‹ Histoire de la Grèce sous la domination des Romains (volume 4)Chapitre 24 sur 179 · LA DOMINATION ROMAINE EN ACHAÏE · texte numérisé non relu

LA DOMINATION ROMAINE EN ACHAÏE

ne connaissait même pas la langue grecque! Cette ignorance de la langue du pays avait des suites extrêmement fâcheuses; pour n'en indiquer qu'une, elle fournissait, notamment dans les débats judiciaires, à ses agents inférieurs et aux assesseurs (probablement les jurés grecs, cf. ci-dessus, 1. 1^ p. 471 , 3) une occasion commode pour commettre les illégalités les plus énormes, vendre la justice, et tromper en même temps le gouverneur de toutes les manières \ Quoi qu'il]en soit, l'administration des provinces grecques était et demeura encore, à l'époque qui nous occupe, toujours riche en abus de diverses sortes, toutes les fois qu'il n'y eut pas pour surveiller les fonctionnaires des empereurs ayant la sévérité sans ménagement et le coup d'oeil pénétrant de Tibère ^

1) C'est ce que dit Philostrat., Vit, Apollon., V, 36. Peut-être faut-i[ aussi rattacher à cet état de choses le conflit qui, d'après Philostrat., IV, 33, aurait alors surgi, en suite d'une plainte du proconsul d'Achaïe, entre les Spartiates et l'empereur (Néron), « du chef d'abus de leur liberté ».

2) Il est certain, d'ailleurs, que la position des gouverneurs était loin d'être absolument facile. La sévérité de la plupart des empereurs depuis Auguste et la nouvelle organisation que celui-ci avait donnée aux provinces rendait en effet réellement dangereux de trop lâcher la bride à la rapacité, à la dureté, à l'arbitraire, ces antiques vices de l'administration romaine ; comme nous l'avons vu ci-dessus à plusieurs reprises, les procès contre les mauvais gouverneurs sont très nombreux, précisément pendant les premiers temps de l'époque impériale. « Mais il y eut une contre-partie aux accusations de ce genre, portées par des provinciaux individuellement ou par toute la province ; la coutume s'étabht d'adresser au nom de la province, à ceux des gouverneurs qui avaient su gagner ses sympathies, des remerciements publics, transmis par une deputation envoyée au Sénat. Comme de pareilles manifestations pouvaient acquérir une grande influence sur le Sénat, lors des choix ultérieurs, cette coutume eut bientôt pour conséquence un débordement d'intrigueg. En effet, pour obtenir le bénéfice de cette expression de la reconnaissance pubhque, les gouverneurs briguaient par tous les moyens la faveur des provinciaux influents, et, en particulier, parmi eux, des riches qui disposaient des suffrages. On ne faisait par là que porter atteinte, sous une nouvelle forme, à l'ordre et au respect de l'autorité ; la position des gouverneurs était totalement faussée ; ils en arrivaient à tomber sous la dépendance d'un certain nombre de grandes et riches familles, dont- les prétentions s'élevaient jusqu'à l'arrogance ; toute sorte d'abus se glissaient dans l'administration des provinces ; beaucoup d'illégalités, d'un côté comme de l'autre, passaient inaperçues ou demeuraient impunies volontairement, parce qu'une main lavait l'autre; et, de la sorte, les provinciaux qui adressaient des remerciements ne s'en trouvaient souvent pas mieux, ou s'en trouvaient plus mal même que ceux qui se plaignaient. Auguste déjà avait, par suite, défendu aux provinciaux d'accorder

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