ÉTAT DE SPARTE
noms romains. De l'ancienne constitution, ilnerestait g-uère que des ruines. Néanmoins, il y avait toujours à Sparte des familles dont l'indestructible orgueil faisait remonter leur généalogie jusqu'aux héros de la guerre du Péloponnèse, jusqu'à Brasidas * et Callicratidas ^ Les anciennes allures de la population, au moins en ce qui concernait la grande majorité des propriétaires et des riches, étaient bien changées. Sans doute, Jes classes inférieures conservaient la rusticité antique et la loilette sommaire d'autrefois ^ Mais la sévérité des mœurs avait progressivement disparu dans la masse, au point que, du temps de Néron, beaucoup de Spartiates dépassaient les autres Hellènes en luxe et en faste^ tant dans le costume que dans la manière de vivre *. On voyait les rejetons des anciennes familles , à moins que tel ou tel éphore routinier ne vînt s'interposer avec une pédanterie surannée et devenue ridicule , faire le commerce, armer des navires, se livrer à Findustrie, aussi bien que n'importe lequel des ci-devant périèques^ Et, malgré cela, on demeurait attaché, avec l'inébranlable opiniâtreté d'un esprit de conservation tourné en caricature, à des dehors bizarres; c'est ainsi qu'encore à cette époque les Spartiates ne devaient point porter la moustache ^ Les syssities allaient toujours leur train, et les autorités conservaient sans changements, dans leurs communications officielles, le style laconique du temps d'Agésilas et de Lysandre \ Sans s'inquiéter du changement total qui s'était opéré dans le monde depuis des générations, on continuait toujours, comme Cicéron le vît encore avec étonnement^, d'élever la jeunesse d'après les anciens errements,
1) Cf. Plutarch., Apophtegm. Roman, apophthegm. August., c. 14.
2) Cf. Philostrat., Vit. Apollon. Tyan.y IV, 32.
3) Cf. Plutarch., Adv. Colotem, c. -4.
*) Cf. Philostrat., Vit. Apollon. Tyan., IV, 27. Epist. Apollon., 63.
^) Cf. Philostrat., IV, 32.
^) Plutarch., De sera numinis vincUcta, c. 4.
') Philostrat. Epist. Apoll. Tyan., 62.
8) Cic, TuscuL, V, 27. II, 14-20. Cf. Philostrat., Apo//. Tyan., Il, 27.31. Pausan., III, 14, 6-9. Dio Cass., LUI, 27, remarque incidemment pour le temps d'Auguste que « les Lacédémoniens étaient toujours les mêmes, et qu'alors encore ils avaient coutume, entre tous les autreSj de se dépouiller
SOUS une sévère discipline et avec de durs exercices militaires, ce qui avait du moins l'avantage de faire contrepoids aux habitudes de mollesse et à la débauche qui ne se propageaient que trop par ailleurs. La belle tradition du respect pour la vieillesse, auquel on accoutumait la jeunesse, persistait heureusement encore à Sparte '; mais, en revanche, à côté de l'esprit de conservation des anciennes mœurs laconiennes, ce fut un fonds prédominant de superstition qui lit durer bien loogtemps après l'époque de Plutarque, témoin stupéfait d'une scène de ce genre, le cruel usage de la flagellation des jeunes gens devant l'autel d'Artémis Orthia, laquelle était précisément en même temps un rite religieux ^
Ainsi les hommes et les institutions, dans une grande partie de TAchaïe, étaient également devenus de véritables antiquités, pouvant oftnr un vif intérêt à de nombreux voyageurs étrangers. On voyait rarement sans doute des choses aussi étranges que ce que raconte Yalère Maxime du suicide organisé, tel que le pratiquaient, dans des circonstances données, les Hellènes de l'île de Céos ; lui-même prétend avoir été témoin, lorsqu'il se rendit en Asie avec Sextus Pompeius Macer (18 ans après J.-C), de la mort volontaire d'une dame de haute condition, âgée de quatre-vingt-dix ans \ Mais cet intérêt pour la Grèce et les Grecs, — exceptionfaite pour la Béotie, qui continuait de plus belle sa vie crapuleuse * — cet intérêt s'est conservé pendant des siècles encore chez les esprits cultivés de l'ancien monde. Et, après comme
de leurs vêtements et de s'oindre d'huile pour les exercices préparatoires aux combats de l'arène »,
1) Plutarch., An sent sit gercnda respubl.^ c. 24 fin.
-) Cf. Plutarch., Lycurg., c. 18. AristicL, c. 17, fin., et Institut. Lacon., c. 39. NicoL. Damasc, dans Muller, Fragm. hist. Grœc, vol. III, pag. 458, n° 114. LuciAN., Demonax., c. 46, et Philostrat., Apollon. Tycin., VI, 20. Vil, 42 s. fin. Pausan., IIÎ, 16, 7.
