VESPASIEN
dans le commerce el la circulation^ La grande armée d'Orient, avec, laquelle M. Licinius Crassus Mucianus, premier général de Yespasien, jusqu'alors (depuis 66-67) gouverneur de Syrie^ arriva à Byzance, à la fin de Tété ou dans l'automne de 69, ne passa pas par la Macédoine pour gagner Dyrrhachion, comme cela avait été résolu à l'originel Les nouvelles du soulèvement général des légions du Danube en faveur de Yespasien et du commencement des combats sur la frontière orientale de la Haute-Italie déterminèrent Mucien à faire route par la Mœsie, où son arrivée était d'autant plus nécessaire que les Daces, ce peuple turbulent de la rive gauche du Danube, avaient profité du départ des légions pour l'Italie et avaient inondé de leurs troupes cette province momentanément presque découverte ^ Les fureurs de la guerre s'étaient enfin apaisées en Italie ; elle s'était terminée avec Tannée 69. Cependant, l'empire ne recouvra une véritable tranquillité que lorsque Yespasien lui-même arriva d'Egypte en Italie, dans l'été de 70, prit lui-même les rênes du gouvernement et mit un terme, avant qu'il fût trop tard, aux violences où s'étaient complus le prince Domitien et Mucien depuis son entrée à Rome.
Dans ce voyage, le nouvel empereur avait visité d'abord l'île de Rhodes, puis l'Ionie, ensuite l'Achaïe et l'île de Corcyre '\ Partout accueilli avec joie, il avait en même temps saisi l'occasion de se rendre un compte exact de l'état du pays qu'il traversait ^ La connaissance qu'il acquit alors de l'état
1) Cf. ci-dessus, p. 91,4. Joseph., Bell. Jiid., III, 9, 2.
2) Cf. Tacit., Hist., II, 83. Ill, 47.
3) Tacit., Hist., Ill, 46. Sur les combats livrés à cette époque sur les bords du Danube, cf. E. Rôsler, Bas vorrOmische Dacien, p. 22 sqq.
*) Joseph., Bell. Jud.y VII, 2, 1 init. (D'après SuETON.j'Yespas., 7, on avait, pendant le séjour de Yespasien en Egypte, à Tégée en Arcadie, dans des fouilles provoquées par des devins, dans un lieu consacré, mis au jour des vases antiques ; on prétendait que les portraits qui y avaient été trouvés ressemblaient à Yespasien).
^) Abstraction faite de ce voyage et de sa présence en Achaïe dans le cortège de Néron (p. 103), Yespasien connaissait déjà d'ancienne date l'Orient grec; car étant plus jeune, sous Tibère, il avait d'abord tenu garnison en Thrace comme tribun militaire, et il avait ensuite rempli dans la province grecque de Crète-Cyrène les fonctions de questeur. Sueton., Vespasian» y 2. Becker-Marquardt, Rom. Alterth., III, 1, p. 223.
