LUCIEN : ARISTIDE
culture très variée » ; dépourvu, il faut le dire, de croyances et de convictions positives, sans enthousiasme de réformateur, il n'a que la raillerie et Féclat de rire avec Fâpreté du caractère et la mordante amertume. En résumé, ses écrits, extrêmement précieux d'une manière générale pour tout ce remarquable siècle des Antonins, ne le sont pas moins pour la connaissance de l'état moral de TAchaïe pendant cette période, objet particulier de notre étude K
1) Le célèbre rhéteur P. yElius Aristide (dit Aristide de Smyrne) ne nous ofTre — du moins pour notre but immédiat • — que peu de chose, incomparablement moins qu'en son temps Dion Chrysostome. Fils d'Eudaemon, prêtre de Jupiter à Hadriani, en Bithynie (Sum., 5. v. Philostrat., Vit. Sophist., II, 9, 1, p. 581), il naquit dans cette ville, suivant l'opinion de plusieurs savants modernes (voy. Letronne, Recherches pour servir à l'histoire de l'Egi/pte, p. 254 sqq. et Pauly, R. E.,1, i, p. 341), en l'année 117 ap. J.-G. (d'après Clinton, p. 115, en Tannée 129 seulement). Il fut formé à la rhétorique par de célèbres sophistes de ce temps, Aristoclës à Pergame, Polémon à Smyrne (Suid., s. v. Aristid.), Hérode à Athènes ; puis, suivant l'usage de l'époque, il entreprit de grands voyages en Asie, en Afrique et en Grèce, mais particulièrement en Egypte, pays qu'il étudia à fond. Cf. aussi Philostrat., ibid., p. 582. En ce qui concerne ses voyages en Grèce (en dehors de son voyage, d'études à Athènes et de quelques courts passages), voy. encore Aristid., Orat. Ill, Çlsthmic.) ad. Jebb. p. 17 sqq. Sur son grand voyage accompU (d'après Clinton, p. 147. 149, pendant les années 160-161) au milieu de l'hiver, de Mysie à Rome, à travers les régions inhospitalières de la Thrace et de la Macédoine (Aristid., Orat. y XXIV, p. 303-305, éd. Jebb; p. 466. 481, éd. Dindorf: cf. Masson, Coll. Hist, ad vit. A7istid. [Dindorf, vol. III, p. lui]), et sur son retour, qui eut lieu l'année suivante (161), vers l'époque de l'équinoxe d'automne, par mer. au milieu de violentes tempêtes, d'Ostie à Milet en passant par Céphallénie, Patrse, l'Isthme et la mer Egée (Aristid., ibid., p. 305 sqq. 328 Jebb; 482 sqq. 511 Dindorf, et Masson, ibid., p. lxi), voy. Friedlânder, Darstellungen, II-, p. 15. Une maladie de treize années, dont il fut atteint après son retour de ce voyage, ou, d'après Clinton, pag. 147 sqq., même auparavant (sur cette maladie, voy. ses discours, Orat. XXIII- XXVIII, intéressants aussi par la peinture de la vie des stations de bains en Asie, p. 218), ne l'empêcha pas de poursuivre ses études et ses excursions (par exemple, son voyage de Smyrne aux thermes de Pergame : Orat. XXVIl, p. 347-350, éd. Jebb). Sur les voyages d'Aristide pendant sa maladie, voy. Welcker, Kleine Schriften, Ili, p. 89 sqq., 138 sqq., et d'une manière générale, pp. 89-156 ; sur la maladie elle-même, v. encore Philostrat., ibid., p. 581. Goll, Kulturbilder aus Hellas and Rom, III, pp. 208- 212 et SrRENGEL, Geschichte der Medizin, I, p. 224 sqq. Clinton, p. 147- 167. 187. Cf. aussi Waddington, Mémoire sur la chronologie de la vie du rhéteur Aristide (Mém. de l'Acad. des Inscr., XXVI [1867], p. 203-268, et Baumgart, Aelius Aristides, Leipzig, 1867. Il entra en relations avec Marc- Aurèle (p. 412) en l'année 176 (Clinton, p. 173) ; plus tard, il réussit, par
SITUATION MATÉRIELLE DE LA (iUÈCE 43o
En examinant l'étal intérieur de la Grèce à la fin de la période dont nous avons jusqu'ici fait l'histoire, nous retrouvons d'abord la question de la situation matérielle de ce pays. Mais il nous est bien permis d'admettre qu'à ce point de vue il s'était produit depuis le siècle de Plutarque une amélioration très considérable. Depuis l'époque de Trajan jusqu'à la mort de Septime Sévère, — Commode seul excepté^ — une série de souverains intelligents s'étaient occupés des Grecs avec une active bienveillance. Jusqu'à la mort de Marc-Aurèle, TAchaïe avait été comblée de bienfaits de toute sorte ; on avait fait à la cour du Palatin des efforts persévérants pour arrêter la décadence de la Grèce, pour faire jaillir de nouvelles sources de prospérité ; Ilérode Atticos, avec sa générosité, avait également travaillé dans le même sens. Les dures et multiples calamités qui pendant la dernière moitié du n'' siècle après J. -G. avaient usé les forces de l'empire paraissent avoir atteint TAchaïe plus légèrement que d'autres provinces. Assurément la peste de Mésopotamie, depuis la fin de la campagne de L. Yerus contre les Parthes (p. 373), avait infligé à l'Achaïe aussi des pertes cruelles, et le poids dont pesèrent pendant quelques années sur les régions du Bas-Danube les maux de la g-uerre contre les Marcomans se fit sans doute aussi sentir en Grèce. Les suites de la mauvaise administration financière de Commode ne furent pas non plus, vraisemblablement, sans atteindre l'Achaïe. Par contre, les guerres pour la possession du trône, après la mort de Commode, Teffleurèrent à peine. Les pays situés au sud de l'Olympe ne furent pas le théâtre de la lutte des armées romaines ; l'incurie de Pescennius Niger et sa chute rapide ne permirent guère qu'il fut porté au commerce maritime dans les eaux grecques des coups aussi sensibles que cela avait été le cas pendant la guerre de Yespasien. Quant à des représailles sanglantes et à
son éloquence, à déterminer l'empereur à restaurer la ville de Smyrne, détruite par un tremblement de terre ; Clinton, p. 177. Paijly, ibid., p. 340. C'est dans cette ville, dont les habitants reconnaissants l'honorèrent, comme leur nouveau fondateur, d'une statue et d'une inscription, qu'il mourut (Philostrat., Vit. Sophist., Il, 9, 3 fin., p. 585. Suid.,{j. v.), vraisemblablement vers l'année 189, comme prêtre d'Asclépios. Pauly, ibicL, Clinton, p. 187. Cf. d'une manière générale Nicolai, op. cit., p. 398 sqq.