‹ Histoire de la Grèce sous la domination des Romains (volume 4)Chapitre 134 sur 179 · HÊRODE ET LA DYNASTIE REGNANTE · texte numérisé non relu

HÊRODE ET LA DYNASTIE REGNANTE

sèment*. On a prétendu qu'Hérode, qui avait déjà accepté les fonctions de prêtre d'Hadrien et de Zeus dans rOlympiéon^, à l'exemple de son père promu aussi prêtre des Césars, avait été par surcroît grand-prêtre spécial présidant au culte des empereurs Marc-Aurèle et L. Yerus à Athènes ; mais c'est là une opinion qui ne se soutient pas ^

Toutes ces dignités, tous ces honneurs auraient cependant pu être le partage de tout autre Athénien ayant une situation élevée. Mais seul un homme possédant l'immense fortune d'Hérode pouvait rendre son nom immortel chez les Grecs de son temps de la façon qu'il nous reste maintenant à faire voir. Son père Atticos, dans sa prodigalité, avait commencé à dépenser ses richesses fraîchement gagnées en partie de la même façon qu'autrefois cet Épaminondas d'Acrsephia^ dont nous avons parlé, et d'autres Hellènes ayant les mêmes idées. Les fêtes avaient été pour Atticos, à diverses reprises, l'occasion de se mettre largement en frais pour offrir des sacrifices et pour traiter ses concitoyens athéniens et les étrangers qui y assistaient ; il aimait notamment, lors des sacrifices solennels en l'honneur d'Athêné et d'autres divinités, à immoler en un seul jour cent bœufs et à nourrir tout le peuple athénien par tribus et par familles ; de même, lors des Dionysies, à offrir au Céramique le vin aux Athéniens et aux étrangers. Finalement^ lorsqu'il mourut (probablement après 131 et avant 138), il ordonna par son testament que sur sa succession il serait compté à chaque Athénien, tous les ans, une mine (98 francs). Mais son fils n'approuva pas cette disposition, et d'ailleurs il attribuait la rédaction de ce testament à des

*) Philostrat., Vit. Sophist., II, 1, 11, p. 561.

«) BôCKH, C. I. Gr., I, !!•> 335 et 336, et p. 413 6. Cf. Keil, op, cit., p. 2097 et 2098.

3) Keil, Syll. inscr. Boeot,, no XXXII, p. 127. Voy. en outre Philologus, Suppl. Il (1863), p. 130 et XXIII (1866), p. 489. (Lebas, Béotie, p. 109, n» 503. Lenormant, Rech. arch, à Eleusis ; recueil des inscript., p. 259). Ephem, Arch., n» 3363, 2, p. 1760. Voy. encore Keil, Philologus, Suppl. Il (1863), p. 629 sqq. et les inscriptions de tribus attiques citées par Keil dans Pauly, op. cit., p. 2098. Bôckh, C. L Gr., n»» 382. 383. Dittenberger (p. 72 sqq.) a démontré depuis que la dignité d'àp^iepeù; tôv Seêaffx&v doit être rapportée à Atticos, père d'Hérode, comme prêtre des empereurs et que cet office s'est transmis par liérédité à Hérode.

influences étrangères, hosliles à sa personne. Hérode assurément n'avait pas Tintention ou iljugeait impossible d'ouvrir pour Athènes, avec sa propre fortune, des sources nouvelles et permanentes de prospérité, et de faire revivre le commerce et l'industrie. Mais, d'un autre côté, il était réellement très choqué de .ce gaspillage colossal et en outre parfaitement inutile ; si contraire que fût à ses idées de grandeur princière Favarice entassant stérilement ses revenus, si compatissant qu'il se montrât à toute époque pour les pauvres, poussant souvent la générosité bien au delà de la mesure*, c'est sur d'autres objets qu'il portait ses vues. A l'exemple d'Hadrien, il voulait au moins créer des œuvres qui, tout en étant, à la vérité, pour la plupart de brillants monuments de sa générosité et de sa vanité, fussent destinées cependant soità rehausser par des attraits nouveaux la beauté architecturale d'Athènes et d'autres villes de la Grèce, soit à procurer à diverses communes un avantage durable et d'un intérêt général. Il n'exécuta donc pas le testament de son père, mais il proposa aux Athéniens, à titre de transaction, de compter à chacun une somme une fois donnée de cinq mines (490 francs). Mais comme, dans la liquidation, il déduisit les dettes pour lesquelles depuis de longues années beaucoup de citoyens continuaient de figurer sur les livres de son père et de sa mère , plusieurs ne reçurent que peu de chose; quelques-uns ne reçurent absolument rien ; d'autres encore devaient beaucoup plus que la part leur revenant, de sorte qu'il leur serait même resté des remboursements à faire à Hérode. A la vérité, les Athéniens ne lui pardonnèrent jamais cette conduite, à raison de laquelle ils ne cessèrent de le poursuivre, comme c'était dans leur caractère, de leur dédain et de leurs sarcasmes ; et Hérode avait déjà achevé la magnifique construction du Stade panathénaïque (voy. ci -après) qu'ils disaient encore dans leur rancune : « Le stade s'appelle à bon droit panathénaïque, puisqu'il a été construit avec l'argent dont Hérode a frustré tous les Athéniens ^

^) Prodigalité d'Atticos ; son testament : Philostrat., VU. Sophist., II, 1,

3 fin. et 4 init. p. 549. Caractère d'Hérode : Philostrat., II, 1, 1 fin. p. 547.

-) Philostrat, > II, 1, 4 On., p. 549. Kn évaluant à six mille le nombre des

388 RESTAURATION DU STADE PANATHÉNAÏ(JUh:

En revanche, il ne manqua à aucune époque de donner des preuves d'une efficace générosité, qui s'exerça aussi de la manière la plus large vis-à-vis des particuliers, sans en excepter les plus sordides des pseudo-philosophes en manteau de mendiant, iqu'il avait en horreur* . Peu de temps vraisemblahlement après la mort de son père et après cette délicate liquidation par laquelle il avait réglé ses comptes avec la population athénienne-, il fit restaurer ce qu'on appelait le Stade panathénaïque de Lycurgue, situé de l'autre côté de rilissos ; il le fit paver sur toute son étendue en marbre blanc provenant des magnifiques carrières du Pentélique, travail qui exigea quatre ans; et ce Stade désormais^ dans son éblouissante magnificence^ figura dignement à côté du nouveau quartier d'Hadrien, dont il était voisin *. Sur le rocher qui forme la paroi occidentale du Stade, Hérode édifia un temple à Tyché, avec la statue en ivoire de la déesse tenant à la main un gouvernail". Une inscription nous apprend de plus qu'Hérode éleva également un temple à Athene dans un dème de l'Attique , à Myrrhinonte, et qu'il y consacra l'image de la divinité ^ Mais son œuvre capitale à Athènes fut le grand Odéon ou théâtre couvert , luxueux et splendide monument d'une remarquable beauté, qu'il édifia (ultérieurecitoyens d'Athènes, à cette époque, Hérode aurait eu à payer, en chiffres ronds, environ 2,940,000 francs.

') D'après Gell., lY. A., IX, 2.

2) FaANz, op. cil., p. 925 h : ce travail fut exécuté avant la fin du règne d'Hadrien, alors qu'Hérode avait déjà une fois, suivant toute apparence, présidé aux Panathénées. Philostrat., Il, 1. 5 init. Ellissen, p. 76 sqq.

3) D'après la conjecture de Waghsmuth dans leRheln. Mm., XXIII (1868), p. 22, et Die Stadt Athen,,p. 696, Hérode construisit peut-être aussi le pont sur rilissos, qui était le complément de ce travail et dont il reste encore des débris.