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des choses en Acliaïo ne fut évidemment pas sans influer sur la décision qu'il ne tarda pas à prendre après son arrivée à Rome, relativement à la destinée ultérieure des Hellènes. Les folles prodigalités de Néron, ensuite les guerres civiles de l'an 69, qui avaient été courtes, mais qui avaient fait de terribles ravages, Teffrayant et brutal gaspillage où se plaisait Vitellius, la guerre difficile et extrêmement dangereuse soutenue contre les Bataves, ainsi que contre les Gaulois soulevés sur les bords de la Meuse et de la Moselle jusqu'à la haute Seine, dans la dernière moitié de l'an 69 et dans la première de 70, avaient complètement ruiné les finances romaines. A Vespasien incombait donc avant tout la lourde tâche de remettre jusqu'à un certain point de l'ordre dans les finances ; et cette tâche ne put s'accomplir que par une action énergique, ne comportant aucuns ménagements, et par bien des mesures souvent très rigoureuses. Dans cette situation^ l'empereur n'hésita pas longtemps à réclamer de nouveau pour l'empire les revenus provenant de FAchaïe que Néron avait sacrifiés dans un jour de caprice irréfléchi. Le vieux et sévère général ne comprenait rien à ces rêveries qui voulaient faire revivre l'antique liberté grecque ; le dangereux abus que les Hellènes (p. 126) avaient fait de Tautonomie dont ils venaient d'être gratifiés fit tomber tous les scrupules qui pouvaient encore lui rester. Vespasien déclara donc franchement et nettement, peu de temps après son arrivée à Rome \ « que les
1) La date de cet événement ne saurait à la vérité être fixée d'une manière absolument exacte. D'après Philosïrat., VU. Apollon., V, 41, Vespasien, après avoir quitté l'Ég-ypte, supprima de nouveau la liberté de l'Achaïe, " àqjixofxsvoç », par conséquent dès sOn arrivée en Grèce, ou à son arrivée à Rome, c'est-à-dire en l'an 70 ap. J.-C. (de même Syincell., Chronogr., p. 271 fin. [V.]); seulement, Philostrate n'est pas un écrivain à l'autorité duquel on puisse attacher une importance décisive dans les questions de chronologie. Cependant, d'après le travail de Zumpt, Comment. Epigr., vol. II, p. 271, l'Achaïe doit en tout cas être redevenue province dès l'an 74 après J.-C. au plus tard, parce qu'il résulte d'une inscription de Sardaigne (dans Alb. de la Marmora, Itin. Sard., tom. II, p. 469: cf. Th. MoMMSEN dans i'Hermes, II [1867], pp. 111-173, n° 1) de l'an 74, qu'à cette époque, la Sardaigne était de nouveau administrée par un pr'deses et procurator impérial ; si donc, conclut-il, la Sardaigne (voy. p. 114) était alors redevenue province impériale, l'Achaïe aussi à la même époque avait été
13Ô VESPASIEN SUPPRIME LA LIBERTÉ DE l'aCHAÏE
Hellènes n'étaient plus en état de faire de leur liberté un usage raisonnable ^ ». L'organisation et l'administration de TAchaïe, dont à cette époque les frontières nord et nordouest (cf. plus haut^ pp. 41 et 115) ne dépassaient vraisemblablement pas la vallée de TAchéloos et les Thermopyles -, furent purement et simplement rétablies telles qu'elles avaient existé jusqu'à Tannée 67; l'Achaïe fut de nouveau replacée sous l'autorité de gouverneurs sénatoriaux : il ne paraît pas d'ailleurs qu'il ait été apporté de changements notables à la
