CULTE DES GRECS POUR LA FAMILLE DE SEPTIME-SÉVÈRE
Le culte que les Hellènes rendaient à cet empereur alla même si loin que — à la suite ou à cause de l'acte par lequel Septime-Sévère, en vertu de son initiative souveraine, en l'an 195, s'était déclaré après coup le fils adoptif du grand Marc-Aurèle — les Grecs d'Ambryssos en Phocide élevèrent une statue avec une inscription en l'honneur de l'empereur Commode, le qualifiant de a frère » de l'empereur Septime- Sévère, ou modifièrent en ce sens l'inscription antérieure*. Non moindres enfin furent les hommages que les Hellènes rendirent à M. Aurelius Antoninus Caracalla, notamment depuis qu'en l'an 198 il eut été élevé par son père à la dignité d'Auguste-, et aussi plus tard, lorsqu'il exerça pour son propre compte l'autorité souveraine, après s'être, comme on sait, très promptement débarrassé par un meurtre de son frère et
sophiste à Athènes; c'est pourquoi, afin de le distinguer du dernier personnage du même nom, — « le Lemnien », — on l'appela souvent plus tard ô 'AÔYivaîoç ; mais, dans les derniers temps de l'antiquité, il est, lui aussi, désigné d'une manière très habituelle sous le nom de « Lemnien » (voy. aussi Philostra-t., Apoll. Tyan., VI, 27. Vit. Sophist., I, 21, 2. Epist.y éd. Kayser, p. 363. Eunap., Proœm., p. 5, 6. Synes., Dion, p. 35 a. De insomn., p. 155 b. Ce Philostrate vécut ensuite à Rome sous Septime-Sévère et jusqu'à l'époque de l'empereur Philippe, dans le milieu du m* siècle (Sum. , s. V.). Gomme ami de la famille de Septime - Sévère , il accompagna aussi Caracalla en Gaule, en l'an 213 (Philostrat. Vit. Sophist., II, 32, 2, p. 626. Cf. Vit. Apollon., V, 2). 3« Philostrate le Jeune, fils de Nervianus et d'une fille de Flavius Philostrate (Philostrat. JuN.,Imagin. proœm., p. 861). Né, d'après Clinton (p. 189. 221. 225), en l'an 192 après J.-C,, il était déjà, à vingt-quatre ans, un personnage important, jouissant de la faveur de Caracalla. Il visita aussi Rome, mais, d'après Suidas, il fit ses études, vécut et enseigna à Athènes et mourut à Lemnos (cf. aussi Philostrat., Vit. Sophist., II, 27, 3, p. 617 ; 30, 1, p. 623 ; 31, 2, p. 624 sq. et 33, 2 à 4). Sur Julia Domna, cf. encore Philostrat., Vit. Sophist., II, 30.
1) BôCKH, C. I. Gr., I, p. 852 sq. sur le n° 1736. II, p. 561, n« 2878. Preller, Mm. Mytholog., p. 780. Egkhel, VII, p. 173. Cf. Dio Cass., LXXV, 7. Spartian., Sever., 19, 2 à 4.
*) Cf. d'une manière générale Egkhel, D. N., VII, p. 221 sqq. Bockh, C. I. Gr., m, p. 563 6. Borghesi , Diurn. Arcad., 11(1830), p. 179*. Voy. aussi Bôckh, I, n" 1619 (Thèbes) ; cf. Keil, Syll. inscr. Boeot., p. 112. Statue et inscription à Trœzène (n" 1185) ; inscription du Pélo-
* Bockh lui-même (avec Eckuel, VII, p. 176-200) admet habituellement pour cette élévation de Caracalla la date de 198 ; voy. C. /. Gr.,J, p. 422, sur le n» 353, et p. 567. Dittenbergeh, dans V Hermes, I, p. 413. Clinton, Fa.tt. Rom., I, p. 202. Sievehs, dans le Philologtis, XXVI 1867), pp. 264-267.