*) Philostrat., H, 1, 4 fin. et 5, p. 549 et 550. Pausan., I, 19, 7. Sum., s. V. Cf. Ellissen, p. 76 sqq. Breton, Athènes décrite et dessinée, p. 301 sqq. BuRSiAN, dans Pauly, R. E., I , p. 1980, et Geogr. von Griechenland, I, p. 320.

°) Philostrat., Il, 1. 5, p. 550. Breton, op. cit., p. 303. C. Ke\l, Sched. epigr., p. 16. Bursian, Geogr., p. 320.

^) BôcKH, C. I. Gr., I, no 490. Ephem. Arch., n» 1450. Lebas, Attique, no 13. Keil, dans Pauly, op. cit., p. 2099, lequel mentionne encore une autre inscription placée au Parthenon et concernant probablement notre Hérode,

I/ODÉON DK RÉGTLLA 389

ment à l'année 161 ap. J.-C.)poar honorer la mémoire de son épouse Régilla, décédée en 160 (voy. ci-après), sur la pente sud-ouest de l'acropole. Ce théâtre, dont la façade était tournée au midi, pouvait contenir environ 6,000 spectateurs. La toiture, en bois de cèdre, a naturellement disparu depuis long-temps. Mais les constructions en pierre subsistent en grande partie encore aujourd'hui, et ont été de nos jours mises de nouveau complètement à découvert. La partie destinée aux sièges des spectateurs était adossée au flanc de la citadelle ; sur 31 ou 33 rangées^ formant deux divisions, se trouvaient des sièges de marbre. L'orchestre était revêtu de dalles carrées où le marbre blanc du Pentélique alternait avec le cipollin de Caryste, veiné de vert mat, de jaune et de gris. Cet édifice fut en son temps très admiré des Grecs ; les modernes trouvent cependant qu'à côté des restes de l'époque de Périclès, il ne produit pas une impression profonde ^

A côté de cette œuvre se placèrent d'autres preuves durables d'une générosité presque princière. Ainsi nous savons qu'Hérode provoqua la mesure par suite de laquelle les éphèbes athéniens portèrent , lorsqu'ils assistaient aux assemblées et dans les processions solennelles, des manteaux blancs au lieu des noirs qui étaient en usage jusqu'alors ; et ces manteaux, Hérode leur en fit don ^ De même, lorsqu'il présida aux grandes Panathénées, où il déploya , comme lors de son archontat et de la présidence des Panhellénies,la plus magnifique générosité, il fit, à l'étonnement d'une foule curieuse, mouvoir par des rames, à l'aide de machines « souterraines », le vaisseau sacré qui roulait en portant le péplos de la déesse*.

*) Philostrat.. II, 1, 5, p. 551; 8, p. 556. Pausan., VII, 20, 3. Suid., s. V. Herodes. Bôckh, C. J. Gr., III, n° 6280 B. lig. 46. Franz, op. cit., p. 924 6. PiTTAKis, Ephem. Arch., n« 48 (1858), p. 1707-1714. R. Schil- BACH, p. 19 sqq. BuUett. dell'Instit. Archeol. , 1858, p. 105. Gerhard, Archciol. Anz., 1859, n" 121. p. 2* n° 3. Breton, op. cit., p. 286 sqq. Bursian, Geogr. von Griechenland, I, p. 304, et dans Pauly, R.-E., I, 2, p. 1980. IwANOFF, dans les Annal. dell'Instit., XXX, p. 213 sqq. Keil, op, cit., p. 2099. Philolognsy XXIII (1866), p. 503 sqq. Ludwig, Vier Tagein Athen, p. 50.

*) Philostrat,, II, 1,5, p. 550. Voy. l'inscription dans le Philistor, II, 18 p. 268, lig. 10. Dittenberger, De Attic. Epheb., p. 57-59.

3) Philostrat., H, 1, 5, p. 550. (Pausan., I, 29, i). A. Mommsen, Hear-

390 LIBÉRALITÉ I)' H ERODE

De même encore, comme nous l'avons dit, il éleva dans le dème de Myrrhinonte un temple à Athêné et y consacra une nouvelle statue de la déesse*. Des dons aussi riches lui valurent assurément, aussi longtemps qu'il ne fut pas brouillé avec la population (voy. ci-après), une reconnaissance que les Athéniens lui exprimèrent à leur façon. Si la couronne d'honneur avait récompensé le généreux usage qu'il avait fait de sa fortune dans sa gestion comme archonte ou lorsqu'il avait présidé une première fois aux grandes Panathénées % on ne lui refusa pas non plus les autres distinctions, siège d'honneur au théâtre^, nombreuses statues et inscriptions-, dont l'Athènes de cette époque aimait tant à gratifier libéralement ses bienfaiteurs, les riches et grands personnages de langue romaine et grecque*. Il est à remarquer notamment que les tribus de l'Attique, alors au nombre de treize, lui décernèrent l'hommage d'autant de statues avec des inscriptions laudatives, et qu'il lui en fut également élevé une, avec une inscription en son honneur, à Myrrhinonte ^

tologie, p. 187. Hermann, Gottesdienstl. Alterth.^ § 54, 15. Rhein. Mus.., XIV, p. 493. Wachsmuth, Rhein. Mus., XXIII (1868), p. 46, note 85. Ellissen, p. 76, entend par ce que Philoslrate appelle machines souterraines une mécanique cachée dans l'intérieur du navire et dont on ne voyait pas les roues motrices.

») Cf. BôcKH, C. /. Gr., I, n° 490. Lebas, Attique, n° 13, p. 2. Keil, dans le Philologus, Suppl., II (1863), p. 557.

*) Philostrat., Vit. Sophist., II, 1, 5 init., p. 550. Ellissen, p. 76 sqq.

^) D'après la conjecture de Keil, Philologus, XIII (1866), p. 622.

*) Inscription en l'honneur d'HérodeAtticos, dans Ross, Archàolog. Aufs.y II, p. 653. Sur les 13 statues à lui élevées par les tribus, voy. Keil, dans Pauly, op. cit. y p. 2098, avec les restes de ces inscriptions (statue et inscription de la tribu Antiochide, voy. Bôckh, n°^ 382. 383) ; les renseignements sur d'autres honneurs publics rendus à Hérode ou sur d'autres statues à lui élevées sont réunis op. cit., p. 2099 sqq. Voy. aussi les indications sur les honneurs décernés à d'autres personnages, y compris des étrangers de ses amis, honneurs aux frais desquels on voit qu'Hérode participe généreusement, même dans des villes étrangères : PhilologuSy XXIII (1866), p. 233 ; il en fut ainsi, par exemple, pour un jeune Corcyréen : BôGKH, II, n° 1883.

^) Cf. les passages cités dans la note 2 ci-dessus Les Hellènes qui se réunissaient à Platée pour les Éleuthéries paraissent également lui avoir élevé une statue avec inscription honorifique. Cf. Keil, Syll. inscr. Boeot., n° 32, p. 127 sqq., et aussi Philologus, Suppl. II (1863), p. 630. Statue et inscription en l'houneur d'Hérode à Éphèse : Bôckh, II, n° 2978.

