vois pas non plus que Tune ou Tautre de ces colonies ait été dotée du jus Italicum que (Zlmpt, p. 478. 489. 494) Dyrrhachion, Cassandria, Philippes et Dion possédaient certainement plus tard.
*) Cf. ci-dessus, p. 471, 3 et Walter, Geschirhte d. r'ôm. Rechts, vol. I, p. 346 sqq., 469 sqq. Hock, p. 219 sqq. Mommsbn, H. (;., Hl, p. 455 et KuHN. vol. H, p. 37; cf. Philostrat., VU. ApoU. Tyan., Vil, 42.
*) Walter, p. 347 sqq., 470 sqq. Mommskn, vol. H, p. 370. Hock, p. 167. Sur le système monétaire des cités grecques, voy. ci-dessus, p. 276 sqq. et HuLTSCB, MetroL, p. 162. Voigt, p. 768 sqq. Mommsex, R. G.. IH, p. 5i9. Rôm. Mùnzwesen, p. 727 sqq., 731 sqq. et Eckhel, op. cit., p. 166.
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oxisltM' Iranquillemonl (p. 28.*; suiv.), et nous aurons enroro à le faire voir plus d'une fois ; on ce qui concerne la Thessalie, des monnaies du temps d'Augusle nous prouvent Texistence de slralèges, et le xsivév Ihessalien subsiste bien longtemps encore*. En outre, Auguste parait avoir institué, pour la Grèce aussi, a coté des confédérations qui existaient depuis longtemps et de leurs assemblées -, une de ces diètes générales accompagnées de cérémonies religieuses qui jouèrent sous TEmpire un si grand rôle dans d'autres provinces, surtout en Asie, en (Irètc et en Macédoine. Cette assemblée générale, ce xe'.vsv, celte représentation de tous les cantons, au moins jusqu'aux Thermopyles et aux frontières d'Étolie, à côté de rinfluence religieuse qu'elle exerçait et qu'elle finit par mettre surtout au service du culte des empereurs, n*avait qu'une compétence très limitée; cependant, outre la tilchequi lui incombait de faire parvenir des félicitations à l'empereur et de rédiger des adresses élogieuses de toute espèce, elle avait du moins le droit tant de voter les remerciements de la province au gouverneur sortant, que de présenter directement au souverain ses prières, ses plaintes et ses griefs. Le y.sivsv des Panhellènes (ou « des Achéens »), qui, en fait, n'encourageait que la manie des titres devenue de plus en plus générale parmi les Hellènes à mesure que s'éteignait la vie politique, avait son siège à Argos*. En outre, Auguste ré-
•) CF. ci-d»?ssus, p. 422 sqq. Sur les stratèges thessaliens, v. Eckhel, D. lY., II, p. 135 et sur le xoivov (ci-après, note 3), cf. Kuhn, vol. II, p. 13. Hermasn, Griech, StatitS'tU , § 178, 24 et plus loin, vol. II. La politique ronmine ne se proposait pas de d<^truire la vie cantonale dans les provinces. Les Romains (et ceci s'applique aussi à la Grèce) ne voulaient ni, en prenant de pareilles mesures, provoquer inutilement le mécontentement, ni faire naître de nouvelles forces en fondant ensemble des éléments séparés jusqu'alors, qui eussent pu {en Grèce, sans doute, cela n'était plus à craindre) devenir pour eux un dan«,'er, ou du moins, par suite d'une recrudescence du sentiment national, rester indifférents ou s'opposer aux efforts qu'on faisait pour les roman iser peu à peu. Nous ferons voir dans le II* volume qu'en Grèce, du moins au u* siècle ap. J.-C., les anciennes rivalités entre les divers cantons s'étaient considérablement affaiblies.
*) Walter, op. «7., p. 472, note 61.
