TRAVAUX DES NOUVEAUX PANHELLÈNES
111= siècle s et les inscriptions ^ ne manquent pas d'indiquer les noms des personnages qui furent « Panhellènes » à cette époque et dans la période consécutive. Il y a plus : les Panhellènes continuèrent activement leurs travaux même après la mort d'Hadrien, qu'ils honorèrent par des décrets et des monuments ^ ils rendirent des décrets honorifiques visant des personnes étrangères , par exemple , sous Antonin le Pieux (vers 157 ap. J.-C), celui qui s'adressait ou qui était destiné au Phrygien M. Ulpius Appuleius Euryclès d'^zania*. Il est même probable qu'ils s'affilièrent encore de nouvelles villes, comme, par exemple, Magnésie sur le Méandre ^ et Cibyra ^ Et les inscriptions deviennent toujours plus longues et plus emphatiques qui énumèrent tantôt les victoires des artistes, tantôt les dignités sacerdotales ou politiques conférées, ou les honneurs décernés dans les concours aux Grecs opulents et de haute condition qui cherchaient à satisfaire leur ambition en se mettant au service non pas de l'empire romain, mais de leur patrie. Une inscription particulièrement caractéristique à ce dernier point de vue, intéressante à plus d'un titre et appartenant encore à cette période, est celle qui fut dédiée, sous le règne des empereurs Marc-Aurèle et Lucius Yerus, pour un personnage distingué du Péloponnèse. Titus Statilius Timocrates Memmianos, homme très considéré, fils de Lamprias, qui faisait remonter son origine jusqu'à Persée, le héros mythologique^ et jusqu'aux Dioscures, citoyen d'Argos et d'Épidaure, avait eu à Épidaure, en raison de ses services comme prêtre et comme agonothète, l'honneur de plusieurs statues et inscriptions \ Ses concitoyens d'Argos l'honorèrent de leur côté par
') Cf. BôGKH, n°« 351. 353, I, lig. 14.
*) Cf. Gaius Curtius Proclos de Mégare, TvpôjToç IlavlXXyiv ; Bôckh, C. I. Gr., I, n" 1058 ; le panhellène Timocrate à Argos : n° 4124 ; Dionysios de Méthana ; n" 1192 ; vers la fin du ii° siècle, Corinthas de Sparte : n° 1256 ; le Phocidien M. Ulpius Damasippos d'Amphiclée : n» 1738.
^) Bôckh, III, n° 5852, p. 751 sq., où ils sont aussi nommés « xotvbv xûv *EXXt^v(ov ».
*) Bôckh, C. I. Gr., III, n«» 3832. 3833. 3834.
6) Bôckh, G. I. Gr., II, p. 580 et 796, sur le n« 2910, et C L AU., 16.
6) Bôckh, C. L Gr., III, n«^ 3822. 5852, p. 751.
^) Bôckh, C. I. Gr., I, n^s 1168. 1169. 1170. 1173. — Inscription à
TIMOCRATE d'aRGOS 357
rinscription suivante, qui énumère en termes pompeux ses fonctions et ses services dans cette ville : « La cité des Argions rend hommage aux mérites de ... Timocrate ... Helladarque et grand-prêtre à vie » (à la diète provinciale d'Achaïe) « qui fut aussi trois fois stratège de la confédération achéenne ; agonothète auxjeux Héraeens et Néméens, aux jeux Sébastéens (Augustales) et à la fête d'Antinoos à Argos, à la fête d'Antinoos à Mantinée et auxjeux d'Asclépios à Epidaure ; membre du conseil des Amphictyons et Helladarque des Amphictyons, Panhellène et Hellénotame ; qui fut également à Argos agoranome (édile), stratège et administrateur des finances, envoyé comme ambassadeur pour sa ville natale et pour la province au Sénat et à l'empereur et qui, en d'autres circonstances encore, remplit dans ses paroles et dans ses actes son devoir de citoyen de la manière la plus consciencieuse et la plus noble *».
