‹ Histoire de la Grèce sous la domination des Romains (volume 4)Chapitre 131 sur 179 · LA PESTE : TREMBLEMENT DE TERRE DE SMYRNE · texte numérisé non relu

LA PESTE : TREMBLEMENT DE TERRE DE SMYRNE

cette peste, qui depuis lors, notamment depuis l'an 167 après J.-C, se montra pendant de long-ues années dansles provinces de Tempire romain et y sévit avec .plus ou moins de violence, désola cruellement aussi la Grèce, en particulier Athènes, et y exerça de terribles ravages. Quant à l'effroyable tremblement de terre qui, en l'année 178S désola Samos, Chios, Milet, ainsi que beaucoup d'autres villes ioniennes, et d'une façon particulièrement cruelle la magnifique ville de Smyrne, il faisait, à la vérité, partie des redoutables phénomènes habituels dans la période où nous sommes parvenus.

Mais un siècle nouveau s'annonça par la guerre contre les Marcomans, « premier acte de la migration des peuples », qui, dès l'année 167 jusqu'à l'année 175 après J.-C, mit en feu tous les pays riverains du Danube, depuis Ratisbonne jusqu'à Silistrie, et obligea les Romains à soutenir au prix de gigantesques efforts une lutte terrible contre tout le monde germanique et sarmate, entre la ligne du Danube et les montagnes s'étendant de la Lusace jusqu'à la région moyenne des Garpathes. Les Grecs ne purent pas assister à cette lutte aussi à leur aise qu'à la guerre contre les Parthes. Les efforts que MarC'Aurèle dut faire pour trouver dans l'empire déjà désolé par la peste et la famine les ressources extraordinaires en argent et en hommes indispensables pour une guerre aussi lourde, imposèrent sans aucun doute à l'Achaïe sa grande

Ammian. Marcellin., XXllI, 6. 24. Pour Athènes spécialement, voy. encore Philostrat., Vit. Sophist., II, 1, 11, p. 561. Cf. aussi Galen., torn. XIX, p. 15. i6;toni. IV, p. 788, et voy. Clinton, p. 158. 159. Wolff, De ultima oracul. aelate, p. 19 sqq. Sur celte peste, voy. encore Bogkh, G, I. Gr.,I, n''478;II,p. 856.

*) u Entre 178 et 180 », suivant Friedlànder, II-, p. 73. En l'année 178, d'après Clinton, p. 176. Voy. également Philostrat., Apollon. Tyan., IV, 6. Vit. Sophist., II, 9, 2., p. 582, et Dio Cass., LXXI, 32. Zonar., Ann., XII, 3. Sur Smyrne, voy. Aristid., éd. Jebb. Orat. XX, p. 260 et 263; XXI, p. 263-269 et XLI, p. 513-516. Pour l'année 178, voy. encore Chronic. Paschale, éd. Bonn., I, p. 489 (ou p. 262 c. P.) Syngell., éd. Bonn., p. 667 (ou p. 353 fin. P.). Eusse, et Hieronym.. Chron., p. 172, ainsi que Clinton, loc. cit. — Épiièse et Nicomédie ravagées également sous Marc-Aurèle par des tremblements de terre : voy, Aurel. Vict., Cœsar., 16 {M. Aurel. Antonin.). Smyrne l'avait déjà été une fois en l'année 163 (cf. BôCKH, C. I. Gr., II, p. 731, n° 3188). Voy, aussi, pour Smyrne, Éphèse et Mitylène : Aristid., éd. Jebb., Orat. XXV, p. 317 sqq.