rendue au Sénat à titre d'échange. Clunton, Fast. Roman., vol. I, p. 60, paraît, comme Kuhn, Stddt. Verf.^ II, p. 50, placer ce fait avec Hieronym. (éd. Roncaili), p. 439, en 01. CGXIII, vers l'an 73-74 apr. J.-C. Voy. aussi H. Schiller, Geschichte der roniischen Kaiserzeit, I, 2, p. 513. Sievehs, Zur Geschichte des Nero und Galba, remarque à la p. 24, note 2, à propos du passage de Plln., N. H., IV, 6, (10), 22 que : « lorsque Pline écrivait (( ce passage, l'Achaïe était encore autonome !» A la vérité, on n'en est guère plus avancé pour la chronologie, attendu que nous n'avons aucun élément certain pour déterminer quand ce passage fut écrit. Comme au surplus, l'auteur nomme ensuite (ibid., IV, 7 (11) sqq. Cf. ci-dessus, vol. I, p. 472) individuellement toutes les villes grecques que nous connaissons par ailleurs comme des libera civitates, et que ce titre de villes libres n'a absolument aucun sens dans un pays tout à fait libre, i' ne reste plus que deux hypothèses : ou ce renseignement sur l'affranchissement de l'Achaïe par Néron est simplement la mention historique d'un fait transitoire, et, sans relater la restauration accomplie par Vespasien, on énumère en même temps les nombreuses villes de la province d'Achaïe comme constituant une particularité caractéristique et permanente de cette province, ou nous n'avons ici sous les yeux que des notes juxtaposées sans ordre par l'auteur relativement à la situation de la Grèce. (Comme Pline, d'après Clinton, Fast. Roman., vol. I, p. 65; cf. Pauly, JR. E., V, p. 1746 et Bernhardy, Rom, Lilt., p. 733, publia sa ISaturalis Historia après le commencement de l'année 77 et avant le commencement de l'année 79, par conséquent à une époque où dans tous les cas l'Achaïe était redevenue province, nous pouvons bien admettre que les villes autrefois libres de cette province conservèrent encore cette libertas après la restauration de Vespasien, car Pline eût bien été forcé de mentionner un changement radical à ce point de vue). Eckhel, D. iV., VI, p. 332, opine dans notre question pour le rétablissement de la province d'Achaïe en l'an 74; Finlay, op. cit., p. XXII, pour l'année 73. Cf. Pauly, R. E., VI, 2. p. 2482. Clinton, loc. cit.
*) Pausan., VII, 17, 2. Cf. ci-après, p. 131, 1, et Philostrat., V, 41. Dans Syncell., Chronogr., p. 341 d. (P.), 271 fin. (V.), il est même dit de l'empereur revenant de TOrient et rentrant à Rome : sXOàw o\)y zU 'EXXâoa ysipoOxat xàç àTioaTocda; tïôXsiç. Hermann, Gr. Staatsalterth., § 190, 6.
2) En ce qui concerne l'existence séparée, déjà à cette époque, de l'Épire ainsi que de l'Acarnanie et des îles Ioniennes, on peut sans doute également se prévaloir du passage de Philostrat., Vit. Apollon., VU, 25.
VESPASIKN SI PPRIME L\ LIHEUTÉ DE l'aCFIAÏE 131
situation qu'Auguste lui avait jadis créée*. L'Achaïe redevint donc une province romaine; les Grecs de ce pays, après l'ivresse d'une courte liberté, se virent ramenés à l'état auquel la folie de Néron les avait pour un moment très malencontreusement arrachés. Comment la masse des Grecs accueillitelle la sévère, mais inévitable et raisonnable mesure de Yespasien, c'est ce que nous ne savons pas exactement ; mais il est difficile que, dans la classe éclairée^ il ait été porté beaucoup de jugements aussi sensés qu'en formula depuis le noble Béotien Plutarque, qui n'était d'ailleurs nullement favorable à la dynastie des Flaviens^ Des hommes tels qu'Apollo-
') Pausan., vu, 17, 3. SuETON., Vespasian. t c. 8. Eutrop., VII, 19 fin. Gros., VII, 9. Hieronym., Chron. (éd. Roncalli), p. 439. Les indications relatives au rétablissement de la province d'Achaïe sont également très incomplètes; si nous pouvions nous en rapporter à la cFironologie de Pline, nous serions aussi tentés (t. I, p. 472) de conclure simplement de son enumeration des nombreuses villes libres que Vespasien se borna à rétablir l'état de choses que Néron avait supprimé. Mais il est assurément très vraisemblable que l'empereur, en rétablissant cette province, n'aperçut point de raisons pour supprimer, par une rigueur tout à fait inutile, jusqu'à rinoffensive « liberté » qu'Auguste avait jadis laissée à cette série de villes helléniques, d'autant plus que cette liberté était au point de vue politique absolument sans