3) Cette opinion repose surtout sur quelques inscriptions; v. Keil, Syll. Inscr, Boeot., p. 116 sqq., n» 31 (v. surtout lig. 1.10. 15. 22 sqq. 50. 61. 98. 100) et BocKH, C. /.Gr., voL I, nM625,p. 788 sqq. (ci-dessus, p.286, 1). Les peuples dont Keil, i6îci., lig. 1, 22 sqq. fait mention sont : les Achéens
RÉFORME DE LA Lir.rK AMPHICTYONIOrE 475
forma complëiemenl l'anlique ligue des Amphiclyons, qui avait depuis longtemps perdu toute inlluoncc*, et donna ainsi
(ici probablement = Péloponnésiens), les Béotiens, les Locriens, les Eubéens, les Phocidiens. Le nom de xoiv6v twv Il%veXXr,v(i>v se trouve dans Keil, ibid.f lig. 10. 01. 100. BôcKH, ibid., lig. 26; <rjvo8oç tôv *EXXr,vu)v, lig. 15. Achéens désignant tous les Panhellènes provinciaux; Keil, lig. 50. 98 et Bockh, n» 1318 et 1396. «< Achéens et Panhellènes » : Bockh, ibid., 1625, lig. 20. Keil, ibid., lig. 100 et Bùckh, ibid., 1625, lig. 21 sqq., montrent que ce xoiviv (appelé aussi xoivov tt,; *A-/oii*ç, voy. l'inscription dans les ArcMoL AufMitze de Ross, vol. I, p. 123) avait son siège à Argos. Du passage de Bockh, n° 1718, Kuun conclut {Stddt, Verf.^ vol. II, p. 74) qu*un «p'/iepeu; et 'EUaWp'/r.ç tûv 'Axaiwv nommé à vie présidait ce xoivbv. Cf. n'**1114. 1318 et 1396. 1718. 4021, et Kuhn, vol. I, p. 108. 110. 111. — Cexoivbv des Panhellènes ne doit pas être confondu avec la ligue des Panhellènes qui fut fondée plus tard par Tempereur Hadrien et s'étendit sur une grande partie de la Grèce d'Europe et de la Grèce d'Asie (vol. II) : c'est ce que prouve le fait que Tinscription citée par Keil, loc, ci7., appartient déjà au temps de Tempereur Caligula (Keil, p. 120 sqq.); l'inscription dont parle Bockh, n"* 1625, est, d'après les explications de Keil, loc. cit, (cf. Kuun, vol. II. p. 67. BuRsiAN, Geogr,, vol. I, p. 213), plus récente de quelques années seulement que l'inscription n° 31 de Keil, op. cit. Je considère donc ce xotv6v comme étant analogue aux associations incomparablement plus importantes de ce genre en Asie. C'est là un sujet traité d'une manière générale dans Becker-Marquardt, H. A.,I, p. 267-275. D'après cet auteur, les villes faisant partie de la ligue (et peut-être, en Heliade, les assemblées partielles) envoyaient à ces assemblées des députés, (rjve^pot, lesquels avaient à élire, entre autres, Varchiereus ou sacerdos provincix (qui portait le nom de la province), choisi parmi les anciens fonctionnaires municipaux les plus considérés et les plus riches. Les fonctions d'archiereua n'étaient pas partout à vie ; elles passaient de l'un à Tautre dans la plupart des provinces; mais le titre restait, et les anciens prêtres de cette espèce formaient souvent une classe particulière. Sur l'Asie, v. Marquafvdt, ibid,, et p. 140 sqq. Kuh.n, vol. 1, p. 107 sqq. [P. Monceaux, De communi Asix j3rovincia?-xoivôv 'Ama;. Paris, 1885] ; sur l'île de Crète, avec son Crétarque, BôcKH, C, L Grr., vol. II, n*»» 25S3. 2595 sqq. , 2744. Marquardt, p. 268 sqq., 270. KuHN, vol. I, p. 113, et sur la Macédoine, Marquardt p. 268, 269, et la Thessalie (Marquardt, p. 268, et plus bas, vol. II); et. aussi Preller, Rum. Mythol.j p. 794 sqq. Walter, p. 471. 472. Curtius, Pelop., vol. II, p. 560.
') J'emprunte au compte rendu de W. Vischer sur ^ouvrage de Freeman (iV. Schweizer, Muséum, Jahrg. IV, 4*' fascic, 1864), p. 297, une communication intéressante sur le conseil amphictyonique avant sa réforme par Auguste; elle repose sur un document trouvé à Delphes par Carl Wesciier en 1862, sur le contenu duquel Wescher a fait des communications verbales ou critiques et sur lequel il a écrit ensuite, dans la Revue Archéologique , nov. 1864, p. 407 sqq., 498 (que je n'ai malheureusement pas sous la main), une courte notice provisoire. A l'époque de ce document , sept peuplades avaient chacune deux voix, et dix une, par conséquent vingt-quatre. Les premières, qui avaient deux voix, étaient les habitants de Delphes, les