CONSTRUCTIONS d'hÉRODK EN GRÈCE 391

D'ailleurs — et c'était de même tout à fait dans l'esprit de ce temps — Hérode, en cela encore imitateur d'Hadrien, ne réserva pas ses libéralités pour les seuls Athéniens, mais les répandit également en abondance sur les autres Grecs de la province d'Achaïe. De ce côté, son action fut en général très bienfaisante et très utile. Non content de faire parvenir des subsides considérables aux villes de l'Eubée, à Mégare, à des villes du Péloponèse * et de la Béotie % il releva par un large système de secours la ville d'Oricosen Épire, alors profondément déchue (probablement par suite du tremblement de terre qui eut lieu sous Trajan — ci-dessus, p. 452) ^ Il fit preuve de beaucoup d'humanité en portant son intérêt sur les bains des Thermopyles (p. 216) et en faisant enfermer dans de beaux bassins de marbre, pour l'usage des malades des régions voisines, leurs sources dont les vertus curatives avaient une vieille réputation*. Amateur zélé des grandes fêtes nationales de la Grèce", il voulut être utile à l'assemblée solennelle des Jeux olympiques, qui, depuis les siècles les plus reculés, n'avait pas d'eau fraîche à boire au milieu des chaleurs brûlantes de l'été, dans l'atmosphère étouffante de

*) Ephem. Arch., no 3363, p. 1760. Bôckh, C. L Gr., ti« 1077, pour Mégare. Les Gythéates de Laconie, chez qui il avait fait bâtir des bains et paver les rues, lui élevèrent à Athènes une statue dans l'inscription de laquelle ils le célébrèrent comme leur « ctcûtyip » et leur « xrtaTYjç ». Ephem. Arch., n°3363, 2.

2) Pour l'Eubée, le Péloponnèse et la Béotie d'une manière générale, voy. Philostrat., Vit. Sophist.^ II, 1, 5 fin., p. 551. Cf. aussi (vraisemblablement pour Platée et les Eleuthéries qui y étaient célébrées) Keil, Syll. inscr, Boeot., no 32, p. 127. Voy. en outre Philologus, Suppl. II, p. 630.

3) Cf. ci-après p. 408, 2 et voy. Philostrat., II, 1, 5, p. 551 et 12 init., p. 562. Keil, p. 2098, et Franz, op. cit., p. 925 b. (11 faut avouer que le nom d' « Oritos » dans Syncell. Euseb. et Hieronym. [V. ci-dessus, p. 152, 3j n'est peut-être pas une mauvaise leçon, mais doit s'entendre de la ville d'Oréos en Eubée).

*) Philostrat., II, 1, 5, p. 551 (Paus., IV, 35, 6). Bursian, Geogr, von Griechenlandy I, p. 93.

^) Hérode paraît aussi avoir parlé en qualité de sophiste devant la panégyrie olympique (peut-être à l'occasion de l'inauguration de son aqueduc) : Philostrat., Vit. Sophist., I, 25, 7, p. 539. II, 1, 9, p. 557; cf. p. 564 sqq. Keil, op. cit., p. 2098 ; il paraît également avoir présidé une fois, comme agonothète, à la panegyric pythique; cf. Philostrat., II, 1, 11, p. 559. Keil, p. 2103, et voy. ci-après p. 393, 2.

392 AQUEDrc d'olympie

la vallée de l'Alphée hantée par des essaims de moucherons ; il fit arriver dans la vallée d'Olympie un magnifique aqueduc. Les avantages de ce travail, pour Tagrément et la santé de ceux qui prenaient part à la fête (et qui jusqu'alors , à raison du manque d'eau dans cette région, n^avaient été que trop souvent décimés par de dangereuses fièvres), ne furent point amoindris parce que Pérégrinus Protée, le Cynique hargneux, l'ennemi acharné et perpétuel d'Hérode à Athènes comme ailleurs*, l'attaqua devant tous les Hellènes, dans un discours injurieux, comme un homme « qui voulait les efféminer ». Au contraire, ce discours de Pérégrinus provoqua chez les Hellènes une telle fureur que le Cynique, sur le point d'être lapidé par ses auditeurs exaspérés^ ne put se soustraire au danger qui le menaçait que par une prompte fuite dans le temple de Zeus. A la panégyrie qui suivit, quatre ans plus tard, Pérégrinus chercha à se réconcilier avec les Grecs par un éloge en règle d'Hérode^. Celui-ci (probablement dans le temps ou à la suite de son consulat) s'acquit aussi par un travail du même genre des titres à la reconnaissance des citoyens de la ville italienne de Canusium en Apulie ^ Par contre, la reprise des anciens travaux de Néron et le percement de l'isthme de Corinthe restèrent à l'état de simple projet; cette entreprise, éminemment utile, eût été, en fin de compte, au-dessus des moyens même du plus riche particulier, et Hérode ne pouvait pas avoir sérieusement l'intention de s'en charger, quoiqu'il déclarât que « s'il y renonçait, c'était uniquement par crainte de déplaire à la cour impériale en menant à bonne fin un travail dont même un empereur n'avait pu venir à bout* ». En revanche, il immortalisa samé-

*) Philostrat., Vit. Sophist. y II, 1, 13, p. 563.

*) LuGiAN., De morte Peregrin., 19. 20. Philostrat., II, 1, 5, p. 551. Cette scène paraît — d'après les indications de Lucien, ibid, (si l'on place la mort de Pérégrinus en l'année 165) — s'être produite vers l'année 153 ap. J.-G. 01. 233, i, et l'incident qui suivit, en l'année 157 ap. J.-G. L'inauguration de l'aqueduc d'Olympie semble, par conséquent, avoir eu lieu en l'année 153 ap. J.-G. ; Franz, p. 925, la plaçait avant la fin du règne d'Hadrien.

3) Philostrat., II, 1,5, p. 551. Franz, p. 925.

♦) Philostrat., II, 1, 6, p. 551-552. Gurtius, Peloponnesos, I, pp. \3 et 27.

CONSTRUCTIONS d'hÉUODE EN GKÈCK 393

moire à Corinthe par la construction d'un magnifique Odéon ou théâtre couvert (à gauche et en haut de la belle voie conduisant à la porte de Sicyone, p. 241), lequel ne le cédait en beauté et en grandeur qu'au monument du même genre édifié par lui à Athènes (p. 389) ^ Les sanctuaires nationaux furent 1 objet de son infatigable libéralité. A Delphes, il fit décorer le Stade de marbre pentéHque^ Le sanctuaire Isthmique fut par lui gratifié , indépendamment de beaucoup d'autres œuvres d'art, de statues de Poseidon et d'Amphitrite, toutes deux de dimensions colossales ; dans la cella du temple il fit placer, devant le char de ces divinités, quatre chevaux dorés avec des sabots d'ivoire et deux Tritons, grandiose et magnifique ouvrage, et, sur le char lui-même, leurs propres statues en or et ivoire. La base qui supportait ce cortège divin était également ornée de magnifiques bas-reliefs ^ A Olympic, par lui déjà si richement dotée, il éleva encore des statues de Démêter et de Persephone en marbre pentélique % à la place des anciennes statues qui se trouvaient dans le temple de Démêter Chamyne sur l'hippodrome.

Cette manière de s'acquérir des titres à la reconnaissance des Grecs de toutes races procura, cela va sans dire, une popularité étendue au riche Athénien, auquel naturellement ses relations donnaient partout la plus haute influence ^ ; naturellement aussi les témoignages de gratitude ne lui manquèrent en aucun temps; seulement, il ne nous a été con-

1) Philostraï., II, 1, 5, p. 531. Gurtius, II, pp. 531 et 592.

2) Philostrat., II;' 1, 5, p. 551. Pausan., X, 32, 1. Bursian, Geogr.j I, p. 178. D'après Franz, op. cit. y p. 925, sous Marc-Aurèle et avant sa rupture avec les Athéniens.

') Pausan., II, 1, 7 sqq. Gurtius, Peloponnesos , II, pp. 541. 595. Cf. Philostrat., II, 1, 5, p. 551. Franz, op. cit., p. 925, pense qu'Hadrien régnait encore lorsqu'Hérode fit ces libéralités ; quant à la construction de rOdéon corinthien, non encore mentionné par Pausanias, il la place sous Antonin le Pieux ; c'est sans doute également du règne de ce prince (et de la première moitié de celui de Marc-Aurèle) que paraissent dater la plupart des travaux d'embellissement dus à Hérode. Cf. Clinton, Fast. Rom. y I, p. 167. 169. Sur les édifices qu'il fit élever, voy. encore, d'une manière générale, Hirt, Baukunst, II, p. 390 sqq.

