GOUVERNEMENT DE CLAUDE
qu'il est bien difficile de décider *. Les renseignements privés manquent complètement pour dire si les folies de Caligula refroidirent les préférences des Grecs d'Achaïe pour le gouvernement direct de Tempereur au point de leur rendre agréable le retour sous l'autorité des sénateurs. Claude, qui personnellement ne voulait pas des abus de pouvoir et des extorsions des gouverneurs, avait au moins montré qu'il n'était pas, quant à lui, disposé à blesser les Hellènes dans leurs plus chères affections d'une manière aussi brutale que l'insensé qui l'avait précédé sur le trône des Césars. N^avait-il pas immédiatement renvoyé dans leur patrie les jeunes Grecs que Gaius (p. 37) avait fait venir à Rome ^ ? N'avait-il pas immédiatement rendu aux Grecs l'Éros de Thespies et les autres chefs-d'œuvre enlevés, sur l'ordre de Gaius, des villes helléniques^? De plus, malgré toute la faiblesse de son esprit, il eut assez de raison pour repousser résolument, au moins pour sa personne^ ce culte insensé des empereurs dont les progrès allaient s'accentuant chaque jour *, ce qui à la vérité,
*) Sur la Thessalie ultérieurement rattachée à la Macédoine, v. ci-dessous, chap. Ill, au commencement. Mais il est assurément possible que, lors d'un des changements remarqués dans la situation de la province d'Achaïe — lesquels chronologiquement accompagnent de si près le progrès successif de la transformation de la Thrace en province, — la Thessalie ait été détachée de l'Achaïe et réunie à la Macédoine, dont les dépendances antérieures sur les côtes au sud de la Thrace (t. 1, p. 469) apparaissent, au moins dans le ii*^ siècle (v. plus bas), comme rattachées à la province de Thrace. D'après Mommsen, Rom. Geschichte,iom. Y, p. 23^i. 273, 1, la Thessalie aurait été rattachée à la Macédoine dès le règne d'Auguste.
«) Dio Cass., LX, 7.
3) Cf. ci-dessus, p. 38,2 et voy. Dio Cass., LX, 6.
*) Dio Cass., LX, 5. Par contre, Claude non seulement fit formellement diviniser sa grand-mère Livie (v. ci-dessus p. 14, note 1. Dio Cass., LX, 5. SuETON., Claud., c. 11), mais encore il fonda en Phonneur de ses parents, Drusus et Antonia, des sacrifices et des jeux solennels. — A l'encouragement donné par Claude, et avant lui, momentanément par Caligula, à tout ce qui pouvait faire revivre la mémoire des membres de leur famille, répondit en Grèce le développement très considérable donné à la glorification de Germanicus (voy. ci-dessus, p. 19) et de la première Agrippine, que l'on immortalisa par des médailles et d'autres monuments. Cf. Eckhel, D. iV, VI, p. 210. 213, et notamment la collection donnée par Lehmann, Claudius, t. IV, p. 7 et suiv., et aussi p. 13 et suiv., et 17 et suiv., sou, «Caligula» et« Claude » ; entre autres, des médailles de Clazomène, Mionnet III, 70, 81, d'Ephèse, Mionnet, III, 93, 252; de Priène, Mionnet, III, 188, 905. Médailles et inscriptions de Théra, Bôckh, C. L Gr., II, n^ 2452
n'empêcha pas les Hellènes de lui apporter leur hommage sous cette forme dont ils avaient l'habitude. A Athènes, on ne se contenta pas d'honorer comme une nouvelle divinité la mère déjà décédée de cet empereur, la noble Antonia^, dont l'empereur lui-même célébra magnifiquement le souvenir, et d'instituer pour elle un culte particulier \ Ce prince, lui aussi, y fut publiquement célébré, dans des inscriptions, comme « dieu » ; il était cependant plus habituel de n'honorer cet empereur philhellène que par des médailles, des inscriptions et des statues ; c'est ainsi que nous savons qu'il existait des statues de ce genre notamment au Pirée (47 ap. J.-C), à Rhamnonte, bourg de l'Attique, à Thèbes et à Théra, ainsi qu'une belle statue figurée sur une monnaie de la ville grecque d'Amphipolis, en Macédoine : la statue représentait Claude en chef d'armée, la main droite levée, un sceptre et un aigle dans la main gauche ^ Les femmes de cet empereur eurent aussi leur
EcKHEL, VI, p. 210 ; de Milet, Mionnet, III, 167, 775 ; de Smvrne, Eckhel, II, p. 555. Mionnet, ïII, 220, 227 sqq., VI, 674, 423 sqq., 675, 430; de Magnésie du Sipyle, Mionnet, IV, 72, 391 sq. ; de Pergame, Mionnet, If, 596, 548 ; de Mitylène, Eckhel, II, p. 505. Addend, et Mionnet, III, 48, 131 ; de Tanagre en Béotie, Eckhel, II, p. 201; de Corinthe, Mionnet, II, 75, 203; de Sparte, Bôckh, C. 1. Gr,, vol. I, n° 1301.