'■^) Valer. Max., Il, 6, 8. 9. Cf. Clinton, Fast. Roman., vol. I, pag. 5.
■') Cf., p. 64, et V. BoGKH, CI. Gr., vol. I, n°1625. — En ce qui concerne la Béotie, les archontes portaient alors et continuèrent toujours de porter dans l'exercice de leurs fonctions une couronne et les cheveux longs ; ils défendaient régulièrement de manger des fruits en automne avant l'équinoxe, et de tailler la vigne au printemps dans le même moment; Plutarch., Quœsti Roman., c. AQ*
G s ATHÈNES
avant, c'éiait toujours l'antique et splendidc Athènes qui captivait le plus les étrangers, les Romains comme les voyageurs hellénistiques. Cette ville, dont un homme tel que Philon disait : « Ce qu'est la prunelle dans l'œil et l'intelligence dans l'âme, Athènes Test dans la Grèce ^w, était toujours celle où se manifestaient les traits les plus accentués de l'ancienne vie hellénique. x4. la différence de Sparte, où les débris de Fancienne constitution et de la discipline de Lycurgue, conservés avec un soin scrupuleux et inquiet, formaient un étrange contraste avec les transformations si profondes qu'avait par ailleurs subies le tempérament du peuple, la manière d'être d'autrefois s'était maintenue chez les Athéniens dans une large mesure. La mobilité sans trêve, l'activité multiple et intelligente, le goût dont les Athéniens d'aujourd'hui ont également hérité pour les tumultes elles émeutes-, la promptitude à recevoir toutes les impressions, le goût des saillies spirituelles, même faites à leurs dépens, l'irascibilité qui faisait facilement place à des dispositions pleines de bienveillance et de sympathie, furent parfaitement connus aussi d'un des derniers contemporains de l'ancienne époque impériale, du Béotien Plutarque^, et n'ont pas cessé depuis d'être faciles à constater.
La vie d'Athènes, véritable jeu que les grands souvenirs abritaient de leur ombre, avec ses allures faciles, avec ses écoles philosophiques, qui ne reconquirent, il est vrai, leur célébrité dans le monde qu'au siècle suivant, exerçait sur les Romains et sur d'autres étrangers l'attraction permant^nle d'un doux enchantement. Aussi, à cette époque, ce ne sont pas seulement les empereurs elles impératrices, lesprinces et les princesses de la dynastie qui se laissent volontiers flatter et fêter par la spirituelle population des Cécropides ; nous connaissons plus d'un étranger* qui mit son plaisir et sa gloire
*) Philo Jud. , 0pp. <( quod liber sit quisquis virtuti studet, » c. 20, pag. 886. P (467. M).
2) Plutarch., Symposiac, lib. VIII, qusest. III, c. 1, init.
3J Plutarch., De sera num. vind., c. 15, et Prœcept. politic, c. 3; cf. la scène de'crite par Luc i an., Demonaa;, c. 11; v. aussi les observations pleines de malice de Philostrat., Apoll. Tyan. epist., 70.
*) Pour ne rien -djoulcr de plus sur la disposition spontanée des Athéniens
ATTIKNM<:S 69
à être célébré, par des statues el des inscriptions d'honneur, comme bienfaiteur de cette ville*. Souvent, il est vrai, ou utilisait pour cela de vieilles statues, dont on changeait simplement le nom. A un autre point de vue, Athènes, de même que, entre autres, la splendidc cité de Rhodes-, était toujours la ville hellénique où se retiraient les personnages que le courroux du prince forçait à quitter Rome,
ù flatter les souverains romains ainsi que Jes personnes de toute sorte qui étaient en crédit à la cour romaine, v. notamment l'inscription en l'honneur de M. Artorius Asclépiade de Smyrne, médecin ordinaire d'Auii^uste: BOckh, C. 1. Gr., vol. I. p. 367. Séjour du poète Lucain, Sueton., yi7. Lucan. m\i.