inconvénient, et qu'au point de vue financier également elle ne portait nul préjudice au Trésor public. L'opinion du vieux Meursius et de CoRSiNi, d'après laquelle Athènes n'aurait été alors dépouillée de sa liberté que par Vespasien et ne se la serait vu rendre que par Nerva, a déjà été réfutée par Ahrens, De statu politic. Athen., p. 14, 19 etparELLissEix, op. cit. p. 47; pour l'époque ultérieure, v. aussi, en ce qui concerne Athènes, Spartian., Sever., c. 3,7; quant aux entreprises subséquentes des Romains sur la juridiction attique, v. plus bas. Il y eut d'autres villes libres encore en Grèce, même après Vespasien, notamment Sparte : c'est ce que démontrent déjà le passage de Pline (v. t. I, p. 472) et en particuHer Plin., Epist., VIII, 24; l'inscription d'ÛRELU également, n° 6483, hg. 3 sqq., témoigne en ce sens; v. aussi Pausan., X, 35, 2 et 34, 2. Becker-Marquardt,^. A., t. III, 1, p. 124 et 129 sqq. envisage la question comme nous. Il est bien possible, par contre, que Vespasien ait enlevé aux villes grecques, notamment à Patrae et à Corinthe, leur droit de battre monnaie (d'une manière générale on ne rencontre pas de monnaies de ces 'villes sous Vespasien et sous Titus); elles n'en auraient été remises en possession que par Domitien, et l'auraient en retour célébré sur leurs monnaies comme leur libérateur et leur bienfaiteur. Les monnaies corinthiennes, sous Domitien, portent la mention: « PERmissu IMPeratoris » et en remerciement, Corinthe se nomme sur des monnaies Col. Jul. Flama Aug. Cor. Cf. Vaillant, iVwrn. Colon., l, p. 140. EcKHEL, D. N., II, p. 243. ZuMPT, Comm, Epigr. vol. I, p. 375. 399.
2) La manière de voir de Plutarque à cet égard est très bien marquée
J 32 APOLLOiMOS DE TYANE
nios de Tyane lui-même se répandirent en plaintes des plus amères. Apollonios, après son arrivée en Grèce au mois de septembre de Tannée 68 (cf. p. 78) , s'était fait initier à Athènes aux mystères, puis avait, pendant l'hiver de 68 à 69 ap. J.-C, visité suivant son habitude les temples helléniques^, et s'était enfin, au printemps de l'année 69, acheminé par Chios et Rhodes pour l'Egypte et les régions du haut Nil. C'est en Egypte qu'il avait fait à cette époque la connaissance personnelle de Vespasien, qui, après sa proclamation comme prétendant à la couronne (en juillet 69), s'était rendu vers la fin de cette année de Syrie à Alexandrie ; et il s'était formé la plus haute opinion de ses mérites. Mais lorsqu'il apprit plus tard que V^espasien avait de nouveau fait de l'Achaïe une province ^ il entra dans une violente colère, refusa nettement les offres réitérées de l'empereur, qui désirait l'avoir auprès de lui, et lui écrivit plusieurs lettres très amères, oii, dans son premier emportement, ilcomparait Vespasien àXerxès.Yespasien, en effet, « dans sa haine «contre les Hellènes, avait mis « tout son sérieux et toute sa dureté à faire un peuple d'esclaves de ceux que Néron avait affranchis en se jouant» ; iJ établissait ensuite un parallèle peu aimable entre lui et Néron, qui, en ce point du moins, disait-il, avait plus noblement agi que ce Flavien tant vanté ^ Il avait en tous cas donné à l'empereur, en 69 ou 70, à Alexandrie, un conseil beaucoup plus pratique, en l'invitant à toujours veiller, comme souverain, à ce que les provinces grecques ne fussent administrées que par des gouverneurs complètement familiarisés avec la langue et les mœurs helléniques*. Son irritation n'alla cependant pas jusqu' à lui faire rompre toutes relations avec les Flaviens ; loin de ]à, il reconnut, à d'autres égards, les mérites du nouveau gouverne-
dans ce passage des Pvœc. polît, {Reip. yer. prœc), c. 31. « eXeuôcpoa; aï, odov ol xpaxoOvTîç V£[xou(7c TOtç ÔTQ[JLOtç, [X£T£(TT'., xa\ TO TiXéov t'dwç oùx à[Jl£tVOV ».
