LES GRANDES FAMILLES ATHÉNIENNES
l'existence de toute une série de grandes familles athéniennes qui, durant cette période de l'histoire intérieure d'Athènes, exercèrent très régulièrement les fonctions politiques et plus spécialement les fonctions religieuses (en partie héréditaires dans les familles). Seulement, dans presque tous les cas de ce genre, nous devons malheureusement nous contenter de connaître simplement les fonctions et les noms des Athéniens dont il est question; il nous faut ordinairement renoncer à tirer des sources de plus grandes richesses historiques. Leur caractère de fantaisie, leurs lacunes ne nous permettent non plus que dans un petit nombre de cas de faire remonter cette liste un peu en arrière dans le temps de la République, et, tandis qu'il ne paraît s'être conservé de l'antique période de splendeur d'Athènes jusqu'à l'époque d'Hadrien qu'un nombre restreint de grandes familles, nous rencontrons, comme nous l'avons déjà remarqué, — toutes gonflées d'orgueil dans leu*rs dignités de prêtres, de gymnasiarqucs, de fonctionnaires, — une foule de familles nouvelles, ou d'autres dont les membres affichent leur qualité de citoyens romains dans la sonore bigarrure de noms grécoromains. Parmi les anciennes grandes familles, outre celle de Miltiade et de Cimon ^, celle de Thémistocle, notamment, s'était conservée florissante et très considérée ^ On connaît encore, par des découvertes récentes, la famille des Alcicibiades. Parmi les nouvelles, la famille Médeios, appartenant aux Eumolpides et alliée aux Boutades, paraît remonter au i" siècle ap. J.-C.^ Et à côté d'anciennes familles sacerdotales
1) Cf. ci-dessus, p. 244, 4. Un certain M. AuréliosMiltiades de Marathon, dans BôcKH, C. 1. Gr., I, Addend., p. 912, n" 406 c. Descendant de Phidias (BoGKH, C. I. Gr., I, p. 461, sur le n" 446); de Périclès, de Conon et d'autres (Bockh, ibid., sur les n°« 448. 385. 393.)
*) Sur la postérité de Thémistocle au I""^ siècle ap. J.-G. , voy. les nombreuses indications rapportées dans Bockh, G. I. Gr., p. 441 sqq. sur le n» 385 (cf. ci-dessus pp. 163. 244; voy. aussi Plutarch,, Vit. X Orator., 7, [Lycurg.], 30, et Keil, dans le Philologus, XXIII [1866], pp. 603. 605. Lenormanï, Rech. arch, à Eleusis, p. 163). Cf. ensuite Hirschfeld, Die Familie des Titus Flavius Alkihiades, dans V Hermes, VII, 1, p. 52 sqq., et le Rhein. Museum, N. F., XX Vil [1872], fasc. 3.
3) Sur la famille Medeios, voy. Keil, dans le Philologus^ XXIII (1866) , p. 610 sqq.; cf. Bockh, C, I. Gr., I, p. 443, sur le n« 386.
378 LES GRANDES FAMILLES ATHÉlNIENNES
continuant à prospérer, comme les Lycomides^, les Eumolpides^, les Céryces ^ à côté des familles dans lesquelles les noms des fonctions sacerdotales (surtout pour les mystères d'Eleusis) avaient fini par devenir de véritables noms patronymiques, comme, entre autres , les Dadouques \ les Epibomo% apparaissent également de nouvelles grandes familles, notamment les Yibullius^ puis les Casios et Casianos\
Mais nous n'avons réellement de renseignements détaillés que sur un seul homme d^une autre grande famille qui ramenait orgueilleusement son origine aux plus anciennes de la ville, aux ^Eacides (par Miltiade et Cimon ^) et aux Érechtides et aux Céryces : c'est le célèbre Hérode Atticos^ Nous pouvons remonter, en suivant les traces précises de sa généalogie, jusqu'à la fin du dernier siècle av. J.-C.*°. Nous
*) D'une manière générale, voy. Bosler, De gentih. Attic, sacerdot., p. 7 sqq. Cf. Keil, dans le Philologus, XXIII, p. 613. Bockh, C. L Gr., I, p. 441 sqq. p. 473. Plutarch., op. cit. Pausan., IX, 27, 2. Voy. ci-dessus, p. 377, 2 et ci-après, note 4.
2) Cf. ci-dessus, p. 377, 3, et Bôgkh, C. I. Gr., I, p. 444. 448, sur les nos 388. 392. 399. 400.
