‹ Histoire de la Grèce sous la domination des Romains (volume 3)Chapitre 90 sur 186 · FANATISME DE D1J=:0S 2S · texte numérisé non relu

FANATISME DE D1J=:0S 2S

t-torsqu'il arriva devant Thèbes, la population effrayée avait '^ui en niasse; cependant le général romain non seulement ^6 permit pas qu'on dévaslùtjla ville abandonnée, mais il fil I^iiblier un édit de grâce en faveur de tous les fugitifs; Py- * fcéas seul, qui d'ailleurs avait gagné le Péloponnèse avec sa ^«mille, devait être puni de mort^ Puis il s'avança lentement "V^ers le sud, — malheureusement trop lentement. Une marche **apide vers le Péloponnèse lui eut probablement permis de t^erminer la guerre sans faire de plus grands efforts, car le déci^ouragement régnait partout dans le Péloponnèse. Les classes •misées avant tout prévoyaient avec certitude, dans la conti- :xiuation de cette guerre désastreuse, leur ruine complète et ^^elle de la patrie; pendant les semaines qui suivirent, tandis ^ue le fanatisme opiniâtre du parti de la guerre provoquait <le plus en plus la vengeance des Romains, un grand nombre d*hommes, fous de désespoir, se donnèrent la mort. Déjà on désirait partout une rapide conclusion de la paix, qui seule semblait encore pouvoir sauver la vie et la fortune des habitants du Péloponnèse*. Dans ces circonstances, plusieurs citoyens riches et considérables, et des fonctionnaires fédéraux ayant à leur tête le sous-stratège Sosicrate, avaient pris la résolution de traiter avec Métellus. Le fameux Andronidas, Tarai d'ailleurs universellement détesté de C.allicrate, se rendit auprès de Métellus comme ambassadeur. Ce général romain, que la perspective de pouvoir, dès ce moment, complètement terminer la guerre remplissait de joie, leur offrit réellement encore une fois de faire la paix à des conditions acceptables. Maïs lorsque Andronidas et ses compagnons revinrent à Corinlhe' avec le Thessalien Philon, l'envoyé de Métellus, les choses avaient bien changé. En effet, Diœos, qui, après la mort de Critolaos, s'était chargé de la stratégie comme prédécesseur de celui-ci, selon Tusage établi dans la confédération, était décidé, comme ses amis qui pensaient comme lui, à continuer la guerre à tout prix.

Ces hommes qui, en parlie, étaient poussés par le complet

1) POLYB,, XL, 3, 10. PAIJSAN., VII, 15, 5. ') ZONAR., IX, 31. Cf. PoLYB , XL, 3, 1-9.

') Cf. PoLYB., XL, 4, 1 et 3; 5, 2. Voy. aussi l^us., VII, 15, 5 fin.

254 PRÉPARATIFS ET TERRORISME DE DlILOS

délabrement de leur propre fortuife et qui n'avaient plus rien à perdre S savaient bien qu'ils étaient allés trop loin déjà pour que les Romains pussent leur pardonner. Ces fanatiques, qui n'avaient même pas assez de talent pour diriger la guerre qu'ils avaient provoquée, ne voulaient pas se sacrifier pour la patrie, mais entraîner tout dans leur propre ruine. Soutenus par les masses furieuses du parti démocratique et social, ils résolurent de continuer la guerre « à outrance* » et de contenir le parti de la paix, ceux qui possédaient, par la terreur des supplices. Diaeos avait fait occuper tout d'abord Mégare par 4,000 hommes sous Alcamëne', qui, peu de temps après, il est vrai, lorsque Métellus s'avança vers l'isthme après la complète pacification de la Béotie, livrèrent la ville sans coup férir. Diaeos, qui d'Argos dirigeait les nouveaux préparatifs avait ensuite non seulement appelé à prendre part à cette nouvelle lutte tout le reste des forces achéennes, mais donné l'ordre aux communes de combler les lacunes des contingents en armant des esclaves qui seraient déclarés libres (jusqu'au nombre de 1,200). Corinthe devait être le rendezvous général. La caisse de la Ligue était épuisée; les riches — que le départ pour l'armée d'une partie de leurs esclaves et l'insolence de ceux qu'on leur avait laissés avait profondément irrités et mis dans le plus grand embarras — durent payer de fortes contributions de guerre et les dames donner leurs bijoux. Sur ces entrefaites, car la marche lente et régulière de Métellus ne lui en laissait que trop le temps, Diaeos (environ au mois d'août 146 ^) avait été proclamé en toute forme chef de la Ligue avec un pouvoir illimité par l'assemblée qui depuis longtemps était revenue de sa première frayeur'; on se mit alors à sévir contre le parti do la paix. A Corinthe, où il s'était enfin rendu, le stratège avait tellement excité les masses contre les négociateurs qui s'étaient rendus auprès de Métellus que^ à leur retour, ils furent maltraités parla populace et jetés en prison. Ce fut eu vain que le vieux Stratios

') DioD.. XXXII, 26,3.

3) Cf. PoLYB., XXXVIIl, 2, 8 et 13. XL, 5, 5-iO.

'^) PoLYB., XL, 2, 3, Pacsan., VII, 15, 4.

*) Cf. Hermann., op. cit., p. 354.