*) Philostrat., Apollon. Tyan.y V, 19-20. Clinton, p. 53 sqq.
2) Sur la chronologie de Philostrate, v. plus haut, p. 129,1.
') Philostrat., V, 41.
*) Philostrat., V, 36. Le mode de lotissement des provinces entre les gouverneurs sénatoriaux rendait parfaitement possible l'exécution de ce conseil. Cf. Dio Cass., LUI, 14.
RHODES, SAMOS^ BYZANCK 13:^
ment, et, après son retour de son voyage du haut Nil, il noua des relations du caractère le plus amical avec Titus, le noble fils du nouvel empereur, par lettres d'abord, puis (en Cilicie, en Fan 71) aussi personnellement ^ La suite de l'histoire d'Apollonios, ses voyages en Phénicie,en Syrie^ en Cilicie, son nonveau séjour, qui paraît avoir été plus long, en lonie, nous ne faisons qu'indiquer tout cela en passant, avec l'intention d'y revenir une dernière fois sous Domitien, et nous reprenons l'histoire de l'Achaïe.
Les Hellènes d'Achaïe ne furent pas les seuls Crées dans l'empire romain qui ressentirent désagréablement les sévères mesures de Vespasien. D'abord, par d'autres motifs assurément, le nouvel empereur réduisit dans le même temps (en 12) la Comagène en province romaine , et assigna jusqu'à nouvel ordre au dernier prince de cette contrée, Antiochus lY Epiphane le Grand, après sa dépossession, la ville de Sparte dans le Péloponnèse comme résidence pour le reste de ses jours ^ ; de plus, à la même époque \ les îles de Rhodes et de
1) Philostrat,, VI, 29-34. Cf. Clinton, p. 57-59. Alors également Apollonius recommanda très chaudement au jeune héritier présomptif le célèbre Cynique Démétrios [v. plus haut chap, i, p. 70], son ami, qui était revenu à Rome après la chute de Néron; cf. Philostrat., ibicL, VI, 31 et v. 33. An. Schmidt, Glaubensfreiheit, p. 394 et suivantes. La haute estime qu'Apollonius ressentit d'une manière permanente pour Vespasien et Titus trouve encore une fois son expression la plus complète dans Philostrat., VïII, 7, 2 et 3. (Le Cynique Démétrios ne se maintint d'ailleurs pas longtemps dans la faveur de la dynastie flavienne : dès l'époque de la persécution contre les philosophes, avant l'année 75, v. plus bas, p., 137, 1, il fut banni de Rome et exilé dans une île; v. Dio Cass., LXVI, 13. Zonar. Ann. XI, 17. Sueton. Vespas. c. 13 fin. Sur ce point et sur la dernière partie de son histoire, v. aussi Themist., Orat. XXXIV, p. 460. c. 48 et Schmidt, Glaubensfreiheit y p. 396 et suivantes.
2} Joseph., Bell. Jud., VII, 7, 1-3 et v. Becker-Marquardt, Rum. Staatsverwaltung, P, p. 399. Eckhel, VI, p. 330. Clinton, Fast. Rom., p. 60. Toutefois le roi de Comagène ne resta pas très longtemps en Laconie, et fut plus tard autorisé à habiter Rome avec ses fils Epiphane et Gallinique. Joseph., ibid. Epiphane le Jeune eut trois fils, tous trois appelés Philopappos, qui jouèrent aussi ultérieurement un rôle dans l'histoire d'Athènes, v. BôcKH, C. I. Gr,, vol. I, p. 433.