3) BôCKH, p. 447 sq.
*) Dadouchos comme nom de famille, dans Bôgkh, C. I. Gr., I, n"* 185. 187. 188 b. 190. p. 325; n"^ 191. 192. 193. 194. 353 II, c, %. 3. 385. 423. Sur les familles de dadouques (Thémistocle, Fabius, Tib. Claudius, Leonidas, Lysiade, Sospis (cf. ci-dessus, p. 163, et Philostrat., Vit. Sophist., Il, 11, 1, p. 591), Démostrate, voy. Bockh, C. I. Gr., I, p. 442 sq., no 397. 423. 486. 488, et cf. dans le Hhein. Museum, N. F. XXI (1866), p. 510, F. Lenormant, Inscr. Grœcar. ineditar. centur. quarta, n^ 301. Lenormant, Recherch. archéol. à Eleusis, p. 145-157, et Philologus, XXIV (1866), p. 463 sqq. Plutarch., toc. cit.
^) Memmios in\ ^oiiico dans Bockh, C. I. Gr., I, nos 184. 185. 187, p. 325; nos 192. 193. 194. 272,' p. 378; no 353 II, c, lig. 4. p. 441 sqq. 447. Voy. d'une manière générale Philologus, XXIII, p. 242 sqq. Philostrat., Vit. Sophist., II, 11, 1, p. 591 : cf. Meier, Ind. Archont. Eponym., s. v.
6) Cf. Bôgkh, C. I. Gr.y n°« 196. 269. 376. Rhein. Museum, N. F., XXI (1866), p. 515; Lenormant, Inscr. Grsec. inédit, centur. quart., n» 320.
') Cf. BôCKH, 1, pp. 375-379, et n« 353, I, lig. 4; ÎI, lig. 6. p. 422; n° 444, lig. 6, (Le personnage du nom de Gaius Julius Spartialicos, à Athènes — mentionné ci-dessus, tom. I, p. 488, 1 —, est, dans le Rhein. Museum, XVIII, p. 63, placé sous l'empereur Claude).
8) Cf. Pausan. II, 29, 4. Philostrat., Vit. Sophist., II, 1, 1, p. 546 et 547. Suidas, s. v. Herod.
9) Franz (Bôckh), C. I. Gr.y III, p. 923 b fin. »o) Gf. Bôgkh, C. I. Gr., I, p. 468.
LES ANCÊTRES d'iIÉHODE ATTICOS 379
avons déjà rencontré un Ilérode (cf. 1. 1, pp. 300. 412, 2. 482, 1) pendant les derniers temps de la République romaine et pendant les premiers du gouvernement des Césars^; son fils Euclès^ qui, en sa qualité de premier stratège d'Athènes, avait encore assisté entre l'an 12 et Tan 1 av. J.-C. à la fête de la dédicace du sanctuaire d'Athêna Archégétis (tome I, p. 482), construit sous la direction de son frère, puis sous la sienne, doit être vraisemblablement considéré comme l'arrière-grand-père de l'homme célèbre dont nous avons à nous occuper ici. Quant à son grand-père Hipparque, il eut le malheur d'être — nous ne savons pas sous quel empereur (peut-être sous Domitien) — condamné pour ce qu'on appelait un crime de lèse-majesté et de voir son patrimoine^, comprenant entre autres de vastes plantations d'oliviers, confisqué et vendu. Il semblait, dans ces conditions, que celte famille jusque-là si riche et si considérée fût menacée de la plus triste décadence, lorsque, du moins d'après la tradition qui nous est parvenue, une bonne fortune inattendue la releva tout d'un coup et lui rendit sa splendeur. Sous le règne de l'empereur Nerva, en effet, le fils d'Hipparque, Tib. Claudius
') Peut-être est-il possible de remonter encore plus haut pour la généalogie de cette famille. 11 n'est du moins pas invraisemblable que le personnage du nom d'Euelès. mentionné à l'époque d'Hyrcan, à côlè de l'archonte Agathocle, dans Joseph., Ant. Jud.,XlY, 8, 5 (tom. I, p. 301 sqq. et 482), fils de Ménandre et natif d'Halimonte, soit un ancêtre de l'Hérode et de l'Euclès dont il s'agit ici. (Quant à la question de savoir si c'est à la même famille qu'aurait appartenu le général athénien Euclès, contemporain de l'historien Thucydide, qui joue un rôle dans la guerre contre Archidamos jThucyd, IV, 104], c'est ce qui demeure incertain).