*) C'est ainsi que l'ami d'Auguste, le célèbre P. Vedius PoUion , fut trouvé par une statue et une inscription, v. Buckh,C. J. G?'., vol. I, ti° 366; de même aussi on plaça dans le théâtre d'Athènes, en l'honneur d'un autre ami d'Auguste, Paullus Fabius Maximus (Tacit., An7i., I, 5) une statue en marbre de l'Hymette et une inscription, v. Philologus, 1866, t. XXIV, 3® cahier, p. 541. La statue élevée sur l'Acropole, avec l'inscription nipportée dans Bockh, ibid., n° 370 6, p. 911, représentait le même personnage. Cf. NippERDEY, ad Tacit. Annal., ibid. On peut encore citer la slatue élevée sur l'Acropole en l'honneur de L, Domitius Ahenobarbus, célèbre sous Auguste comme vainqueur des Germains. Arch. Zeitung , II, 244. NipPERDEY, ad Tacit. Ann., IV, 44. Stahr, Agrippina, p. 5. Puis le prince numide Juba (sous Auguste), dont Pausanias (1, 17, 2) trouva la staLue dans le gymnase de Ptolémée Philadclphe, et à rarrière-petit-fils(Ptolémée) duquel les Athéniens élevèrent également une statue sous Tibère. BiJCKH, n*" 360. BuRSiAN, Geogr. v. Griech., t. I, p. 291. De même aussi le prince thrace Cotys, fils de Rhascuporis, encore du temps d'Auguste ; v. BocKH, n° 395 (autre opinion soutenue par Lehmann, Claudius, p. 186). De même également le questeur propra?<ore (sans doute d'Achaïe) P. Cornelius Scipion (p. 3, note 2) eut les honneurs d'une statue et d'une inscription. BôcKH, n» 364. D'autres encore dans Waghsmuth, Bie Stadt Athen, pp. 668. 673. 678. Puis, sous Tibère (Tacit., Ann., VI, 10) le noble et célèbre pontife et préfet de Rome, L. Calpurnius Pison et son beau-père, le consul de l'an 14 av. J.-C, M. Licinius Crassus Frugi ; ces deux personnages avaient dans l'Acropole des statues sur un piédestal commun, dont l'inscription a été conservée. [Bull. Arch., 1855, p. 30 et suiv.) Nipperdey ad Tacit., ibid. Le préfet de Rome L. Junius Silanus Torquatus, fils de M. Silanus, nommé dans Tacit., Ann., XV, 52, à l'occasion de la conjuration de Pison contre Néron, est également célébré dans une inscription qui appartient vraisemblablement au temps de Claude (ou de Néron). Bockh, n° 369 et Nipperdey ad Tacit., ibid. Les honneurs de la statue et de l'inscription sont décernés, sous Claude, au proconsul d'Achaïe Gnseus Acerronius Proculus (p. 39, 3) et au proconsul L. Aquillius Florus Tuscianus (Henzen, 6456 a). Puis, peut-être encore sous Claude, ou ultérieurement, la reine Julie Bérénice (la jeune) Bockh, n" 361, petite-nièce d'Hérode le Grand, honorée comme épouse ou d'Hérode de Chalcis ou de Poléraon de Cilicie.
2) Cf. ci-dessous, p. 90-9i.
sans qu'ils fussent positivement condamnés à l'exil ou à la déportation. C'est ainsi que l'on vit se réfugier à Athènes, sous Caligula, le rhéteur romain Secundus Carrinas , que l'empereur hannit de Rome parce qu'il avait, dans son école, prononcé une déclamation contre les tyrans \ De même, le célèbre cynique Démétrios ^ de Corinthe (né en Fan 14 ap. J.-C). Sa vie austère , son amour de la vérité et sa rude franchise avaient porté sa renommée au loin ; il fut lié d'amitié avec Sénèque, et Caligula avait déjà fixé son attention sur lui ; il avait, vers Tan 60, enseigné la philosophie à Corinthe; puis, banni de Rome en 66, il se retira à Athènes, où il demeura jusqu'à ce que Yespasien montât sur le trône ^
Il nous reste enfin à parler de plusieurs circonstances intéressantes oil des hommes de natures absolument différentes, dont l'entrée en scène fut pour toute la Grèce, à plus d'un point de vue , de la plus haute importance , firent aussi d'Athènes, à cette époque, le théâtre de leur action. Nous laisserons de côté la visite d'un sage de l'Inde, Zarmaros ou Zarmanochegas de Bargosa (Barygaza), qui parut en l'an 19 av. J.-C. dans cette ville d'Athènes, dont la célébrité s'était étendue jusque dans Flnde. Il faisait partie de la suite d'une ambassade indienne, qui portait à l'empereur Auguste les hommages de son prince et ses présents (parmi lesquels des tigres vivants). Il se fit initier aux mystères d'Eleusis, et finalement son âge avancé le détermina, comme avait fait jadis Calanos à Suse sous les yeux de l'armée macédonienne, à mettre volontairement un terme à sa vie en montant surle bûcher à Athènes, aux regards d'un peuple stupéfait * : Plutarque a encore vu
*) Dio Cass., LTX, 20. JuvEN., Satir., VII, 205 et v. Ad. Schmidt, Gesoh. d. Denk- iind Glaubensfreiheit, p. 435.
■2) Sur ce philosophe Démétrios, v. notamment Ad. Schmidt, op. cit., p. 387-399 et cf. Senec, Epist., 20, 62, De vita beata, 18. De Bcnefic, VII, 1. 2. 8. 9. 11. LuGiAN, Adv. indoct., 19. De Saltat., 63. Philostrat., Apollon. Tyan., IV, 25.