^) En ce qui concerne la chronologie, il faut dire d'abord que Sueton,, Vespas , c. 8. Eutrop., VII, 19 fin. Gros., VII, 9. Hieronym., Chron. p. 439, font exactement coïncider la suppression de ces États grecs avec l'abolition à nouveau de la « liberté » de l'Achaïe; (cf. aussi plus haut, p 129, 1).
1J4 RÎIODES, SAMOS, BYZANCE
Samos, comme aussi la ville de Byzance, furent dépouillées de leur (( liberté » et rattachées immédiatement aux provinces romaines les plus voisines \ Quelles raisons spéciales fit-on
Pline [N. H., IV, 11, (18), 46. V, 31, (36), 132 et (37), 135, cite Rhodes et Byzance, ainsi que Samos, comme des civitates liberse ; mais, d'après ce qui a été dit plus haut (p. 129, l)sur la chronologie de Pline, cette énonciation est pour nous sans utilité réelle pour la fixation de la date de ces événements. Rhodes apparaît encore comme libre également dans Dio Chrysostom., (éd. Morell.) Orat., XXX], {Mod.) p. 343 a. 344 d. et Or. XXXII, p. 377 c. KuHN, T)le stndt. und hûrgcrl. Vorfassung des Rum. Relches, t. II, p. 50. n. 355. Begker-Marquardt, R. A., III, 1, p. 145. n. 956, et d'après eux Friedl.ender, Darstellimgen aus der Sittengesch. Roms, t. II, p. 57, n. 3, admettent, à raison du passage de Dio Chrysostom., i5zVi., p. 344 c. 355 a. h. d. et cf. p. 380 a, que ce discours fut composé au commencement du nouveau règne (de Vespasien). Cf., d'une manière générale, Cf.inton, Fast. Roman, vol. I, p. 60.
1) Cf. SuETON., Vesp., 1. 8. EuTROP., VII, 19fin. Oros., VII, 9. Hieronym., Chron.y p. 439. En ce qui concerne Rhodes (la petite histoire rapportée dans Plut., De cohihend. ird, c. 10, fait peut-être allusion à une époque où Rhodes n'était pas libre), Marquardt, op. cit. p. 145, incline à attribuer à Vespasien, d'après S. Rufus, Rreviar. c. 10, la création de ce qu'on appela la a Insularum provincia » (la plupart des Cyclades et beaucoup d'îles des côtes de l'Asie, avec Rhodes pour capitale), et à admettre que Rhodes fut définitivement réduite à l'état de ville provinciale. Par contre, Berg- MANN , De Asia Romanorum provindâ, p. 31, avait déjà avancé cette proposition : c. Insularum provincia non ante Diocletianum facta est )k KuHN, op. cit., t. II, p. 202 et suivantes, combat très vivement, dans le même sens, la conjecture de Marquardt ; nous-même nous montrons également plus bas (p. 135, 4) que, suivant toutes les apparences, Rhodes recouvra ultérieurement son ombre de liberté. Dans son ouvrage remanié [Staatsi'erwaltung, l^, p. 349) Marquardt estime que Rhodes fut alors incorporée à l'Asie, et que la a Province des Iles » fut créée par Dioclétien. En ce qui concerne Byzance, cf. Rosler, Das vorrômische Dacien, p. 24. Becker- Marquardt, R. a., III. 1, p. 119 et suiv. Cf. Finlay, op. cit., p. XXII. Pline (éd. Keil), Epist. (X.) ad Trajan., 43. 44. 77. 