2) Cf. BocKH, C. I. Gr., I. n° 477, p. 468 b. (Franz, Elem. Ejngr. gr., [p. 250, n"98]. Il eut peut-être pour fils (outre Hipparque), Tib. Claudius Euclès, dont il est question dans Bockh, C. I. Gr., I, Addend., p. 912, no 419 h. Cf. à ce sujet les autres conjectures exposées dans Dittenberger, p. 86 sqq. (Un Euclès, de Marathon, est mentionné dans Bôckh, n" 684, 2). C'est sans doute aussi à cette famille qu'appartenait le maître de Plutarque, le rhéteur Hérode, contemporain de l'Euclès mentionné dans le texte et d'Hipparque; voy. ci-dessus, p. 162. cL^Plin., Eirlst., IV, 3. 18. V, 15.
^) Pour l'affaire elle-même, voy. Bôckh, C. I. Gr., n° 355, Hg. 4 et 31, p. 426 6, et Philostrat., Vit. Sophist., II, 1, 2 init., p. 547 (cf. Sueton., Vespasian., 13). Mommsen, Rom. Gesch., V, p. 260, donne pour raison la « puissance envahissante » d'Hipparque, autrement dit ses aspirations à la tvrannie.
380 NERVA ET ATTICOS
Atticos Herodes s découvrit un grand trésor dans une maison lui appartenant, près du théâtre. Il ne connaissait pas encore le caractère bienveillant de Nerva et n'était pas sans redouter la rapacité fiscale de Fadministration romaine; aussi mit-il l'argent à la disposition de l'empereur. Mais Nerva répondit gracieusement : « Eh bien , use de ton trésor ! » Atticos n'était pas encore complètement rassuré et écrivit de nouveau : « Il y a une telle masse d'argent ! c'est pourtant trop pour un particulier ! » Alors Nerva lui fit dire simplement : « Eh bien^ mésuses-en! Car enfin, c'est ta propriété!" » Atticos conserva donc sa trouvaille; et dès lors, redevenu riche, deux fois consul, légat de Judée en 107 ^, il rencontra facilement dans sa parenté une épouse de bonne famille, qui lui apporta aussi, de son côté, un patrimoine colossal*. Ce trésor et celte dot furent la base de l'immense fortune qui valut à la famille, dans le cours du n^ siècle ap. J.-C, non seulement à Athènes et en iVchaïe, mais encore en Asie et en Italie, une si grande réputation par la manière dont elle l'employa avec générosité et même avec prodigalité.
Mais l'homme qui contribua le plus à fonder ainsi l'éclat de sa maison fut le fils même de cet Atticos; ce fut le Tiberius Claudius Atticos Herodes^ dont il a été tant parlé. Cetflérode,
'^) C'est ce que dit I^hilostrat,, Vit. Sophist., II, 1, 2, p. 547 sq. D'autres, comme Suidas, s. v. Herodes, et Aristid., (éd. Dindorf), III (SoPATRi Prolegomen.), p. 739, paraissent attribuer la trouvaille à Hérode lui-même. Sur le nom du personnage, voy. maintenant Diïtenberger, Die Famille der Herodes Atlicus, p. 69.
2) Phu^ostraï., Vit. Sophist., Il, 1, 2, p. 547 sq., et d'après lui Zonar. Annal., XI, 20 s. fin. : cf. les passages cités dans la note précédente.
^) BoRGHEsi, Œuvres, V, p. 534, etMARQUAROT, Rom. Staatsverwaltung, I -, p. 419 sqq.
*) C'est ce que dit Philostrat., ibid., 1, 2 fin.
^) DiTTENBERGER, p. 61. Ou l'appelle aussi simplement Hérode, Cl. Hérode, ïib. Cl. Hérode, Hérode fils d' Atticos, Hérode Atticos, ou Hérode de Marathon; voy. Franz, p. 926. Meier, Ind. Arch. Eponym., s. v. C. Keil, s. v., dans Pauly, R. E., 1 -, 2, p. 2096 init. Voy. résumée dans Keil, op. cit., la riche bibliographie des travaux anciens et modernes concernant cet homme remarquable ; parmi les plus récents, nous ne mentionnerons ici que BôGKH, C. I. Gr., I, p. 42 sqq. et plus particulièrement J. Franz, dans le C. I. Gr., III, p. 916 sqq., et notamment l'article déjà cité de Keil dans Pauly, loc. cit., pp. 2096-2104, travail extrêmement consciencieux, ainsi que R. ScEiiLLBACH, Ueber das Odeion des Herodes Atticos, p. 7 sqq.
