STATISTIQUE DU NORD DE LA GRÈCE
nouvel établissement. Néanmoins, ce reste de population continuait toujours de représenter une « ville » dans la confédération phocidienne, exactement comme les habitants des ruines de Panope \ A côté des petites villes de la montagne et des bords du Céphise, dans le nord de la Phocide, comme Lilsea, très belle ville, comme Charadra, Amphicléa, Tithronion et Drymsea, Abaî et Hyampolis^, on pouvaitciter, au sud notamment, Daulis avec sa population peu nombreuse, à la vérité^ mais remarquable par une taille et une force gigantesques^, Ambrysos avec son enceinte colossale, qui était mise sur le même rang que celles de Rhodes et de Byzance et qui ne le cédait en xA.chaïe qu'à celle de Messène, avec ses vignes également et ses grandes plantations de chênes-kermès* pour la teinture, la chétive Stiris enfin^ assise sur des hauteurs sauvages et sans eau, et, sur la côte, Boulis et Anticyre^
Les régions situées au nord des Thermopyles n'ont pas été décrites par Pausanias. Nous nous bornerons donc à noter brièvement qu'en Thessalie, à côté d'Hypata (p. 209), Larisse, Tantique capitale^ se trouvait à la fm du ii'' siècle dans une situation particulièrement florissante % et que, dans le bassin du Sperchios, Hypata et Lamia continuaient de prospérer. Quant aux rivalités, aux contestations relatives aux frontières, elles ne manquaient pas^ suivant l'usage traditionnel, dans ce pays plus qu'ailleurs. Les questions de frontières furent définitivement vidées sous l'empereur Hadrien (cf. p. 44) "^ par une exacte délimitation. En Épire, par contre, où Hadrien paraît également avoir voulu perpétuer sa mémoire par la fondation de la ville d'Hadrianopolis au pied des monts Acrocérauniens % l'intérêt principal (à côté d'Ambracie, de
0 Pausan., X, 33, 1 ; cf. 4, 1.
') Pausan., X, 33, 2. 3. 5. 6 ; 35.
3) Pausan., X, 4, 5.
*) Pausan., X, 36, 1-2 ; cf. IV, 31, 5.
5) Pausan., X, 35, 5; 36, 3 à 37, 3.
6) Philostrat., Vit. Sophist., IT, 27, 1, p. 615 fin.
'') Cf. l'inscription (déjà mentionnée plus haut, p. 44) rapportée dans le Archàolog. Anzeiger, 1855, p. 77*. Henzen, Inscript, latin, selectar. collect» n» 7420 G et Bullettin, delV Institut., 1856, p. 72. Bursian, Geogr., p. 84,
*) Bursian, op. cit., p. 19.
STATISTIQUE DE LA LOCRIDE ET DE l'aCîIAÏE 447
Dodono et d'Oricos) se porte naturellement sur la ville de Nicopolis, très rarement citée| d'ailleurs^ à cette époque, au point de vue historique. La pêche et le commerce lui donnaient encore alors de la vie S et elle continuait de receler dans ses murs et de développer les meilleurs éléments de prospérité des villes d'Acarnanie et d'Étolie % que sa fondation avait réduites à l'épuisement. Pour retrouver des renseignements plus abondants, il nous faut, dans notre tournée, arriver au pays des Locriens Ozoles, qui rentre encore dans le domaine des descriptions [de Pausanias. Là florissait toujours Amphissa, la belle capitale, avec son orgueilleuse acropole, sa population fortement mélangée d'Etoliens depuis le temps d'Auguste (t. I, p. 494) et ses nombreux trésors artistiques ^ Des autres localités, parmi lesquelles Pausanias cite Myonia et, sur la côte, Œanthia *, le port de Naupacte, d'antique célébrité, conservait seul encore une importance considérable ^
Suivons maintenant les pas des anciens Hellènes et passons, nous aussi, de Naupacte dans le Péloponnèse, qui se trouvait alors dans une situation relativement meilleure encore. Nous mettons d'abord le pied dans l'ancien canton d'Achaïe. Tout ici s'était de point en point développé dans l'ordre jadis tracé par Auguste. La concentration sur un point unique de ce qui restait encore de forces vives dans tout l'ouest du canton avait fait de Patrae, après sa restauration, une ville des plus brillantes et des plus prospères, oii le commerce et l'essor de l'industrie^ les sanctuaires et les cultes anciens et nouveaux produisaient une vie intense ; de charmantes promenades, des monuments nouveaux, entre autres un magnifique Odéon qui ne le cédait qu'à celui d'Hérode de Marathon à Athènes^ devaient immédiatement faire naître
*) Anonym., Descr. orb., p. 31 (Gothofred.). Pauly, R, £., V, p. 637. MoMMSEN, Rom. Gesch.j V, p. 271 sqq.
2) Dépopulation générale de l'Étolie. Ce qui avait été jadis la ville de Calydon n'étaifplus qu'un souvenir : c'est ce que mentionne une fois encore Pausan., VIII, 24, 5 et VII, 21, 1.
3) Pausan., X, 38, 2-3. Bursian, Geogr., I, p. 151. Leake, North. Greece, II, p. 590. MoMMSEN, C. I. Lat.y III, 1, n° 568.
*) Pausan., X, 38, 4-5.
^) Pausan., X, 38, 5 sqq.