*) Pausan., II, 21, 2. Curtius, II, pp. 65. 112.

^) Cf. notamment encore, pour Corcyre, Bockh, C. I. Gr., II, n« 1883.

394 BRILLANTE SITUATION d'hÉRODE

serve à cet égard presque pas de renseig-nements certains*. En possession d'une énorme fortune, que malgré toutes ses généreuses prodigalités il paraît avoir au moins maintenue sans diminution, grâce à une gestion intelligente et aux splendides honoraires dont ses nombreux auditeurs ne laissaient pas tarir le flot; joignant au lustre de relations distinguées celui d'une haute faveur à la cour; entouré comme professeur de rhétorique à Athènes d'un cercle pressé d'auditeurs enthousiastes, qu'il traitait habituellement avec une extrême amabilité et un profond sentiment de bienveillance, chez lesquels il excitait une infatigable activité tout en les corrigeant parfois avec autant de finesse que de sévérité % et qu'il aimait à voir autour de lui par les chaudes journées d'été dans ses fraîches et gracieuses résidences de campagne

*) Cf. pour le Péloponnèse, l'inscription (ci-dessus, p. 391, 1) rapportée âa.nsV Ephem. Arch., n" 3363 ; voy. aussi Bôckh, C. I. Gr., n» 1077. Keil, Syll. inscr. Boeot., n° XXXII, p. 127; pour l'île de Céos, Bôckh, C. 1. Gr.^ II, n°2371.

2) Nous n'avons pas à discuter dans cet ouvrage la valeur littéraire d'Hérode ; voy. à cet égard les renseignements réunis dans Keil, op. cit. p. 2100, et dans Westermann, Gesch. der griech, Beredtsamkeit, p. 202, § 90, 16. Cf. Gell., N. a., I, 2. IX, 2. XVIII, 10. Philostrat., Vit. Sophist., II, 1, 14, 3 fin. 11, 3 init. 18. 31, 3. Epistol. éd. Kayser, p. 364. Sur son rôle dans l'histoire extérieure de l'Université d'Athènes, voy. ci-après, tome III et, dès à présent, Keil, ibid.^ Franz, op. cit., p. 925 b.

Disciples d'Hérode (outre : Aulu-Gelle) : le sophiste Aristoclès de Pergame, qui suivit ses leçons à Rome, (Philostrat., Vit. Sophist., II, 3, p. 567) ; Aristide de Smyrne (Philostrat., II, 9, 1, p. 581); puis un de ses disciples favoris, Hadrien de Tyr (Philostrat., II, 10, 1, p. 585 sqq. Cf. Franz> op. cit., p. 924-925), dont les relations avec Hérode paraissent dater de l'époque où celui-ci était fonctionnaire en Asie (Sum.* s. v. Adrian.) ; puis encore, Théodotos, quifutplus tard son rival (Philostrat., 11,2, p. 567) ; le Byzantin Chrestos (Philostrat., II, 11, 1 init., p. 591 ; 3, p. 592) ; Pausanias de Cappadoce (II, 13 init. p. 594) ; Ptolemaeos de Naucratis (II, 15, 1, p. 595) ; Rhuphos de Périnthe (II, 17, p. 598) ; Onomarchos d'Andros (II, 18, p. 598. Cf. aussi II, 26, 6 init.), personnages à côté desquels paraissent beaucoup d'autres, comme Amphiclès de Chalcis (Philostrat., II, 8, 1 ; 10, 1), Sceptos de Corinthe (Philostrat., II, 5, 3; 10, 1; cf. Franz, op. cit.), qui n'ont pas, à notre connaissance, acquis une grande réputation. Cf. d'une manière générale Ellissen, p. 87 sqq. Noms donnés à Hérode pour glorifier ses talents oratoires : voy. Bôckh, C. I. Gr., n» 6280 B. lig. 37. Franz, p. 924. Cf. Aristid., In Platon., I, p. 33. Himer., Ed., XIII, 31, p. 232. Gell., N. A., XIX, 12. Philostrat., Vit. Sophist., II, 17, p. 598 ; 10, 1, p. 586; 5, 3, p. 574 ; voy. aussi H, 1, 14, p. 564.

BRILLANTE SITUATION d'iIÉRODE 395

près d'Athènes, en particulier à Céphisia* ; lié d*amitié avec beaucoup de savants, rhéteurs ou sophistes et philosophes de cette époque, à Athènes et dans d'autres villes grecques, notamment dans les villes asiatiques (entre autres avec ses maîtres Favorinus et Polémon, avec le Béotien Sextus, avec Démonax, avec ses anciens élèves Aristoclès, établi à Pergame, auquel il adressait ses auditeurs quand il était en voyage, et Hadrien de Tyr^ sans doute aussi avec le grand satirique Lucien *) ; jouissant en Grèce et au dehors d'une haute renommée, trouvant dans les habitudes de sa vie tous les éléments de bien-être, possédant de charmantes villas, notamment à Marathon et à Céphisia, dans ce séjour enchanteur où les sources abondent, dont les frais ombrages, les magnifiques bosquets, les jardins, les promenades artistement dessinées, les constructions pleines de richesse et d'éclat, parfaitement aménagées, avec leurs colonnades et leurs bains splendides, ont fourni à Aulu-Gelle un tableau des plus riants % dans ce lieu qui aujourd'hui encore, par sa position salubre et l'agréable fraîcheur qu'il garde au fort de l'été, par ses jardins remplis d'arbres fruitiers de toutes espèces, par ses bois d'oliviers, de cyprès, de platanes et de peupliers blancs, apparaît comme « l'oasis hospitalière de la région désolée de l'Attique »; Hérode possédait tous ces biens et pouvait assurément, au temps des Antonins, passer pour le plus heureux des Hellènes. Cependant sa vie eut aussi des nuages sombres; ils passèrent sur ses dernières années, lesquelles — non sans qu'il y eût de sa faute — ne furent pas exemptes de sujets de tristesse.

«) Gell., N. a., 1,2, 2. XVIII, 10,1.

2) Favorinus : voy plus haut, p. 381, et Philostrat., Vit. Sophist., I, 8, 3, p. 490. Polémon : I, 25, 7, p. 539 et 11 init. Sextus: II, 1, 10, p. 558. Démonax : voy. Lucian., Bemon., 24. 25. 33. Aristoclès : voy. Philostrat., II, 3, p. 567. Lucien : Lucian., De morte Peregrin., 19,

3) Gell., N. A., I, 2, 2. XVIII, 10, 1. Cf. Brandis, Mittheilungen ûber Griechenland, I, p. 335 sqq. Stephani, Reise in Griechenland, I, p. 1 sqq. BuRSiAN, Geogr., I, p. 343 ; voy. sur la beauté actuelle de la contrée, Ellis- SEN, p. 83. ScHiLLBACH, p. 8. LuDWiG, Vter Tage in Athen, p. 64 sqq. On a aussi remarqué que ces résidences favorites d'Hérode étaient situées sur le territoire des tribus Erechthéis et JEantis, aux éponymes desquelles le sophiste faisait remonter son origine (Franz, op. cit,, p. 923 fin.)

