‹ Histoire de la Grèce sous la domination des Romains (volume 4)Chapitre 27 sur 179 · LES CITOYENS ROMAINS EN ACIIAIE · texte numérisé non relu

LES CITOYENS ROMAINS EN ACIIAIE

hauts fonctionnaires grecs cl des inscriptions sans nombre des premiers siècles de l'époque impériale abondent de preuves à cet égard, comme nous le montrerons en beaucoup d'endroits de ce travail. On avait en elTetpris en Grèce, dans les classes riches et élevées, l'habitude, qui s'imposa et se répandit de plus en plus, d'acquérir le droit de cité romaine, et celte tendance fut, notamment pendant le règne de l'empereur Claude, vivement encouragée à Rome ^ Les empereurs la favorisèrent d'ailleurs d'une manière générale; les hommes de sens voyaient, en effet, avec plaisir les progrès toujours croissants du nivellement des populations de l'empire et les forces vives des nations non romaines se déplaçant et affluant, pour le rajeunir et le compléter, vers cet élément, déjà bien mêlé^ des « citoyens romains », et en particulier du Sénat et de Tordre équestre. Les natures vulgaires considéraient les avantages financiers qui en résultaient % en ce sens que ces

*) Cf. aussi pour la Grèce l'allusion de Senec, Lud. de morte Claud,, c. 3.

^) Cf. les passages de Puchta, Cursus der Instilulionen, t. J, p. 415. Walter, Gesch. des Rom. Rcchts, t. I, p. 525 et suiv. Zumpt, Studia Homana, p. 325-380. Les nouveaux cives adoptaient habituellement un nom de l'empereur (comme jadis des potentats de la République) auquel ils devaient le droit de cité, et nommaient le prince dans leurs testaments, parce qu' « ils avaient coutume de se considérer en quelque sorte comme ses affranchis »; voyez aussi ci-dessous, p. 51, i.

Nous empruntons au travail de C. L. Grotefend, « Imperium Romanum, tributim descriptum, » c'est-à-dire la répartition géographique des tribus romaines dans tout l'empire romain, les résultats suivants, assez incomplets assurément pour la Grèce européenne, lesquels — soit dit en passant — ne se rapportent pas individuellement à des nouveaux citoyens romains dans ces provinces et à leur incorporation dans des tribus déterminées, mais à des communes entières de citoyens romains existant dans ces pays. D'après ces recherches^ les nouveaux municipes et les nouvelles colonies de la Grèce, de l'Asie-Mineure et de l'Afrique furent depuis Auguste (p. 7), répartis dans la tribu Quirina (appartiennent seules à d'autres tribus les villes, même de ces pays, gratifiées déjà antérieurement de la cité romaine) ; cf. ensuite d'une manière générale les recherches sur les provinces situées entre le Danube, l'Adriatique et les pays orientaux, p. 133, 147. En suivant l'ordre de l'ensemble des tribus (cf. p. 165 et suiv.), nous indiquerons, dans les pays qui nous intéressent ici, comme appartenant à la tribu Mmilia, les villes de Dyrrachion, Stobi et Doberos en Macédoine, cf. p. 138 et suiv., tandis que c'est extrêmement douteux pour Kyme et Èphèse (p. 144). Puis, à la tribu Aniensis, liion en Asie, cf. p. 145 et suiv. A la tribu Claudia (cf. p. 141), la ville de Byzance. A la tribu Cor* u. II. 4

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nouveaux citoyens, indépendamment de la taxe qu'ils avaient à payer pour l'obtention du droit de cité, faisaient encore figurer les empereurs dans leur testament. Parmi les Grecs, les tempéraments ambitieux avaient assurément un grand intérêt à s'ouvrir par cette voie l'accès et la participation directe à la vie politique du monde romain, en particulier aux fonctions militaires et administratives de l'empire *, et à acquérir en

ndia (p. 140], Thessalonique en Macédoine. A la tribu Fabia (p. 138), Héraclée Sentica, en Macédonie. A la tribu Pollia, les communes de Nicomédie et de Sinope (p. 147) en Bithynie. A la tribu Quirina, vraisemblablement Lindos, dans l'île de Rhodes (p. 125. 146), Sirrha en Macédoine (p. 139), Patro) et (peut-être) l'île de Théra, en A.chaïe (p. 142), comme aussi Lyltos, en Crète (p. 143) ; puis beaucoup de communes en Asie, comme Thyatire, Magnésie du Méandre, Sardes, Téos, Milet, Tralles, Aphrodisias, lassos (p. 143 et suiv.), sans parler des villes cypriotes et syriennes, et d'Alexandrie d'Egypte. A la tribu Sergia appartenait peutêtre Nicopolis, en Épire (p. 133, 141 et 142); de mêmeChios(p. 144); d'une manière certaine, Alexandrie de Troade (p. 143). A la tribu Velina (p. 146), Samos, et enfin, à la tribu Volt'mia (p. 16 et 139), Philippes en Macédoine. Suivant l'ordre des provinces, un seul point est établi avec quelque certitude pour l'Achaïe (p. 142), dans sa plus grande étendue : c'est que la commune romaine de Patrae appartenait à la tribu Quirina ; tandis qu'en Thrace, l'orgueilleuse ville de Byzance appartenait à la tribu Claudia, et en Macédoine Philippes à la tribu Voltinia, Sirrha à la tribu Quirina, Héraclée Sentica à la tribu Fabia, Thessalonique à la tribu Cornelia, Doberos, Stobi et Dyrrachion à la tribu Mmilia (p. 138 et suiv.).