IRRUPTION DES COSïOBOQUES 375

part des communes souffrances. Il y a plus : les régions septentrionales de la péninsule danubienne ne durent pas plus que la partie des Alpes formant le boulevard de l'Italie échapper aux incursions des Barbares du Nord. Et comme évidemment toutes les forces militaires quelconques de l'ensemble de la péninsule danubienne susceptibles d'emploi étaient occupées sur le théâtre même de la guerre, une tribu gète ou dace, celle des Costoboques, réussit effeclivemenl, sans doute dans les premières années de cette guerre, malheureuses pour les Romains, à traverser les montagnes de la Macédoine et de la Grèce septentrionale, dont la population était très clairsemée, et à pénétrer dans la Grèce centrale, jusque dans la région d'Elatée. Alors il fallut que les Grecs s'aidassent eux-mêmes. Et, par le fait, un habitant d'Elatée, homme brave et décidé, du nom de Mnésibule^ qui possédait une grande réputation comme athlète et qui, sans compter d'autres victoires, avait dans la 235^ Olympiade (161 après J.-C.) obtenu à Olympic de brillants succès, réunit une troupe de vigoureux jeunes gens et marcha avec eux contre l'ennemi. La fortune favorisa la bravoure des Grecs ; les Barbares furent battus et beaucoup d'entre eux furent massacrés. Mais Mnésibule lui-même périt ; ses concitoyens honorèrent, en lui élevant une statue d'airain dans une des principales rues de leur ville, l'homme qui avait montré que l'épée des Grecs ne s'était pas tout à fait rouillée pendant une paix de deux siècles \

Malgré ces malheurs de la guerre, Marc-Aurèle ne perdit cependant jamais entièrement de vue la Grèce, comme le montrent clairement (voir ci-après) les débats qui eurent lieu à Sirmium à l'occasion des difficultés des Athéniens avec Hérode Atticos. Plus tard également, malgré de graves et per-

1) Pausan., X, 34, 2. SiEVERS, op. cit., p. 1199. Voy. sur les Costoboques, Wietersheim, (reschichte der Vôlkerwanderung , II, pp. 63 sqq. 128. 349. — SiEBELis, sur Pausan., ibid., vol. IV, p. 303 (Cf. Capitolin. Vit. M. Antonin. Philos., 22 \n'û., Dio Gass., LXXI, 12), tient au contraire les Cosloboques pour un peuple sarmate des rives du Danube. H. Schiller, Gesch. der rôm. Kaiserzeit, 1,2, p. 643 et 644, place cette invasion des Costoboques déjà sous Antonin le Pieux. Sur Mnésibule, voy. encore (dans Clinton, p. 149) African, ap. Euseb., p. 162. 01. 235.

sistantes préoccupations politiques^ il s'occupa toujours avec zèle du bonheur de ses Hellènes (cf. ci-après) '.

L'histoire de la Grèce sous Marc-Aurèle n'est pas, comme on le voit, très riche en événements remarquables. Mais elle prend une couleur phisvive et plus chaude si nous dirigeons nos regards sur Athènes^ qui désormais, et jusqu'à Juslinien P', réclame de plus en plus, dans l'histoire de la Grèce pendant l'époque impériale , la part principale de notre intérêt. Nous devons réserver pour le dernier volume de notre exposition le tableau d'ensemble de l'histoire académique de cette ville, qui prend, dans le cours du n*' siècle ap. J.-C., une importance tout à fait de premier ordre, et la mention détaillée, à cette occasion, des grands professeurs venus de tous les pays de langue grecque qui depuis cette époque jouèrent dans la ville de Périclès leur rôle plus ou moins brillant jusqu'à la suppression de l'Université d'Athènes par Justinien. Et, de môme que précédemment, nous avons donné, pour indiquer le caractère do la vie athénienne à l'époque de Démonax, la biographie de ce personnage, qui occupa à Athènes une place exceptionnelle, non comme professeur, mais au point de vue de la valeur morale, nous devons maintenant raconter l'histoire d'un enfant d'Athènes qui fleurit sous Hadrien et notamment sous les deux premiers Antonins. Il joua aussi sans doute un grand rôle à Athènes comme professeur, mais il dut à des circonstances particulières de pouvoir imprimer profondément sa trace dans l'histoire de sa patrie, et sa biographie est tout aussi caractéristique pour la connaissance de la vie et des allures des Hellènes de ce temps que celle de Plutarque pour ceux du sien. Seulement sa brillante figure ne rayonne pas, à beaucoup près, dans une aussi pure lumière que la vénérable image du philosophe de Chéronée.

La découverte de nombreuses inscripkions rend très facile, pour le i" et plus encore pour le ii^ siècle ap. J.-C, d'établir

<) Cf. la lettre de Marc-Aurèle et de Commode aux Lacédémoniens, de l'année 177 ap. J.-C. ; Bockii, I, n° 1319. (L. Verus était mort en 169, et le jeune Commode avait été élevé à la dignité d'Auguste depuis l'année 177).

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