LA NOUVELLE- ATHÈNES
temple, « une porte large de 13°", 5 et de Ô'^/IO d'ouverture, ornée des deux côtés de colonnes corinthiennes et de pilastres, voûtée en cintre, au-dessus de laquelle s'élève une attique, décorée dans le même style ». L'architrave qui surmonte l'arc de ce monument haut de 18 mètres, élevé soit par Hadrien lui-même, soit par son successeur, porte sur la face regardant le N.-O. une inscription (évidemment imitée de l'antique et légendaire inscription de Thésée à l'isthme de Corinthe) qui apprenait à l'étranger qu'au nord s'étendait l'ancienne Athènes ; la face du S.-E. indique qu'on entre de ce côté dans la « ville d'Hadrien* ». Et pour ajouter à l'agrément de sa nouvelle création, Hadrien commença également la construction d^un grand aqueduc bâti en blocs de marbre taillés, reposant en partie sur des arches^ qui devait conduire au nouveau quartier d'Athènes les fraîches eaux de source que fournissait en abondance la contrée montagneuse de Céphisia, au pied S. -0. du mont Brilessos ; mais il ne vécut pas assez longtemps pour voir l'achèvement de ce travail -.
Enfin, dans l'ardeur de son zèle pour sa chère Athènes, dans ses énergiques efforts pour faire revivre une partie de l'ancien éclat du monde hellénique et donner en même temps un nouvel appui à l'ancienne foi battue en brèche de toutes parts, ou mieux au système de la religion olympienne ,
1) Cf. BuRSiAN, Geogr., p. 301 sqq., Herm\nn, Gr. Staatsalterth., § 176, 18. Leake, Topogr. (édit. Sauppe) pp. 147. 377. Bôckh, C. /. Gr., n» 520. ScHOL. B D. ad Aristid., Panathen.f dans le tome III de l'édiiion Dindorf, p. 201, 32. Ellissen, Zur Gesch. Athens, p. 62, et Wachsmuth, op. cit., p. 183. Voy. Spartian., Hadrian., 20, 4. D'après Wachsmuth {op. cit. p. 18 sqq. 185), on abattit également, à l'occasion de ces nouvelles constructions, une grande partie de l'ancien mur formant de ce côté l'enceinte de la ville; cf. aussi Curtius, Att. Studien, I, p. 59. 67 sqq. Sur les magnifiques villas romaines bâties dans le nouveau quartier et leurs ruines, voy. Wachsmuth, pp. 18. 185. Curtius, op. cit., p. 60 et Gottinger Festreden, p. 173. Cf. Bôtticher, Bericht ûher die JJntersuchungcn auf der Akropolis, p. 4. Curtius, Erlàuternder Text, p. 47 et Wachsmuth. Bie Stadt Athen.y p. 229 et 705 sqq. Plus tard, dès le temps d'Antonin le Pieux (Flemmer, p. 60), le nom de Néat 'A67]vat 'ASpiavac ou Athense novse (voy. Orelli, n° 511) paraît être devenu plus habituel pour cette partie de la ville.
2) BuRSiAN, Athenae dans Pauly, R. E., l, 2, p. 1980, et Geogr. von Griech., I, p. 343. Leake, Topogr., p. 148 sqq. Bôckh, C. 1. Gr., I, n» 347. Voy. aussi Orelli, n° 511.