En même temps, pendant que, d'une part, la direction de la section grecque du service des dépêches et lettres à la cour impériale (pp. 54 sqq.), — fonction d^où il était facile de parvenir à d'autres postes plus élevés et plus lucratifs, — était le but de plus en plus souvent poursuivi et atteint de l'ambition des rhéteurs et sophistes grecs en renom ^ des Hellènes des différents pays de langue grecque des deux rives de la mer Egée pénétraient d'autre part à cette époque, en nombre toujours croissant, jusqu'aux emplois supérieurs de l'administration romaine, sans en excepter le consulat, qui n'avait pas cessé d'être nominalement celui auquel on attachait le plus de prix, et les sièges au Sénat 3. Dans cette dernière
Mégare en l'honneur d'un autre personnage paraissant appartenir à la fan^ille de ces Statilius, T. Statilios Tauros ; voy. Lenormant, Inscr. Grœc. inédit, centur., 2 et 3. [Rheîn. Museum, XXI [1866], p. 391), n° 231.
*) BôcKH, C. I. Gr., I, no 1124.
^) Cf. Friedlânder, Dars^e/Zwngren, I, p.90; cf. Philostrat., Vit. Sophist., II, 5, 3 init. et 4 fin ; 10, 6 init. ; 24, 1 ; 25, 4 init. ; 33, 3 init.
2) Cf. Friedlànder, op. cit., I, p. 181 sqq. ; voyez notamment les exemples cités à la p. 182 sqq., note 4. Prestige de l'ordre équestre romain dans les provinces grecques ; voy. Friedlànder, op. cit., p. 210. 216. (Titre d' « 'Ittuixoç » dans les inscriptions, voy. par exemple, Bôckh, C. i.Gr., II, n«« 2822. 3494). Cf. Bôckh, III, p.76.EcKHEL,D.iV.,IV, p. 227. Cf. aussi Philostrat., Vit. Sophist., II, 32, p. 626 et les axjyv.lrixiv.o!. à,
358 LES GRECS AU SERVICE DE l'aDMTNISTRATION ROMAINE
catégorie, nous connaissons entre autres (cf. ci-dessus, p. 345) FAthénien M. Ulpius Eubiotos, et notamment (voy. ci-après) la famille du célèbre Hérode Atticos de Marathon. N'appartenant pas, il est vrai, à TAchaïe par sa naissance, mais véritable Grec par ses études sous Epictète, par l'allure de ses écrits, par le droit de cité athénien* dont il avait été admis à jouir, l'ami également célèbre d'Hadrien, l'estimable Flavius Arrianos de Nicomédie, occupa, comme on le sait, sous le règne de ce prince et sous celui d'Antonin le Pieux, une situation très considérable comme militaire et homme politique. Et le nombre n'est pas petit des rhéteurs grecs qui, depuis Dionysios de Milet^, qu'Hadrien éleva à la dignité de chevalier et auquel il confia un gouvernement, furent par la suite occupés, ainsi que nous l'avons dit, tantôt comme directeurs de la chancellerie impériale grecque, tantôt (la plupart du temps après une période d'exercice de cette première fonction) dans d'autres emplois supérieurs ^
Enfin, nous connaissons encore du règne d'Hadrien plus de gouverneurs romains de l'Achaïe qu'il ne nous est ordinairement possible d'en découvrir; seulement, on ne saurait, dans la plupart des cas, déterminer avec précision leur chronologie. D'une manière générale, on place « dans la période qui suit Trajan » le proconsul Calpurnius Proclus *, tandis qu'il conviendra de ne placer le proconsul Julius Candidus qu'à l'époque d'Hadrien, à partir de l'an 132 ou 130 ap. J.-C. ^ C'est également à son règne que correspondent les procon-
Athènes, dans Bockh, C. I, Gr., I, n° 433, lig. 5; voy. sur l'origine consulaire ou sénatoriale de divers sophistes grecs ou hellénistiques, Philostrat., Vit. Sophist., II, 4, 1 init. 17 init. ; 23, 1 ; 25, 5.
*) Serait-il identique à l'archonte Cl. Arrianos de Pseania, cité dans Pauly, R. E., 1 2, p. 1477 ; cf. p. 1762 (d'après les Berichte d. VerhandL d. Sachs. Gesellsch. der. Wissensch. Phil. Cl. XII, p. 225) ? (Sur Arrianos, voy. aussi Clinton, p. 123).
2) Philostrat., Vit. Sophist. ^ I, 22, 3 init., p. 524. Friedlânder, I, p. 225 ; cf. encore Pauly, R. E., III, p. 1040, sur la tendance d'Hadrien à favoriser le plus possible le nivellement entre les peuples de l'empire.