426 CULTE DKS C.RECS POUR LA FAMILLE DE SEPTIME-SÉVÈUE
collègue Géta*. Ce prince Géta, lui aussi, fut honoré par les Grecs dans des inscriptions analogues ^ Ils prirent de plus un plaisir tout particulier à célébrer d'une manière permanente les fêtes qui furent alors nouvellement établies, notamment ce qu'on appela les « Philadelphies », la fête de l'amour fraternel, fondée en l'honneur des fils de Septime-Sévère^, entre lesquels pourtant existaient des dissensions si acerbes. Par une ironie aussi cruelle que peu préméditée, ces Philadelphies continuèrent encore d'être célébrées sous Caracalla. Il y avait également ce qu'on appelait les « Sebereia », c'est-à-dire la fête en l'honneur deSeptime-Sévère\puisles « Antonineia"' »; quant à l'Asie, les jeux qui y prirent une extension particulières dans les villes de toute catégorie, en même temps que Julia Domna y était l'objet de la flatterie la plus outrée, furent les jeux Pythiques et Actiaques ; « ces derniers jeux se ratta-
ponnèse (n° 1561). Statue et inscription dans l'île de Théra (Bôckh, II, n« 2457) ; à Sparte (n° 1320); à Athènes (n° 353); célébré comme bienfaiteur à Mégare (depuis 198 ap. J.-C), n» 1075. Inscription d'^Eginion, ville de la Tymphée sur le Pénée supérieur, en l'honneur de Septime-Sévère et de Caracalla (Bursian, Geogr., I, p. 14). Autre inscription à Same, dans l'île de Céphallénie; voy. Lenormant, op. cit. {Rhein. Mus., ibid., p. 524), n" 369. Médailles grecques, notamment d'vEgira et de Corinthe, en l'honneur de son épouse Fulvia Plautilla : voy. Egkhel, VII, p. 226 sq., et, pour Mantinée, ci-dessus, p;). 313 et 423,2 s. fin.
*) Par exemple, l'inscription du Ténare, qui se rapporte à une époque postérieure à l'année 214 ap. J.-G. (Bockh, C. I. Gr., n» 1321) ; peut-être aussi l'inscription d'Egine (Bôckh, II, Addend., n» 2140 a); puis la statue de marbre et l'inscription provenant du temple d'Apollon Pythien à Minoa, dans l'île d'Amorgos (Bockh, ibid., n° 2264 n) ; sans doute aussi l'inscription d'Élatée (Bôckh, I, no 1735).
2) Inscriptions en l'honneur de Géta : à Hermione (Bôckh, no 1217) ; statue et inscription à Same dans l'île de Céphallénie (F. Lenormant, Inscript. Grœc. inédit, cent, quart., dans le Rhein. Mus., N. P., XXI [1866], p. 525, n° 371). (Géta « César », depuis 198 ; Eckhel, VII, p. 176. 227 ; cf. Sievers, op. cit., p. 268. Clinton, p. 202). — (Inscription de Gortyne en l'honneur de Géta l'aîné, le frère de Septime-Sévère, gouverneur de Crète-Cyrène, Spar- TiAN., Sept. Sever., 8, 10; cf. Bôckh, C. I. Gr., II, n« 2591).
^) Cf. pour Athènes les inscriptions rapportées dans Bôckh, C. I. Gr.^ I, nos 945. 246. 283. 285. 286 ; pour Périnthe, voy. Mionnet, I, 404 sqq. et d'une manière générale Eckhel, VII, 231. Mionnet, IV, p. 128, n° 729. Krause, Neocor., p. 76. 80.
*) A Athènes : Bôckh, C. I. Gr., n° 248.
^) A Athènes : Bôckh, C. /. Gr., I, p, 359, n°« 246. 248. Entretien de ces jeux par Septime-Sévère ; voy. Preller, Rrirn. Mythol., p. 793 sqq.