LKS NOUVELLES PANHELLÉNIES 335
Hadrien créa pour les Grecs, dans son Athènes, un nouveau centre intellectuel. L'ancienne amphictyonie de Delphes, en effet, ne faisait plus en réalité que se survivre ; elle végétait encore, comme tant d'autres institutions en Achaïe ; l'empereur ne voulait ni ne pouvait rattacher à celle-ci aucune des créations nouvelles où le portait son penchant. Il fonda en conséquence, non assurément sans reporter ses regards vers Féchafaudage des formes amphictyoniques, la nouvelle fêle nationale des Panhellénies. Ainsi que nous Tavons vu plus haut, l'empereur avait élevé à Athènes un temple de Zeus Panhellénios. C'est à cette nouvelle création qu'il rattacha une grande fête, revenant périodiquement et comportant, d'après le goût de l'époque, des concours de tout genre *. Mais, dans la pensée de l'empereur tout au moins, cette fête devait dépasser de beaucoup, par une signification s'étendant à l'universalité des Grecs, toutes les fêtes grecques de création nouvelle — et elles étaient nombreuses — qui furent instituées dans cette période et dans la suivante. En effet, elle n'était pas à elle-même son but ; elle ne devait être que le magnifique ornement d'un synode panhellénique. Sans qu'il y eût aucunement double emploi ni contradiction avec la Diète provinciale d'Achaïe, avec l'ancien synode des « Panhellènes » se réunissant à Argos, Hadrien créa alors un synode des « Panhellènes » qui devait s'assembler à Athènes, représenter l'ensemble de la nation grecque , répartie en deçà et au delà de la mer Egée, et donner une vie nouvelle à l'esprit religieux et au sentiment national de la race hellénique. Toutes les villes helléniques des deux côtés de la mer Egée envoyaient à Athènes, pour ce synode et pour la grande fête des Panhellénies, leurs représentants, nommés « Panhellènes^ ». Une caisse commune fut créée, dont l'administrateur
1) Cf. Dio Gass. LXIX, 16 init. Philostrat., Vit. Sophist., II, 1, 5. p. 550, et 17 init., p. 597. Beulé, Acrop. d'Athènes, II, p. 330, no 9 ; p. 351, n» 28. BôcKH, G. I. Gr., I, n»^ 247. 353. 1068. III, n°« 3832. 3833. 5913, et V. ci-après, p. 357 ; cf. dans G. Muller, Aeginet., p. 158, les passages : Schol. ad Pindar. Olymp., VII, 151, et Eustath. ad Homer. Iliad. y II, p. 473.
2) BocKH, C. L Gr.,l. 417 sqq., p. 471.580. p. 560. 580. 607. 610. II, p. 580. 1, no« 1058. 1192. 1124. 1256. 1738. Panhellènes venant aussi de
LES NOUVELLES PANHELLENIES
reprit le nom, orgueilleusement emprunté aux vieux souvenirs attiques, d' « Ilellénotame * )>. De même, le président de ce synode (du Panhellénion) et des Panhellénies eut le titre d' « Helladarque des Hellènes 2 ». L'époque à laquelle Hadrien fit pour la première fois célébrer cette fête demeure incertaine^ ; mais le premier Helladarque des nouveaux Panhellènes fut le célèbre professeur athénien Hérode Atticos (voy. ci-après) \ Quant aux Athéniens, investis de la direction et ayant chez eux le siège de cette nouvelle institution, entourés désormais pour toute une série d'aimées d'un lustre nouveau, ils purent dire en réalité que la grande époque de leur hégémonie avait jeté un nouveau reflet ^ ; mais ce n'était, hélas ! en réalité, qu'une fantasmagorie décevante. Néanmoins, Athènes et les Grecs exaltèrent le grand prince
Cyrène (Bôckh, n° 351 ; voy. aussi III, n» 3832 sqq.) ; de Cibyra (n° 5852) : Tralies était aussi membre du y-otvbv des Panhellènes (Bockh, no« 2910. 3822. Marquakdt, Rom. Slaatsverwaltung, P, p. 345. Cf. en outre d'une manière générale Keil, Syll. inscr. Boeot. , p. 121 , ainsi que Mh:ier, De Theoris, p. XXII Ki:hn, Rom. Verfassung, II, p. 76, C. Mùller , Aeginet.y p. 157 sq. Leakk, Travels in northern Greece, II, p. 627 sqq.
*) BocKH. C. I. Gr., I, no 1124. Ephem. arch., no 3749.
-) Cf. MoMMSEN, Rom. Gesch., Y. p. 244 sqq. et Bôckh, C. ï. Gr.. III, no 3832, %. 1 sqq.,12. 13; no3833, iig. 1 sq. (n" 3834, lig-. 6); d'après ces inscriptions, le titre exact était : « apxwv tûv UyytXkr^voiy » et Agonothète des Panhellénies (peut-être faut-il rapporter également à cet objet le no 4021; cf. BOgkh, I, n° 353, iig. 13 sqq., p. 422); le personnage dont il s'agit est peut-être identique à celui qui est mentionné ailleurs avec le titre de « TcpîbToç Ttov IlavsXXTQvoov » ou « TipiôTOç HavlXXr^v ». Voy. Bûckh, I, n° 1058 (peut-être faut-il y joindre le « Trpwro; xwv 'E)Xr,va)v » ; ( Bockh, III, n° 4030). La présidence de cette assemblée appartenait sans doute alternativement à l'un ou l'autre des députés des différentes villes ; cf. aussi Bockh, n° 423, p. 454 (le logiste mentionné ici, Iig. 8 sqq., était-il également en relation avec ce corps, ou comptait-il au contraire parmi les fonctionnaires dont il est question à la page 149, 2? c'est sur quoi je ne saurais décider). Voy. aussi l'expression « Sympanhellènes » dans Bôckh, III, no 3833, Iig. 9.
