‹ Histoire de la Grèce sous la domination des Romains (volume 4)Chapitre 45 sur 179 · APOLLONIUS DE TYANE · texte numérisé non relu

APOLLONIUS DE TYANE

plusieurs personnes de son entourage immédiat, et, aussitôt après , Félévation au trône palatin de l'ami d'Apollonios, l'excellent Nerva '. Ici se termine la carrière d'Apollonios. C'est tout au plus s'il survécut au court et bienfaisant règne de son ami Nerva ; il est vraisemblable qu^il mourut dans un âge extrêmement avancé, au commencement du règne de Trajan, probablement à Éphèse ^ ; seulement on vit bientôt se propager, concernant la fin du célèbre thaumaturge , des légendes très diverses ^ Quoi qu'il en soit, son souvenir^ que perpétuait encore au bout d'un siècle, notamment à Tyane, sa patrie, le vivant témoignage des statues et des temples*, fut dans la postérité païenne, sans excepter même les empereurs, toujours et de plus en plus honoré, même d'un culte divin ^; contraste bien frappant avec le sinistre Domitien, dont Torgueil avait de son vivant poussé au delà de toutes limites sa propre apothéose ^, et dont la mémoire après lui fut accablée de toutes les ignominies.

^) Philostrat., V[II, 25-27. Ci. Dio Cass., LXVII, 18. Zonar., XÎ, 19. Imhof, Bomitian, p. 123.

2) Philostrât., VIII, 27-30 init. Suidas, s. v. Apollon. Gassiodor., Chron. (éd. Th. Mommsen), p. 653, pour l'année 100. Cf. aussi Mâlalas, Chronogr., (éd. Bonn., p. 266) X, p. 113 (345). Syncell., p. 276, init. (V.) Ad. Schmidt, GlaubensfreUieit, p. 401.. Clinton, p. 83 sqq.

3) Philostrât., VIII, 29. 30. 31.

*) Philostrât., I, 5 init. VIII, 29. 31 fm. ; v. aussi Dio Cass., LXXVII, 18 fin. Hist, Aug., (éd. Peter) Flav. Vopisc, Aurelian., 24.

«) Philostr., VIII, 31. Cf. aussi 20 et I, 3. Dio Cass., iUd, Apul., Apolog., p. 156. Hist. Aug., JEl. Lamprid., Alexand. Sever., 29 ;et Flav. Vopisc, Aurelian., 24. Eunap., Vit. Phil., (éd. Boissonade), Proœm., 6, p, 3. Ammian. Margellin., XXI, 14, 5. XXIII, 6, 19. Célébré même encore à l'époque chrétienne (cf. S:don. Apollin., Ep. 8, 3, Suidas, s. v. Apollon.), en tant qu'on n'avait pas adopté du côté des chrétiens l'interprétation bien connue qui prétendait reconnaître dans la biographie de Philostrate une tendance agressive contre le christianisme, opinion qu'assurément il m'est aussi impossible de partager qu'à Neander, Jacob et Ad. Schmidt (v, aussi Kayser, Prooem,, p. VII). Chez les Byzantins des derniers temps, Apollonios avait une réputation qui tenait absolument du mythe ; ils le plaçaient à l'époque de Constantin le Grand, v. J. Burgkhardt, Die Zeit Constantins des Grossen, p. 467, Apollonios ne laissa point de postérité ; seule, une légende sans autorité faisait du sophiste Alexandre Péloplaton de Séieucie en Cilicie, homme d'une rare beauté, le fils d'Apollonios, issu d'un commerce illicite avec la belle épouse d'un avocat de la localité. Philostrât., Vit. Sophist., II, 5, i, p. 570.

6) Sur Domitien se divinisant lui-même, voy. Sueton., Domitian., 13.

l'eMPEREI K NEHVA 147

Le règne du vieux et bon Marcus Coccéius Nerva, qui, après la fm sanglante de la dynastie flavienne, ouvrit pour l'histoire de l'empire romain une nouvelle ère de splendeur à laquelle on n'était pas habitué, fut, comme on sait, extrêmement court (du 18 sept. 96 au 25 janv. 98). Néanmoins Nerva ne fut pas sans avoir quelques relations avec les Grecs d'Achaïe. L'Achaïe fut-elle du nombre des provinces dont les gouverneurs se permettaient plus d'un regrettable excès de pouvoir depuis qu'on s'était relâché de la sévérité avec laquelle jadis