^) Ainsi, entre autres, c'était vraisemblablement un Grec romanisé que Gessius Florus de Clazomène (Joseph., Ant. JucL XX, 11, 1), le fameux procurateur de Judée depuis l'an 64 ap. J.-G. Un personnage curieux, dans la région opposée, est ce Q. Trebellius Rufus de Lamptra) (p. 17), qui, originaire de Toulouse en Gaule, fut en même temps consul romain (en tout cas consul suffectus), éponymarchonte et prêtre de Drusus à Athènes, et qui exerça aussi d'une manière permanente, à Athènes et dans la Gaule Nar^ bonaise, plusieurs fonctions sacerdotales. Ephem. Arch., n° 59, Philistor, IV, 2, 3, Meier, Index Attic. Epomjmor., s. v.

Grecs d'Achaïe dans le service militaire romain : par exemple, à la mort de Cahgula (ci-dessus p. 38,1), Gratos d'Epire parmi les prétoriens. A ur. VicT., Cdesar., 3 [Calig.), 15; par exemple encore, ce Grec d'Argos (de la tribu des Hylléens), officier d'un grade supérieur dans la légion nouvellement formée en Espagne par Galba lors de son soulèvement contre Néron en l'année 68, commandée d'abord par le légat Antonius Primus, stationnée pendant un certain temps en Pannonie et ensuite, sans doute, de nouveau en Espagne : c'était la septième légion (la légion Galbiana, plus tard, sous Vespasien, Gemlna). Cf. Sievers, Zur Geschichte des Nero und Galba, p. 34. Becker-Marquardt. R. A., Ill, p. 35i. Vov. Buckh, C. I. Gr., vol. I, n° 1128. (Cf. aussi, vol. 111, n" 5842).

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même temps les bénéfices personnels qui, à beaucoup de points de vue, donnèrent encore sous les empereurs, jusqu'au g-rand nivellement opéré par Garacalla, l'avantage au civis romanus sur le reste des sujets des empereurs. Mais, pour la Grèce, cette tendance fut fâcheuse à plus d'un titre. D'une part, il n'était pas rare que des chefs de famille grecs n'acquissent ou ne pussent acquérir le droit de cité romain que pour eux personnellement. Dans ce cas, par une suite naturelle de la conception juridique romaine, les autres membres de la famille prenaient vis-à-vis du nouveau citoyen romain la position de peregrins, et, en conséquence, le père de famille ne pouvait plus laisser son patrimoine à ces peregrins par testament; et si des artifices ne venaient porter remède au mal, le patrimoine du nouveau citoyen, en supposant qu'il n'eût pas été légué à unautre citoyen romain, était purement et simplement dévolu au flsc^ D'autre part, ces nouveaux citoyens se soustrayaient, par l'obtention du droit de cité^ aux charges auxquelles les provinciaux avaient à faire face; et ces charges, par suite, retombaient de plus en plus lourdes sur les épaules des moyens et des petits propriétaires".

Nous avons indiqué plus haut (t. I, p. 490) les traits essentiels de la vie des Hellènes pendant cette période de calme plus ou moins idyllique. La Grèce reposait alors dans une paix profonde. C'est à peine si les derniers tressaillements d'indépendance des populations thraces, qui se prolongèrent dans les hautes vallées de leurs montagnes jusqu'à l'organisation définitive de la province de Thrace % se faisaient encore sentir dans la Macédoine leur voisine ; et depuis que la formidable insurrection dalmatico-pannonique avait été écrasée en Tan 9 après J.-C., depuis que le théâtre des luttes des Romains sur la frontière, contre les Barbares du Nord, avait été reporté vers le bassin du Danube, dans le rayon de la chaîne de for-

1) Cf. Pausanias, VIII, 43, 3 ; et v. Gaius, Institut., II, 110, § 218, init. (Cf. 125, § 285.) Ulpian., XXII, § 2, cf. X, § 3 ; et Gaius, I, 3i, § 128, et iNstiT., Quib. mod. jus pot., I, 12, § 1. Dig., De gradib., XXXVUI, 10, 4, § 11. G. 0. MuLLER, Institutionen, p. 695, not. 34, no 2; et Bucking, Institutionen, p. 240.

2) Gf. FixLAY, Grlechenland unter den Rômern, p. 42 et suiv. 9) Cf. ci-dessus, p. 22, 1.

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