3) Probablement dans l'automne de 129, lors de l'inauguration de l'Olympiéon.
*) Philostrat., vu. Sophist., II, 1, 5, p. 549 fin. Vient ensuite Gaius Curtius Proclos de Mégare : Bôckh, I, n° 1058 (cf. III, n* 4030). Sous Antonin le Pieux, cette fonction d'helladarque fut remplie par T. Flavius ' Cyllas et Cl. Jason (Bôckh, JII, no« 3832 et 3833). Sous* Commode, le sophisie Rhuphos de Périnthe (Philostrat., ibid., II, 17 init.,p. 59). Plus tard (^Bôckh, I, p. 422, no 353j, l'empereur Septime-Sévère (et avec lui et sous lui le stratège Alcamène) paraît avoir présidé à l'agon. . S) Cf. aussi Bôckh, C. I. Gr., II, p. 580 b.
CULTE d'hadrien 337
philhellène, qui, dès lors, après que les Athéniens en eurent donné l'exemple, fut partout appelé « Olympios, Pythios, Panhellénios * ». A ce Panhellénion se rattacha tout naturellement aussi le culte du « dieu » Hadrien, dont le prêtre fut toujours en même temps le président et agonothète des Panhellènes ^
Pour tous ces bienfaits et pour d'autres dont les détails ne nous sont pas connus, les Grecs prodiguèrent assurément à l'empereur les témoignages les plus abondants de leur reconnaissance, mais dans des conditions qui répondaient aussi complètement que possible au caractère de servilité et d'affaissement de cette race dégénérée. A côté des inscriptions ordinaires, destinées à remercier l'empereur ou à l'honorer % à côté d'un grand nombre d^autres qui après sa mort le célébrèrent comme « dieu » ou Divus'' , il est luimême, en conformité parfaite avec son caractère et celui de l'époque, à maintes reprises, dès son vivant, l'objet d'un culte, tantôt simplement comme « dieu » % tantôt identifié
1) EcKHEL, D. iV., VI, p. 518. Flemmer, p. 69 sqq. Bogkh, I, no 1072. III, n° 3833. IV, p. 5, no 6826 b. Gomme Olympios seulement : (Ross, /wscr.inao?.,
II, p. 78), à Périnthe (Bockh, no 2021); à Scialhos (Bôckh, n» 2153); à Corinlhe et [avec une statue] à Thèbes (Lenormant, Inscr. Grœc. inédit, centuria 2 et 3, dans le Rhein. Mus., XXI [1866J, pp. 394 et 401, n« 242 et n° 278) ; comme Olympios, Soter et Ktistès à Corcyre (Bôckh, IV, p. 5, n° 6828) ; comme Olympios à Nicopolis (Bôckh, II, no 1822); à Mitylène (no 2179 et [Addend.] n» 2179 6 et c.) ; à Sparte (no 1312) ; à Péparèthe (Addend, no 2154 c); à Andros (Add. no 2349 m.); dans une inscription du xoivov phocidien à Thèbes (Keil, Syll. inscr. Boeot., n° 26, p. 109. Les inscriptions de l'Olympiéon dans Bôckh, no^ 331 sqq. Sur Athènes, voy. ci-après, p. 341, 5 sqq. et cf. d'une manière générale ci-dessus, p. 331, ainsi que Keil, Philol.^ Supp. II (1863), p. 578. Preller, Rom. MythoL, p. 793. Hadrien Panhellénios à Tégée (Bôckh, n° 1521 ; cf. Hermès, IV, p. 184) ; Olympios dans les villes de l'Asie-Mineure (Flemmer. p. 72).
2) Bockh, C. L Gr., Ill, p. 6 sqq., no 3832, lig. 1; n° 3833, lig. 1. Hadrien célébré comme '.< treizième dieu » à Cyzique (Socrat., Hist. Ecoles.,