396 MALHl<:URS DE FAMILLE d'fIÉRODE

D'abord, sa vie de famille ne fut pas des plus heureuses. Son épouse Régilla lui avait donné quatre enfants, dont trois sont mentionnés nominativement par son biographe Philostrate : en premier lieu, un fils né entre 145 et 150^ Tiberius Claudius Bradua Atticos * ; puis un second fils, Lucius Claudius VibuUius Regillus Herodes", et deux filles, Marcia Claudia Alcia Athénaïs Gavidia Latiaris ou « Panathénaïs » , et Elpinice, ainsi nommée probablement en mémoire de la sœur du grand Cimon^ Sur ces quatre enfants, deux moururent avant leur mère (par conséquent avant et jusqu'en 160), Vibullius et Panathénaïs \ Les Athéniens avaient pris une part très vive à la douleur du père, qu'ils entouraient encore à cette époque de tout leur respect ; ils avaient fait à Panathénaïs des funérailles publiques dans la ville même, et, avec l'exagération qui leur était habituelle, ils avaient décidé de rayer du calendrier le jour anniversaire de sa mort ^ ! Puis, Hérode perdit aussi son épouse Régilla. Mais des bruits sinistres se répandirent bientôt sur cette mort (survenue en Tannée 160) ^ Si Hérode s'était dans sa jeunesse montré extrêmement dur, impérieux et capricieux vis-à-vis des esclaves et des affranchis de son père \ il n'en témoigna dans son âge mûr que plus de condescendance vis-à-vis de ses propres affranchis dans sa maison. On prétendit que, Régilla étant de nouveau enceinte (et dans son huitième mois), il était entré dans une très violente colère contre elle à propos d'un incident sans importance et qu'il avait permis à son affranchi Alcimédon de la frapper violemment. De là un accouchement prématuré qui aurait entraîné la mort de Régilla*. Quoi qu'il en soit, le frère de

*) DiTTENBERGER, p. 78 Sqq.

*) DiTTENBERGER, p. 82 Sqq.

*) Philostrat., II, 1, 10, p. 558. Keil, op. cît.t p. 2101 sqq. Bôckh, C. 1. Gr., Iir, n° 6280 B, lig. 13 sqq. Franz, op. cit., p. 922-923. Ditten-

BERGER, p. 84.

*) Bôckh, G. L Gr.y III, n» 6280 B. lig. 13 sqq. Keil, op. cit., Franz, ibid, et p. 925. Dittenberger, p. 83 et 84.

^) Keil, op. cit., Philostrat., II, 1, 10 init., p. 558.

«) Keil, op. cit., p. 2102 : voy aussi C. I. Gr., III (Franz), p. 922-925, et Philologus, XXIII (1866), p. 503.

') Philostrat., Vit. Sophist., Il, 1, 4 init., p. 549. (Cf. ci-dessus, p. 387, 1).

8) Philostrat., Vit. Sophist., II, 1, 8, p. 555.

3I0RT DE RÉGILLA 397

celle-ci, Bradua, alors consulaire, intervint énergiquoment et porta devant le Sénat romain contre son beau-frère, tout citoyen romain et consulaire qu'il était, une accusation d'homicide. Hérode fut, il est vrai acquitté, par le Sénat, après un débat des plus vifs avec Bradua ; mais les bruits qui planaient comme des ombres sinistres sur sa malheureuse maison ne s'évanouirent pas ^ Dès lors Hérode, en rendant un culte à la défunte, se jeta, ce qui était tout à fait conforme à son caractère excentrique, dans de véritables extravagances. Habitué déjà à porter d'une manière presque déraisonnable le deuil de ceux qu'il avait aimés % il s'efforça — à un moment où il était peut-être accablé par le sentiment et le repentir de sa faute les bruits dont nous avons parlé n'eussent-ils eu aucun fondement), où il tenait à se réconcilier avec les grands personnages de sa famille en Italie et à réduire au silence les insolents bavards d'Athènes — il s'efforça, disons-nous, d'entourer d'une véritable auréole la mémoire de Régilla. Sans parler de détails moins importants ^ il édifia à Athènes^ en souvenir d'elle, le grand Odéon déjà décrit plus haut, et lui éleva aussi à Céphisia et près de Marathon quelques statues avec une inscription caractéristique *.

*) Philostrat., Vit. Sophist., II, 1, 8, p. 555 sqq. Keil, p. 2101.

2) Cf. LuciAN., Demon., 24. 25. 33.

3) Philostrat., Vit. Sophist., II, 1, 8 et 9, p. 556. 557. C'est ainsi que dans son chagrin il renonça jusqu'à nouvel ordre à un second consulat, ou à la désignation pour un proconsulat. Il déposa la parure de Régilla, à titre d'offrande, dans le sanctuaire d'Eleusis. Il faisait également mettre le couvert de Régilla, comme si elle était en vie, et lui faisait même préparer des repas (Lugian., Demon., 33) ; il fit, en outre, tendre toute sa maison de noir, et la décora de marbre sombre de Lesbos (Conze, Lesbos, p. 48) ; il poussa cette dernière fantaisie jusqu'à la folie ; enfin, les sarcasmes de son ami, le philosophe Lucius, le rendirent plus raisonnable.

^) Avec l'inscription : « 'A7ni(a 'Awca T-^ytXXa, 'HpwSou yuvy), to (çoa TÎji; olxt'a; », et treize lignes de malédictions contre quiconque profanerait la statue; voy. Keil, op. cit., p. 2101. Syll. inscr. Boeot., p. 131. L. Ste- PHANi, Reise durch einige Gegenden des nôrdl. Griechenlands, I, p. 2. Ephem. Arch., n° 4033. Lebas, Attique, no 657, p. 196. Revue Archéologique, I, 1 (1844), p. 52. Débris d'une statue de marbre avec l'inscription : « 'AuTcca "Avvta TrjytXXa xo çcoç tî^ç olxîaç » entre Probalinthe et Marathon : Fr. Lenormant, Inscript. Graecar. inédit, centur. secund. et tert. n» 193, dans le Rhein. Mus., XXI (1866), p. 384. Ross a découvert un fragment poétique où « le soleil, la terre et le ciel paraissent être pris à témoins de la douleur

398 LE TRrOPION

Mais pour prouver publiquement au monde entier, en Italie et en Grèce, quelle profonde douleur il ressentait de la mort d'Annia Régilla et à quel point il souhaitait de è^oir glorifier sa mémoire, Hérode lui consacra, en Italie, le jardin et le parc d'un domaine qu'il y possédait et que lui-même probablement avait appelé Triopion, en souvenir du héros grec Triopas \ Ce domaine était situé à la troisième pierre milliaire de la voie Appienne (c'est-à-dire à trois milles de Rome) ^ et se composait d'un petit village, de champs de blé, de vignes^ de plants d'oliviers et de prairies. Il y consacra un petit bois aux divinités d'Eleusis, Démêler et Persephone, et à son épouse Régilla, dont il avait fait une héroïne après sa mort. Il y établit aussi un cimetière, qu'il entoura de murs et qu'il consacra aux divinités attiques Athêna et Némésis, et où il était rigoureusement interdit d'inhumer une personne n'appartenant pas à la descendance d'Hérode. Dans l'intérieur de ce cimetière ainsi muré, il éleva un temple ; et, ne pouvant

d'Hérode » ; voy. Arch. Aufs., II, p. 653, n« 5 A. Lebas, Attique, no 685, p. 196. Comme nouvelle expression de la douleur d'Hérode, voy. aussi le monument et l'inscription à Rome, dans Bôckh, C. I. Gi\, III, n» 6185, où nous apprenons également que le tombeau renfermant les cendres de Régilla se trouvait dans l'Attique, peut-être à Athènes ; c'était sans doute (cf. Franz, op. cit., p. 924, sur le n" 6280 B. lig. 44) ce qu'on appelait un héroon. Une statue de Régilla paraît avoir été placée dans la niche du passage conduisant à l'orchestre de l'Odéon du côte de l'est (Schillbagh, p. 25) ; de même, on croit également pouvoir reconnaître la statue placée dans la niche du passage ouest pour celle d'Hérode lui-même, et un autre buste, trouvé près de l'orchestre, pour celui de son fils Atticos.