ÉDUCATION d'jIÉRODE 381
d'après l'opinion admise aujourd'hui comme probable, naquit en l'an 101 ^- sa mère s'appelait Vibullia Alcia de Marathon; sa patrie fut l'antique et célèbre dème de Marathon ^ Enfant très bien doué et très avide d'apprendre % il reçut une solide instruction; son penchant le porta de bonne heure à l'étude de la rhétorique, suivant l'esprit du temps, et il devint aussi plus tard un des rhéteurs ou sophistes les plus célèbres de toute cette période. Son père, qui était lui-même un admirateur passionné de la rhétorique de l'époque et qui aimait à combler les sophistes contemporains en renom des marques de son amitié hospitalière et de sa libéralité royale, lui donna tous les moyens propres à compléter et à perfectionner son éducation. Instruit d'abord à l'école des grands modèles de l'antiquité, parmi lesquels il préférait tout spécialement Crilias; formé ensuite, en divers temps, par des maîtres renommés de son époque, par des hommes tels que Polémon de Smyrne\ Favorinus^, Scopélianos de Smyrne^, Sécun-
Ellissen, luv Geschichte Athens, pp. 73-88. Vidal-Lablache, llérode Atticus, étude critique sur sa vie, Paris, 1872, et enfin Dittenberger, Die Familie des Herodes Atticus.
') Cf. Keil, lue. cit., p. 2096. Franz, loc. cit., p. ;922 6. 923 et 925 b. Clinton (cf. p. 145), p. 173, admet la date approximative de 100 ap. J.-C. Dittenberger, pp. 69. 71. 73. 82. 84 sqq.
2) Suidas, s. v. Herod. Philostrat., Vit. SojMst., Il, 1, 15 fin. Bôckh, CL Gr., III, no 6280 B. lig. 5.
3) Philostrat., Vit. Sophist., II, 1, 14, p. 565. Libéralité d'Atlicos à l'égard des sophistes étrangers et à l'occasion de l'éducation de son fils Hérode : voy. Philostrat., Vit. Sophist., I, 21, 7, p. 521.
*) Les études d'Hérode chez Polémon ne firent à proprement parler que donner comme un dernier poli à sa culture intellectuelle ; car il ne fut le disciple de ce sophiste qu'étant déjà un homme fait, à une époque où il avait lui-même un nom (voy. ci-après) et où il était depuis un certain temps, en Asie, fonctionnaire du gouvernement romain. Pour le court séjour qu'Hérode fit chez Polémon, en qualité de disciple, il lui alloua 250,000 drachmes (ou francs) d'honoraires! Cf. Philostrat., Vit. So2Mst., I, 25, 6 et 7. II, 1, 14 init.
^) Favorinus conserva avec lui des relations permanentes d'amitié et lui légua même en mourant toute sa bibliothèque, une maison à Rome et un esclave au teint olivâtre, natif de l'Inde et nommé Autolecythos (Philostrat., Vit. Sophist., I, 8, 3, p. 490. II, 2, 14 init.)
^) Scopélianos (Philostrat., Vit. Sophist. ^ I, 21, 7, p. 521; II, 1, 14 init.). Franz, p. 922 sq. et 925, pense qu'Hérode ne reçut les leçons de Scopélianos qu'après la mésaventure qui lui arriva devant Hadrien (voy. ci-après, p. 382).
382 HÊRODE EN ASIE
dus d'Athènes *, et aussi par l'enscig-nement de Théagène de Cnide, de Munatius de Traites, ses maîtres dans les sciences critiques, c'est-à-dire dans la grammaire et la philologie, de Tauros de Tyr, philosophe platonicien ^ Hérode fit l'oraison funëhre d'un de ses maîtres, de Secundus, quoique, devenu rhéteur pour son propre compte, il se fut brouillé avec lui^
Hérode qui, à de remarquables facultés joignait toujours une infatigable application, se fit jeune encore une notoriété assez étendue. Les Athéniens renvoyèrent, vraisemblablement en l'année 118, saluerl'empereur Hadrien, qui se trouvait alors sur le bas Danube, et c'est à cette occasion qu'il prononça devant cet empereur une harangue solennelle ; mais il y échoua complètement, à sa grande honte ; ce fut même pour lui un véritable désespoir*. Cela n'empêcha pourtant pas le même Hadrien, auprès duquel il acquit peu à peu une faveur toujours croissante, de lui ouvrir en 130 le chemin du Sénat de Rome et, vers 131, dele nommer « diorthote » ou commissaire impérial des « villes libres » de la province d'Asie ^ Il mani-
*) Cf. BocKH, C. L Gr., p. 448, sur les nos 399 et 400, et Philostrat., Vit. Sophist., I, 26, p. 544. II, 1, 14 init. Philologus, XVII (1861), p. 149 sqq., et XVIII (1862), p. 523 sqq.