BJ PoLYB., XL, 2, 1-il ; 4, 1. Palsan., VU, 15, 4.

PHÉPÂRATIFS D£ DI>:OS 255

conjura le stratège d'accepter les nouvelles propositions de Métellus dont Philon était porteur ; pour toute réponse et sur Tordre formel de Diaios et de ses amis, auxquels se joignit aussi Damocritos, que la difficulté des temps avait fait rappeler (p. 238), Sosicrate fut accusé de haute trahison, condamné à mort et exécuté avec la cruauté la plus raffinée, crime qui remplit d'indignation même les masses furieuses. Diœos n'était même pas un terroriste conséquent; il poussa Tinfamie jusqu'à profiter du désespoir de ses adversaires politiques pour battre monnaie, c'est-à-dire il fit payer cher leur grâce à Andronidas et à ses amis également menacés du dernier supplice*. C'est ainsi que dans le Péloponnèse le parti de la guerre, dans sa fureur, laissa passer le dernier moment où le peuple, déjà si cruellement éprouvé, eût pu être préservé du moins de coups plus rudes encore et des suites désastreuses d'une guerre malheureuse contre Rome. Peu de temps après, en effet, les Achéens n'eurent plus affaire à Métellus. Déjà ce général, après avoir pris Mégare sans coup férir et avoir atteint l'isthme de Corinthe*, se préparait à frapper d'un dernier coup les confédérés lorsque, un beau jour (vers le commencement du mois de septembre', parut dans le camp romain le consul Mummius, accompagné d'Aurélius Orestes, de licteurs et d'une petite troupe de cavaliers; il prit le commandement suprême dans la péninsule hellénique ^ et ordonna tout simplement à Métellus de s'en retourner en Macédoine avec son armée; puis il concentra peu à peu les divers corps de son armée consulaire, qu'il avait devancée à la hâte pour être bien sur d'enlever à Métellus rhonneur de terminer la guerre d'Achsue. Bientôt 23,000 fantassins et 3,500 cavaliers se trouvèrent réunis sur Tisthme de Corinthe sous les ordres de Mummius; à ces forces vinrent se joindre encore une division d'archers crétois et un corps auxiliaire de Pergame sous le général Philopœmen^

*j PoLYB., XL, 4, 1-10. 5, 1-6. Palsax., 15, 5 fin. *) Pausan . , î6id.

^) Pausan., 16, 1. « nepi opOpov »; cf. Hbrmann, p. 35i. Clinton, Fasli Hellenici, vol. III, pag. 104.

*) Cf. ZuMPT, op, ciï., p. 163 sqq.

^) Pausan., VII, 16, 1. Vell., I, 12. Flor., 1,32. Aur, Vict., De vh\ ill.

230 PHÉPARATIFS DE DliCOS

Cependant Diieos, aussi incapable comme général que comme administrateur, avait continue à faire ses préparatifs avec une ardeur irréfléchie, sans atteindre toutefois de grands résultats. Patraî et son territoire ne pouvaient plus guère fournir de nouvelles troupes; TElide et la Messénie, qui, d'ailleurs ne s'étaient jamais distinguées par leur zèle pour la Ligue, retinrent leurs contingents chez eux, parce qu'elles s'attendaient à une attaque de la flotte romaine sur leurs côtes sans défense *. Il no restait donc plus qu*une partie de rAchaïe, Sicyone, TArcadie et le nord-ouest du Péloponnèse. Là, il faut l'avouer, on avait fait bien des choses — bien qu'on eût agi arbitrairement et avec violence, durement et sans plan arrêté, sous la pression des événements et conformément au caractère de Dia»os, — soit que dans le voisinage du quartier général le terrorisme du parti de la guerre eût remporté la victoire sur le mauvais vouloir et le désespoir des riches, soit que les basses classes prissent réellement part avec un zèle ardent à la formation d'une nouvelle armée, comme cela eut lieu notamment à Corinthe et en Arcadic, dont les vaillants habitants avaient (Conservé plus qu'ailleurs l'amour désintéressé de la liberté et où Ton trouvait même, dans les classes moyennes, un zèle sympathique». Et pourtant Dia^os ne put disposer en définitive que d'une armée d'environ 14,000 hoplites et 600 cavaliers». Mais la catastrophe finale eut lieu plus tôt qu'on ne l'attendait généralement. En efTel, Mummius fit avancer peu à peu ses avant-postes vers l'isthme de Corinthe; ces troupes (il y avait des soldats d'Italie et quelques auxiliaires) étaient postées à environ 12 stades (un peu plus d'une demi-lieue) du gros de l'armée. Fiers de leurs victoires et pleins du sentiment de leur force, ils manquèrent de vigilance et fournirent aux Achéens l'occasion de les surprendre et de les rejeter avec des pertes considérables sur l'armée principale*. Ce petit succès rendit les Grecs si

no, 2. Gros., V, :L Cf. aussi Ji:stin., XXXIV, 2. Zoxar., IX, 31, et Val. Maxim., VII, 5, 4. Sudas, s. v. 'A/aVa.

^) FoLYB.,XL, 3, 3.

»i PoL\n., XL, -J, 4 et il, ;^ 1-9. Pausan., 15, 4.

3) Pacsan.. 15, 4.

*) Pausan., VII, IG, 1 et i». Zonar., IX, 31.

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