448 STATISTIQUE DE l'aCHAÏE
chez tout étranger qui abordait à Patrae une idée très favorable de la situation de l'Achaïe*. Les anciennes villes de ce district, Dyme, Pharse dans la montagne, ville « de la plus haute antiquité et dont l'architecture et les mœurs en portaient le caractère plus encore que les localités les plus reculées dans l'intérieur », Triiaia% étaient il est vrai descendues considérablement au-dessous de la nouvelle capitale du pays. Par contre, l'ancienne capitale fédérale des Achéens, Forgueilleuse iEgion, avec son immense quantité de sanctuaires % s'était encore très bien maintenue, incomparablement mieux, suivant toute apparence, que les anciennes villes situées plus à Test du canton, Cérynia*, Boura\ JE^ira.^, Phelloé\ localité sans aucune importance, et enfin Pellène avec son port d'Aristonaulae. Pellène toutefois, avec sa bourgeoisie hellénique pleine encore de vitalité et de force, avec ses industries très considérables de l'élevage des moutons et de la laine, ses environs très peuplés, avec les bains également dont elle ne manquait pas (p. 218), avec ses nombreux cultes et sanctuaires, offrait encore de beaux restes de l'époque où les anciens Achéens étaient dans toute la vigueur de leur jeunesse ^
A la différence de FAchaïe, FÉlide, ce pays de production agricole, de villages et de bourgs où régnait Faisance, était depuis bien longtemps déjà relativement pauvre en villes. Dans cette partie si fertile du Péloponnèse, qui cependant en certaines circonstances n'en tomba pas moins dans une si grande détresse à la suite d'une mauvaise récolte que la ville
<) Sur Patrœ, voy. Pausan., VII, 18, 2 jusqu'à 21 fin. Description de la nouvelle ville dans Curtius, Peloponnesos, I, pp. 441-446.
*) Pausan., VII, 17, 3 et 22.
3) Pausan., VII, 23-24. Eckhel, D. N., II, p. 236. Médailles de Marc- Aurèle et de Plautilla frappées à JEgion: voy. Curtius, op, cit., p. 487 sqq. BuRSiAN, Geogr., II, p. 331 sqq.
*) Pausan., VII, 25, 3.
°) Pausan., VII, 25, 5. Eckhel, II, p. 237. Sur ses médailles en l'honneur de Géta, voy. Archdolog. Zeiiung, 1843, Taf. IX, 14. Curtius, p. 491.
«) Pausan., VII, 26, 1 sqq. Mionnet, SuppL, IV, p. 21.
') Pausan., VII, 26, 4.
8) Pausan., VII, 26, 5 sqq. et 27. Curtius, I, pp. 479-486. Eckhel, II,
STATISTIQUE DE l'ÉUDE ET LA MESSÉNIE 449
d'Élis même dut faire venir du blé de l'Egypte, comme cela arriva en l'Olympiade 217,1 =1: 89 ap. J.-G. ^ , Pausanias (pour ne parler que plus tard du nouvel et durable éclat d'Olympie) ne trouva par suite que très peu de localités importantes. De ce nombre était avant tout la ville même d'Elis, animée d'une manière permanente par le mouvement de ses jeux Olympiques, possédant une foule de sanctuaires (parmi lesquels, sur l'agora, un vieux temple circulaire, aujourd'hui sans toit et sans statues, alors consacré au culle des empereurs romains) et entretenant notamment avec une sollicitude particulièrement active les établissements oii Ton cultivait la gymnastique ^ L'ancien port de la ville, Cyllène, qui n'était plus au temps de Strabon qu'un village de moyenne importance, subsistait toujours comme lieu de débarquement très fréquemment utilisé ^ ; de même en Triphylie la ville de Lépréon, bien déchue, et qui du temps de Pausanias ne possédait pas d'édifices dignes d'être signalés et n'avait plus conservé de ses sanctuaires qu'un temple de Démêter, en briques crues et sans statue de la déesse*. La Messénie, par une conséquence de son développement historique, n'était pas plus riche à cette époque en véritables villes. La perle du pays était naturellement la création d'Epaminondas , Messène , l'orgueilleuse capitale protégée par l'Ithome , qui derrière ses gigantesques murailles, les plus fortes de toutes les villes helléniques de ce temps, cachait une foule innombrable de monuments, de sanctuaires et d'oeuvres d'art de tout genre". Quant à l'intérieur du pays, il ne possédait que des villages. Par contre, sur les côtes occidentales et méridionales, les an-
0 Pausan., VI, 23, 4. CuRTius, II, p. 28.
-) Pausan., VI, 23-26, 1. 2. 9ur le temple circulaire d'Élis, voy. Curtils, Peloponnesos, II, p. 30. Tandis qu'à Olympie, les statues des empereurs romains se trouvaient dans le Métroon (Gurtius, p. 66), le temple circulaire de Delphes avait peut-être été spécialement disposé pour les recevoir (Gurtius, op. cit., p. 101, et l'article du même auteur sur les Reisen d'ULRicHS dans ÏAllgem. Litt. Zeitung, 18i3, p. 46).
3) Pausan., VI, 26, 3.
• ^) Pausan., V, 5, 3-4.
^) Pausan., IV, 31, 4 jusqu'à 33, 4. Gurtius, Peloponnesos, II, pp. 141.