‹ Histoire de la Grèce sous la domination des Romains (volume 3)Chapitre 83 sur 186 · DÉCISION PRISE PAR LES ROMAINS RELATIVEMENT A LA GRÈCE · texte numérisé non relu

DÉCISION PRISE PAR LES ROMAINS RELATIVEMENT A LA GRÈCE

en Grèce. En effet, on vit enfin arriver dans le Péloponnèse, probablement au printemps de Tannée 147, Tambassade romaine depuis si longtemps attendue, ayant à sa lête le hau- ^aînet dur Lucius Aurélius Orestes. A Rome, le parti qui poussait à l'extension jusqu*à la mer Egée des frontières immédiates de Tempire exerçait le pouvoir presque sans opposition. L<e vieux Caton était mort vers la fin de Tannée 149; Tibérius ^racchus aussi n'était plus depuis quelques années; Scipion Emilien se trouvait en Afrique depuis le commencement de l*année 147; Polybe était avec lui : il n'y avait donc alors, ni ^ Rome ni au Sénat, aucun hommc/assez influent pour parer le coup dont on voulait frapper la Grèce.

Déjà on était d*avis à Rome qu'il fallait avant tout réduire la Macédoine en province romaine. Quant aux Achéens, on espérait encore pouvoir les dompter par d'autres moyens plus doux au point de vue romain. Disposé comme on Tétait à rétablir complètement Tordre dans la péninsule orientale et à enlever aux États grecs entre le Ténare et le haut pays dardanien placés sous le protectorat romain jusqu'au dernier reste de leur puissance et de leur indépendance politique, on songea d^abord à faire ce qu*il eût mieux valu faire dès Tan 188 : détacher complètement Sparte de la Ligue achéenne. Mais on résolut d'aller plus loin et d'anéantir complètement la vie politique de la confédération en en séparant plusieurs de ses membres les plus vigoureux. Il est à peine probable qu'on ait voulu par ce procédé pousser dès ce moment-là les Achéens à la guerre; alors qu*on avait à soutenir une lutte des plus pénibles contre Virîathe en Espagne, en Afrique contre les Carthaginois prêts à mourir pour leur patrie, en Macédoine avec les partisans les plus opiniâtres do la révolte, on n'avait pas sans doute l'intention d'allumer sans nécessité une nouvelle guerre dans le Péloponnèse. On pensait probablement, trompé par le calme apparent qui régnait parmi eux depuis 167, que les Achéens étaient devenus complètement apathiques, ou du moins qu'ils n'étaient plus capables d'une résolution désespérée ; on croyait, se laissant abuser par les éternels tiraillements sécessionnistes sur les bords de TEurotas, que les liens qui unissaient les divers membres delà Ligue étaient si peu solides, que la prédi-

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leclioii parlicularisle des Grecs pour leur autonomie cantonale était si forte, qu*il suffirait d'un ordre formel du Sénat pour faire tomber en poussière la confédération pour ainsi dire sans résistance*. Aurélius Orestes déclara donc sèchement à rassemblée fédérale *, à Corinthe)^: « le Sénat juge à propos que Sparte et Corinthe ne fassent plus à l'avenir partie de la Ligue, ainsi que Héradée sur TQilta, Argos et Orchomène en Arcadie (villes qui toutes par conséquent, pour ne rien dire de Sparte, n'avaient été réunies à la Ligue que depuis la bataille de Cynoscéphales) ; car les habitants de tous ces endroits n'appartiennent pas à la même tribu que les Achéens '. » Cette déclaration souleva une tempête d'indignation. Sans même écouter jusqu'au bout la harangue des Romains, les fonctionnaires fédéraux quittèrent l'assemblée et convoquèrent à la hâte le peuple, auquel ils communiquèrent en termes passionnés la décision du Sénat. Les masses entrèrent dans une telle fureur que, convaincus que les odieux Spartiates étaient seuls cause du triste résultat de cette journée, ils se jetèrent sans tarder

*) C'est là ropinion (Sciiorn a déjà exprimé des idées semblables dans son consciencieux ouvrage, p. 390 sqq.) qui m'a paru la plus probable après avoir mûrement pesé le petil nombre de notices historiques qui nous restent el Tétai général du monde à celle époque comme aussi les événements subséquents. Polybe {XXX VIII» 1, 6-8) va plus loin, il est vrai; d'après lui, les exigences d'Aurélius n'étaient pas tout à fait sérieuses, mais surtout une menace pour intimider les Achéens, qui avaient alors une attilude assez arrogante. Nous accordons volontiers au grand historien, qui exprime sans doute ici la manière de voir qui se répandit plus tard sur le commencement de la guerre achéenne à Rome ou tout au moins parmi les amis de Polybe, que le Sénat n'avait pas riiitention d'allumer systématiquement la guerre en Achaïe. Il faut pourtant faire observer que les Romains, autant qu'il nous est permis d'en juger, n'ont jamais désavoué plus tard les prétentions d'Aurélius ; bien plus, les conditions que Métellus fit plus d'une fois aux Achéens avant la dernière crise de Tan 146 reposent absolument sur la même base. Cf. Pausan., VII, 1 et ci-après.

*) D'après Paisax., VII, 14, 1, et Justin., XXXIV, 1, ce ne fut pas une assemblée générale*, mais l'assemblée des fonctionnaires fédéraux avec les plus hauts fonctionnaires (les hommes les plus considérables) des diverses vilics confédérées : une espèce d'assemblée comme probablement il s'en est tenu antérieurement déjà, et notamment lorsqu'il s'agissait détenir ce qu'on appelait des assemblées fédérales extraordinaires pour y traiter des affaires urgentes. Freema.n, p. 693 sqq., entend la chose d'une façon différente.

^) Pausax., VII, 14, 1. Justin ((6îtZ.) exagère en parlant d'une dissolution complète de la Ligue. Cf. Polyb., XXXVIII, 1, 6. Dio Cass., fr. 72, 1.

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