Philostrat., Vit. Apoll.^ VllI, 4. Aurel. Victor., Caesar. (Domit.), 11. Epitom. {Domit.), 11. Cf. Imhof, Domitian, p. 71. Gassiodor., Chron., (éd. Th. Mommsen, p. 634), ad ann. 91 p. Chr. Vespasien, homme de sens, n'aimait guère à entendre parler du culte des empereurs ; les Grecs n'en honorèrent pas moins la dynastie flavienne de la manière que l'on sait, c'est-à-dire que ses membres furent l'objet d'un culte, soit de leur vivant comme 6eo\, soit dans les inscriptions comme divi; seulement j'ai rencontré plus rarement des monuments de ce genre, pour ces Flaviens, que pour les autres empereurs. C'est ainsi que Vespasien est honoré à Mgion par une statue, et l'inscription célèbre l'Autocrator Caesar Sébastos comme ôebç ; voy. Lenormant, Inscr. Grœc. inédit, centur. sec, et tert. [Rhein. Mus., N, F., XXI [1866], p. 399), n° 267. Le noble Titus est également honoré dans une inscription de Thèbes comme 600; (ou divus). Bôckh, C. I. Gr., I, n'^ 1612. Titus, honoré de son vivant comme Ôsoç, son père comme divus, à Pholegandros. C. I. Gr., II, n*» 2442. Sur le culte de Domitien, voy., d'une manière générale, Preller, Rom. MythoL, p. 779. 784. Médailles grecques de Domitien, voy. Egkhel, i). N., VI, p. 394. En ce qui concerne les femmes de cette famille, les Athéniens vouèrent à Flavia Domitilla, la première épouse de Vespasien, la mère de Titus et de Domitien, un culte divin ; voy. Keil, dans le Philologus, XXIII [1866], p. 603 sqq. Mommsen, J. R. N., n» 2400. Orelli, n'' 2231. Sur l'épouse de Domitien, v. Krause, Neocor., p. 11.

Simple inscription en l'honneur de Vespasien : Bôckh, C. I. Gr., vol. I, no 1163 (Nauplia). L'inscription datant de l'année 78, à Sparte (n'^ 1305), est le commencement d'une lettre que Vespasien avait adressée aux Spartiates ; un rescrit de ce genre (ainsi qu'un autre de Titus, adressé aux mêmes et aux Achéens, et un de Domitien aux Spartiates) est aussi mentionné dans Plin., (éd. Keil), Epist. (X) ad Trojan., 65, 3. Inscription en l'honneur de Domitianus Csesar (Vespasien régnant encore) à Thèbes : v. Bôckh, C. I. Gr., I, no 1611.

Sur le développement des côtés accessoires du culte des empereurs, notamment (cf. p. 12 et suiv.) le serment par le « Génie )>, en Grèce a par la Tyché » de l'empereur régnant, voy. Preller, Rom. MythoL, p. 571 et 784; sur la célébration générale et publique du jour natal de l'empereur, voy, Preller, loc. cit., et p. 781 sqq.; cf. aussi Becker-Marquardt, R. A,, IV, p. 221. C'est ainsi que, sous Auguste déjà, les Grecs des villes d'Asie avaient formellement résolu de fêter le jour natal de l'empereur ; cf. Lehmann, Claudius, p. 180. Bôckh, C. J. Gr., Ill, n"^ 3957 et 3902 6.

148 AVÈNEMENT DE THAJAN

Domitien avait surveillé l'administration provinciale ' ? C'est ce que nous ne savons pas. Par contre, la bienveillance dont usa Nerva vis-à-vis du citoyen athénien Atticos, lorsque celui-ci eut trouvé et mis à la disposition de la couronne l'immense trésor qui fut ensuite l'origine de la splendeur de sa famille, fut assurément très appréciée en Grèce ^ Par ailleurs nous ne savons que peu de chose sur ses relations avec la Grèce. Nous voyons, il est vrai^, que ce prince aimable fut maintes fois célébré dans des inscriptions ^ ; nous savons aussi qu'il lui fut donné, ainsi qu'à son illustre fils adoptif et successeur, un témoignage d'affection par l'institution de plusieurs jeux solennels, appelés Csesarea Nervanea ou Nervanidea^ qui subsistèrent même après sa mort*; enfin, que Nerva fut dans les inscriptions célébré avec une prédilection particulière comme Diviis °.

Nous ne connaissons non plus du règne de son illustre successeur, le noble empereur Trajan, que peu de faits se rattachant à l'histoire de TAchaïe. On peut sans doute, d'une manière générale, être porté à admettre que ce souverain énergique, prudent, et qui poursuivit de ses persévérants efforts le bien-être de l'empire tout entier, porta aussi sur les Hellènes sa bienveillance et sa sollicitude; seulement nous ne connaissons, à ce point de vue, qu'un petit nombre d'actes du gouvernement de Trajan. Nous savons, par exemple, que cet

^) SuETON., Domitian., 8.