3) Philostrat., op. cit., IV, 42. V, 19. VI, 31. Tacit., Hist.,iy, 40.
*) Cf. Plutarch., Alcxand., c. 69, fin. Dio Cass., LIV, 9. Strab., XV, c. 1, 4, p. 1006 (p. 686) et c. 1, 73, p. 1068 (p. 719 sqq.). Nigol. Damasc, Hist., lib. 116 dans Mûller, Fragm. Hist. Grœc, vol. III, p. 419 sqq., n» 91 et V. en outre LhSSEîi , Indische Alterthumskunde , t. IIÎ, p. 58-60, qui
APOLLOXrOS DE TYA.NE 71
son tombeau. Mais une mention spéciale est due à un étranger dont l'iiistoire et le séjour en Grèce ont fait, bien longtemps encore après lui, la matière d'une littérature entière : c'est le fameux Apollonios de Tyane. Cet homme remarquable, Cappadocien hellénistique par son origine, mais, parles tendances de son esprit et sa manière de vivre, adepte fervent de la vieille et austère philosophie pythagoricienne, se proposa pour but^ autant qu'il est possible de l'affirmer avec quelque certitude, de donner au polythéisme dégénéré de son temps une base plus spiritualiste. Représentant le plus brillant de son école dans le i"^ siècle après la naissance du Christ, il considérait, lui aussi, la mythologie comme « n'étant au fond que l'œuvre des poètes, qui, sans amour de la vérité, prétendaient accréditer leurs inventions * »; 41 expliquait, lui aussi, la plupart des mythes par l'allégorie, et « se scandalisait aussi grandement de la représentation matérielle de la divinité ».
S'appuyant sur une connaissance extraordinairement étendue des cultes transmis parles anciennes traditions du monde classique, de leurs rites et de leurs cérémonies, de l'histoire et de la signification originaire de ces rites et de ces cérémonies, il chercha , pendant la longue suite de ses voyages dans les pays composant le monde gréco-romain, à faire en tout lieu ressortir aux yeux des prêtres ce qu'il y avait d'idéal dans leur mission \ Il y a plus : par une conséquence de sa fidélité aux principes de la plus sévère morale, « qu'il plaçait
fait venir l'ambassade du Pendjab et d'après lequel Zarmaros serait un pieux bouddhiste nommé Çramanâ-Kârja, c'est-à-dire maître de la Çramanâ. Osmond de Beauvoir Priaulx (Jowrna/ of the 7'oy al Asiatic society , vol. XVII, part 2. 1860), « On the Indian embassy to the Augustus », p. 309-321, fait venir l'ambassade de I'Hindoustan.
1) Philostrat. , Vit. Apollon. Tyan., V, 14. Ad. Schmidt, Gesch. der Denk- und Glaubensfreiheit im ersten Jahrhundert der Kaiserherrschaft, p. 185 et suiv., 232 et suiv. Du reste, déjà au temps d'Auguste avait paru à Rome un mage néopythagoricien, Anaxilaos de Larisse ; mais il avait été chassé de la ville et de l'Italie avec d'autres astrologues et thaumaturges. Plin., Nat, Hist., XIX, 1, (4), 20. XXVIII, 11, (49), 181. XXXV, 15, (50), 176. EusEB., Chron.f (éd. A. Schœne), vol. Il, p. 141, v. Ad. Schmidt, op. cit., p. 184.
2) Philostrat., Apollon., III, 58. IV,1. 4. 11. 19. 21. 28.
72 APOLLONIOS DE ÏYANE
neltement au centre de tout son système religieux et philosophique S), il chercha aussi à exercer une action directe et pratique, et^ comme les stoïciens , à remédier à la triste dégénérescence morale de ses contemporains, à opérer une réforme morale. Mais en même temps le courant de son époque le domina complètement à certains égards, et, àcette tendance idéale de son esprit, à un amour de la liberté comme réprouvaient les vieux républicains, à une forte dose d'exaltation mystique, avec laquelle s'accordait aussi très bien un fanatisme superstitieux, s'associa chez lui un goût suspect pour la magie, la divination et la thaumaturgie ^ Il ne nous est pas, il est vrai, permis d'oublier que son biographe. Philostrate , n'a puisé pour l'histoire de sa vie qu'à une source extrêmement suspecte. Le doute subsiste donc, et très grand, et l'on peut se demander combien, parmi les faitf^ de cet ordre rapportés dans le romantique tableau de Philostrate, on en doit mettre sur le compte des inventions ou des broderies ingénieuses d'un Damis ou de ses pareils, et si et dans quelle mesure Apollonios lui-même s'est mù avec une pleine conscience dans un domaine nuageux, sur ces limites douteuses où l'exaltation se décevant elle-même et le charlatanisme se touchent et s'entrelacent. Il y a lieu de regretter que le satirique Lucien, cet esprit si vif et si sagace, qui nous a dépeint, avec des tons aussi ardents que vrais, en l'empruntant à son propre temps, la physionomie d'un « pro-
M Ad. Schmidt, op. cit., p. 234 et suiv. Cf. également sur Apollonios un intéressant chapitre dans Férd. Gregorovjus, Gcschichte des Kaisers Hadrian, p. 245-254; puis les observations critiques de Ghr. Baur, Apollonius von Tyana und Christus dans la Tiibing. Zeitschrift f. Théologie, 1832, k^ cahier, p. 136 et suiv., et Bas Christenthum der drei erstenJahrhunderte, 2^ éd., p. 415 jusqu'à 419.