') Cf. Bôckh, G. I. Gr., III, p. 916. 920 et 921, n» 6280 A. Ellissen, p. 84. En outre, d'après cette inscription, le Triopion avait été consacré à Athêna et à la Némésis de Rhamnonte (Keil. p. 2102 ; cf. aussi Append, ad Marmor. Oœon., p. 302, n» 28.)

2) C'est ce que nous enseigne une inscription (Bôckh, C. I. G'r., I, n»26, p. 42-45. Cf. aussi l'inscription rapportée dans Montfaucon, Diarium Italicum, Paris, 1702, p. 125, et B(3ckh, C. I. Gr., III, p. 875, n" 6184, où Annia Régilla, « la lumière de la maison », est désignée comme propriétaire de cet immeuble ;.voy. aussi n° 6280 B. hg. 49. Fraaz, p. 924), c'est ce que nous enseigne, dis-je, une inscription existant sur une colonne découverte sous Paul III (1534-1549) le long de la voie Appienne, qui était précédemment dans les jardins Farnèse et qui est maintenant au Museo Nazionale à Naples. Cf. aussi Ellissen, p. 84, note 3. Sur le culte de Triopas (à Cnide) et le lien qui le rattache à l'ensemble des hommages rendus à Démêter, voy. Bogkh, G, I. Gr., I, p. 45 sq. Preller, Griech. Mytholog., I, pp. 199 et 607.

LE TRIOPIOX 399

obtenir que Ton divinisât son épouse —issue, il est vrai, de race impériale, méws qui cependant n'avait pas été, en réalité, épouse impériale, et n'osant dès lors lui rendre les honneurs divins, — il consacra ce temple à Démêter et à Faustine la Jeune, l'épouse de l'empereur Marc-Aurèle, et y plaça l'image d'Annia Régilla, de sorte qu'en réalité c'était en l'honneur de cette dernière qu'était élevé le monument tout entier. Les recherches les plus récentes permettent de supposer que Fantiquc construction en briques ^ située sur une hauteur qui domine au loin la campagne de Rome — non loin du tombeau de Csecilia Metella, entre la voie Appienne et le vallon de l'Almo ou du Caffarello, bien connu par ce qu'on a appelé la grotte d'Egérie — construction en forme de temple avec un vestibule à quatre colonnes aujourd'hui muré, convertie dès le ix® siècle en une église chrétienne dédiée au pape Urbain et aujourd'hui abandonnée, que cette construction, disons-nous, était jadis le temple funéraire élevé en l'honneur d'Annia Régilla. Il existe encore une partie importante des substructions du péribole qui l'entourait ; elles forment le prolongement du faite de la

^) BôcKH, C. î. Gr.y I, pp. 42. 45. 458. Seules, les colonnes également consacrées à Démêter et à Persephone, ainsi que l'architrave du vestibule sont en marbre cipollin, c'est-à-dire en marbre de Caryste, de l'île d'Eubée. L'emploi de la brique pour le gros œuvre, qui était un retour à la vieille architecture nationale des Romains, était devenu dans ce siècle (voy. Bergau, Das Grabmal der Annia Regilla, p. 470 sqq.) comme une mode pour les monuments funéraires. Une inscription (Bôckh, C. L Gr.,lU, n° 6280 B) invitait les Romaines à rendre un culte à Régilla comme à une héroïne. Les inscriptions en vers n» 6280 Ajet B (envoyées à Paris de la villa Borghèse, avec le n»39 [A], consécration du Triopion à Athêna et à Némésis, et le n» 59 [B], apothéose de Régilla, en hexamètres dactyliques) « sont vraisemblablement toutes deux l'œuvre de Marcellus, dont le nom figure en tête de la première et que l'on croit être le médecin et poète de ce nom, natif de Side en Pamphylie ». Keil, op. cit., p. 2101. Fra.\z, op. cit., p. 925 a. Ellissen, p. 84 sqq. C'est également du même sanctuaire que provient l'inscription bihngue {G, I. Gr., III, n° 6184) ; « 'Avvia Trjyi'XXa, *Hpc6Sou yuvY), xb qpcoç ty); olxtaç, Ttvbç xaOra xà xwpta yéyovav. » « Annia Régilla, Herodis uxor, lumen domus, cujus hœcprwdia fuerunt. « A l'entrée du sanctuaire du Triopion se trouvaient en face l'une de l'autre les deux colonnes consacrées à Démêter et à Koré ainsi qu'aux dieux infernaux, colonnes qu'il était interdit de déplacer et qui sont maintenant conservées à Naples (Keil, op. cit. Bôckh, G. I. Gr., I, n° 26, p. 42 sqq.) Contrairement à l'opinion généralement admise, Franz notamment {op. cit., p. 921. 923) croit que la Faustine dont il s'agit ici est l'ancienne, c'est-à-dire l'épouse d'Antonin le Pieux.

400 CHAGRINS DE FAMILLE d'hÉRODE

colline dans la direction du nord. On reconnaît à la manière négligée dont elles ont été établies que le travail fut exécuté très vite. On y trouve aujourd'hui encore un grand, nombre de petits fragments des espèces les plus précieuses de marbres antiques, et en particulier du plus beau marbre de Paros. Ces restes indiquent clairement le grand luxe qui régnait dans l'ensemble de la construction \

flérode fmit-il par réussir, et jusqu'à quel point, à se réconcilier, en ne mettant ainsi aucune borne aux manifestations de sa douleur, avec ses parents d'Italie, et à faire taire les bruits fâcheux répandus sur la mort de son épouse Régilla, c'est ce que nous ignorons. Ce qu'il y a de certain, c'est, d^une part (cf. pp. 386, 1.401. 2), que la famille impériale le considéra sans aucun doute comme innocent et continua à le combler de faveurs, mais que, d'autre part, l'adversité le visita encore depuis cette époque en plusieurs manières. D'un côté, il perdit, avant l'an 168 de notre ère^ sa seconde fille, son Elpinice bicn-aimée ^ Et d'un autre côté, il eut peu de satisfaction du seul fils qui lui restât, Atticos, que déjà, soit dit en passant,

1) Cf. R. Bergau, dans le Philologus, XXIV (1866), « Bas Grabmal der Annia Regilla zu Rom », pp. 465-468 sqq. 471. La construction (Bergau, p. 466 sqq.) est, suivant Tusage grec, orientée de l'ouest à l'est, de sorte que l'entrée principale avec le portique à colonnes se trouve à l'est. Une estampille de brique avec l'inscription :

Opus Bol. Aeli. Asclepi.

ex. pr. Faustinaey Aug. figlin. Pontici indique que ce travail remonte à l'époque de Marc-Aurèle. — Les deux frises qui régnent à l'intérieur, le long du plafond voûté, avec des trophées en stuc, ont été ajoutées après coup, et se raccordent assez mal avec l'ensemble. Le monument était en effet devenu une sépulture de famille, où ont été certainement inhumés plusieurs descendants de Régilla (laquellelaissa un fils et une fille) ; c'est sans doute à la sépulture d'un de ces descendants que se rapportent ces emblèmes. (Peut-être en est-il de même du sarcophage en marbre blanc qui se trouve dans la cour du palais Farnèse, et qui a été vraisemblablement découvert dans la villa d'Hérode ; ce sarcophage, à en juger par ses ornements, a dû être celui d'un amateur de chasse). La soi-disant grotte d'Égérie, au pied de la colline qui porte le temple funéraire, avec l'ensemble grandiose de ses antiques substructions, avec les débris qu'on y a trouvés du rosso antico que l'on tirait des carrières de Laconie, de serpentine et autres espèces de marbres précieux, appartenait également, d'après les conjectures de Bergau (p. 472), au jardin de Régilla.

*) Cf. Franz, op. cit., p. 922 a. 925 b. Keil, op.cit.yTp. 2102. Philostrat., Vit. Sophist. y II, 1, 10, p. 558.

