APOLLONIUS DE TYANE
chercha — en dehors de raction d un autre genre dont il avait la vieille habitude — à y exciter de toutes les manières les esprits, même ceux des hauts fonctionnaires romains de l'Asie, contre le g-ouvernement lyrannique de Domitien, et fit même des allusions très claires aux moyens sanglants à l'aide desquels autrefois des républicains de la Grèce antique s'étaient délivrés de leurs tyrans. On dit notammnt qu'à Éphèse et à Smyrne, il se plut à s'exprimer en ce sens dans les termes les plus nets ^ ApoUonios était un homme bien trop considérable, il avait lui-même aussi parmi les philosophes contemporains bien trop d'adversaires pour qu'une telle attitude pût échapper longtemps à l'empereur, auquel il était déjà suspect à cause de ses relations avec Nerva et d'autres grands personnages romains, que Domitien observait avec une profonde défiance. L'empereur songeait déjà par suite à faire arrêter l'orateur téméraire et à le faire traduire devant les tribunaux, lorsque ApoUonios, au dire du moins de son biographe, se rendit, avec sa hardiesse habituelle, au repaire même du lion % Au printemps de l'année 93 ap. J.-C. nous le trouvons à Rome % où, par le fait, peu de temps après son arrivée, il fut mis aux arrêts simples. Si nous en croyons sa biographie, qui assurément prend dans ce chapitre un aspect toujours plus étrange et plus fantastique, il fut accusé non seulement d'avoir excité ses amis romains à une conjuration contre l'empereur, mais encore d'avoir immolé un jeune garçon arcadien , pour tirer de l'inspection de ses entrailles des indications sur l'avenir, c'est-à-dire sans aucun doute sur le succès des plans des conjurés *. Au bout de quelles premières années du dernier décennium du premier siècle ap. J.-C, avoir parcouru ces parties du monde grec. (ApoUonios à Byzance à la même époque; Chron. Paschale, p. 250 (200) B. Cf. Malalas, Chronogr. (éd. Bonn. p. 263). X, p. 112. (342).
<) Cf. Philostraï., Vit. ApolL, VU, 4-10; de même aussi dans une occasion où le prétendu mariage de Domitien avec sa nièce la belle Julie, considéré comme un inceste, fut l'objet d'une fête à Éphèse (Philostrat., Vit. ApolL, VII, 7), fête qui, d'après Imhof, op. cit., p. 129, doit se placer avant l'année'90.
^) Philosïr., ibid., VII, 8-17.
3) Clinton, ibid., p. 76-79.
4) Philostr., ibid., VII, 11. 20. 22 init : Cf. 33 et VIII, 5-7, 10 et 12.
APOLLONIUS DE 1 YANE 145
que temps, il fut conduit devant l'empereur lui-même et eut avec celui-ci un long entretien, très vif et du plus haut intérêt, mais qui se termina par une rupture complète entre les deux hommes ; Apollonios fut mis aux arrêts de rigueur, et traité déjà comme un criminel convaincu \ Au bout de quelque temps, il fut, sur l'intervention d'un haut dignitaire qui lui voulait du bien^ ramené dans sa première et plus douce prison, et bienlôt après il comparut devant le tribunal, en présence de Domitien ". Puis, soit qu'on n'eut pu relever contre Apollonios de fait positivement délictueux, soit que cet homme étonnant, auquel le monde entiei' attribuait un pouvoir surnaturel, eût réellement imposé au superstitieux Domitien, la conclusion de l'affaire fut que l'empereur laissa finalement tomber la poursuite et n'empêcha nullement Apollonios de s'éloigner de Rome ^
Apollonios se rendit ensuite d'abord à Putéoli ou Dicaearchie et de là, parla Sicile, en Achaïe, où il prit part, au mois de juillet de l'année 93% à la solennité des jeux Olympiques et fut salué par les joyeuses acclamations de tous les Hellènes, qui l'avaient déjà cru complètement perdu. Après avoir séjourné quarante jours à Olympic, il se rendit au célèbre sanctuaire de Trophonios à Lébadée en Béotie ' ; puis il passa encore deux années entières avec les Grecs d' Achaïe ^, menant au milieu d'eux sa vie habituelle, et retourna ensuite, en Tannée 95, dans sa chère lonie, où il séjourna depuis lors de préférence dans les villes de Smyrne et d'Ephèse \ C'est à Éphèse qu'il se trouvait lorsqu'une vision révéla, dit-on, au philosophe ennemi des tyrans, dans le moment même de leur accomplissement, le meurtre de Domitien dans son palais par
') Philosïr., VII, 31-36.
2) Philostr., VII, 40.
3) Philostr., VIII, 3-5. 8. 10. Suid., s. v. Domitian, Themist., Orat. {éd. Dindorf), Orat., VI, p. 86(c. 72 (/).
*) Philostr., VIII, 10-18. Clinton, ibid., p. 79. (Imhof, Domitian, p. 112 sqq., comprend tous ces faits autrement et leur assigne d'autres dates).
^) Philostr., VIII, 19.
«) Prilostr., VIII, 24 init.
^) Clinton, p. 81. Voy., pour l'année 95 ap. J.-C, la mention relative à Apollonios dans Euseb., Chron. (éd. Schœne), vol. II, p. 160. Hieronym., (éd. Schœne), ibid., p. 163.