-) Non moins caractéristique est l'étrange tradition, conservée dans Malajas, qui représente Apollonios jouant le rôle de thaumaturge pour des villes entières au moyen des talismans (T£Xscr[ji.aTa), ainsi qu'on les appelait : cf. Malal., Chronograph, (éd. Bonn, p. 263 sqq.), X, p. 112(342) sqq. Chron. Paschalc, éd. Bonn, vol. I, 467. Anon. Bandiiri, p. 15.36, 42 et v. Jacob BuRCKHARDT, Die Zeit Constantins des Grossen, p. 251 et 467. Yoy. à cet égard d'autres passages encore d'écrivains byzantins, cités par Kayser, éditeur de Philostrate, dans le Prooemium mis en tête de laVita Apollonii, , p. lu, n» 3; ibid. y n"** 1 et 2, passages d'écrivains chrétiens sur sa magie. Cf. Friedl.endeb, t. II, p. 7, note 1.
APOLLONIOS DE lYAXE 73
phète » de la pire espèce, d'Alexandre d'Abonotichos (voy. plus bas), n'ait pas aussi touché de plus près à Thistoiro de ce prophète de Tyane ; car vraisemblablement, même en prenant pour arg-ent comptant sa malicieuse et caustique satire *, nous marcherions, guidés par sa main, dans une voie bien plus facile, et nous pourrions saisir, à travers l'encens et les récits de miracles dont les biographes d'ApoUonios l'entourent comme d'un nuage, la véritable expression de cette étonnante figure. Mais ce qu'il nous sera du moins permis d'affirmer, c'est que le monde antique — qui se laissait tromper d'une manière cynique et même grotesque, et tout à la fois exploiter financièrement aussi par l'imposture raffinée de cet Alexandre, et qui dans le même temps consacrait à la mémoire d'ApoUonios des statues, des temples, des sacrifices et des médailles^, — que le monde antique, disons-nous, ne s'était pourtant pas mépris à son point de vue^ et qu'en réalité cet Apollonios, avec son idéal de philosophie et de morale, son amour de la liberté nourri aux grandes traditions du passé, la sévérité de ses principes et la pureté de ses mœurs personnelles, dut faire une puissante impression dans un temps où la dissolution de la religion et des mœurs d'autrefois continuait à avancer à pas de géant. Mais, pour le but que nous nous propo.sons, son apparition au milieu des Hellènes offre un intérêt particulier : nous trouvons, en effet,
*) Cf. Katser, '/6îVi., p. VI; V. aussi les observations dans FriedltEnder, Darstellungen aus der Sittengeschichte RomSt t. I, p. 352 et suiv., où Ton fait remarquer qu'Apollonios avait au moins un trait commun avec cet Alexandre, à savoir l'admiration dont il était lui aussi l'objet de la part des femmes; cf. l'histoire rapportéedansPHiLosTR.,ytY.Sop^is^a?\, 11,5, l,p.570. [Apollon, epist., 13). Cependant la rigoureuse chasteté d'ApoUonios est, par ailleurs, très nettement reconnue et vantée. Philostr., Vit. Apollon., I, 13. Suidas, s. v. Apollon. Quant à la manière dont Lucien envisage également Apollonios, nous en avons déjà l'idée par la courte et dédaigneuse observation contenue dans son Alexand., c. 5, fin. Le grand admirateur d'ApoUonios, Flavius Vopiscus, a-t-il exécuté son projet de retracer la vie de ce philosophe {Ri$t. Aug., Flav. Vopisc, Aurelian, c. 24)? C'est ce qu'on ne sait pas.
2) Cf. Pauly, R. E., t. I, 2« édiL, p. 1317 etcf. t. V, p. 1531. Philostrat., VU. Apollon. Tyan., I, 5, init., VIII, 29, fin., 31, fin. Flav. Vopisc, loc. cit.