2) Suidas, s. v. Herodes. Munatius : Philostrat., Vit. Soph., I, 25, 7, p. 538, et voy. d'une manière générale II, 1, 14 init. Keil, p. 2097. Ellissen, p. 96.
3) Philostrat., Vit. Sophist., I, 26, p. 544. Bockh, C. l. Gr., î, n° 399, p. 448 b.
*) Pour la chronologie, voy. Franz, op. cit., p. 922 b, 925 6. Sur Hadrien, à cette époque, cf. Flemmer, op. cit., p. 3. 17 sqq. Sur le fait en luimême : Philostrat., Vit, Sophist., II, 1, 14, p. 565. Cf. aussi Clinton, p. 133.
^) SuiDAS, S. V. Herodes. Philostrat., Vit. Sophist., 1,25, 6, p. 537 et II, 1, 3, p. 548; 8 init., p. 554 sq. D'après Franz, op. cit., p. 922. 924. 925, Hérode aurait, entré l'année 125 et l'année 128, occupé en Asie un emploi public, tout en voyageant comme rhéteur. Keil, p. 2097. Ellissen, p. 75. SiEVERS, par contre, dans Pauly, jR. E., I, 1, à l'article Antonini, p. 1193, opine avec Heyse (dans la Zeitschrift fiXr Alt. Wiss., 1839, p. 123, note 15) pour l'année 128, tandis que Dittenberger (p. 75) se prononce pour l'année 131. Alors qu'il était déjà lui-même professeur de rhétorique, Hérode, comme nous l'avons dit, suivit encore les leçons de Polémon de Smyrne et le rémunéra richement (Philostrat., Vit. Sophist., I, 25, 6 et 7, p. 537 sqq. et 539, II, 1, 3, p. 548). Sur le souvenir qui fut gardé de ce séjour en Asie, voy. ce qui reste d'un décret de Smyrne dans BôcKH, C. I. Gr., II, n» 3187, 2, p. 731, et une statue d'Hérode à Éphèse,
HÈRODE EN ASIE 383
festa déjà dans ces fonctions, qu'il exerça évidemment pendant plusieurs années, le caractère et les tendances qui plus tard parurent en lui avec des traits d'une originalité toute particulière. D'un côté, en effet, il montrait déjà alors ce penchant à la munificence, né en partie de ses sentiments généreux et de son goût pour les grands travaux d'architecture, en partie aussi de la vanité, stimulé d'ailleurs par l'infatigable passion de bâtir qui possédait son protecteur Hadrien; déjà il aimait à dépenser son irnmense fortune en libéralités grandioses, étendues à des villes entières. Il aida notamment de ses propres deniers et de la manière la plus généreuse les Troadiens, comme on les appelait, c'est-à-dire les habitants de la ville d' Alexandria Troas, qui avaient dû se contenter jusqu'alors de très mauvaise eau, à établir un magnifique aqueduc. Pour parler plus exactement, il avait déterminé l'empereur Hadrien à affecter à cette entreprise trois millions de drachmes (ou francs) provenant des revenus de la province d'Asie. Hérode dirigea lui-même les travaux, qui se montèrent à la somme énorme de sept millions de drachmes. Alarmé par les scrupules de ses gouverneurs et fonctionnaires d'Asie au sujet de ces dépenses colossales faites pour une seule ville^ Hadrien, qui se trouvait alors à Athènes, eut devant le vieil Atticos des paroles de blâme pour laprodigalitéd'Hérode. Atticos alors prit immédiatement au nom de son fils, sur la fortune de celui-ci et sur la sienne, la charge des quatre millions de drachmes dépensés en sus du devise D'un autre côté, le tempérament passionné, fougueuxet impérieux d'Hérode éclatadéjà alors d'unemanière pénible dans une occasion où il se montra fort peu gracieux, lors d'un voyage au mont Ida, vis-à-vis du proconsul d'Asie, le bienveillant M. Antoninus (celui qui fut plus tard empereur) ^.
avec inscription (n° 2978). Hérode florissant comme rhéteur vers la fin du règne d'Hadrien ; mention qui en est faite dans Syncell., Chronogr., éd., Bonn, p. 661, ou p. 178 fin. (V.), p. 350 b (P.).
