‹ Histoire de la Grèce sous la domination des Romains (volume 4)Chapitre 20 sur 179 · TIBÈRE ET CALIGULA · texte numérisé non relu

TIBÈRE ET CALIGULA

avait fait couler des ruisseaux de sang, une question qui, dans les temps anciens, à l'époque où les Grecs étaient libres, avait eu une immense importance historique, était à cette heure décidée loin de la Grèce, devant un tribunal étrang-er, comme une quantité innombrable d'autres procès, et Aristomène, ïhéopompe et Tyrtée; l'héroïsme des Messéniens d'autrefois et la gloire militaire des Spartiates, n'étaient plus désormais que l'ombre d'un passé depuis longtemps disparu .

Le règne de Tibère, que les Romains abhorraient, pour lequel, par contre, les provinciaux éprouvaient les uns une craintive vénération, les autres une réelle affection, prit fin* le 16 mars de l'an 37 ap. J.-C. Son jeune successeur, l'empereur Gains (Caligula), fils de ce Germanicus que personne n'avait oublié, ne rendit que trop tôt sensible aux Hellènes le changement du système de gouvernement et ses funestes effets. Sans doute, cet empereur ne fut pas au début moins populaire en Grèce qu'en Italie. Et quant à la remarquable inscription qui nous révèle la première (t.I, p. 475) l'existence dès cette époque de la diète provinciale d'Achaïe, peut-être est-il aussi permis de tirer de ses indications cette conclusion, que les Hellènes d'Achaïe, eux aussi, envoyèrent au jeune prince une deputation d'honneur après sa guérison de la dangereuse ma-

curité de l'histoire ultérieure des Spartiates, laquelle ne peut être reconstituée qu'à Taide des inscriptions, il reste encore ici un point qui fait difficulté. De plusieurs inscriptions indiquant dans la ville messénienne de Corone un épimélète Spartiate (Bôckh, C I. Gr.,, vol. I, n" 1243. 1255. 1258), résulte en effet assez clairement (cf. Bockh, ibid., p. 604 et 611, et Lebas-Foucart, II, 305), que Corone, même encore au temps des Romains, spécialement sous les deux premiers princes delà dynastie Julia Claudia, se trouvait entre les mains des Spartiates ; quant à l'explication de ce fait, nous ne le trouvons pas dans d'autres documents. Mais l'inscription n* 1243 permet même de conclure qu'au temps des Flaviens, Corone était encore administrée par des fonctionnaires Spartiates. Je ne risquerai aucune conjecture sur celte situation.

') Inscription et statue de Tibère à Chalcis, en Eubée, Bockh, C. I. ^z*.,!!, n** 2149. On peut encore remarquer notamment que les Corinthiens, pour honorer Tibère d'une façon spéciale, en firent une fois l'un de leurs duumvirs municipaux. Eckhel, II, 243. Duumvirs corinthiens, (tels, par exemple, qu'Hipparchos), sous Auguste : v. Eckhel, ibid. Sur ceux qu'on appelait les quinquennales dans cette colonie, v. Begker-Marquardt, R. A., t. III, 1, p. 360 et suiv.

34 A3IBASSADE d'ÉPAMINONDAS

ladie dont il fut atteint dans le huitième mois de son règne (par conséquent à peu près vers la fin d'octobre ou au commencement de novembre de l'an 37) ^ Les ambassadeurs du synode des « Panbellènes », le riche Béotien Épaminondas d'Acra3phia, le Phocidien Capnophane et plusieurs autres personnages démarque', transmirent au prince une résolution votée en son honneur par les Hellènes, rendirent compte des fêtes et des sacrifices splendides célébrés en Achaïe pour la guérison et en l'honneur de Gains, et lui firent enfin connaître que les Grecs avaient l'intention d'élever en son honneur une quantité extraordinaire de statues. Cependant, quelque joie qu'en ressentît Gains, dont les mauvais instincts ne se révélaient que peu à peu, il n'autorisa alors l'érection de ses statues qu'à Olympic, à Némée, à l'isthme et à Delphes ^ Il

