‹ Histoire de la Grèce sous la domination des Romains (volume 4)Chapitre 105 sur 179 · LA MISER K A ATHÈNES · texte numérisé non relu

LA MISER K A ATHÈNES

rissement des vivres et tout arrêt, même le plus léger, dans l'approvisionnement fournissaient à des émeutes qui prenaient facilement un caractère dangereux. Le professeur LoUianos, dont nous avons déjà parlé, en fit à ses propres dépens l'expérience. Il était premier stratège de la ville, lorsque tout à coup, à raison évidemment d'une cherté exceptionnelle des grains^ il se produisit à la porte des boulangers, sur l'agora, des scènes de désordre et de violence. Lollianos s'empresse d'accourir, mais il est salué par des malédictions, et cent mains saisissent déjà des pierres pour en écraser l'objet, vraisemblablement très innocent, de leur rage d'affamés. Il ne fut sauvé que par la spirituelle apostrophe du cynique Pancratès, qui connaissait bien la manière de traiter les Athéniens et qui calma leur effervescence par ces paroles sarcastiques : « Mes enfants ! laissez-donc cet homme tranquille ! vous savez bien que ce n'est pas un marchand de pain, et qu'il n'a à vendre que des paroles ». Le calme fut ainsi rétabli, au moins pour le moment. Bientôt après, des vaisseaux Ihessaliens, portant une riche cargaison de grains, entrèrent dans le Pirée ; mais le Trésor public était vide, comme cela arrivait si souvent : alors Lollianos intervint, et, au moyen d'une collecte parmi ses auditeurs, gens riches et de haut rang, auxquels il fit en compensation remise des honoraires de ses leçons, il réunit des sommes considérables avec lesquelles il devint possible d'apaiser la faim des prolétaires athéniens \ Les hommes qui remédiaient ainsi, d'une façon, il est vrai, toujours momentanée, aux embarras du gouvernement athénien et à la détresse des pauvres étaient au surplus grandement honorés à Athènes. C'est surtout probablement par des libéralités de ce genre que M. Ulpius Eubiotos, magniliquement célébré comme bienfaiteur de la ville, mérita son trône d'honneur et sa statue au théâtre ^ Hadrien aussi intervint de la sorte, avec ses senti-

») Philostrât., vu. Sophist., I, 23, [Lollian.) 1, p. 526.

2) Cf. W. ViscHER, dans le iV. Schweîzer. Mus., III (1863), p. 42 sqq. 61. Keil, dans le PhUologus, Suppl. II (1863), p. 629, et voy. Philologus, XXIII (1866), pp. 488 et 594. Des services de cet ordre, qu'Eubiolos rendit aux Attiéniens comme archonte fdons d'une valeur colossale en argent et en

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ments de généreuse compassion, non seulement en mettant à la disposition du gouvernement athénien des sommes considérables pour le soulagement direct de la misère de la population pauvre, mais aussi par des dons en grains, qui se reproduisaient chaque année ^ Il étendit aussi à Athènes la bienfaisante institution des « fondations alimentaires » organisée par Trajan.

En même temps, lors de ses divers séjours à Athènes, l'empereur entra avec une préférence marquée dans la voie qu'avaient suivie d'autres bienfaiteurs de cette ville, qui en avaient rehaussé l'antique splendeur par de nouvelles constructions d'utilité et de luxe. D'après les indications assez concordantes de sources, il est vrai, bien incomplètes, l'empereur commença ce genre de travaux par une construction d'utilité. Le petit ruisseau du Céphise, descendant de la montagne, avait fortement grossi, récemment, pendant la saison des pluies, et avait, en inondant le terroir d'Eleusis, causé des dégâts d'une sérieuse importance ; Hadrien assura désormais la ville d'Eleusis et ses environs contre le retour de pareils accidents par une digue ou par la construction d'une écluse ^ A Athènes

grains lors d'une disette très rigoureuse), sont mentionnés par Bôckh, C. L Gr., n° H78. Eubiotos peut bien être le personnage cité plus haut (p. 183) comme un des jeunes gens de la société de Plutarque et d'Autobule. Cf. encore Philologus, XXIII (1861), p. 186, sur une inscription latine du Musée de la Société archéologique d'Athènes : a la ville à Marcos Ulpios Eubiotos, Aaixupo-dcTa) 'jTixxtxw y.x\ archonte éponyme et évergète, aùxw xa\ ToTv '/toîv a-jToO, Tisaménos et Maxirnos ».

M Dio Cass. LXIX, 16. MoMMSEN, Rom. Gesch., V, p. 254.

2) J'explique, avec Ellissen, Zur Gesch. Athens, p. 64, les mots (( yscpupwcja; X. t, >.. » de Syncell., Chronogr. (éd. Bonn. I, p. 659 (p. 277 fin. V., p. 349 a. P.) de la manière qui vient d'être indiquée, et non comme se rapportant à la construction d'un pont, dont on n'apercevrait pas l'utilité contre une inondation. Bursian, Geogr., p. 328, y voit aussi l'établissement « de digues sur la rive droite du Céphise » . Au sujet de ce petit cours d'eau, voy. encore Pausan., I, 38, 5, et Leake, Demen von Attika, trad. Westermann, p. 145 et 150. Quant à l'époque de ce travail, Flemmer, p. 33, le place lors du premier séjour de longue durée qu'Hadrien fit à Athènes, soit en l'an 876-877 U. C. = 123-124 ap. J.-C. Euseb., Chron. (éd. Schœne Vol. Il, p. 166., et HiERONYM, p. 167. (éd. Schœne), en fixent la date à 01. 225, 4 = 124-125 ap. J.-C; de même Syncell. (ibid. cf. ci-dessus). Dans Cassiodore [Chronique, éditée par Th. Mommsen) p. 637, la construction de ce prétendu pont du Céphise est placée en l'an 127 ap. J.-C. Quant

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