‹ Histoire de la Grèce sous la domination des Romains (volume 4)Chapitre 136 sur 179 · C03IM0DE · texte numérisé non relu

C03IM0DE

Le personnage insignifiant auquel passa alors l'empire, Commode, le fils indigne du grand empereur, parait en somme ne s'être aucunement inquiété de l'Achaïe, ni en bien ni en mal. Les Grecs se trouvèrent sans doute très heureux de la paix préparée par Marc-Aurèle et ses généraux, conclue par Commode avec les peuplades du Danube^ bientôt après son avènement, et qui dissipa de nouveau pour longtemps les orages qui menaçaient leur horizon du côté du nord* ; en fait^ pendant bien des années encore, leur existence habituelle se prolongea dans une tranquillité presque complète. Quant à Commode , il paraît ne s'être occupé encore avec quelque intérêt de l'Université d'Athènes que dans la première et la meilleure partie de son règne ^ ; dans les années qui suivirent, sa soif brutale de jouissances, ses gaspillages, les désordres sanglants de sa vie ne lui laissèrent ni le goût ni l'argent nécessaires pour des bienfaits " du genre de ceux que ses illustres devanciers avaient si libéralement prodigués aux Hellènes. Les Grecs durent sentir que le temps était passé où une série de souverains d'élite, amis de la Grèce, les comblaient de faveurs insignes. Leur situation matérielle était meilleure, sous bien des rapports, que précédemment; ils étaient désormais en possession de l'Université d'Athènes, avec sa riche dotation : ils pouvaient parfaitement se suffire. Commode, d'ailleurs, sauf le préjudice que son gouvernement pouvait porter à leurs intérêts en général, ne parait les avoir en aucune façon molestés spécialement ou de préférence ; en effet, le procès et l'exécution, par ordre de l'empereur, de leurs anciens gouverneurs, les deux Quintilius, et de leur famille

*) Cf. WiETERSHEiM, Gesch. der V ôlker lo anderung . , II, p. 163 sqq.

-) Cf. Philostraï., Vit. Sophist., II, 12, 2 fin., p. 593 fin. Ellissen, p. 110 sqq., et également ses relations avec le professeur athénien Pollux ou Polydeukès de Naucratis (Cllnton, p. 173. 175. 181).

") Le droit de cité romaine conféré à des Hellènes individuellement (par exemple à Athènes, notamment au chef de la famille des Géryces : Bôckh, C. L Gr., I, n" 266, lig. 5 sqq. ; n» 353 II, lig* 14 ; n° 399. Keil, Philologus, XXIII [1866], p. 242. Mommsen, Rom. Gesch,, V, p. 257) ne saurait compter pour un bienfait de ce genre. Mentionnons encore le voyage que fit à ses' propres frais l'Athénien (M. Aurelius) Lithophoros Prosdectos, député vers Commode : Bôckh, n° 399.

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(vers Fan iSli ap. J.-C)^ ne furent sans doute ressenties douloureusement que par Télite du pays; et lorsque, par un caprice insensé, Fempereur fit, dit-on, en Fan 187 ap. J.-C, enlever la tête de l'antique et fameux « colosse » de Rhodes pour la remplacer par sa propre imag'e-, les intérêts matériels des Grecs n'en furent pas lésés 3. Ils paraissent donc avoir eu sous Commode une existence relativement très supportable.

On sait comment fmit le règne de cet empereur, rarement nommé au surplus dans les inscriptions grecques*; il fut assassiné (le 31 décembre 192 ap. J.-C.) par quelques personnes de son entourage immédiat.

Mais sa mort ouvrit une époque où, absolument comme cela s'était fait plus de cent vingt ans auparavant], la Grèce fut un instant entraînée ;, elle aussi, dans le tourbillon de nouvelles et terribles luttes dont le trône impérial était Fenjeu. En effet, lorsque le prince accompli qui succéda à Commode , le vieux

') Dio Cass., LXXII, 5. 6 et 7. Cf. Lamprid., CommocL, 4, 9 et Pauly, il. E., VI, p. 373.

"-) Chronic. Paschale, éd. Bonn., I, p. 491 sq. ou p. 263 d (P.). Syncell. éd. Bonn., p. 668 ou p. 354 b (P.). Il y a peut-être confusion avec ce qui est raconté dans Dio Cass., LXXII, 22, dans Herodian. , 1, 15, 9, et également dans EusEB, et Hieronym. Chron. ed Schône, II, p. 174. 175, dans Cassiodor., op. cit., à l'année 2205 = 189-90 ou 189 ap. J.-C, et dans Lamprid., Commod., 17, 10, au sujet d'un colosse existant à Rome (d'après Lamprid., ibid., celui de Néron, d'après Herodian., ibid., le colosse du Soleil, érigé sur la Voie sacrée, d'après le passage de Dio Cass., LXVI, 15) ; V. Clinton, p. 186 et p. 62.

