SPARTE ET LA 3IESSÉNIE
la plus cruellement atteinte fut ^]gion, au point que ses habitants, eux aussi, durent se tourner vers Rome et implorer son secours. Leur prière fut exaucée; le Sénat décida, sur l'initiative de Tempereur, que la ville d'JEgion, comme Cibyra, obtiendrait, pour une durée de trois ans, l'exemption de toutes les taxes dues à l'Etat ^
Peu de temps après, l'empereur trouva l'occasion de statuer définitivement sur un litige dont les origines se perdent dans la période plus ou moins obscure de l'histoire grecque antérieure au moment oii éclata la première guerre de Messénie. La vieille querelle entre les Messéniens et les Spartiates ne s'était nullement apaisée à la suite des dernières décisions d'Auguste, de l'an 21 ap. J.-C. (t. I, p. 466), portant une nouvelle délimitation des frontières de leurs territoires respectifs. Les Messéniens, qui s'en trouvaient gravement lésés, avaient, à ce qu'il paraît, tenté, toujours sous le règne d'Auguste, par d^énergiques doléances auprès du gouvernement romain, de reconquérir au moins sur un point une position plus favorable. Il s'agissait de la possession de la région dite Dentheliates, district situé sur le versant occidental du Taygète et sur le cours supérieur de la petite rivière du Nédon, avec le sanctuaire d'Artémis Limnatis, et du droit de patronage sur ce temple. C'était le même district au sujet de la possession duquel, comme nous l'avons dit, était déjà né, dans une période reculée et obscure, ce débat qui avait abouti à la première grande guerre entre les Spartiates et les Messéniens. Les Messéniens s'adressèrent au gouverneur d'Achaïe, cet Atidius Géminus dont nous avons déjà parlé plus haut (p. 3); et celui-ci — se basant sur une sentence arbitrale émanée de la ville de Milet (nous ne savons pas, il est vrai, exactement si cette sentence fut rendue à cette époque ou à une autre époque quelconque) — décida la question à l'avantage des Messéniens. Si maintenant il est réellement permis de supposer qu' Atidius administrait l'Achaïe sous Auguste, nous
1) Tacit., AnnaLylV^ 13, init. Seneg. , Nat. Qusest., YI, 25 fin. Cf. Gurtius, Peloponnesos I, p. 45. 46.— Inscription en l'honneur de Tibère à ^gion. Lenormant, Insct\ Grasc. inédit, centur. III {Rhein. Mus., XXI, p. 339), n- 266.
o2 SPARTE ET LA MESSE NIE
sommes également forcés d'admettre que cet empereur ne sanctionna pas la décision d'Atidius. Car la querelle continua après la mort d'Auguste, et fut enfin portée, en Fan 25 ap. J.-C, devant Tibère et le Sénat. Des envoyés Spartiates et messéniens parurent à Rome pour établir devant l'empereur et le Sénat les droits de leurs pays respectifs. Sans parler des indications qu'ils fournirent sur la situation antérieure à la première guerre de Messénie, les Spartiates invoquèrent le long espace de temps pendant lequel le district de Dentheliates leur avait appartenu. C'était seulement Philippe II de Macédoine qui, après sa victoire de Ghéronée, en l'an 338 av. J.-C, leur avait enlevé le territoire litigieux et le temple, pour attribuer l'un et l'autre aux Messéniens, dont il était Tami. Depuis, la querelle ne s'était assoupie qu'à de rares intervalles. Antigone Doson, après la bataille de Sellasie, Mummius (t. I, pp. 272. 277), après la chute de Gorinthe, avaient favorisé les Messéniens; par contre, Jules César, M. Antoine ^ et enfin Auguste avaient encouragé les Spartiates, jusqu'au jour oil enfin, comme nous l'avons vu, les Milésiens et Atidius Geminus se rangèrent du côté des Messéniens. Finalement, la décision de Tibère et du Sénat fut de même en faveur des Messéniens. Le territoire litigieux (comme vraisemblablement aussi les districts d'Abiae, Pharae et Thuria, t. I, p. 466) fut de nouveau adjugé aux Messéniens; la frontière entre la Messénie et Sparte fut dorénavant formée par le Taygète et le ravin de Chœrios * (entre Abia et Gardamyle), et des colonnes avec des inscriptions furent élevées au point culminant de la chaîne, pour indiquer avec certitude la ligne de démarcations. Un litige qui, plusieurs siècles auparavant,
') Au sujet de M. Antoine, voy. aussi, t. I, p. 450, 2.
-) Voy. CuRTius, Pelop., t. II," p. 160. 161. Le Chœrios formait, au moins du temps de Pausanias (Pals., IV, 1, 1), la ligne de démarcation.
^) Tacit., Ann., IV, 43. Cf. Ross, Reisen und Reiserouteuy I, p. 1-24. Gur- Tius, t, II, p. J56 et suiv. 193. Il est intéressant de rappeler (p. 157) que récemment encore (vers l'année 1835), les paysans laconiens delà montagne, « ont renversé et enlevé les bornes qui marquaient cette frontière, parce qu'ils craignaient que la vue de ces monuments affermît le gouvernement grec d'alors dans le projet d'incorporer contre leur gré leurs villages à la province de Messénie. Ainsi, cette semence de discorde s'est conservée sur ce sol depuis les temps mythiques jusqu'à nos jours ». A raison de l'obs-