LES ÎLE^ GRECQUES COMME LIEUX DE DÉPORTATION
un escadron les traces de Taventuricr par le golfe Toronaïquc et Thermaïque, explora l'Eubée et le Pirée, CorinthC;, enfin Nicopolis. Dans cette dernière localité, on avait déjà arrêté l'aventurier; il s'y était donné pour un fils de M. Junius Silanus ; puis — la plus grande partie de ses adhérents s'étant déjà dispersés — il s'était rembarqué, pour Fltalie, disait-il. 11 est vraisemblable qu'immédiatement après Pôppa^us réussit à s'emparer de l'aventurier pour le livrer à l'empereur \
Ansi disparut rapidement le danger qui menaçait le repos et la sécurité des provinces grecques. D'un autre côté, les Hellènes, et non pas seulement ceux de l'Achaïe, avaient réellement le droit d'être satisfaits du gouvernement de cet empereur. Tibère gouverna avec une sévérité sanguinaire les Romains proprement dits, surtout l'aristocratie romaine, dont, pendant son règne, les membres durent en foule prendre le chemin de l'exil dans les îles grecques de la mer Egée ^ ; mais cette sévérité ne se fit que peu ou point sentir aux Hellènes. Sans doute, les fonctionnaires supérieurs de Rhodes furent un jour obligés de se prêter à une grossière plaisanterie; ils furent mandés en toute hâte à Rome pour corriger personnellement quelques erreurs de forme dans une
1) Tacit., Ann., V, 10, et Dio Cass., LVIII, 25.
2) C'est ainsi qu'en l'an 19 ap. J.-C, Vistilia, dame issue d une famille prétorienne, épouse impudique et dissolue de Titidius Labéon, fut, à raison de ses dérèglements éhontés, déportée dans l'île de Sériphos. Tacit., Ann. II, 85. En l'an 22, le proconsul d'Asie, Gains Junius Silanus, est déporté à Cythnos, Tacit., Ill, 69; et, en l'an 23, Gains Vibius Serenus, proconsul de l'Espagne Ultérieure, à Amorgos, Tacit., IV, 13 et 30.
Sous Caligula fut, notamment, exilé dans l'île d'Andros (vers la fin de l'an 38) Avillius Flaccus, personnage bien connu, qui avait été jusqu'alors gouverneur d'Egypte; il était haï du nouvel empereur comme ayant été l'adversaire delà première Agrippine, mère de Caligula ; il fut tué au bout de peu de temps, à Andros, sur l'ordre et par les satellites de l'empereur, Philon. JuD., 0pp. Lib. in Flacc, c. 18-21. Stahr, Rom. Kaiserfrauen, p. 334. Lehmann, Claudius und Nero, I, p. 160.
Parmi les îles grecques, l'île désolée de Gyaros passait pour la station pénitentiaire où l'existence était le plus dure. Elle était plus facile à Andros. PmLON., ibid. j c. 19. Les déportés choisissaient de préférence, quand ils avaient la faculté de choisir, la charmante île de Lesbos (que d'ailleurs Auguste avait déjà, en l'an 12 ap. J. C, agréée, ainsi que Cos et Rhodes, pour être la résidence de ceux qui étaient simplement bannis de l'Italie) . Dio Cass., LVI, 27. Sur Lesbos, à ce point de vue, voy. encore Tac, Anw., VI, 3, et DioCass.,LVII[, 18.
'2i itOuvernemenï de tibère
communication adressée à l'empereur^; néanmoins on trouva généralement dans les provinces grecques que la sévérité sans ménagements avec laquelle Tibère conduisait les procès de concussion [repetimdariim) , avec laquelle il avait coutume de sévir dans les provinces contre les extorsions, les abus de pouvoir et les actes d'oppression des fonctionnaires romains aussi bien que des potentats locaux, produisait une sécurité et un ordre jusqu'alors inconnus ^ On ne pouvait assurément pas se plaindre davantage lorsque la main de fer de l'empereur frappait l'insolence, les désordres, les actes de négligence ou de violence des Hellènes; c'est ainsi notamment que, sous son règne, la ville de Cyzique perdit d'une manière permanente sa « liberté », c'est-à-dire sa situation de ville relevant immédiatement de l'empire (dans l'année 24-25), parce que ses habitants, d'une part, avaient négligé le culte du « divin Auguste » et laissé inachevé le sanctuaire qu'ils avaient commencé d'élever en son honneur, et, d'autre part, s'étaient permis des actes de violence contre plusieurs citoyens romains et les avaient jetés dans les fers '\
<) Dio Gass., LVII, 11 init. Sueton., Tiber., c. 32.
*) C'est ainsi (Tac, Ann., Ill, 38. 70) qu'en l'an 21 ap, J. C, Caesius Cordus, qui avait été proconsul de Crète (— Cyrène), fut traduit en justice du chef de concussion et condamné l'année suivante. De même (après le châtiment infligé dans les dernières années d'Auguste au sanguinaire proconsul d'Asie, L. Valerius Volesus Messala, Tac, Ann., Ill, 68, et v. Nip- PERDEY sur ce passage), le proconsul d'Asie Gains Junius Silanus fut, en l'an 22, exilé dans l'île de Cythnos pour concussions. Tac, Ann., Ill, 66-69; IV, 15. En l'an 23, Lucilius Capiton, procurateur des domaines privés de l'empereur et receveur fiscal des impôts en Asie, subit également, à raison de divers excès de pouvoir, la peine du bannissement. Tac, IV, 15. Dio Cass., LVII, 23. En l'an 24, le rhéteur Cassius Severus,déjà relégué en Crète sous Auguste par décision du Sénat (en l'an 8 ou 12 av. J. G.), à raison de libelles injurieux, et qui y continuait de troubler la paix par ses menées, fut exilé dans l'âpre Sériphos et y mourut vraisemblablement en l'an 33 ou 37. Cf. Tac, IV, 21, et Nipperdey sur ce passage ; v. aussi Ad. Schmidt, Geschichte der Benk- und Glaubensfreiheit im ersten Jahrhundert der Kaiserherrschaft, p. 46 et suiv,, 59 et suiv.
3 Tacit., Ann., IV, 36. Sueton., Tiber., 37. Dio Cass., LVII, 24. Il est dit, il est vrai, dans Sueton., Tiber., c. 49 (cf. Finlay, Griechenland unter den Rômern, p. 65), que Tibère (qui d'ailleurs ne comptait en aucune façon la rapacité fiscale parmi ses défauts) dépouilla les grands de leurs biens, en Grèce comme ailleurs, à l'aide d'accusations absolument sans portée; mais cette assertion, que rien ne confirme d'ailleurs, peut difficilement se soutenir, au moins dans une mesure étendue, quoique Tibère, tout à