‹ Histoire de la Grèce sous la domination des Romains (volume 4)Chapitre 42 sur 179 · VESPASIEX ET LES GRECS · texte numérisé non relu

VESPASIEX ET LES GRECS

sien dans tout ce qui touchait aux finances allait en augmentant \ et, étant données les habitudes des Romains, il va de soi que, dans les mesures rigoureuses et même extrêmes nécessaires pour remettre sur pied les finances de l'Etat romain, ce furent les provinces qu'on épargna le moins. Ce qui fut aussi très pénible pour les Grecs, c'est que l'empereur ne restitua pas les précieux chefs-d'œuvre de l'art hellénique que Néron avait emportés à Rome : il se borna à les faire transférer ^ de la « Maison d'or » de Néron au temple de la Paix par lui récemment construit et consacré en l'an 75, ainsi que dans d'autres édifices semblables, où on leur trouva une place appropriée à leur caractère. En revanche, cet empereur se montra très disposé, dans les grandes calamités^ à une intervention secourable qui se manifesta dans les plus larges proportions ; ainsi nous apprenons que, pendant son règne, la ville de Corinthe, cruellement éprouvée durant une sombre nuit de juin par un tremblement de terre, fut aidée par Yespasien d'abondants subsides en argent'.

1) Cf. Tacit., Hist., 11,84 : v. aussi Dio Cass., LXVI, 2. 8. Sueton., Vespas., c. 16. Peut-être Vespasien éleva-t-il aussi le tribut de TAchaïe, ou obligeat-il cette province à solder les impôts remis depuis l'année 67. (Cf. aussi le passage de Plutarch., De fraterno amore, c. 17). Par contre, je ne rapporterais pas à Vespasien, avec Zinkeisen, Gesch. Griech., I, p. 550, le passage de Dio Chrysostom. , (éd. Morell.) Orat VII, p. 101 a. La sévérité de Vespasien repeupla d'ailleurs les îles de bannis; cf. Dio Cass., LXVI, 13. Les Stoïciens et les Coniques qui faisaient de l'opposition expulsés de Rome et de l'Italie (déjà antérieurement à l'année 75; voy. Clinton, ibid., p. 63). Dio Cass., LXVI, 13. 15. Sueton., Vespasian., 13 fin. Zonar., Ann., XI, 17.

2) Plin., Nat. Hist., XXXIV, 8, (19), 84. Sievers, Zur Gesch. des JSero und Galba, p. 20. Vespasien s'intéresse à l'art grec. Sueton., Vespas., 18.

3) Joann. Malalas (éd. Bonn.), Chronograph., lib. X, p. 261, p. (0.) 338, p. 111 b. (V.) et voy. en outre Tzschucke sur Pompon. Mela, II, 3, 7. Vol. m, 2, p. 291. Cf. Plutarch., 0pp., vol. V (éd. Dubner), fragm.. VII, de anima, n. H, p. 12. Sueton., Vespas., 17. Dans la neuvième année du règne de Vespasien (77-78 ap. J.-C), plusieurs villes de l'île de Cypre furent aussi désolées par des tremblements de terre. Oros., VII, 9. Clinton, p. 64. Puissant contre-coup en Grèce des formidables éruptions volcaniques qui, peu de temps après, sous Titus, en l'an 79, firent sentir leurs ébranlements dans la florissante Campanie : voy. Plutarch., De Vythise oraculis, 9. Par contre, on ne saurait déterminer avec précision l'époque du tremblement de terre de Delphes, mentionné dans Plutarch., De defect, oracul., 44, et de la peste d'Orchomène en Béotie.

L'histoire de la Grèce, sous la dynastie des Flaviens, est d'ailleurs très pauvre en événements extérieurs dignes d'être notés*. Au fondateur de la nouvelle dynastie succéda, comme on sait, au mois de juin 79 son fils Titus ; nous ne savons pas si ce doux et aimable souverain atténua la sévérité dont son père avait fait preuve vis-à-vis de TAchaïe au point de vue financier. Par contre, le règne du dernier des Flaviens, Domitien (du 13 septembre 81 jusqu'au 18 septembre 96 ap. J.-C), rappela sous plus d'un rapport, aux Hellènes comme à d'autres, l'époque de Tibère. Cet empereur, dur et tyrannique, partagea avec Tibère l'aversion pour l'aristocratie romaine et la sévérité dans le contrôle des fonctionnaires provinciaux romains, de sorte qu'à ce point de vue du moins les Grecs n'eurent pas à se plaindre; un recours énergiquement soutenu contre les excès de pouvoir et les illégalités des fonctionnaires romains pouvait très bien sous ce règne trouver le chemin du trône , et ne manquait jamais de produire des suites sérieuses et efficaces. C'est un Contemporain bien informé^ Plutarque, qui nous le déclare impartialement ^ Domitien d'ailleurs, autant que le lui permettait sa sombre nature, était tout à fait favorable aux Hellènes. Com-

^) Je ne mentionnerai encore que pour être complet l'influence que l'astrologue Barbillos d'Éphèse (ci-dessus, p. 52, 1) exerça sur Vespasien, très adonné à cette superstition; ce fut pour lui être agréable que Vespasien permit à la ville d'Éphèse d'instituer des jeux périodiques (les BapgcXXYia. souvent mentionnés dans des inscriptions de vainqueurs, Bogkh, C. 1. Gr.y III, n° 5804, lig. 22; n« 5913, lig. 31), privilège qu'il n'accorda à aucune autre ville. Dio Gass., LXVI, 9. Voy. en outre Friedl^nder, Darstellungen aus der Sitfengeschichte Roms^ l, p. 109.

