‹ Histoire de la Grèce sous la domination des Romains (volume 3)Chapitre 34 sur 186 · OPPOSITION DES PARTIS DANS LA LIGUE ACHÉENNE · texte numérisé non relu

OPPOSITION DES PARTIS DANS LA LIGUE ACHÉENNE

des traits toujours plus odieux. Gardons-nous bien du reste d'oublier que des hommes comme Aristœnos et Diophane n'étaient nullement exempts de jalousie à l'égard des favoris du peuple, de Philopœmen et de ses amis, qu'il portait de préférence aux plus hautes fonctions publiques ^ Bien plus, il faut insister particulièrement sur ce point, que ces hommes étaient en même temps chefs de l'oligarchie en face de la démocratie fédérale, représentée précisément alors avec une énergie croissante, mais quelquefois avec des empiétements arbitraires, par Philopœmen. Plus haut, déjà nous avons parlé des idées démocratiques du vaillant général, de l'ami du peuple, impétueux, au franc parler. Maintenant, Philopœmen avait enfin trouvé les moyens de mettre ses plans à exécution. Le vieux général, nous le répétons, n'avait rien de commun avec les idées de la a démocratie sociale » de cette époque ; sa démocratie et celle de ses adhérents avait un caractère exclusivement politique. Il n'était pas nécessaire du tout, d'après lui, d'augmenter les droits constitutionnels et les libertés du « démos » proprement dit. Par contre, Philopœmen s'efforçait d'étendre de plus en plus, au profit des couches inférieures, le principe de l'égalité fédérât! ve, imparfaitement développé chez les Achéens, et de le faire prévaloir plus énergiquement de jour en jour.

A en juger d'après ce que nous savons, Philopœmen s'efforçait de réaliser deux changements surtout. Il exigea d'abo que les deux diètes fédérales régulières (en automne et au printemps) de chaque année n'eussent plus lieu exclusivement comme jusqu'alors dans l'ancien chef-lieu d'iEgion (canton d'Achaïe), mais bien dans une succession déterminée, dans toutes les grandes villes de la confédération. Philopœmen, comme chef de la Ligue en Tan 189 avant J.-C, avait réussi à réaliser cette importante innovation, malgré la résistance opiniâtre de l'oligarchie, des damiorges et des citoyens d'Jîgion, qui n'eurent pas honte, dans cette affaire purement intérieure, d'appeler à leur secours le consul romain M. Fulvius Nobilior'. Son but était évidemment de modî-

«) Cf. surtout PoLYB., XXIII, 10.

•) Liv., XXXVill, 30 et Polyd., XXïV, 12, 12. Cf. Nitzsch, Polybius,

RÉFORMES démocratiot:es dk piiilopœmen 153

fier un état de choses où, en dehors des citoyens aisés des villes éloignées, les habitants des districts achéens les plus voisins avaient seuls Thabitude de prendre part en grand nombre aux assemblées publiques; grâce au changement du chef-lieu, la masse des citoyens des autres cantons purent 80 présenter alternativement en plus grand nombre aux as- ^mblées; l'intérêt aux affaires do la Ligue devait peu à peu se répandre dans tous les cantons et toutes les couches de la population du Péloponnèse. De plus, la ligue achéenne^ qui '^laintenant embrassait toute la péninsule, prit, grâce à ce changement, légalement aussi le caractère d'une ligue pélo- Ponnésienne. En second lieu, Philopœmen demandait que ■^» nombreuses petites villes (de district ou de périèques) qui, ^^ïinme appartenant à la circonscription de diverses villes Pl^s importantes, n'étaient pas directement membres de la ^*&ue, mais étaient représentées par la ville sous la suzerai- "^^t-é de laquelle elles se trouvaient, fussent élevées au rang de **^^tnbres immédiats de la Ligue; il espérait augmenter ainsi ^Hoz une grande partie de la population du Péloponnèse Tin- *-^ï*êt aux atîaires de la confédération. Nous ne savons malheu- ^^^sement que très imparfaitement jusqu'à quel point le vieux ^^Tiéral réussit. En tout cas, il a réalisé ses plans dans sa ï^^opre ville natale, la fière Mégalopolis, alors la première ^^lle de la Ligue, elle qui à cette époque et plus tard donnait ^ nom do fils aux principaux chefs des partis confédérés. Les I^^tites villes du territoire de Mégalopolis, notamment Aléa, ^séa, Aliphéra, Pallantion, Theisoa, Dipœa, flortys, devinrent alors (c'est-à-dire depuis 192 av. J.-Ch.) membres ^Udépendants de la confédération. Il est très douteux que *^liilopœmen ait agi en partie, comme on Ta prétendu plus t^rd, sous l'impression d'un sentiment d'animosité momen- ^^ne contre sa ville natale, provoqué par sa dernière équipée ^u Crète. Par contre, nous ne repousserons nullement l'hypotlièse d'un savant anglais, d'après laquelle Philopœmen s'efforçait, par cette innovation, d'augmenter en même temps le Poids des voix arcadiennes vis-à-vis des villes de la vieille

p . 18. 121 sqq. K. F. Hermann, Griech. Staalsnlterth.f § 186, note 7. Free- Man, p. 277. 650 sqq.

Page 1