78, nous représente Byzance ultérieurement, notamment sous Trajan, comme placée sous la suprématie du gouverneur de Bithynie; l'explication de cette circonstance, d'après Marquardt, op. cit. est que Vespasien aurait réuni la Thrace et la côte asiatique de l'Hellespont pour en former, sous le nom d'Hellespont, une province administrée par un procurateur, lequel aurait étéi placé sous le contrôle du gouverneur de Bithynie. Cette opinion est également combattue par KuHN, op. cit. t. II, p. 202-206, d'une manière très vive; d'après ses explications, THellespont, c'est-à-dire «les territoires formant la côte asiatique de « l'Hellespont », aurait à cette époque appartenu — sans aucune modification — à l'Asie sénatoriale, et les procurateurs de l'Hellespont, dont il s'agit, n'auraient pas été autre chose que des procurateurs du fisc impérial dans l'Asie sénatoriale. Dans tous les cas, la Thrace (Marquardt, Rom. Staatsverwaltung, P, p. 314) apparaît depuis Trajan comme adminis-
HHODi:S, SAMOS. HYZANCK I 'iT)
valoir auprès de ces membres de la famille grecque pour motiver en droit cette confiscation de leur indépendance nominale, confiscation qui en tout cas avait été ég-alement amenée, en fait, par des nécessités financières? c'est ce que nous ne savons pas. Ce qu'il y a de certain, c'est que la richesse des Byzantins, notamment les revenus considérables que leur produisait la part à eux abandonnée jusqu'alors par les Romains sur les droits de péage du Bosphore \ non moins que la prospérité des Rhodiens qui faisaient tant d'envieux^ furent d'un grand secours pour les finances romaines, alors terriblement épuisées ^ Toutefois, le sort des Rhodiens et des Byzantins tout au moins prit au bout de quelque temps une tournure plus favorable. Les Rhodiens avaient à Rome beaucoup d'amis ; depuis leur dernière mésaventure sous Claude (p. 94), ils avaient fait preuve'^ d'une souplesse bien grecque en faisant non seulement aux empereurs, mais encore atout Romain de marque qui mettait le pied dans leur île, notamment aux fonctionnaires provinciaux supérieurs, l'honneur d'une statue d'airain. Ils ne restèrent pas non plus inactifs à l'époque dont nous parlons ; aussi l'île apparaît plus tard' comme redevenue libre, et nous pouvons sans doute admettre que les mesures rigoureuses de
trée par des légats impériaux. Les motifs de raltribution à Ja Bithynie de la ville de Byzance nous sont absolument inconnus; peut-être la situation, dans cette ville u libre », donna-t-elle lieu de la soumettre à la révision dont Pline fut chargé par la confiance de Trajan, Mommsen (Rom. Gesch., V, p. 280) pense, au contraire, que Byzance avait toujours été sous la surveillance des gouverneurs de Bithynie. (Les Byzantins, au temps de Trajan, ont également des rapports avec le gouverneur de Mœsie, v. Plin. (éd. Keil i, Epist.j X, 43. 44, 1. Marquardt et Mommsen, loc. cit.
1) Sur le droit de péage et les bénéfices que les Byzantins retiraient de la pêche, V. Strabon, VII, 6, 2. p. 493 (320) et cf. 0. Frick dans Pauly, I{t\, t. I, 2^ édition, p. 2610. Abstraction faite du droit de péage, les lourdes charges des Byzantins avaient peut-être été allégées définitivement depuis la mesure gracieuse prise par Claude en l'an 53 (p. 94).
2) Cf. Dio Chrysostom., (éd. Morell.) Or. XXXl{Rhod.), p. 3i0 'I. 322 rL, 327 d. 341 c. 343 a. b.
=*) Dio Chrysostom. (éd. Morell.) Or. XXXI (H/?,o^.) p. 342 d. 343 a. b. Cf. p. 344 fin.
*) Cf. notamment Artstid. Smyrn,. (éd. Jebb) T. I, p. 563 c. 385 : (éd. Dindorf) vol. I, Or. XLIV {Hhod. II), p. 831. c. 563, et cf. Kuhn, Die stadt. iind bûrgerl. Verfass. des Rom. Reîchs, T. Il, p. 50. Rhodes sous Domitien, v. Plutarch. Reip. gercnd. prFPc. c. 19.