1) Philostrat., Vit. Sophist., II, 1, 3, p. 548 ; que le fait soit visé dans le texte de Bôckh, G. I. Gr., II, no 3579, p. 873 6, c'est ce qui est, par contre, d'après Keil, p. 2097, très contestable. Cf. aussi C. J. Gr., n° 3583.
2) Philostrat., Vit. Sophist., II, 1, 8, p. 554 sq. Antonin proconsul d'Asie; voy. ci-dessus, p. 362. Cf. aussi Philostrat., I, 25, 3 et Digest., XLVIII, 3 {De custod. et exhibit, reor., fr. 6).
De retour à Athènes, Hérode fut pendant le règne d'Hadrien agoranome ^ ; de plus, probablement dès 127-128 (cf. p. 345), il fut revêtu de la charge d'archoiiie éponyme ^ Enfin, en 129 probablement, Hérode présida à la solennité des Panhellénies, qu'Hadrien avait créées ^
Mais c'est sous les Antonins que le crédit et l'influence d'Hérode atteignirent leur apogée. Devenu peu à peu un professeur de rhétorique très apprécié et en possession de la célébrité, Hérode^ fit aussi son voyage de Rome, et visita la capitale du monde^ comme tant de rhéteurs et de philosophes grecs en renom. Il y compta parmi ses auditeurs (en l'an 140 et depuis)* les deux fils adoptifs d'Anlonin le Pieux, Marc- Aurèle et L. Verus^ De là résultèrent pour Hérode des relations très intimes, pendant de longues années, avec ces deux futurs Augustes ^ et une haute faveur h la cour et auprès du grand monde de Rome. Hérode, en effet, appartenant lui-même à une famille investie du droit de cité romaine depuis le temps des empereurs de la maison Claudia, et même sénatoriale par son père ', ne fut pas seulement honoré du consulat romain ^,
') Cf. Keil, p. 2097, qui cite à l'appui de celte assertion une inscription publiée par Pittakis dans L'ancienne Athènes, 1835, p. 122. Dittenberger, p. 71.
2) Keil, loc. cit. Philostrat., Vit. Sophist., If, 1, 5, p. 550. Meier, Ind. Arch. Eponym., s. v., p. 85 a. Ephem. Arch., n» 181, p. 175. Philistor, I, 9, p. 381, n"s 1. 3. III, 1, p. 62sqq., n» 2, 1 et Vhilologus, Suppl.,II (1863), p. 591-596. Dittenberger, p. 71.
3) Philostrat., Yit. Sophist., II, 1,5. p. 550. Keil, p. 2097, et ci-dessus, p. 335. Wachsmcth, Die Stadt Athen, p. 695. Dittenberger, p. 74. Hérode, avec son frère Hérodien (voy. ci-après, p. 385, 1), éleva aussi une statue à l'empereur Hadrien comme à son bienfaiteur, {Ephem. Arch., n° 4006. Keil, p. 2103. Cf. ci-après, p. 386,2).
*) Franz, op. cit., p. 925 b.
^) Dio Cass., LXXI, 35; voy. aussi Capitolin., Marc. Anton. Phil., 2, 4. Ver., 2, 5.
6) Cf. ci-dessus, pp. 371 et 373.
') Philostrxt., Vit. Sophist., I, 25, 6, p. 536 et II. 1, 1, p. 546. Cf. Suidas, s. v. Herodes ; ci-dessus, p. 380, et Mommsex, Rom. Gesch., V, p. 261.
8) Aristid., éd. Dindorf, III (Sopatri Prolegomen.), p. 7.39. Philostrat., Vit. Sophist., I, 25, 6, p. 536. (Cassiodor., Chron., éd. Mommsen, p. 637. Gell., Noct. Att., I, 2, 1. IX, 2, 1. XVIII, 10, 1. XIX, 12, 1. Bôckh, C. I. Gr,, I, no 1077. III, no 6280 B. lig. 34 sqq. Voy. Fraxnz, op. cit., p. 924 a. 925. Keil, Syli. inscr. Boeot., p. 129. Clinton, Fast. Roman. ^