3) Cf. Philostrat., op. cit., II, 5, 3 init. et 4 fin. 10, 6 init., 24, 1 et 2. 25, 4 init., 33, 3 init. Cf. Friedlânder, Darstellungen, I, p. 90; p. 181 sqq. et 225.
*) BôcKH, C. I. Gr., Ill, n- 4011. Cf. Marini, Frat. Arvali, II, p. 771. «} BôcKH., C. I. Gr., I, n«« 1072 et 1073.
GOUVERNEURS ROMAINS d'aCHAÏE 359
sulatsde Calpurnius Rufus \ de M. Maenius Agrippa Tusidius Campestris^ de Gaius Julius Scapula ^ de L. iEmilius Juncus *; de Ti. Julius Severus, en 133 ou 134 après J.-C.% et enfin aussi du proconsul P. Pactumeius Clemens ^ Par contre , on ne sait pas exactement quel fut l'emploi ' d'un personnage qui joua également un rôle en Achaïe comme fonctionnaire romain, le « clarissime consulaire » L. Egnatius Victor Lollianus. Faut-il le placer sous Hadrien ? Des doutes très sérieux ont été, il est vrai, récemment élevés à cet égard, et Ton se demande s'il y a lieu de le considérer simplement comme un gouverneur, ou si, ce qui est assurément plus vraisemblable, il eut à remplir une mission, notamment en qualité de réviseur des villes libres de ce pays ^
* Dig., I, 16 {De offic. proconsul, et légat.). L, 10, § 1. Ulpian., in Dig. y L, 10 {De offic. proconsul.). Muratori, 550, 2. Marini, Frat. Arvali, II, p. 771. V. aussi Merleker, Achate., p. 464.
2 Orellt, n» 804; à moins que Ton ne considère ce personnage, — ce qui serait peut-être plus exact, — comme un procurateur d'Auguste en Grèce à cette époque; cf. ci-dessus, p. 6 (sous-note).
3) et. DiTTENBERGER, Ephcm. cpîgr.^ I, p. 242.
*) BôcKH, €. L Gr., I, no 1346. Ce 'loOyxo; mentionné dans l'inscription comme ôcxatoôoTv^ç ou corrector liberarum civitatum Achaiae (cf. Dittenberger, iôid., p. 240) paraît bien, du moins d'après Marquardt, Zur Statistik der rôm. Provinzen, p. 8, avoir rempli aussi les fonctions de gouverneur. (On rencontre un iËmilius Juncus sous Commode, dans LAMPRm., Commod., 4, 11).
5) BôGKH, G. I. Gr., III, n°« 4033 et 4034. Marquardt {Rôm. Staatsverwaltung, P, p. 353) démontre que ce personnage n'est pas identique à celui qui, d'après Mommsen [G. I. Lat., III, 1, p. 368, n» 2830), s'appelait Sextus Minicius Faustinus Gaius Julius Sergius Severus.
6) Orelli, n° 6483. Pour la Macédoine nous connaissons, sous Trajan, comme questeur, le Severus précité ; ensuite, sous Hadrien, le questeur A- Plaetorius (Nepos dans Orelli, n° 822) et le proconsul Junius Rufînus (Dig., XXII, 5, De testîbus, fr. 3, § 3). Pour la Macédoine, voy. encore BôGKH, C. J. Gr., III, n° 5800.
'') La mission extraordinaire à Athènes, à Thespies, à Platée et en Thessalie du légat P. Pactumeius Clemens, que nous avons déjà rencontré comme gouverneur en titre (cf. la note précédente), eut sans doute (Orellt, n» 6483) un but analogue à celui de la mission de Messius Maximus (p. 149 sqq.) sous Trajan ; cf. Kuhn, Stàdt. Yerfassung, II, p. 29.
* Inscription et statue de ce personnage (laiavopOwTYii: 'A^aïaç) à Platée, voy. BôGKEï, G. I. Gr., I, n° 1624; avec la même désignation pour Lébadée : F. Lenormant, Inscript. Grœc. inédit, centur. sec. et tert. (Rhein. Mus., N. F. [1866], p. 401), n° 282. CLKeil, Syll. inscr. Roeot.,p. 136, no '35 6., pour Thespies, et Bôckh, n" 377, pour Athènes. Ce Lolhanus n'est pas identique au célèbre sophiste d'Athènes portant ce nom : c'est ce que démontrent