2) (Sévérité de Domitien à l'égard des gouverneurs : voy. d'une manière générale, Sueton., Bomittan.,8.). Plutarch., Reip. gerend. prœceptaj 10. Cf. aussi le passage du § 19 (environ vers le milieu); seulement, comme cela arrive si souvent dans cette partie de l'histoire grecque, nous ne savons pas d'une manière précise par quoi les Rhodiens s'attirèrent le courroux de l'empereur, ni par quel moyen, ou par le sacrifice de quel personnage ils apaisèrent Domitien (c'est-à-dire conjurèrent une nouvelle suppression de leur liberté). La sévérité ne manquait pas non plus en Grèce ; cf. Plutarch., Reip. gerendœ prœc, 17, et ce que Philostrat., Vit. Apoll., VII, 25, raconte d'une accusation insensée portée contre un Acarnanien habitant à l'embouchure de TAchéloos.

LES ARCnONTES d'aTHÈNES 139

me son père et son frère \ comme tous ses prédécesseurs sur le trône impérial, il possédait, lui aussi, une culture grecque de quelque étendue-. Assurément, l'amour pour les sciences, duquel il faisait volontiers étalage, n'était que très extérieur; toutefois, le culte qu'il vouait avec ostentation à Athêné ^ faisait de lui un ami particulier des Athéniens, qui étaient par excellence les adorateurs de cette divinité : ainsi nous savons que cet empereur autocrate, dont l'orgueil ne connaissait aucune mesure, ne dédaigna cependant pas, en l'an 93 ap. J.-C. (01. CGXYIII, 1), de revêtir la dignité d'archonte éponyme que, par une adroite flatterie, les Athéniens lui avaient conférée pour cette année \ Mais ce qui sans doute gagna tout

1) Cf. SuETON., Vespasian., 18. 19. 23. TU., 3.

2) Cf. SuEïON., Domitîan., 2. 20. Quintilian., Instit. Orat., X, 1, 91. Imhof, Bomitian, pp. 130 sqq.

3) Dans son orgueil de sultan, Domitien prétendait être le fils de cette divinité virginale! Cf. Philostrat., VU, Apollon., VII, 24. 26; son culte pour Athêné, Philostr., ibid., VII, 32. VIII, 7, 1. 16. Dans son enthousiasme pour Athêné, il célébrait tous les ans les Panathénées, — c'est-àdire Ja fête annuelle des Quinquatrus (19-23 mars), qui, de temps immémorial, se rattachait à l'anniversaire de la « naissance de Minerve », — et étabUt également dans ce but, à sa villa du mont Albain, des concours de poètes, d'écrivains, d'orateurs, de gladiateurs aussi, des chasses et autres divertissements. Dio Cass., LXVII, 1. Voy. aussi pour plus de détails SuETON., Bomitian., 4. 15. Quintilian., ibid. Imhof, Bomitian, p. 81.

*) Cf. Philostrat., Vit. Apollon., VIII, 16. Ellissen, Zur Geschichte Athens, p. 48. Il n'est pas plus possible jusqu'ici, même pour les premiers temps de l'époque impériale, d'étabhr complètement la série des archonteséponymes athéniens que pendant la longue agonie de la république (cf. vol. I, p. 299 sqq.). Nous essayons plus bas de réunir les noms de ces fonctionnaires qui nous ont été conservés, d'abord pour le laps de temps qui va jusqu'à l'archontat de Domitien, puis jusqu'à la mort de Trajan.

La liste de ces personnages commence avec les trois archontes du temps de Tibère (c'est du moins ce qui est admis généralement, cf. ci-dessus, p. 17, 1), Xenon, Q. (KoVvtoç) Trebellios Ruphos et Mithridate, les prêtres de Drusus déjà mentionnés à leur date, entre les années 15 et 23, ou .37 ap. J.-C). *) Cf. BoGKH, G. I. Gr., vol. I, n° 181, p. 312 sqq. et n« 264. Meier

*) Abstraction faite d'un nombre assez considérable de noms d'archontes dont nous pouvons seulement admettre, d'une manière générale, qu'ils appartiennent à l'époque romaine, sans quil ait été possible jusqu'ici d'en fixer d'une manière précise la chronologie, Westermann, op. cit., p. 1477 sqq., place o dans les premiers temps de l'époque impériale » Alcon (Lacon?), que Keil, Bfiein. Mns., XVIII, p. 57-64, fait remonter au règne d'Auguste. Toutefois, ces noms, comme Anaxagore et Leucios Vibullios Hipparchos (qui figure dans Bockh, C. I. G)'., n' 376 et Eph. Arch., n° 1385, p. 864. Meieb, s. «.), appartiennent bien certainement à ceux dont la chronologie varie suivant l'opinion que l'on adopte sur le culte de Drusus (ci-dessus p. 16 sqq.) et la durée de son sacerdoce. Si l'on suit Keil (p. 17 sqq.), on peut tout au plus déterminer, l'époque d'Alcon et Hipparque doit se placer sous Hadrien ou sous les Antonins (voy. op. cit.). Quand à Xenon, Rufos, Mithridate, Anaxagore. la seule indication chronolo-

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