‹ Histoire de la Grèce sous la domination des Romains (volume 3)Chapitre 61 sur 186 · MAUVAIS TRAITEMENTS SUBIS PAR LES RHODIENS · texte numérisé non relu

MAUVAIS TRAITEMENTS SUBIS PAR LES RHODIENS

et finit, comme d'autres hommes considérables, par être livré à Rome par les Rhodiens *. Mais tout cela ne put satisfaire le parli de la guerre à Rome; sans se soucier des instantes prières des ambassadeurs rhodiens, le préteur Manius Juventius Thalna voulait (en 167) aller jusqu'à proposer au peuple de faire la guerre à Rhodes. Les paroles sensées des tribuns du peuple M. Antonius et M. Pomponius, et, au Sénat, Tinr tluence et l'éloquence du puissant et vieux Caton empêchèrent, il est vrai, ces mesures extrêmes*. Mais on n'en porta pas moins les plus rudes coups au bien-être et à la prospérité de l'Ltat rhodien. D'un côté, les cantons cariens et lyciens que les Romains avaient donnés autrefois, après la chute d'Antiochus le Grand, aux Rhodiens, furent sans façon déclarés libres et indépendants ; de plus, les villes cariennes de Caunos et Stratonicée, qui, depuis longtemps, appartenaient à la petite république (et dont Rhodes jusque-là avait tiré un revenu de 120 talents), lui furent enlevées*; d'autre part, Tîle de Délos fut déclarée port libre, grâce à l'influence des capitalistes rumains. Par suite de ces mesures habilement calculées, la prospérité de Rhodes déclina avec une effrayante rapidité ; depuis l'élévation de Délos au rang de port libre, par exemple, les revenus annuels des droits d'entrée dans le port de Rhodes, jusque-làune des principales sources de richesse de cette cité, tombèrent au bout de quatre ans à peine, d'un million de drachmes (980,000 francs), à 150,000 drachmes (147,000 fr.) *. A la fin, les Rhodiens durent se considérer comme très heureux lorsqu'on leur accorda enfin (164) l'alliance avec Rome, qu'ils désiraient ardemment depuis longtemps, mais que Thostilité

1) Liv., XLIV sq. 23 (in. 2i). XLV, 10. 21). 24. Polyb., XXIV, H, 9. XXX, 6, i. 7, 10. 8, 1-8. 1), 1-21. Dio Cass., fr. 08, I.

^) Liv., XLV, 20-25. Polyb., XXX, 4, 1-17; 5, 1-11. Diod., XXXI, 59, 1-3. C.\T., Orig., 5, 1-7. Gell., JV. A. VIII, 3. Cf. Lange, p. 268.

3) Liv., XLIV, 15, inil. (Cf. Nissen, ad Inc. p. 261 sqq.) XLV, 25 (et NissEN, p. 275 sqq.). Ai'pian., Mit/iridat., c. 62. Syr., c. 4i. Polyb., XXX, 5, 12 sqq. 19, 3-5. XXXI, 7, 4-8.

*) Polyb., XXXI, 7, 10-12, où d'ailleurs sont indiquées (§ 10 et §10), d'autres entraves commerciales et politiques (anti-démocratiques) imposées parle Sénat aux Rhodiens. Voy. aussi Sall., Cat,, 51, 5. Cf. Lange, p. 268 sqq. Mommsen, RO/n, Geschichte, I, p. 785. Nitzsch, Die Gracckm, p. 173. 175. 177.

MESURES RIGOUREUSES PRISES PAR LES ROMAINS KN fiRÈCR 197

et la politique astucieuse du Sénat leur avait toujours refusée. Ce traité, bien qu'il leur assurât formellement les mêmes droits quà Rome, rivait à Tempire romain et à la politique du Sénat cette république commerçante jusqu'alors forte et indépendante et tout à coup tombée si bas ^

Nous n'avons pas à décrire ici l'attitude impérieuse des Romains dans le reste de TOrient, surtout leur intervention, mentionnée plus haut, dans la querelle entre TÉgj'pte et la Syrie. Mais nous avons à montrer comment, après Técroulement de Tempire macédonien, par suite de Teffel combiné de la politique romaine, alors des plus malfaisantes, et de Tambilion et du désir de vengeance longtemps contenus et plus pernicieux encore des oligarques, partisans de Rome, la plupart des cantons de la Grèce européenne furent bien plus cruellement frappés que Pergame et Rhodes elle-même. Malgré la parfaite honorabilité personnelle de Paul-Émile, on ne put empêcher, d'un côlé, les troupes romaines, indisciplinées et avides de butin, do se livrer pendant la guerre au pillage sur une vaste échelle, même après la bataille de Pydna, et, de l'autre, la majorité violente du Sénat de donner lieu à des actes de vengeance aussi étendus que honteux, qui devaient en même temps inspirer une terreur vraiment mortelle au parti national de l'opposition. Il n'était pas précisément étonnantque plusieurs villes thessaliennes, qui ne purent être prises de force qu'après la bataille de Pydna ou qui s'étaient compromises d'une autre manière, comme Mélibœa, ^Eginion et Agassae, fussent pillées par les troupes romaines'; et il n'y avait pas d'objections sérieuses à faire contre la destruction des retranchements de Démétrias'. Par contre, si Ton pouvait

') Cf. Liv., XLV, 25. Epit., lib. Xî.vr. Dio Cass., fr. 68, 2. Zonar., ÏX, 25. PoLYB., XXX, 5, 4-10. 19, 1 et 2. XXXÎ, 1, 2. sqq. G, 1 -8. 7, 1-20. Cf. Cic, Ad fnm., XII, 15, 2. « fœdus(fi. 51 a. Chr.) renoi-atum erat, quo juraverunt Rhodii eosdem hostes se habiluros qiios S. P. Q, li. » Appian., B. G. IV, 66. ^Og^q. D^Cass., 47, 33. Du reste, ils réussirent alors à sauver du moins re reste W leur « ancienne » (carienne) terre ferme, ou i< Peraea. » (Cf. Droysen, Histoire de f Hellénisme , trad. Bouché-Leclercq, III, p. 393). PoLYB., XXXI, 16, 17 et 17 a. Cic, Adfum., XII, 15. Strab., XIV, 2, 1 et 2, p. 962 sqq. ^651).

«) Liv., XLIV, 46, init. XLV, 27.

») Cf. DiOD., XXXI, 8, 3. Syncell., p. 267 sq. Nissbn, p. 277.

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