chaient vraisemblablement aussi, comme jeux d'Apollon, au culte jdu dieu Soleil syrien, héréditaire dans la famille de l'impératrice et qui se confondait fréquemment avec celui d'Apollon * ». Puis eut lieu à Rome, en l'an 203 ou 204 après J.-C. -, la célébration avec un grand éclat des jeux appelés « Lndi ficPxulares ». A cette occasion^, on attira les spectateurs à Rome de tous côtés ; et, pour faciliter le voyage aux habitants des provinces éloignées, le Sénat, à l'instigation de l'empereur, adressa aux provinciaux (spécialement aussi aux Grecs) des ordres généraux et impératifs leur prescrivant d'offrir aux voyageurs le logement et « l'hospitalité* ». Les jeux, avec leur antique tradition de bruyante allégresse, avaient ainsi retrouvé tout leur entrain. Les Hellènes d'Achaïe n'eurent donc sans doute pas, en général, à se plaindre du gouvernement de Septime-Sévère. Il n'y eut qu'une seule ville pour laquelle il eut de mauvais procédés : ce fut Athènes. Septime-Sévère en effet, jeune encore, mais déjà revêtu de charges et de dignités, sous Marc-Aurèle, avait fait à Athènes, à l'occasion de ses études, un séjour passager et avait subi de la part des Athéniens certaines offenses : devenu empereur, le vindicatif Africain les en punit, bien des années plus tard, en restreignant les droits et privilèges de la ville. Fut-ce dans sa situation politique ou du côté de l'Université qu'elle fut atteinte, c'est ce qui est incertain ' ; il semblerait plutôt qu'il réduisit son domaine extérieur, en lui enlevant, par exemple, ses droits sur l'île de Sciathos^ Les Athéniens n'en travaillèrent qu'avec plus d'ardeur à apaiser le ressentiment de l'empereur, à regagner ses bonnes grâces en lui rendant des honneurs de diverses sortes. C'est ainsi notamment qu'en l'année 198 après J.-C. (cf. p. 425), lorsque Septime-Sévère eut élevé son
*) Preller, p. 794. Krause, Neocor., p. 76 sqq., jusqu'à p. 83.
2) Herodian., III, 8, 10. Censorln., De die Nat., 17. Zosim., II, 34. SiEVERS opine pour l'année 203 (dans le Philologus, XXVI [1867], p. 30); et plus loin {ibid; p. 266 sqq.) pour l'année 204. Eckhel, VU, pp. 185. 204 et Clinton, p. 210.
3) Cf. Herod(An., III, 8, 10.
4) Rhein. Mus., II,'p. 325.
2) Spartian., Seî;er., 3, 7.
^) Au sujet de Sciathos, voy. Bôgkh, II, p. 178, sur le n° 2154.
fils aîné, précisément le jeune Caracalla, à la dignité d'Auguste et l'eut associé à l'empire, cet événement fut célébré par une longue et pompeuse inscription délibérée par l'Aréopage^ le Conseil et l'assemblée du peuple, et gravée sur la pierre ^ Naturellement, ce grand jour fut en même temps fêté par des sacrifices et des banquets solennels. De plus, les Athéniens décernèrent à Septime-Sévère l'honneur d'une statue avec une inscription laudative dans la ville de Magnésie du Sipyle% avec laquelle, comme avec d'autres villes d'Asie (par exemple, Sardes et Cibyra^, ils se trouvaient alors, à cause des Panhellénies (p. 355), en relations très étroites. Septime-Sévère ne paraît pas être demeuré tout à fait insensible à ces hommages (cf. ci-dessus, p. 336, 4); du moins, il ne refusa pas sa haute bienveillance aux ambassadeurs souples et habiles que les Athéniens lui députèrent *.
Ici se termine provisoirement l'exposé de Fhistoire extérieure de la Grèce sous les empereurs romains. Avec le règne de Caracalla, en efî*et, commencent à se tarir les sources abondantes, inscriptions, médailles, renseignements à nous transmis par les écrivains, qui nous mettent à même d'esquisser sans trop de lacunes le tableau de la situation historique et politique et aussi de la culture intellectuelle de l'Achaïe jusqu'au commencement du uf siècle après J.-C. De plus, c'est aussi au règne de Caracalla qu'appartient cette mémorable décision impériale qui — sans qu'il y ait intérêt à en rechercher les motifs immédiats — conféra le droit de cité romaine à tous les habitants libres des provinces de cet immense empire (cf. ci-après, tome III), transformation qui prit une importance très considérable pour l'empire en général, pour les
*) BôCKH, C. I. Gr., I, n° 353, p. 422. Ellissen, Zur Gesch. Athens, p. 113 sqq. Cette inscriptioQ paraît avoir été placée dans une partie de l'Olympiéon consacrée aux empereurs (Bôgkh, ibid., lig. 36 sqq.). Il faut mentionner aussi lé voyage d'Apollonios, le célèbre sophiste et professeur à l'Université d'Athènes (originaire d'Athènes même), qui fut député vers Septime-Sévère: Philostrat., Vit. Sophist., II, 20, 1-2, p. 601 (Kayser, p. 262). Clinton, p. 199. Ellissen, p. 112. Zumpt, Die philosophischen Schulen in Athen, p. 25.
*) BôCKH, C. L Gr., II, p. 796, sur le n» 3407.