74 APOLLONTOS DE TYANE
dans les idées de cet Apollonios sur la morale grecque un véritable type des dispositions des esprits cultivés de l'Orient à l'égard de la vieille patrie de l'antique civilisation. Seulement cet amour passionné d' Apollonios pour la Grèce est presque toujours empreint d'un caractère qui n'a rien de pratique. Cet enthousiaste, qui aimait h retrouver encore dans les Hellènes du temps de Néron et de ses successeurs le peuple classique du passé ; qui, dans sa fierté hellénique, s'élevait avec une colère indignée (v. plus bas, p. 76, 2) contre l'adoption par les Grecs de noms « barbares », c'est-à-dire romains ; qui en était encore à se scandaliser de ce que de jeunes Spartiates, d'une antique et illustre origine, en fussent arrivés à se livrer à des travaux d'utilité bourgeoise -; qui n'attendait que « du rétablissement de la liberté grecque » par Néron (v. plus bas) un « retour des Grecs aux mœurs doriennes et attiques » et une nouvelle ère de rare prospérité pour les Hellènes ^ ; cet enthousiaste, disons-nous, avait en réalité une vue beaucoup moins nette des véritables besoins de la Grèce que Musonius, ce calme stoïcien qui, en Fan 65 ou 66 ap. J.-G., avait été exilé par Néron dans File de Gyaros. Ce Musonius eut la chance de découvrir une abondante source d'eau vive, qui fut depuis en grand honneur parmi les Hellènes en raison de la célébrité de celui qui l'avait découverte, et qui permit à cette époque de cultiver de nouveau cette île rocailleuse et désolée (t. I^ p. 456) ^ Et lorsque, dans l'automne de l'an 67, il eut été
*) Philostrat., Apollon. Tyan,, IV, 32. Cf. aussi, pour le charlatanisme, I, 39.
2) Philostrat,, V, 41. Ilest dès lors facile de comprendre que cet Apollonios, qui, en prolongeant son séjour en Grèce, dut en définitive trouver que la plupart des Hellènes d'alors n'étaient plus que les héritiers fortuits d'un trésor dont ils ne savaient plus user, donnât à son dépit et à sa désillusion, en face de la profonde décadence morale, politique et en grande partie aussi intellectuelle et littéraire de cette race, une expression absolument exagérée, v J'ai été à Argos, en Phocide, en Locride, à Sicyone et à Mégare,» écrivit-il une fois (Phil., Apollon, epist., 34) aux savants du Musée d'Alexandrie, (f et j'ai trouvé que je devenais barbarSy non parce que j'étais trop longtemps absent de la Grèce , mais parce que j'y étais trop longtemps présent ».
^)Philostr., VII, 16. Ad. Schmidt, Gesch. d. Denk- und Glauhensfreiheit^ p. 383 et suiv. Voy. aussi, sur Gyaros et la source de Musonius, L. Ross, Gr. Inselreisen, t. II, p, 170 et 171.
APOLLONIOS DE TVA NE 75
conduit à Corinihe avec d'autres prisonniers (v. plus bas), pour y travailler sur l'ordre de l'empereur au canal de l'isthme, il répondit avec le plus grand calme à un philosophe de ses amis, à ce Démétrios (p. 70), qui éclata en sanglots à sa vue : « Gela te fait-il donc tant de peine, que je creuse l'isthme pour l'utilité des Hellènes ^ ? »
Retournons à Apollonios. Nous voyons que ce personnage, dont la jeunesse se place à peu près au commencement du i'''* siècle après la naissance du Christ^, avait pour père un Cappadonien hellénisé de même nom, d'une ancienne famille et d'une grande fortune, qui habitait àTyane^; il avait fait son éducation en grande partie à Tarse, en Cilicie, un des centres célèbres de la philosophie grecque '% ainsi que dans la ville voisine d'iEgae^ Après avoir terminé son instruction théorique, il se soumit à une ascétique rigoureuse et observa un silence de cinq ans, pendant la durée duquel il séjourna tantôt en Pamphyhe, tantôt en Cilicie. Déjà célèbre par sa sagesse, sa piété et le don des miracles qu'on lui attribuait, il commença alors sa curieuse odyssée ; ses biographes nous racontent ses voyages non seulement à Antioche et dans les autres villes de l'Asie antérieure, mais encore dans les régions mésopotamiennes , iraniennes et indiennes; ici^ la biographie de Philostrate devient absolument un roman de voyages rehaussé d'érudition, dans le goût de l'époque de Septime Sévère. De retour de ces expéditions dans l'extrême Orient, Apollonios parait, pendant les dernières années du
^) Philostr., V, 19. Schmidt, loc. cit.
^) Philostr., I, 7. 12. 13 et cf. Clinton, Fast. Rom., vol. I, p. 3 sqq. ; d'après son calcul, Apollonios, en l'an 17 ap. J.-C, avait entre seize et vingt ans.
^) Philostr., I, 4.
^) Cf. Strabon, XIV, c. 5, 13-15, p. 991 sqq. (p. 673 sqq.).
^) Philostr., I, 7-13.