*) L*inscription dans laquelle ont été puisés ces renseignements et les suivants appartient à l'époque de Caligula ; c'est ce dont K. Keil, Sylloge inscript. Boeot., sur le no 31, p. d20 sqq., a donné une démonstration qui a rallié tous les suffrages. D'après le développement de Keil, p. 121 sqq., l'ambassade dont il est question dans cette inscription (n» 31) se place dans la première année du règne du nouvel empereur. Keil serait toutefois disposé à la fixer aux premiers temps qui suivirent l'avènement de Caligula ; il ne croit guère possible, notamment, que les ambassadeurs venus à Rome après la guérison de l'empereur, aient pu y arriver avant la fin de l'an 37. On peut toutefois objecter que rien ne nous oblige à attribuer à la maladie dont Caligula fut atteint à l'époque indiquée dans le texte une durée telle que les Grecs n'aient pu, avant la fin de l'année 37, envoyer une ambassade en Italie. 11 est certain que, dans la lettre de remerciements de l'empereur au synode (lig. 20-42), reproduite dans l'inscription, et qui ne nous a été, il est vrai, conservée que par fragments, il n'est pas fait mention spécialement de la maladie de Gaius, à moins que Ton ne veuille y rapporter d'une manière précise les sacrifices relatés (lig. 25 sqq.) pour la acoTYipt'a de l'empereur. En un mot, il est assurément très possible que les Panbellènes, peu de temps après l'avènement de cet empereur, qui fut si populaire pendant la première année de son règne, lui aient envoyé une ambassade et l'aient comblé d'honneurs ; mais nous considérons comme plus vraisemblable, ou du moins comme tout aussi vraisemblable que le danger imminent de perdre de nouveau et si promptement Gaius ait fourni l'occasion des hommages que relate l'inscription dont il s'agit.

2) Les noms des ambassadeurs sont (Ug. 35-42) malheureusement presque tous perdus. Épaminondas, à l'adresse duquel est rédigée l'inscription tout entière, est désigné (lig. 12 sqq., 39), et à diverses reprises, comme ambassadeur; Capnophane figure à la lig. 38; peut-être est-ce du même personnage qu'il est question à la lig. 40, ^wxlcav K....

8) Ibid., lig. 20-34, et voy. en outre Keil, p. 121. 124.

GOUVEBNEMENT DE CALIGULA. 3o

avait encore, à cette époque^ un certain sentiment de réserve» ; il ne s'opposa cependant pas, naturellement, à ce que, dans l'inscription qui nous apprend tous ces détails, les Grecs lui rendissent, déjà de son vivant, un culte comme à un dieu\

Les premiers temps du nouveau principal furent tout de rose ; mais lorsqu'ils furent passés, lorsque l'empereur Gains eut commencé à manifester tout ce qu'avaient de sauvage, de fantastique et d'absurde les excès par lesquels il déshonora le trône glorieux du Palatin % la Grèce n'échappa point à ses regards. Nous savons que, dans sa « folie de toute-puissance », il médita plus d'une fois d'exécuter, comme preuve de son pouvoir sans bornes, des choses que personne avant lui n'avait tentées, ou du moins n'avait heureusement menées à fin. C'est ainsi que, dans la dernière année de sa vie (en 40 après J.-C.), où son extravagance atteignit son paroxysme, il nourrit le projet non seulement de restaurer l'ancien château de fameux Polycrate, TAstypaléede Samos, mais encore d'achever complètement à Miletle temple d'Apollon Didyméen', et surtout — assurément sans être déterminé à cette entreprise en particulier par son utilité — de faire percer Tisthme de Corinthe; immense travail dont l'exécution, nous nous le rappelons, avait déjà fixé l'attention du grand Jules César. Peut-être futce précisément ce souvenir qui stimula Gains. Quoi qu'il en soit, il fut réellement procédé aux mesurages du terrain sur l'isthme, et seule la mort prématurée de l'empereur (14 janvier 41) empêcha que l'établissement du canal fût réellement et sérieusement entrepris ^

Ainsi avait échoué un projet de Gains dont l'exécution aurait pu être très utile aux Hellènes. En revanche, il leur avait fait sentir, d'une manière efTective et très cruelle, la brutalité de son caprice sur le point précisément où ils étaient le plus faciles à blesser. Le culte honteux des empereurs prit^

')Cf. DioCassius, L1X,4.

-) Keil, ibid., lig. 60. Voy. aussi l'inscription rhodienne (n® 14) dans Ross, Hellenic, I, 2, p. 94, et, en outre, Keil, op. cit. y p. 238.

2) Cf. aussi SuETON., Calig., c. 29 fin.

*) Cf. Strab., XIV, 1, 5, p. 941 (634).

5) SuETON., Calig. y c. 21. Plin. Nat., Hist., IV, 4 (5), 10., Cf. Hôck, Rom. Gesch.y I, 3, p. 249.

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