TRAJAN ET LES GRECS
dans lesquels celui-ci s'exprime sur son ami, que Maximus personnellement était un homme bienveillant et familier avec les choses de la Grèce. Mais toute la bienveillance de l'empereur et de son légat, toutes les observations amicales de Pline en faveur des Grecs d'Achaïe, ne pouvaient certainement rien changer à la réalité des faits ; l'autonomie que possédaient encore les villes libres de cette province n'était et ne demeura absolument qu'une ombre et un fugitif mirage \
Et si les Grecs d'Achaïe comblèrent ce souverain de marques d'honneur de tout genre (cf. ci-après), cela tint sans doute moins encore au grand nombre de faveurs dont leur province aurait été l'objet spécial qu'à l'universelle popularité dont Trajan jouissait dans tout l'empire, et à la profonde admiration que faisait naître sa gloire militaire. Les coups vigoureux qui furent frappés dans la guerre contre les Daces (101 à 107 ap. J.-C.), les importantes conséquences de cette guerre qui couvrit la péninsule danubienne d'un nouveau et solide boulevard contre les irruptions des Barbares du Nord et lava glorieusement l'affront de Domitien, durent faire une impression
1) Plin., Epist., VIIT, 24. Cf. Borghesi, Annal. Inst. Arch., 1853, p. 213. (mission semblable sous Hadrien, Orelli, 6483). La mission de Sextus Quinctilius Valerius Maximus (Mommsen, C. I. L., III, 2, p. 985, adn. 6103) en Achaïe n'eut sans doute lieu que dans la seconde moitié du règne de Trajan; c'est du moins ce que nous pouvons admettre si la lettre précitée de Pline a été écrite plus tard que VEpist. VI, 10, qui (d'après Clinton, Fast. Roman., 1, p. 95) se place en l'an 107. La libertas des villes libres, à cette époque, n^était qu'une ombre. Voy. Plin., ibid., § 4. Dio Chkysos- TOM., (éd. Morell.) Orat. XLIV, p. 512 b; Plutarque, {Reip. ger. prsec, 17 et .32) s'en explique d^une manière fort nette. Le rôle de Maximus en Achaïe ne nous est pas connu dans ses détails. En ce qui concerne Athènes, c'est peut-être alors (si ce n'est déjà sous Vespasien, ou seulement sous Hadrien, voy. ci-après) que les fonctionnaires romains furent investis du droit d'intervention pour certaines questions juridiques, notamment pour des questions graves en matière criminelle (peut-être ensuite les pouvoirs de diorthote ou de logiste furent-ils attribués en principe, pour les villes libres de cette province, au gouverneur d'Achaïe ou au procurateur impérial). Nous trouvons des exemples de ce genre appartenant à l'époque postérieure à Trajan dans Lucian., Demon.., 16. 50 et Philostrat., Vit. Sophist. j II, 1, 10, p. 559 et 11, p. 559 sqq.; également II, 10, 3, p. 588. Voy. en outre Bôckh, C. I. Gr., vol. I, n° 355, iig. 55 sqq. Hermann, Griech. Staatsalterth., § 176, 9. Dirksen, Civilistische Abhandhmgen, II, p. 122.
Crr.TE DK TRAJAN E\ ACHAÏK \^i
particulière sur les Hellènes, qui n'étaient pas très éloignés du théâtre de la guerre. Et la glorieuse guerre contre les Parthes (de Ho à 117 ap. J.-G.) non seulement lava l'antique affront de Crassus dans des torrents de sang ennemi, mais fournit aussi aux Grecs l'occasion de faire la connaissance personnelle du puissant homme de guerre qui était leur prince. En effet, lorsque Trajan^ partit pour son expédition d'Orient, vers la fin de l'année 114 ap. J.-C. , il séjourna quelque temps à Athènes, où se présenta même devant lui une ambassade du roi des Parthes Osroès, qui fit d'inutiles efforts pour obtenir la paix.
Des inscriptions grecques nous prouvent qu'en Achaïe aussi on célébra avec ardeur le vainqueur des terribles Daces, puis des Parthes ; que l'on créa des jeux solennels en l'honneur de l'empereur *, et qu'on ne fut pas avare de proclamations annonçant à haute voix les nouveaux et pompeux titres de victoire du grand capitaine. Et de même que plus tard ïrajan, entré dans l'immortalité, apparaît surdes inscriptions* sans nombre comme « Divus » , à côté d'autres empereurs également divinisés, de même il fut de son vivant, notamment après ses grandes victoires, célébré par les Grecs ses contemporains comme « dieu » \ quoique sa simplicité ne lui permît
*) Dio Cass., LXVIII, 17. Pour la chronologie, voy. Eckhel, D. N., VI, p. 454. Clinton, Fast. Rom., vol. I, p. 98. IOO.'Pauly^B. E., VI, 2^ p. 2704.
2) Sebastea Trajanea à Trœzène. Bôckh, C. I. Gr., n° 1186. Trajan célébré comme vainqueur des Daces et des Parthes dans l'inscription de Thisbé, Bôckh, n" 1613 ; à Cythère, n» 1306 ; à Ambracie, n» 1801 ; à Mytilène, n° 2178; comme vainqueur des Daces, à Théra, n° 2454. Inscription d'Ambryssos, Bôckh, no 1734. Simples inscriptions honorifiques ; statue et inscription à Epidaure : Lenormant, Inscr. Grsec. inédit, centur. sec. et tert. {Rhem. Mus. y XXI [1866], p. 397), n« 254; à Chios, Bôckh, C. I. Gr., II, n° 2216 et (Addenda) n° 2216 6; à Anaphé, Bôckh, ibid, n" 2480 i. Cf. Russ'i Rhein. Mus., IV [1845], p. 23. n° XII, 5. Inscriptions en l'honneur de Trajan et des dames de sa famille dans la ville Cretoise de Lvttos (Bôckh, C. I. Gr., II, n° 2572 à 2578.
^) Trajan célébré comme Divus {8cbç) à Mégare, Bôckh, n» 1074; à Chéronée, n» 1617; à Abéa, n° 1307; au Ténare, n° 1315. 1317; à Corcyre, n° 1879 6; à Ténos, n« 2340 ; à Syros, n« 2347 d et e. Vov. aussi n° 341 et Philistor, III, 364. 463. 565; à Delphes, Bôckh, no 1713.
*) Cf. l'inscription d'Hermione : « Kacaapa Oebv Aaxtxbv, At'a
£ligaTr,ptov V.. T. l. » Bôckh, C. I. Gr., I, n° 1213 : à la fin de sa vie à Cythère Oeoç àv:y.Y]To;. BôCKH, vol. I, n° 1306; avant l'année 116 à Théra,