^) Clinton, op. cit., p. 29 sqq., admet qu'Apollonios fit ses voyages dans l'extrême Orient du temps de Claude et pendant la première moitié de son règne ; il croit pouvoir placer (cf. aussi vol. 11, p. 248) ces voyages à partir de l'an 45 ap. J.-G. ; l'époque du séjour ultérieur d'Apollonios dans l'Asie- Mineure occidentale se calcule alors de la manière indiquée dans le texte. Sur le voyage d'Apollonios dans l'Inde, v. encore Osmond de Beauvoir Priaulx {Journal of the royal Asiatic society, wo\. XVII, part. 1, 1859), The Indian travels of Apollonius ofTyana,]), 70 jusqu'à 105i
7G APOLLOMOS DE TYANE
règne de Claude et les premières de celui de Néron, avoir fait des parties helléniques de l'Asie-Mineure son séjour de particulière prédilection. Nous ne mentionnerons qu'en passant son apparition au milieu des Grecs de ces contrées \ l'ardeur pédantesque avec laquelle il combattit l'adoption de noms romains par les Hellènes, notamment en lonie -, et son intervention lors d'une peste qui éclata à Ephèse, intervention miraculeuse par ses effets, et en mêm-e temps superstitieuse et fanatique. Il était déjà d'un ûg-e avancé lorsqu'il résolut enfm de visiter aussi l'ouest de l'empire romain et d'abord le pays de ses rêves, la Grèce européenne. Il partit, dit-on, d'Éphèse et se rendit, en premier lieu, par Pergame à Ilion, dont les antiques débris captivèrent naturellement son attention d'une manière toute particulière. De là il se rendit, par Lesbos et TEubée, recherchant partout les souvenirs du passé mythologique et héroïque des Hellènes, au Pirée, oii il arriva dans l'automne de Tan 60 après J.-G., dans le temps des fêtes des mystères d'Eleusis ^ Athènes lui fournit^ si nous voulons en croire son biographe, une magnifique occasion de paraître dans toute sa grandeur'', ce qui était assurément bien facile à prévoir, étant donné le grand nombre de philosophes et de cultes en présence desquels il allait se trouver dans cette ville. On nous dit que, « second Épiménide, il instruisit le peuple des sacrifices les plus agréables à chaque divinité, et de la meilleure manière de les offrir ». Pour nous, si nous faisons abstraction de la fable du jeune Corcyréen, étudiant à Athènes, qui, par parenthèse^ faisait remonter sa généalogie à Alcinoos, le prince des Phéaciens, et qu'Apollonios, en le délivrant d'un démon, transforma de libertin efféminé en sérieux philosophe, nous ne pouvons plus guère nous intéresser qu'aux efforts d'Apollonios pour détourner les Athé
*) Philostr., III, 58 jusqu'à IV, 11.
2) Philostr., IV, 5 (cf. ci-dessus, p. 48).
3) Philostr., IV, 11-17. Cf. Clinton, Fast. Rom., vol. I, p. 43.
*) On prétend nous faire accepter encore, par-dessus le marché, celte énorme ineptie, cette histoire d'Apollonios (Philost., IV, 17. Cf. VI, 6) rencontrant sur le chemin du Pirée à Athènes beaucoup de philosophes athéniens qui se promenaient mis sous le soleil brûlant de l'automne !
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nions du luxe efféminé, des danses voluptueuses et autres débauches qui déshonoraient leurs Dionysies, et pour arrêter également (cf. p. 48) les honteux progrès des combats de gladiateurs qui avaient pénétré chez eux^ On dit qu'ensuite, au printemps de l'année 61, Apollonios visita les Amphictyons aux Thermopyles, puis les temples les plus fameux du nord de la Grèce, les temples d'Apollon à Abse (en Phocide) et à Delphes^ l'oracle de Dodone, les oracles de Trophonios à Lébadée et d'Amphiaraos à Oropos, enfin le sanctuaire des Muses sur l'Hélicon, jusqu'au mois de juillet de l'année 61 (01. CGX, 1); il prit aussi part, sur l'invitation des Éléens, à la solennité des jeux Olympiques ". H y noua des relations plus étroites avec les Spartiates, que ses sérieux avertissements déterminèrent, à ce que l'on prétend, à réagir rigoureusement contre la décadence, sensible à plusieurs points de vue, de leurs principes et de leurs mœurs, et dans la ville desquels il séjourna ensuite jusque dans le printemps de l'année 62 ^ Nous ne ferons qu'indiquer ici la suite de son hisloire, son voyage dans l'île de Crète *, plus tard son apparition à Rome dans les années
*) Philostr., IV, 17-22. Cf. Ellissen, Zur Gesch. Athens, p. 32 et suiv. Friedl^nder, Darstellungen, t. II, p. 253, révoque en doute la vérité de cette assertion et présume que Philostrate a fabriqué cette histoire à l'imitation de ce que Dio Chrysostom. (éd. Morelli), Or. XXXI (Rhod.), p. 347 d et p. 348 a, raconte d'un philosophe qui chercha en vain à détourner les AtTiéniens de ces jeux sanglants, se brouilla avec eux à cette occasion et quitta leur ville indigné. Frjedl.ender incline à voir dans ce philosophe le même Démonax qui,d^iprès Lucien, Demon., c. 57, réprimanda vigoureusement les Athéniens alors que ceux-ci, àTexemple des Corinthiens, voulaient établir les jeux de gladiateurs. Comme, d'après l'opinion actuellement admise (voy. plus bas, ch. 2), ce discours de Dion Chrysostome se place dans les premières années de Vespasien, Démonax assurément aurait été à cette époque encore assez jeune. D'après Dio Chrysost., loc, cit., les combats de gladiateurs, du temps dç Vespasien, étaient à Athènes dans toute leur splendeur, et si Apollonios a réellement fait à Athènes ce que lui attribue Philostrate, op. cit., IV, 22, son intervention ne peut avoir produit qu'une impression très passagère.