") C. [. Gr., II, n" 3456 et p. 796 ; III, n» 5852, et ci-dessus p. 356.
*) Cf. Philostrat., Vit. Sophist., 11,20,2. .
LA situatiolV intérieure DE l'achaïe 429
provinces considérées individuellement , et aussi pour les Grecs d'Achaïe. Nous arrivons ainsi à un moment décisif dans l'histoire de l'Achaïe, et, réservant à notre dernier volume le récit des destinées ultérieures de cette province sous les Romains jusqu'à Justinien I", nous allons essayer, pour terminer, d'esquisser également pour la période dont nous nous sommes occupés jusqu'ici le tableau de la situation intérieure.
Ce que nous pouvons nommer pour cette période l'histoire «externe» delà Grèce est sans doute, nous Pavons vu, incomparablement plus riche en faits importants que l'époque de la dynastie Flavienne et de Trajan. Mais, sans parler même de la vie intellectuelle des Grecs d'Achaïe à cette époque, sujet que nous devons réserver pour le volume suivant, le tableau de la situation de la Grèce à la même époque demeurerait incomplet si nous ne pouvions dire aussi avec quelque détail ce qu'était cette situation à l'intérieur. C'est ce que, heureusement, nous sommes très à même de faire.
Cette période, il est vrai, n'a point de Plutarque qui nous offre une immense quantité de matériaux pour l'histoire de la civilisation. Mais par contre, nous possédons,, entre autres, des renseignements très précieux dus à la plume de plusieurs savants d'origine hellénistique , qui avaient à cette époque reporté avec une prédilection toute particulière leur intérêt sur l'antique pays des Hellènes. C'est la dernière fois, pendant les temps antiques, que ces renseignements nous sont fournis pour la Grèce sous cette forme et avec abondance.
L'ouvrage qui a le plus de valeur pour le but que nous poursuivons est certainement la grande description topographique et historique de la Grèce due à un voyageur de cette époque, originaire de l'Asie-Mineure. Nous voulons parler du célèbre Pausanias, probablement Lydien de naissance*, qui, indépen-
*) Cf. Pauly, R. E., V, p. 1263 sqq. Clinton, Fast. Roman., I, p. 113. SiEBELis, dans le Proœmium de son édition de Pausanias, I, p. iv-vii, et dans sa traduction du même auteur (Introduction, p. 5 sqq). Voy, aussi BuRSiAN, à l'article Athense, dans Pauly, R. E., P, p. 1981 sqq. ; d'après lui, Pausanias était originaire de Magnésie du Sipyle en Lydie.
430 PAUSAMAS •
damment d'autres pays du littoral de la Méditerranée, comme la Libye, l'Egypte^, l'Arabie, l'Italie, la Sicile, la Sardaigne et la Corse \ parcourut en particulier la province d'Achaïe tout entière, et offnt au public la description, avec les détails les plus précis, de chacun de ses cantons. Les voyages qu'il raconte furent accomplis à l'époque de l'empereur Hadrien ' et des deux premiers Antonins ^ (la dernière date assignée d'une manière positive dans son ouvrage est l'année 174 ou 175 après J.-C. environ'). Les livres séparés dont il se compose ont été, suivant toute apparence, rédigés à de très longs intervalles, et l'ensemble de l'ouvrage n'a probablement pas été terminé avant la moitié du laps de temps qui va de 180 à 190 après J.-C. ^ Nous n'avons pas besoin, en commençant,, d'éta-
1) Pausan., V, 15, il. IX, 16, 1. I, 42, 3. IX, 28, 3. V, 12, 6. VIII, 17, 3-4 ; 46, 4-5. IX, 21, 1. X, 5, 11. V, 23, 6. X, 17. Cf. Pauly, R. E., V, p.
2) Pausan., I, 5, 5. Cf. aussi V, 21, 6, où Folympiade 226 (125 ap. J.-C.) est indiquée comme appartenant à son époque.
') Pausan., II, 27, 7. VIII, 43, 4. X, 34, 2.
'*) Cf. le calcul établi dans Pauly, ihid.y p. 1258, note 1, sur Pausan., V, 1, 1 ; voy. aussi Clinton, Fast. Roman., I, p. 171, à l'année 176 ap. J.-C.
