LA DOMINATION ROMAINE EN ACHAÏE
débat fournit une nouvelle preuve à la fois de l'orgueilleuse indifférence des Romains vis-à-vis des Juifs qu'ils méprisaient, et de leur prudente neutralité en face des mouvements intellectuels, et notamment des mouvements religieux qui se produisaient chez les peuples soumis à leur domination, aussi longtemps bien entendu que ces mouvements paraissaient ne pas toucher les intérêts de l'empire et de leur domination.
Il semble au surplus résulter des indications d'un écrivain auquel nous devons d'ailleurs toute une série de renseignements d'une réelle valeur sur l'état social de la Grèce à cette époque, que, à Rome même, on n'était pas très sévère sur les conditions de capacité des hommes que le sort devait désigner pour administrer les Grecs, spécialement FAchaïe. C'est ainsi que nous voyons — vers l'an 61 ap. J.-C. — résider à Corinthe un gouverneur qui, chose assurément bien surprenante en présence du niveau d'instruction existant alors à Rome,
années de Claude, et non pas à l'époque de Trajan, à laquelle le reportent DuRUY, Histoire des Romains, tome IV (2« édit,), p. 814 et Gregorovius, Der Kaiser Hadrian (1884), p. 47, qui lui assigne les années 114-117, c'est à ce moment que se place l'intéressante décision de ce légat (auquel l'empereur avait confié l'examen de l'affaire sur l'appel des parties contendantes) dans un litige existant entre Delphes, d'une part, la ville d'Amphissa et la ville phocidienne d'Anticyre d'autre part, au sujet de leurs frontières. L'empereur avait prescrit de prendre pour base l'ancienne ligne de démarcation jadis tracée par les Hiéromnémons de Delphes, en vertu de la décision du consul Manius Acilius Glabrio, après le premier renversement de la puissance étolienne en l'an de Rome 563 (191 av. J.-C), lorsque Delphes, arrachée aux Étoliens, eut été définitivement séparée de leur territoire (t. I, p. 121). Après une enquête suivie sur les lieux avec le plus grand soin et une audition minutieuse des représentants des deux parties, le légat rendit à Élatée une décision qui, relativement à la frontière ouest, celle qui regardait Amphissa, était sur les points essentiels conforme aux prétentions de Delphes. Quant à la frontière est ou sudest, c'est-à-dire celle qui regardait Anticyre, qui, dans le cours du long temps écoulé depuis Acilius, avait sur beaucoup de points cessé d'être nettement définie, et que les actes ne permettaient pas d'établir avec une absolue certitude, le légat rendit à Eleusis un jugement d'un caractère plus transactionnel (les deux jugements se placent dans le mois d'octobre de l'année dont il s'agit> Cf. Bôckh, C. I. Gr., vol. I, nM711, p. 834-842, et voy. Lehmann, Claudius, p. 187. A. Mommsen, Delphische Archonten, dans le Philologus, t. XXIV, p. 38 etsuiv., et Th. Mommsen, dans V Hermes, t. II (1867), p. 106. 113. Wescher, Mém. des savants étr. de VAcad. desinscr., p. 54 sqq. C. LL.,t. III, n° 566 et Additam., p. 987. Marquardt, Mm, Staatsverw., P,p, 332. (Litige analogue entre Hypata et Lamia; voy. Th. Mommsen, op. cit.j et C. I. L., t. III, 586. Orelli-Henzen, n» 7^20 ea).