VI . AVERTISSKMKNT
faudrait pas le vouloir ; car on ne conserverait ainsi que des formes vides, vains débris délaissés par la vie. Le présent détruit le passé au profit de l'avenir. L'avenir de PHellade foulée et meurtrie par la soldatesque macédonienne, c'est r éclatante fortune des empires qu'elle va animer de son esprit, la monarchie éphémère d'Alexandre, les royaumes plus stables des fMffides et des Séleucides.
Ceux qui ne croient pas au progrès quand même, à la supériorité nécessaire de ce qui est sur ce qui a été, goûteront peu celte façon hégélienne de consoler les vaijicus. Mais la philosophie de Droysen ne fait point tort à son érudition, et son œuvre est restée assez solide pour que personne n'ait tenté jusqu'ici de la refaire, ^'Histoire de THellénisme est aujourd'hui encore le seul guide qui permette de suivre pas à pas, dans leur enchaînement et leur complexité, les événements compris entre la bataille de Chéronée et celle de Sellasie ( 330- S21 avant J,'C.). Là Hï^ous^^ s'arrête. Use réservait de reprendre plus tard sa tâche inachevée, de signaler, au milieu des conflits qui vont user au profit des Romains et des Parthes les forces des royaumes hellénistiques, la marche alternante et rythmée de [Idée providentielle. Mais il comprit sans doute qu'à un ensemble si vaste il n'eût pu donner qu'une imité factice ; il se contenta, vers la fin de sa vie, de consolider le monument qu'il n'espérait plus agrandir et d'en ôter les pierres d'attente.
Au poùit de vue exclusif de l'histoire grecque, nous n'avons pas à le regretter. M. Droysen a posé la plume au moment oit il allait disperser dans tous les sens son attention et la nôtre. Dans /'Histoire de rHellénisme continuée, la part de la Grèce eût été bien restreinte ; le lecteur aurait pu dire, comme autrefois les spectateurs du drame tragique: « il n'y a rien là pour Dio7iysos » . C'est de la Grèce, au contraire, et de la Grèce seule, que M. Hertzberg entend s'occuper. Il a soin de déclarer, dans la Préface de son livre, qu'il n'a pas voulu continuer l'œuvre de Droysen, au sens littéraire et philosophique du mot; il a cherché à limiter de toutes parts son sujet et à éviter un naufrage dans rhistoire universelle. Il applique tout ce qu'il a de sagacité, de patience, je dirais presque d'opiniâtreté^ à extraire du sol épuisé de l' Hellade une dernière moisson de faits et d'idées.