^) SiEBELis, dans lOiPrœfatio de son édition de Pausanias (I, p. vu sq.). Les différents livres ont été écrits à de longs intervalles; de plus, Pausanias composa la description des différentes contrées de la Grèce à mesure qu'il les avait parcourues, sans attendre d'avoir achevé son voyage d'Achaïe, et cela vraisemblablement dans l'ordre même où les livres sont rangés actuellement (quoique la marche suivie dans la description des différentes locahtés ne corresponde pas toujours à celle de son voyage : cf. Pausan., VI, 21). C'est ce qu'établissent (d'après Pauly, 021. cit., Clinton, p. 111, CuRTius, Teloponn., I, p. i24 sqq.) les passages déjà cités, comme aussi le passage de Pausan., VII, 20, 3, où il donne des renseignements complémentaires sur l'Odéon d'Hérode Atticos à Athènes, lequel n'était pas encore édifié lorsqu'il travaillait à son premier livre, et dont la construction se place environ vers les années 161 et 162, par conséquent quinze ans au moins avant l'achèvement de la dernière moitié de l'ouvrage entier. Suivant toute apparence, les livres I* et II furent composés sous Hadrien ; le livre IV (ainsi que le prouve le passage contenu au ch. 31, 5), à une époque antérieure au tremblement de terre de Rhodes (p. 367), c'est-à-dire avant l'année 155; les livres V (celui-ci en l'année 173 ou 174 ; voy. aussi Clinton, p. 167), VIII (d'après Clinton, p. 171, à l'année 176, le passage de Pausan., VIII, 43, 4, aurait été écrit- après l'année 175) et X ont été composés sous Marc-Aurèle.
* Sur le premier livre, voy. encore Schudart, Pausanian und dessen Periegese, dans la ZeiUchrift fur Alterthumsw., 1851, p. 204, et Wachsmuth, dans le Bhehi. Mus., XXIII (1868), p. 4 sqq.
PAIJSAMAS ET LLCllON i31
blir avec détail sa haute importance pour la géographie et rhistoire, pour la connaissance des cultes de la Grèce et de l'art grec, en dépit des nombreuses faiblesses de l'écrivain et de sa dépendance souvent très sensible à l'égard des périégètes (p. 231 et suiv.) et de leur direction *. La grande valeur des renseignements de Pausanias, tout particulièrement pour la co'iinaissance de la situation de la Grèce dans cette période, ne tardera pas à apparaître.
Quoique n'étant pas à beaucoup près aussi riches en matériaux pour notre but immédiat, un très grand nombre d'ouvrages de l'écrivain grec le plus spirituel de ce temps, du grand satirique Lucien de Samosate, sont cependant aussi à un très haut degré intéressants et importants pour la connaissance de Tétat intellectuel de la Grèce à cette époque. Nous n'avons pas la prétention inopportune d'encadrer ici dans notre exposition une biographie plus ou moins complète de ce curieux personnage, dont l'histoire appartient à l'histoire même de l'esprit grec, de l'hellénisme de cette époque en général, et non à celle de l'Achaïe. Rappelons seulement que, né probablement sousl'empereur Hadrien (sans doute versl'an 120 après J.-C.^) à Samosate en Syrie, mais devenu sous tous les rapports, par ses études et par un long séjour dans des pays grecs, un Hellène tout pénétré de l'esprit national grec ^, Lucien, qui florissait à l'époque des deux premiers Antonins et de Commode, abandonna dans sa jeunesse, entraîné par une vocation intérieure, les occupations manuelles * qui lui avaient été imposées, et se porta vers les études de rhétorique
') Cf. également, sur Pausanias en général et spécialement sur le point dont il s'agit, Curtius, Peloponn., I, pp. 122 à 127. 142, et II, p. 52. Ulrighs, Reisen und Forschungen in Griechenland, II, p. 148 sqq. Wachs- MUTH, dans le Rhein. Mus., XXIII (1868), pp. 4. 11. 27. [Sur les doutes soulevés à propos de 1' « autopsie » de Pausanias et le débat récemment engagé à ce sujet, voy. le supplément bibliographique du tome III. N. du Trad.].
2) Cf. K. F. Hermann, Ad Lucian.de Hist, conscrib., p. xvii, et Prellf:r, dans Pauly, R. E., IV, p. 1165. Sommerbrodt, Ausgeiv .Schriften des Lucian, AUg. Einleit., p. ix.
3) Cf. aussi LuciAN., Ris accusât., 30, et Burckhardt, Das Zeitalter Constantins, p. 182.
*) Lucian,, Somn., 14 sqq.