^) En ce qui concerne l'Achaïe, Commode, d'après Lamprid., Commod., 1, 7, y fit, lorsqu'il fut entré dans la dernière et sanglante période de son règne, mettre à mort une parente de son père, Faustina Annia.

*) Inscription en l'honneur de Commode, dans l'île d'Anaphé ; voy. Ross, Archàolog. Aufsdtze, II, p. 506. Bôckh, C. L Gr., II, Addend, n» 2480 k, et dans le même recueil (n° 2264 /7i), l'inscription de Minoa, dans l'île d'Amorgos. — Commode appelé aussi « Olympios », comme jadis Hadrien, sur des médailles d'Éphèse ; voy. Eckhel, D. N., VII, p. 136 sq. ; voy. aussi VII, p. 518. Commode qualifié Biviis cà Atiiènes : Bockh, C. L Gr., I, n» 399 ; cf. n° 266, lig. 6. Cf. aussi Bôckh, op. cit., p. 852 sq. sur l'inscription d'Ambryssos (n« 1736) et ci-après p. 425, Inscription latine de Mytilène dans Mommsen, G. L Lat., III, 1, n" 453. Il y avait également la fête des « Commodeia » (à moins toutefois — cf. ci-après — qu'elle n'ait été instituée que sous Septime-Sévère) ; par exemple, à Athènes ; Bôckh, C. I. Gr., I, n» 248. Commodeia à Smyrne ; Bôckh, C. L Gr., I, n" 1720. II, n° 3208. (Tremblements de terre ; à Nicomédie : Malalas, XII, ed. Bonn., p. 289, ou p. 13 d [V.]).

4l6 LA GKÊCE tT LES PHÉTENDANTS AU TRONE BIPÉRIAL

Perlinax S eut succombé le 28 mars 193, après un règne trop court, lâchement assassiné par les prétoriens révoltés, et que le piteux Didius Julianus eut été élevé par des mains indignes sur le trône ensanglanté, les légions se soulevèrent, comme on le sait, sur trois points principaux de l'empire, en Bretagne, en Pannonie et en Orient, et proclamèrent leurs chefs empereurs. Pour la Grèce, nous n'avons à nous occuper que des deux derniers de ces imperatores^ savoir Septime- Sévère, le sombre Africain, qui fut revêtu de la pourpre en Pannonie^ et Pescennius Niger en Orient.

Pescennius Niger, homme très populaire à Rome, de même que parmi les soldats et la population civile de sa province de. Syrie, commença par se rendre maître des provinces orientales de l'empire ; les contrées de la péninsule gréco-macédonienne, la Thrace, la Macédoine et la Grèce ^, le reconnurent également comme empereur. Mais bientôt l'éphémère doraination de l'empereur syrien, qui persistait dans une intempestive inertie, s'écroula sous les coups vigoureux de Septime

*) Médailles de Thessalonique et de Mytiiène en l'honneur de Flavia Titiana, épouse de Pertinax : Egkhel, D. iV"., Vil, p. 147.

-) Cf. Spartian., Pescenn., 5, 6; voy. aussi Herodian., II, 8, 7 ; 14,7, Le passage de Sparttax., loc. cit. : « Fe^cenniu?, veniente ad orientem Severo Grœciam, Thracias, Macedoniam interfectis multis illustribus vins tenebat, » donne lieu à de graves difficultés. Comme, d'après tout ce que nous savons d'ailleurs sur Pescennius, celui-ci conduisit ses affaires avec tant de mollesse qu'il ne put qu'au dernier moment faire avancer ses troupes jusqu'à Byzance et à Périnthe ; comme, de plus, nous n'avons absolument aucune connaissance de combats qui auraient eu lieu entre ses troupes et celles de Septime-Sévère à l'ouest de Périnthe, et moins encore de massacres qui auraient eu lieu sur ses ordres dans les provinces grecques, au sud des Balkans, nous n'avons que le choix ou de supposer que ces régions furent troublées par les luttes sanglantes des partis, ou bien d'admettre que, par suite d'une inadvertance, il s'agit 9e nouveau, dans ce passage, des « plurimi de exercitu inierfecti » dont on a déjà parlé (Spartian., Sever., 8, 13) à l'occasion de l'attaque de Niger sur Périnthe (voy. ciaprès). SiEVERS, Philologus, XXVI (1867), p. 260, révoque même en doute l'exactitude de l'indication fournie par Spartian., Pescenn. ISiy., 5, 6. Sparlien {Pescenn. JSiy., 8, 1-6) raconte une histoire qui — inventée ou non — est également intéressante; cf. Wolff, De ultima oraculor. aetate, p. 6. (Sentence de l'oracle de Delphes à l'égard des trois rivaux qui se disputaient la couronne, Niger, Seplimius et Albinus ; leur avenir : l'oracle laisse entrevoir la victoire de Septimius et l'avènement de Caracalla ; cf. aussi Jul. Capitolin., Clod. Albin., 1, 4.)

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