CIIAGIILNS DE FA.MILLE d'uÉUÛUE iOi

l'empereur Antonin le Pieux avait, après la mort de Régilla, admis dans les rangs de la noblesse patricienne'; ce jeune homme, médiocrement doué, sur lequel, lorsqu'il n'était encore qu'enfant, les essais d'éducation d'Hérodc (assez étranges, il est vrai, parfois) n'avaient eu que peu de prise, se livra de plus, dans son âge niùr, à la boisson et à d'autres excès'. Dans cette situation, liérode vieillissant s'abandonna de plus en plus à ses relations avec ses aiïranchis. Mais si jadis il ne s'était plu que dans la société de jeunes hommes sages et honnêtes, comme Achille, Pollux, Polydeucion, Memnon% qu'il considérait comme des fils, dont il avait complété lui-même l'éducation scientifique et pleuré la mort avec des démonstrations aussi excessives que passionnées *, il permit désormais, suivant toutes les apparences, à ceux qui furent ses derniers commensaux des incartades qui linirent par l'engager lui-même avec la population athénienne dans de graves conflits.

La situation d'Hérode vis-à-vis de ses concitoyens était en effet devenue peu à peu très fâcheuse. Un homme possédant les richesses, la renommée de savant et la vanité de ce rhé-

M C. I. Gr., m, n° 6185, p. 875 et n» 6280 B, lig. 19-28, p. 922. 923. Cf. Jacobs, Antholog. G)\, IX, 392 et Inscr. in App. ad. Marmor. Oxon.^ p. 302, 11° 28. Keil, Syll. inscr. Boeot., p. 130. Dittexberger, p. 79 sqq.

-) Philostrat., Vit. Sophist., 11,1, 10, p. 558.

") DiTTE.xBERGER, p. 85. Mcmnon est en général tenu pour identique au jeune affranchi éthiopien d'Hérode dont il est question dai^s Philostrat., Vit. Apollon. Tyan., III, 11, et qui, dans ce passage, est appelé Ménon ; cf. Kayser sur ce passage, p. 183.

*) Pour se consoler, Hérode avait notamment, dans les dèmes de Marathon et de Céphisia, placé leurs images en grand nombre, sous la forme de chasseurs, dans les forêts, dans les champs, au bord des sources et sous les platanes (Philostrat., Vit. Sojihist., II, 1, 10, p. 558-559). Les fragments qui restent des inscriptions se rapportent tous à Polydeucion, mort jeune, avant Alcia, et dont Hérode avait fait un k héros » (cf. p. 15, 1). Sur les instances d'Hérode, un empereur, Hadrien probablement, avait conféré à un jeune homme, sous le nom de « Vibullios Polydeucion » la restitutio nata- Uiim avec l'anneau d'or, et l'avait admis dans l'ordre équestre (Keil, Philologus, XXIII [1866], p. 233 sqq.) ; Hérode avait éprouvé de sa mort une douleur sans bornes (Lucian., Demonax, 14. 33). Voy. Bôckh, C. I. Gr., I, n"'* 989. 990 (à Céphisia) ; n°s 991. 992 (à iMarathon) ; Keil; Philologus, XXIII, p. 235, n« 993 (à Céphisia) ; no 994 (près d'Oropos) , Epheni. Arch.^n^^ 2851. 4034. 4035; puis encore à Rhamnonle, voy. Keil, Philologus, XXIII, p. 233. Bockh, n° 995, 1, et Keil, p. 2103.

402 iiÉKOJ)i: si: iJuoutLLt: avec les athenjens

leur devait assurément, en face d'une bourgeoisie impuissante et comparativement pauvre, perdre d'autant plus de vue la notion de l'égalité civique qu'il avait davantage conscience du bien que depuis des années il avait, sans se lasser, fait au public, et qu'il était plus solidement établi dans la faveur de la cour romaine. D'autre part, Hérode n'était pas, sans doute, un Alcibiade ; il ne se serait pas plu à des plaisanteries de mauvais aloi, et la profonde perversité du Spartiate Euryclès (t. I, p. 487) lui était également étrangère. Mais sa nature, surtout dans ses dernières années, était impérieuse et violente. Très bienveillant dans ses rapports avec ses élèves, mais aussi, dans certaines circonstances, plein d'une raideur sarcastique vis-à-vis déjeunes et outrecuidants discoureurs^; non exempt, il s'en faut, dans ses relations avec ses collègues, d'envie, de jalousie et d'esprit d'intrigue associés à tout ce qu'il possédait de distinction et de finesse ; poursuivant de sa rancune, après une brouille ou une rivalité, plus d'un de ses contemporains ' et leur faisant avec son incisive ironie des blessures cruelles, il ne plaisait assurément pas beaucoup à la masse des citoyens d'Athènes, qu'il dominait, comme un prince, du haut de sa renommée et de sa richesse. Il fit sans doute très durement sentir aux Athéniens, même aux rejetons des grandes familles qui lui disputaient la direction des affaires publiques, qu'à proprement parler c'était lui qui était le maître de la petite république ; et sans doute aussi il exerçait par toute sa situation une telle influence sur les fonc* tionnaires de l'État athénien qu'il n'était guère facile à qui que ce fût d'entrer en lutte contre lui.

Mais, même à cette époque, les Athéniens n'étaient pas gens à accepter longtemps un pareil état de choses. Les spirituels et perspicaces Cécropides avaient la vue perçante et la langue plus affilée encore; rien ne leur échappait des nombreuses

*) Gell., iV. a., I, 2, 3-13. Philostrat., IT, 5, 3, p. 573, ^) Mépris profond et hostilité d'Hérode à l'égard du cynique Pérégrinos Prêtée : Philostrat., Vit. Sophist., Il, 1, 13, p. 563. Rivalité pleine d'aigreur entre Hérode et le sophiste cilicien, Philagros, homme aussi vain qu'il était ardent et passionné jusqu'à la fureur ; piège que lui tendit malicieusement Hérode : Philostrat., Vit. Sophist., II, 8, 1 et 2.

IIÉRODE SE imOUlLLE AVEC LES ATHÉNIENS 403

bizarreries et des faiblesses très faciles à connaître de ce prince de l'argent, dont la domination était alors si insupportable à leur ville. En outre, les Athéniens d'alors ne se sentirent pas plus obligés à une gratitude éternelle pour le bien qu'Hérode leur avait fait, en se conformant au goût du temps, que leurs illustres ancêtres envers le grand Thémistocle, du jour où le bienfaiteur commença à s'autoriser de cette gratitude pour se rendre désagréable à ses concitoyens. En dernier lieu, même à cette époque, l'esprit démocratique était encore si puissant à Athènes que l'on finit, suivant la manière du bon vieux temps, par ne voir dans le vieux et morose professeur Hérode qu'un « tyran ». Mais l'indignation devint plus vive encore lorsque les affranchis du vieillard — entre autres cet Alcimédon nommé plus haut, dont les filles, d'une grande beauté, étaient aimées d'Hérode comme ses propres enfants^ et d'autres encore* — imitant les allures impertinentes et les airs d'autorité des concierges et valets de chambre de grande maison, en vinrent à se permettre vis-à-vis du peuple d'impudentes libertés.

Hérode tomba enfin ; il perdit sa situation brillante et sa puissance à Athènes en l'an 168 ap. J.-C. ^, sous l'action simultanée du ressentiment des démocrates, ses concitoyens, et de l'hostilité des plus élevés d'entre les fonctionnaires de la province d'Achaïe. Parmi les gouverneurs romains de la Grèce dont les noms nous ont été conservés pour cette période'*, on cite notamment, avec reconnaissance, deux

*) Philostrat., Vit. Sophist., Il, i, 11, p. 560 fin.