2) Voy. ci-après, chap. III. La restitution à leurs possesseurs des biens arbitrairement confisqués sous Domitien (Dio Cass., LXVIII, 2 init.) s'appliquat-elle aussi à l'Achaïe ? C'est ce que nous ne savons pas ; il en est de même des indications données dans Aurel. Victor, Epitom. (Nerva), 12, relativement à la remise de nouveaux impôts.

3) A Tithora, en Phocide, inscription et statue : voy. Rhein. Mus., If, p. 545-559 sqq., et l'inscription relatée dans Bôckh, C, L Gr., I, n» 1733 (datant du mois de janvier de l'année 98 ap. J.-G.)

*) Nervanea à Trœzène: Bôckh, C. I. Gr., vol. I, n® iiSQ. Nervanidea à Sparte : n° 1424.

^) Nerva honoré comme Divus (c'est-à-dire après sa mort comme Osoç) à Mégare, voy. Bôckh, C. L Gr., vol. I, n° 1074; à Ghéronée, n» 1617 ; à Cythère,no 1306; à Abea, n° 1307; au Ténare, n» 1315. 1317 (voy. aussi n° 341 et Philislor, III, 364. 463. 565); à Ambracie, Bôckh, II, n- 1801 ; à à Corcyre, n" 1879 6 ; à Ténos, n" 2340; à Svros, n°2347 deie; à Delphes, n- 1713.

TRAJAN ET MESSTUS MAXTMUS 149

empereur donnaà la ville messénienne de Molhonela« liberté», dans le sens où on l'entendait alors \ Nous savons déplus qu'il envoya en mission extraordinaire en Grèce, comme legatus Augustin son ami Messius Maximus, ancien préteur, qui n'eut, suivant toutes les apparences, qu'à s'occuper spécialement de ce qu'on appelait les villes libres de la province d'Achaïe. Depuis le temps d'Auguste, en effet, la tendance de l'administration romaine à restreindre de plus en plus l'indépendance nominale que conservaient encore ces villes et à limiter plus rigoureusement leurs droits et leurs devoirs, augmente visiblement. Sous Trajan et sous Hadrien notamment^ les communes libres de l'empire sont de la part de l'empereur l'objet d'un examen des plus sérieux ; tandis qu'elles échappent par ailleurs au contrôle immédiat des gouverneurs, elles sont alors soumises, en ce qui touche la constitution et la gestion financière -^ évidemment par suite d'abus graves qui s'étaient révélés — à une première révision faite par des commissaires extraordinaires impériaux^; et il est bien possible, en fin de compte, qu'on ait eu en cette circonstance l'arrière-pensée d'incorporer petit à petit à l'organisme de l'État l'administration jusqu'alors libre de ces communes. Quant à l'occasion spéciale qui amena en Grèce Messius Maximus, nous ne la connaissons pas; nous voyons toutefois, par ses rapports avec Pline le Jeune et par les termes

1) Pausan., IV, 35, 2 fin. Cf. Curtius, Peloponnesos, II, p. 471. L'époque de cette concession de liberté nous est aussi peu connue que ses motifs ; nous verrons plus loin que, d'ordinaire, la politique intérieure de Trajan n'était pas très favorable aux villes libres.

2) Cf. MoMMSEN, Rom. Gesch., V, p. 256 sqq. Becker-Marquardt, H. A., III, 1, p. 67 sqq. et le même auteur sur les commissaires extraordinaires à l'origine, les Diorthotes {correctores), après lesquels vinrent, au m*' siècle, des curateurs impériaux ou logistes, fonctionnaires permanents investis d'une juridiction criminelle étendue, égale à celle du gouverneur, op. cit.^ p. 255 sqq. Ne pas les confondre avec les curateurs ou logistes financiers existant depuis Trajan dans certaines villes non libres, comme celui d'Andros. BôcKH, C. I. Gr., II, p. 1069, n° 2349 n. Becker-Marquardt, op. cit., p. 256. 362 sqq. Cf. aussi M. Voigt, Das jus nntiirale, II, 2, p. 768-773. Voy. aussi à ce point de vue Plin., Epist. (X) ad Trajan., 110-111. Kuhn, Stâdt. Verfassung, II, p. 28 sqq. Il se peut que depuis ce temps le droit de libre administration ait été restreint également pour les colonies ; voy. Becker-Marquardt, p. 263.

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