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en compagnie de !'<( helléniste )> Silas, pour se rendre dans le nord et dans l'ouest de l'Asie-Mineure, à Lystra, en Lycaonie ; Timotliée de Derbé, fils d'un père grec et d'une mère juive, s'associa à lui. Les messagers chrétiens traversèrent le centre de l'Asie-Mineure, la Phrygie et la Galatie, et pénétrèrent dans la ïroade, oii le médecin grec Luc se joignit à eux. C'est là que Paul prit cette grande résolution qui fut si importante pour l'histoire du monde et par suite de laquelle le message de la religion nouvelle fut d'abord annoncé sur les cotes occidentales de la mer Egée^ dans des pays au surplus où, depuis longtemps déjà, le judaïsme était arrivé, au milieu des cultes grecs, à une extension considérable. Les voyageurs se rendirent d'abord par mer, en passant par Samothrace, surlalisière méridionale de la côte de ïhrace et de Macédoine. La ville de Philippes, avec sa vigoureuse population thrace et macédonienne mêlée d'éléments romains et grecs, fut la première pépinière, la première citadelle de la nouvelle croyance sur le sol de la péninsule grecque et toujours la plus chère au grand apôtre \ La nouvelle communauté, dont le premier membre fut la marchande de pourpre Lydie de ïhyatire, dont les premiers chefs furent Clément et Syzyge et à laquelle le premier enseignement fut donné par Luc, qui resta à Philippes^ fut toujours celle qui tint le plus près au cœur de l'apôtre. Lorsqu'une persécution brutale, et sans doute aussi les conflits habituels avec la synagogue juive — il y avait une communauté juive dans cette ville, comme dans tant d'autres grandes villes de la péninsule gréco-macédonienne — eurent déterminé Paul à la quitter, il se rendit par Amphipolis à Thessalonique, la grande capitale de la province de Macédoine. C'est dans cette ville, déjà tout animée de la vie grecque, que commence à se manifester la position toute
354). Cf. aussi ci-dessus, p. 40, 1 (notamment en ce qui concerne Junius Gallion). Saint Paul à Corinthe en 53 et 54 ap. J.-G. : Wieseler, C/irowo/o(/. aeiat. apostol., p. 117 sqq.
1) Act. Apostol. XVI, 8-12.
2) Lydie : Act. Apost., XVI, 14 sqq. 40. Clemens et Syzygos, Philipp, 4, 3, et V. Weber et Holtzmann, p. 732. Hausrath,p. 56. Luc : v. Lehmann. Claudius, p. 331. Hausrath, p. 64. Paul et les Philippiens, v. Philipp., 1, 3-5. 25, jusqu'à 2, 12 ; 4, 10 sqq., jusqua v. 18.
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spéciale que prirent dans leur ensemble, vis-à-vis de la nouvelle religion, les Hellènes de cette époque.
Ce n'était pas qu'ils manquassent en aucune façon de s'y intéresser vivement, à moins que, comme à Athènes, on ne se trouvât en présence d'écoles fermées de philosophie hellénique; il est plutôt à remarquer que Ton accourait avec un certain empressement. Mais la doctrine nouvelle n'était souvent, pour les Hellènes de cette époque, qu' « un thème de rhétorique, de spéculation, d'expérimentation sociale». On se réunissait volontiers dans les assemblées; on discutait volontiers sur les problèmes qu'enfermait en elle-même la doctrine nouvelle; mais il était cependant très difficile aux Grecs de se soumettre d'une manière complète et sérieuse à la nouvelle discipline morale, aux sévères exig-ences du christianisme, et de renoncer, dans la pratique quotidienne de toute leur vie, intérieure et extérieure, à la profonde immoralité qui, notamment dans les grandes villes de la péninsule grecque (v. plus bas, chap, n) , minait Jusqu'à la moelle la population grecque et faisait de plus en plus dans son sein des ravages véritablement effrayants. Néanmoins, le grand apôtre, avec son esprit si puissant malgré sa simplicité, parvint^ au prix d un labeur sans relâche, à fonder à Thessalonique une communauté qui eut son premier centre dans la maison d'un certain Jason et qui, par une étrange association, se composa de «juifs, de prosélytes et de Grecs^ de grandes dames charitables et de gens de basse condition ». Mais, malgré une situation qui lui donnait les plus belles espérances, — nous sommes déjà en l'an 54 ap. J.-G. ^ — Paul fut également chassé de cette ville par le fanatisme de la population juive, qui ne lui permit pas davantage un longséjour dans la ville voisine de Bérœa (distante seulement d'environ 12 milles), où plusieurs prosélytes et dames grecques de qualité embrassèrent également la nouvelle doctrine ^
Laissant, pour commencer, Silas et Timothée à Bérœa,
') Cf. Hausraïh, op. cit., p. 57-61, et v. ensuite Act. upostol., XVI, 16, jusqu'à XVII, 10. Thessalon.. l, 2, 2; 1, 7 sqq. ; v. ensuite 2, 1-13, et également la seconde épître aux Thessaloniciens. Cf. aussi Tafel, De Thessalonic.^ p. XXXI sqq.
^') Act. ApostoL, XVI], 10-15. (Cf. aussi Thessalon., I, 2, 17 sqq.)