-) Philostrat., II, 1, 11 fin., p. 561 fin,

3) La date de ces faits est contestée. Clinton, Fast. Rom., I, p. 161,place, après mûr examen, le coup décisif porté à Hérode à Sirmium en l'année 168 ap. J.-C, c'est-à-dire vers la fin de sa vie ; d'après son calcul, les empereurs Marc-Aurèle et Verus avaient passé à Sirmium l'hiver de 167 à 168. De même Wieteksheim, Gesch. d. Volkerwanderung., II, p. 42 sqq. et FiNLAY, p. XXIII. (Tillemont, II, p. 367, avait admis la date de 171 ; Éllis- SEN, p. 80., et Franz, op. cit., p. 922. 925, se rangent à son avis).

*) Pour l'époque qui suivit Hadrien, et abstraction faite d'indications tout à fait générales relativement à l'existence de gouverneurs en Achaïe, c'est-à-dire à Gorinthe, comme en fournit Apulée {Metam., X), les inscriptions permettent encore de considérer comme ayant administré TAchaïe, dans la période ici décrite, les fonctionnaires romains dont les noms suivent: peut-être sous l'empereur Marc-Aurèle (en ce cas, après l'année 925 U. G. = 172 ap^

404 GOUVERNEURS ROMAtNS EN ACHAÏE

frères, les deux Quinlilius : Sextus Quintilius Conclianiis et Sextus Quintilius Maximus , qui se distinguaient par leur instruction, leurs talents militaires et leurs richesses. Ils étaient citoyens romains, mais Troadiens de naissance ; unis, dit-on, par un rare amour fraternel, non seulement ils exercèrent toujours en commun les diverses fonctions publiques, mais encore ils administrèrent aussi en commun leurs provinces, de sorte que chacun des deux frères était à tour de rôle gouverneur , tandis que l'autre était son assesseur '. Or

J.-C), ou encore — cela est assurément possible — seulement sous Garacalla, e quesienr pro 2)raetore Tiberius Claudius FrontinusNiceraLos,qui fig-uredans difTérentes inscriptions: voy. Bôckh, C. L Gr.,I n°1133 (Argos) et n" 1327 (Sparte). Gruter, p. 380, 6. Mommsen, Inscr. Neapolitan., p. 96, n" 1879. ORELLr, n° 3113. (Cf. Zumpt, Comm. Epigr., II, 21 et 30 sqq. Marixi, Frat. Arvali, II, p. 764). Le proconsul FI. Claudius Sulpicianus (Orelli, n» 131) appartient sans doute à l'époque de Commode ; de même le proconsul G ai us Sabucius Major CaRcilianus (Orelli, 11°** 6487 et 7420). Mais c'est sous Septime-Sévère qu'il faut placer le proconsul Aurelius Proculus, mentionné ai\i Digest., XXXVI, 1 ad SC. Trebellianum, fr. 81. — Était proconsul sous Marc-Aurèle M. Didius (Severus) Salvius Julianus, qui fut plus tard empereur; vov. Reines., Syntagm. hiscr., VI, 42, p. 414-416, et en outre Marini, Frat. Arvali, II, p. 771. Pour l'année 198 ap. J.-C. (sous Septime-Sévère), un legatus Cœsarls et logiste à Athènes est mentionné dans Bocku, C. I. Gr., n° 353, lig. 32 sqq. — Je ne saurais assigner d'époque précise pour le proconsul M. Metilius Ru tu s mentionné dans Orelli n° 2272; le proconsul L. Albinius Saturninus, dans Mommsen, Insc7\ Neapolitan., p. 211, n° 4033; le questeur fpro pra?fore, probablement) Quintus Prétextas Florentinus (après Trajan, ou après L. Verus) ; voy. Jahrb. cl. "Femns v. Alterthumsfr. im Rheinland., XII (1848), p. 195. Cf. Revue archéolog., 1847, 15 juillet, p. 258 ; ni pour le questeur pro praetore S. Julius Prirainianus, dans Orelli n° 3623. On ne connaît pas davantage l'époque et le motif de la mission du legatus pro prœtore Gaius Mocconius Verus, dans Orelli, n° 5209. — Autres fonctionnaires provinciaux d'une époque incertaine : le légat Gaius Cornelius Felix Thrallus, dans Orelli, n° 3177 ; les questeurs Meminius (Orelli, n'^ 6915), T. Marcius (Orelli, n° 6020) ; les proconsuls de Macédoine Aulus Pontius Verus (BocKH, II, p. 992, n° 1999 b.; voy. aussi Becker-Marquardt, R. A., III, 1, p. 118, note755); Helvines Gserellius Pollittianus (Orelli, n"6908). Mais il y a lieu de placer vers la fin du règne de Septime-Sévère P. Julius Geminius Marcianus (Orelli, n° 6911, et Bockh, G. I. Gr., III, 1)0 5366, p. 563; voy. aussi Becker-Marquardt, ibid.). Nous voyons enfin dans Bockh {ibid., n" 3990) un legatus Augusti pro prœtore et un proconsul de Macédoine, dont les noms n'ont pas été conservés. (Cf. aussi Lucian., Lucius s. Asin., 54. 55.)

1) Dio. Cass., LXXII, 5. LXXI, 33 init. Philostrat., Vit. Sophist., II,

LES ATHÉNIENS PROTESTENT CONTRE HÉRODE 40a

Hérode, qui d'ordinaire* était en très bons termes avecles représentants de l'administration romaine en Achaïe, s'était, pour des motifs en vérité tout à fait déraisonnables, brouillé précisément avec un des deux porsonnages. Ceux-ci lui avaient doucement reproché la prodigalité avec laquelle il avait accumulé les statues et les inscriptions en l'honneur de ses chers affranchis défunts, et Hérode, blessé dans son affection comme dans sa vanité, leur avait très vertement riposté". Il avait eu depuis avec eux, à l'occasion d'une panégyrie (p. 392) pythique, une nouvelle discussion sur le mérite des concours littéraires ^ Il est très probable que le rhéteur, véritable enfant gâté, éprouvait une certaine jalousie de la faveur particulière dont les Quintilius jouissaient auprès de Marc-Aurèle; il s'en était une fois exprimé vis-à-vis de l'empereur lui-même en des termes acerbes, et avait en cette circonstance rappelé, non sans dédain, leur origine troyenne \ Les adversaires d'Hérode à Athènes , notamment des hommes appartenant à des familles considérables de la ville, comme Démostratos, Praxagoras, Mamertinos de Marathon (alors archonte et premier stratège, pp. 345, 346) et d'autres, ses rivaux aussi dans la conduite des affaires publiques d'Athènes, saisirent l'occasion, en l'année 168 ^ et déterminèrent les deux Quintilius à assister à une assemblée du peuple au cours de laquelle, sans que le nom d'Hérode y fût prononcé, sa situation prépondérante à Athènes fut nettement attaquée. On en vint à des paroles très dures; on s'emporta contre V « intolérable tyrannie » du sophiste et de ses affranchis ; on ne craignit même pas de pousser l'exagération, comme plus tard devant l'empereur lui-même, jusqu'à

10 et 11, p. 559 sqq. ; voy. aussi Haakh dans Pauly, R. E., VI, 1, p. 373. Ils furent consuls ensemble en l'année 151 ap. J.-G. Clinton, Fast. Rom. y p. 138). Cf. d'une manière générale sur ces deux frères: Ammian. Marcellin., XXVIII, 4, 21. Lucian., Macrob.y 1 init.

1) Cf. Philostrat., Vit. Soph., II, 1, 11, p. 561.

2) Philostrat., Vit. Sophist. ,11, i, 10, p. 559.

3) Philostrat., Vit. Sophist., II, 1, 11, p. 559. *) Philostrat., ibid.

°) Keil (op. cit., p. 2103) donne la date de 171 ap. J.-C. Voy. ci-dessus, p. 403, 3).

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