*) Dispositions bienveillantes de Claude pour Athènes; voy. Berichte d- Sachs. Gesellschaft d. Wissensch., 1860, p. 221. Pauly, R. £., t. I, 2, p^ 1980. — A Athènes, existait le culte de cette Antonia ; son grand-prêtre était le puissant Tiberius Claudius Novius, fils de Philinos, que plus tard l'Aréopage, le Sénat et le peuple honorèrent par une inscription et une statue, Bôckh, C.LGr.,voL I, n" 381, lig. 6 sqq.; voy. aussi Ephem.Arch.^ n" 3724, dO, Philologus (t. XXIII, 1866), p. 220 et suiv. La « déesse » Antonia figurant aussi sur une médaille de Clazomène, Mionnet, Descr. d. méd., III, 70, 82. 71, 83. Au surplus, Antonia avait déjà été, sous Caligula, honorée comme Augusta ; par exemple, sur des médailles de Thessalonique, Mionnet, I, 496, 359. 497, 360 sq. VI, 674, 422 et de Corinthe, Eckhel, VI, p. 181.
2) Claude honoré comme dieu : cf. 'Philistor, IV, 4, p. 332, sqq., 1, et Phi-lologus, loc. cit., Bôckh, C LGr., vol. I, n° 480, lig. 1 ; de même sur une médaille de Thessalonique, Mionnet, 1,497, 362, et d'Ilion, Mionnet, II, 660,207. Sanctuaires et culte de Claude à Tralles, Mylasa, Aphrodisias etCaroura» Bôckh, C. I. Gr., II,n''« 2922.2697.2739. III, n" 3949. Statue au Pirée, Bôckh, no 320 , à lihamnonte, n°-* 319; inscription à Athènes, n° 266. 416; inscription dans le théâtre de Dionysos à Athènes en l'honneur de Dionysos Eleutherios et de l'empereur Claude, Philist., III, p, 562. Keil, Philolog. suppl., II (1863), p. 635; à Thèbes et à Théra, Bockh, C. /. Gr., I, n° 1610. II, n» 2453; à Amphipolis, voy. Lehmann, Claudius, p. 187 et App. IV, p. 63.
part dans ces hommages, qui devinrent de plus en plus inévitables de la part des Grecs d'alors et des générations qui suivirent. L'infâme Messaline elle-même fut un instant honorée comme déesse, et, avec bien plus d'ardeur encore, la seconde épouse impériale de Claude, la fière et impérieuse Agrippine la Jeune *.
Sur l'autre côté de la question, sur la manière dont les gouverneurs du Sénat en Grèce y remplirent leurs fonctions, les indications précises et caractéristiques manquent aussi presque totalement. L'intéressant débat qui eut lieu dans cette ville de Corinthe, où abondaient non seulement les éléments romains et grecs, mais aussi de nombreux éléments orientaux, entre Fapôtre chrétien Paul et les Juifs irrités, devant le tribunal du proconsul L. Junius Gallio, le célèbre frère du philosophe Sénèque ^, dont nous avons déjà parlé (p. 39), ce
*) C'est ainsi que Messaline figure, sur des médailles de Nicée en Bilhynie, comme « véa "Hpa », Lehmann, Claudius, p. 308; comme déesse sur des monnaies Cretoises, Lehmann, op. cit., App. IV, p. 66, n°'' 592-594; honorée comme Aug-usta sur des médailles de Corinlhe, Lehmann, op. cit., App. IV, p. 64, n"575ç. Statue et inscription à Éphèse, Bockh,C. i. G?*., II, n° 2961 b. Agrippine honorée comme Augusta sur des médailles de Corinthe, Patrae, Nicopolis, voy. Lehmann, Claudius, ibid., p. 6i et suiv., n''«575 6, 577 a, 577 6; à^Ephèse, Mionnet, III, 133,545. Eckhel, VI, p. 245. Inscription à Ilion, Eôckh, CI. Gr., II, n° 3610 ; sur des médailles Cretoises, Lehmann, op. cit., ibid., p. 66, n° 595 et suiv.; sur des médailles d'Alabanda, HaHcarnasse, Smyrne, Lehmann, ibid. p. 57. Honorée comme « déesse » à Ephèse, Bûckh,C. L Gr., vol. Il, ri° 2960, probablement comme Démêler à Hiérapolis, Lehmann, p. 179; honorée même, à cause de la naissance de Néron, comme Oeo [xi^xtrip sur des médailles de Samos, Mionnet, III, 283, 169, et en outre dans l'île de Lesbos (à Mitylène), où il convient notamment de tenir compte des inscriptions citées dans Bockh, vol. II, n°s 2183 et 2960, et Addend., p. 1027, n" 2183 6. La première inscription, n» 2183, p. 194, se rapporte aussi peut-être, en réalité, plutôt à cette princesse qu'à sa mère, dont il est question plus haut, p. 19, note 2.
-) Act. Apost. 18, 12 sqq. En ce qui concerne Corinthe, nous connaissons, pour le temps des empereurs Caligula et Claude, les noms de plusieurs duumvirs de cette ville. Sous Caligula, L. Rutilius Plancus et A. Vatronius Labeo lurent revêtus de cette charge, ainsi que M. Bellius Proculus et P. Vipsanius Agrippa, Mionnet, Descr. d. med., II, 174 sqq. Eckhel, VI, p. 181, II, p. 143. Sous Claude : Cytherontes, Eckhel, VI, p. 252 sqq., Mionnet, VI, p. 679, 454, puis Tib. Claudius Oplatus et Oclavius Luscinus (celui-ci pour la seconde fois), ainsi que Q. Flaccus et M. Accius Candidus, Mionnet, II, 175. 200, 201 sqq. 204 sqq. Si le legatus Augusti Gaius Avidius Nigrinus (ci-dessus, p. 8, 3) appartenait, réellement aux premières