ADOUCISSEMENTS AUX LOIS SUR LES SUCCESSIONS
péniblement une particularité fâcheuse (cf. p. 51) : c'est que tous les Grecs dont les fils ou les autres héritiers' naturels ne se trouvaient pas en même temps pourvus du droit de cité ne pouvaient plus leur rien laisser par testament. On avait bien récemment, paraît-il, essayé d'éluder la rigueur de la loi romaine en transmettant à ces peregrins, — comme elle le permettait, — des portions considérables de patrimoine sous forme de fîdéicommis^ Mais la législation romaine s'y était également opposée par la suite, et, finalement, l'empereur Hadrien avait si rigoureusement interdit cette façon d'éluder la loi (un sénatusconsulte par lui provoqué attribuait purement et simplement au fisc les fidéicommis de ce genre) que cette voie détournée fut fermée aux malheureux Hellènes ». C'est alors qu'Antonin fut assez bienveillant et assez désintéressé pour adoucir la rigueur de la loi et permettre aux citoyens romains de langue grecque de laisser et de léguer purement et simplement leur fortune à leurs héritiers naturels. En fut-il ainsi pour l'Achaïe seulement, ou d'une manière générale pour les Hellènes ? C'est sur quoi les expressions de notre auteur, assez négligent en cet endroit, ne nous autorisent pas à décider avec certitude ^ Ainsi se trouvait supprimé un état de choses fâcheux, et les Grecs n'en furent sans doute que plus empressés à profiter de la libéralité presque illimitée avec laquelle l'illustre successeur d'Antonin, Marc- Aurèle, ouvrit l'accès de la cité romaine^ sans distinction, à tout « peregrin » qui en faisait la demande et payait la taxe requise en pareil cas *.
Mais Antonin immortalisa autrement encore sa mémoire en Grèce : reportant pieusement son regard, — nous ne savons ni quand, ni à quelle occasion, — vers cette vieille légende des temps mythologiques qui faisait conduire par le roi Évandre une colonie arcadienne du fond de l'Arcadie, de
*) Cf. aussi Frangkë, Zur Geschichte Trajans, p. 477.
') Gaius, Institut., II, 125, § 285.
3) Pausan., VIII, 43, 3. Cf. Curtius, Peloponnesos, I, p. 80.
*) Cf. PuGHTA, Cursus cler histitutionen, I, p. 415, sur Je passage d'AuREL. Victor, Be Cœsar,, 16 {M. AureL Antonin.) « Bâta cunctis promiscue civitas romana ».
366 PALLANTION
Pallantion, aux bords du Tibre et fonder par lui la Rome préhistorique qu'on a appelée « palatine », il se fit le bienfaiteur des Grecs de Pallantion \ Pallantion, en effet, située dans une petite vallée étroite et retirée de laTégéatide, était, au temps d'Épaminondas, devenue un simple bourg du Ménale et avait été contrainte de renoncer à son autonomie en faveur de la nouvelle « grande ville » (Megalopolis) qu'il s'agissait alors de fonder. Elle était depuis complètement déchue : ce n'était plus qu^un village. Antonin fit remonter Pallantion au rang de ville et lui conféra Tautonomie avec exemption d'impôts. Depuis cette époque, les limites des territoires de Tégée, Pallantion et Megalopolis se rencontrèrent au « Chôma >/, cet antique et remarquable ouvrage, puissante digue en pierres qui, — courant du N.-E. au S.-O., — réunissait les hauteurs de Birbati au pied du Boreion (aujourd'hui Kravari) qui leur faisait face, et était destinée à protéger les champs de Pallantion contre l'envahissement des eaux débordant de la région S.-O. de la Tégéatide. Mais la nouvelle ville (dont Facropole n'avait pas été rétablie) ne paraît pas avoir pris un développement considérable.
Sous ce prince enfin régna, d'une manière plus absolue encore que sous Auguste et Hadrien, — et pour la dernière fois pendant toute la durée de l'époque impériale, — à l'intérieur comme sur les frontières de cet immense empire, une paix profonde et prospère, dont les bénédictions furent célébrées par les contemporains sur le ton du panégyrique ^ Ils s'en souvenaient encore dans les intervalles de tranquillité que leur laissèrent de temps à autre les guerres du règne suivant. Sous ce maître clément, les bienfaits de cette paix profitèrent largement aussi aux Hellènes d'Achaïe, pour le relèvement desquels Hadrien avait déjà tant fait. Toutefois, même sous un aussi bon gouvernement, les dures calamités ne manquèrent pas aux Hellènes. Nous ne pouvons mentionner que tout à fait en passant les renseignements vagues qui parlent d'une
1) Pausan., VIII, 43, 1 et 2; 44, 1, 4-6. Ct. Curtius, Peloponnesos y I, pp. 80. 262-264.
') Aristid. SMYRN.{ed. Jebb.) Orat. e\ç pamXea, p. 66 sqq. et (éd. Jebb.) Encom. Romde, p. 207. 2t4. 215. 224, 18 sqq.