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Paul se rendit alors de la côte de Macédoine, par la voie de mer, dans la Grèce proprement dite, et d'abord dans la brillante Athènes. Mais ici, autant qu'il y a lieu de faire entrer en ligne de compte le monde païen h c(Mé des Juifs, l'apotre rencontra un terrain défavorable. Parmi les Grecs d'aujourd'hui, pour lesquels le christianisme est véritablement devenu une partie de leur nationalité^ qui, en traversant pour arriver jusqu'au xix"" siècle les longs siècles sombres de la domination étrangère, ont sauvé leur nationalité presque exclusivement avec et dans le christianisme, les Alhéniens sont fiers de se dire « les chrétiens les plus orthodoxes » ; c'est pour eux un titre de gloire ; ils ont encore la coutume ', pour donner aux serments une solennité particulière , d'ouvrir le xvn* chapitre des Actes des Apôtres. Mais l'Athènes d'alors, ce foyer intellectuel de l'hellénisme, au moins pour l'Europe, ce centre d'antiques sanctuaires, de cultes innombrables et pleins de magnificence, identifiés en partie, d'une manière indissoluble, avec l'histoire, vieille de plus de mille ans, de cet Etat qui continuait de végéter avec une ombre d'autonomie, cette ville aux puissants souvenirs, avec les splendides statues de ses dieux, séjour d'un peuple d'Hellènes qui aimaient à s'entendre célébrer comme « les plus pieux d'entre tous les Hellènes « et d'orgueilleuses écoles philosophiques, cette Athènes d'alors pouvait bien offrir un terrain favorable à un homme tel qu'Apollonios, mais elle ne pouvait de longtemps en offrir un à la religion nouvelle qui, en exigeant l'humilité et le sacrifice, la piété et le renoncement, annonçait en même temps à l'antiquité la fin de toute cette pompe et de toute cette splendeur. Quoi qu'il en puisse être, en présence des doutes de la critique moderne, relativement au détail des récits des Actes des Apôtres, sur le rôle de Paul à Athènes, on y trouve en tous cas la peinture très nette et bien vivante du mouvement de l'Athènes d'alors, et du contraste entre la simplicité de l'homme de Tarse et les orgueilleuses écoles des Épicuriens et des Stoïciens, avec leur froide politesse et le ton glacial de leurs réfutations. Le séjour de l'apôtre à Athènes ne
*) Ellissen, Zur Geschichte Athens, p. 39 et suiv.
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fut que de courte durée, et le nombre des nouveaux croyants (parmi lesquels figurent, comme on sait, l'aréopagite Denys et une femme du nom de Damaris)\ fut très minime. Par contre, les travaux de l'apôtre furent incomparablement plus fructueux dans la florissante capitale de FAchaïe, àCorinthe. Cette colonie était, en effet, une ville complètement moderne, n'ayant pas d'antiques cultes locaux; on y rencontrait de grandes masses d'habitants juifs et d'autres Orientaux, et, dans ce mélange bigarré d'éléments romains, grecs et asiatiques, il ne pouvait plus être question de contrastes aussi tranchés entre le caractère national et la nouvelle doctrine qu'à Athènes. Toutefois Paul, qui logea d'abord et exerça sa profession chez un artisan, le tapissier Aquila^, chrétien juif originaire du Pont, récemment chassé de Rome avec sa femme Priscille, ne travailla provisoirement à Corinthe qu'à se préparer les voies. Ses préoccupations immédiates et principales s'attachaient toujours à la communauté de Thessalonique^ dont Silas et Timothée ne lui apportèrent des nouvelles détaillées que dans le printemps de l'année 54. La nouvelle communauté macédonienne s'était très bien maintenue, quoiqu'elle eût été à diverses reprises inquiétée même par les païens, mais il s'y était aussi produit des faits tristement si-
*) Saint (Paul à Athènes : Act. Apost., xvii, 15-34. xviii, 1. Doutes critiques quant au détail, notamment quant aux discours de l'apôtre et à la scène de l'Aréopage (ancienne opinion admettant [Plutarch. , Be placit. philos. ,1,7, 2] la compétence de FAréopage, également invoquée ici, dans les choses religieuses ; . Ahrens, Be Athen, statu, pag. 35. Pauly, R. E., l, 2, p. 1503) ; voy. ces doutes condensés dans Zeller, Bie Apostelgeschichte, p. 259-263. Baur, Der Apostel Paulus, 2^ édition, t. I, p. 191 et suiv. Cf. en outre Lekebusgh, Entstehung und Composition der Apostelgeschichte, p. d 41-184, et de plus Ellissen, Zur Gesch. Athens, p. 34 et suivantes, lequel ne considère pas comme justifiées les attaques de la critique moderne contre cette relation des Actes des Apôtres et se tient pour les points essentiels aux détails qu'ils fournissent. (Autels avec l'inscription « ôsoîç àyvwcnrûcç », « ôew ayvwo-ra) » au Pirée et à Athènes, v. Pausan. I, 1, 4. Cf. Philostrat., Vit. Apollon., VI, 3. DiOGEN. Laert., 1, 10, 3, [110]). Hausrath,p.64, passe très rapidement sur cette partie de l'histoire de la mission de saint Paul. De même Weber et HoLTZMANN, p. 735. A Denys et à Damaris la légende associe encore celui qui passe pour le maître et le prédécesseur de Denys, le thesmothète Hiérothée, v. Ellissen, op. cit., p. 43 et suiv. — C'est aussi d'Athènes que sont datées les deux épîtres de Paul aux Thessaloniciens.
^) Act. Apost., xviii, 1-4. Ellissen, p. 44.