2) Philostrat., IV, 23-31. Apollon, epist., 24 sqq. Clinton, Fast. Rom., vol. I, p. 43.
3) Philostrat., IV, 27. 31-34. Cf. VI, 20. Apollon, epist., 62 sqq. Clln-
TON, p. 45.
*) Cf. Clinton, p. 49 et v. en outre Ad. Schmidt, Gesc/t. der Denk- u. Glcmbensf^eiheil, p. 382 et 393. The.mist. (éd. Dindorf), Ovat. VI, p. 86 (c. 72 d).
78 l'aPOTRE PAUL
66 et 67 S enfin son retour en Grèce au mois de septembre de Tannée 68" ; nous aurons encore plus d'une occasion de revenir, au cours de l'histoire de l'Achaïe, sur cette remarquable personnalité.
Rien n'est plus intéressant que l'opposition entre cet enthousiaste^ animé, on doit le reconnaître, de nobles sentiments, réformateur philosophe, et un homme venu aussi de FOrient, simple, mais d'un puissant esprit, qui, peu d'années avant l'apparition d'ApoUonios à Athènes, s'était également montré dans la Grèce européenne pour y jeter les premières semences de la nouvelle religion cosmopolite ; nous voulons parler de Tapôtre Paul. Étant donnée l'activité du trafic et de la circulation à cette époque, les habitants de la Péninsule grecque n'étaient vraisemblablement pas sans connaître le grand mouvement religieux qui, parti de la population juive, se propageait depuis un certain nombre d'années de la Palestine dans la Syrie et l'Asie-Mineure. Mais l'action immédiate ne s'en fit sentir aux pays grecs de l'Europe que depuis les dernières années de l'empereur Claude^ depuis le moment où Paul, le nouvel apôtre des Gentils, commença son grand voyage d'évangélisation dans l'Occident grec. G'est^ paraît-il, dans l'automne de Fan 53 après J.-C. ^ que Paul avait quitté Jérusalem
Doutes sur la chronologie de Philostrate, v. Lehmann, Claudius u. Nero, t. I, p. 59 et suiv. Cf. cependant Schmidt, op. cit., p. 393 et également, en ce qui concerne le gymnase de Néron (v. plus bas, p. 101,3), Tacit., Ami., XV, 22, où est mentionné l'incendie de l'an 62, qui nécessita naturellement une reconstruction.
1) Philostrat., IV, 47, jusqu'à V, 10. Clinton, p. 49 et 51.
-) Phu.ostrat., V, 18 et v. Clinton, p. 51. Schmidt, p. 394.
^) La chronologie de ces événements et des suivants est très incertaine et très contestée. Nous suivons ici celle qui est établie dans l'ouvrage de A. Hausrath, Der Apostel Paulus (Heidelberg, 1865), pp. 49 et suivantes, et qui est adoptée dViUeurs, notamment dans des" travaux d'ensemble sur cette partie de la plus ancienne histoire du christianisme (avec cette différence seulement, que quelques-uns placent le commencement de ce voyage de saint Paul en l'an 52, comme p. ex. Weber et Holtzmann, Gesch. d. Volkes Israël, t. IT, 2, p. 693). D'autres encore font apparaître l'apôtre Paul en Grèce bien plutôt. D'après Ellissen, Zur Gesch. Athens, il se montre à Athènes dès l'an 52; d'après Lehmann, Claudius, au contraire, l'apôtre commence en l'an 47 son grand voyage, parcourt dans le printemps de l'année 48 l'Asie-Mineure orientale, visite la Grèce en 49, et retourne de Corinthe à Éphèse en l'an 51 après J.-C. (p. 281. 307 et suiv. 330 et suiv.