ROMANISATION DE LA GRÈCE
le mieux ce pays', toutes les découvertes ont contribué à confirmer nos idées sur l'extension de la civilisation romaine^ notamment dans le Péloponnèse ». Assurément, toutes les habitudes italiennes que les colons d'Auguste introduisirent dans rilellade n'étaient pas de celles dont on peut se réjouir. Nous ne parlerons pas de l'invasion de cette coutume des Romains haut placés et riches qui, non contents de réunir dans de luxueux festins la foule de leurs convives, les gratifiaient encore de cadeaux'; nous ne ferons que mentionner cet usage romain, déploré par Plutarque et par ses amis, ce raffinement qui consistait à associer, au milieu des plaisirs d'une table plantureuse, les jouissances matérielles et les plus délicates jouissances de l'esprit, en faisant dire les dialogues de Platon par déjeunes garçons bien dressés ^ : ce que nous avons principalement en vue ici;, ce sont ces honteux combats, ces jeux, ces sanglants spectacles de gladiateurs, qui, avec le développement de la colonie de Corinthe, s'introduisirent d'abord dans cette partie d'un territoire qui avait toujours été grec. A ce point de vue encore, le caractère primitivement italien de cette grande ville de commerce, avec sa populace nombreuse et corrompue, fortement mêlée aussi d'éléments orientaux, ne se démentit pas, et Corinthe est en Grèce la seule localité où l'on puisse retrouver la trace certaine des ruines d'un amphithéâtre*. Et, en dépit de l'invin-
*) CuRTius, PeloponnesoSy t. I, p. 84.
•2) Cf. BôcKH, C. I. Gr., vol. I, n° 1625, lig. 60 sqq.
^) PLwrkncH.jSymposiac, Jib., VII, quœst. 8, c. 1 et 2. FaiEOLyENDER, t. I, p. 282. 293.
*) Cf. Friedl^nder, Barstellungen aus der Sitteiigeschichte RomSy t. II, p. 252. Voy. également Philostrat., Vit. Apollon., IV, 22; cf. Dio ChrysosT. (éd. Morelli), or. 31 {Rhod.), p. 347 d. D'après Curtius, Pelop., t. II, p. 527. 591, l'amphithéâtre de Corinthe était situé à l'ouest de la nouvelle ville, au pied de la montagne, en partie taillé dans le roc ; l'arène mesurait 290 pieds sur 190 : (d'après Friedl^nder, p. 386, au contraire, le grand axe de l'arène mesure 88™, 4, le petit axe 57™, 9). Cf. aussi Welgker, Sylloge Epigr. Gr., 2c édit., p. 63. Mais l'édifice, d'après Friedl.ender, p. 375, paraît n'avoir été achevé qu'après le temps de Pausanias. Il faut vraisemblablement appliquer aussi aux provinces grecques ce que dit Tacite {Ann., XIII, 31) d'un édit de l'empereur Néron, de l'année 57, qui, pour empêcher également les fonctionnaires de pressurer les provinces ou d'y rechercher la popularité, défendit aux gouverneurs ou procurateurs des pro-
cible el persistante répugnance avec laquelle cette ignominieuse nouveauté fut envisagée par ce qu'il y avait en Grèce d'hommes ayant des sentiments délicats et un fond d'humanité, les masses, chez les Hellènes comme ailleurs, prirent peu à peu tant de goût à ces spectacles excitants, que, même à Athènes, dans cette ville fière par-dessus tout de sa civilisation et de la douceur de ses mœurs, les combats de gladiateurs comptèrent, dans cette période et dans celles qui suivirent, parmi les amusements les plus goûtés et les plus populaires*; et finalement les Athéniens, dans leur furieuse passion pour ce sanglant plaisir^ dépassèrent leurs maîtres italiens. On commença par dresser au métier de gladiateurs ce qu'il y avait de plus abject dans la populace, principalement la lie des criminels, que l'on utilisa désormais, suivant l'exemple honteux de la civilisation corrompue des Romains, à verser leur sang pour amuser le public « comme il faut », et on n'eut pas honte de souiller par des jeux de ce genre le théâtre de Dionysos, qu'avait consacré toute une série de souvenirs artistiques de l'ordre le plus élevé.
Plus étendus encore, selon toute apparence, furent les effets de l'introduction en Grèce du droit romain (t. I, p. 473), et déjà du temps de Domitien au moins, de jeunes Grecs se rendaient à Rome pour l'étudier à sa source ^ Mais le signe auquel on reconnaît le mieux combien, à l'époque des empereurs, le monde grec avait pris une couleur romaine, c'est le nombre extrêmement considérable de noms à moitié ou complètement romains — aux formes souvent les plus bizarres — que nous rencontrons en quantité croissante,, notamment dans la période qui s'écoule jusqu'à la fin des Antonins; c'était là un des phénomènes qui blessaient si profondément la fierté hellénique d'Apollonios de Tyane, de ce rêveur dont l'esprit ne vivait que dans les grandeurs du passé ^. Les listes de tous les
vinces de donner des jeux de gladiateurs, des chasses ou d'autres spectacles. Sur Syracuse, cf. Tacit., ibid., 49. Valer. Max., I, 7, 8.
*) Philostrat., Vit. Apollon. Tyan., IV, 22 init., cf. Dio Chrysost., ibid., etvoy. encore ci-dessous, part. II, chap. 2.
2) Philostrat., ibid.., VII, 42.
3) Philostrat., ibid., IV, 5. Apollon, ep. 71.72, cf. Finlay, Greece under the Romans, trad, allem., p. 62.