LUCIEN
rhétorique, les croyances et les superstitions de son temps » ; c'est de là qu'il put aussi accomplir de petites excursions dans diverses parties de la Grèce, par exemple à Olympic (où il alla quatre fois entre 153 et 165 environ après J.-G.)*.
Dans sa vieillesse, il fit encore une tournée de rhéteur ambulant % et accepta enfin en Egypte (ou à Rome même) un emploi dans l'administration de la justice impériale ^ Lucien montre dans ses nombreux ouvrages un tour d'esprit très incisif ; mais en même temps (comme on le voit clairement dans ses portraits de Démonax et de Nigrinus) les profondeurs de son être recèlent un cœur qui a besoin d'affection et qui en est capable ; observateur pénétrant, toujours prêt, soit qu'il parle, soit qu^il écrive, à la raillerie piquante, tantôt plein d'humour dans ses peintures, acerbe et mordant, mais toujours homme profondément sérieux, il flagelle avant tout les faiblesses de son époque et de ses contemporains ; il fait une guerre vigoureuse aux fausses croyances, au besoin de miracles, aux superstitions de tout genre, à la religion antique en particulier (et aussi, on le sait, au christianisme \ qu'il ne connaissait que très imparfaitement et auquel il n'a été ni aussi foncièrement ni aussi systématiquement hostile qu'on Fabien voulu dire dans l'antiquité et de nos jours), à la philosophie dégénérée, et plus encore aux ridicules de ceux qui la représentaient de son temps, ainsi qu'à certaines faiblesses très marquées de la rhétorique et des rhéteurs ou sophistes, et, en général, de toute la classe éclairée, en particulier aussi à l'effroyable immoralité du siècle des Antonins ; et partout il se montre homme d'esprit, inclinant vers le fonds originel de la doctrine d'Épicure, « voyant beaucoup et vivement, riche d'expérience, d'une
*) Preller, p. 1166 sqq. 1167. 1169. Luciân., Peregrin., 19-21 et 35 (Cf. ci-dessus, p. 392, 2). Sommerbrodt, p. xii.
-) Cf. aussi LuciAN., Hercules^ 7. 8.
•'') PREtLER, p. 1167. Sommerbrodt, p. xii. D'après Friedlander {Darstellungen, I, p. 91, note 2), au contraire, ce ne fut pas en Egypte, mais à Rome, à ]a cour impériale. Lugian., Apolog. 1. 9. 10. 11. 12.
*) Cf. notamment, à ce sujet, le résumé de Sommerbrodt, op. cit., p. xxix sqq.: cf. aussi d'une manière générale Gregorovius, i/arfnan, p. 417 sqq. NiGOLAi, Gesch. ci. griech. Litteratur, II, 1, pp. 399 à 403. Hermann, op. cit., p. 225.