‹ Histoire de la Grèce sous la domination des Romains (volume 4)Chapitre 47 sur 179 · CULTE DE TRAJAN EN ACHAÏE · texte numérisé non relu

CULTE DE TRAJAN EN ACHAÏE

par ailleurs d'accepter pour sa personne que les hommages les plus modestes et auxquels il ne pouvait se soustraire. Mais à côté de cette marque d'honneur vinrent s'en placer d'autres encore. C'est ainsi que (avant l'an 116) un portique fut élevé dans l'île de Théra en l'honneur de Trajan, du Sénat et du peuple romain ^; et les Hellènes réunis — c'est-à-dire sans aucun doute la diète des Panhellènes d'Achaïe — érigèrent à Olympic, en l'honneur du grand empereur, sa statue en marbre de Paros \ Tout bien considéré, nous sommes certainement en droit d'admettre que les allures bienveillantes de ce gouvernement, la conduite noble, virile et honnête par laquelle Trajan se distinguait si complètement du sombre Domitien, exercèrent sur les Grecs d'Achaïe une aussi bonne impression et leur laissèrent un aussi bon souvenir que dans les autres parties de cet immense empire, quoique, comme nous l'avons dit, nous n'ayons à peu près aucun détail précis sur les destinées de cette province sous Trajan^ et qu'il ne

BôcKH., vol. II, n° 2454. Sur Trajan, voy. encore Preller, Rom. MythoL, p. 779 ; malgré toute sa modestie sous ce rapport, Trajan exigea toutefois l'adoration de son image, p. 784. Plotine et Matidie célébrées sur des médailles de Mitylène, Eckhel, VI, p. 467. 472.

*) BciCKH, C. I. Gr., Il, n» 2454. Ross, Griech. Inselreisen, I, p. 65.

2) Pausan., V, 12, 4. On peut encore remarquer ici, en ce qui concerne les autorités cantonales grecques dans cette période, que, d'une part, la béotarchie est plusieurs fois mentionnée dans Plutarque (Plut., An sent sit gerenda„resp., 4, 2. Reip. gerend. prœcept., 17, 3), et que, d'autre part (cf. ci-dessus, p. 143,8), des inscriptions du temps de Nerva mentionnent des stratèges phocidiens à Lilœa et à Tithronion. Rhein. Mus., II, p. 549. 554 sqq.

'^) La chronique des tremblements de terre dit que, sous Trajan, après l'achèvement de la guerre contre les Daces, en l'an 106 ou i07, les villes grecques d'Asie Elaea, Myrine, Pitane et Kyme, et en Europe la capitale de la Locride Opontienne (Oponte) et Oritos, c'est-à-dire sans doute Oricos, furent ruinées par des tremblements de terre. Syncell.,p. 347 a (P.), p. 276 (V.). Oros., VII, 12. EusEB. (éd. Aucher), ibid., p. 281. Hieronym., ibid., p. 448: (éd. Schœne), ibid., p. 162 sqq. En ce qui concerne un autre fléau, nous ne savons pas s'il se produisit aussi pour l'Achaïe et sous ce règne des abus de pouvoir de la part des gouverneurs et d'autres fonctionnaires provinciaux, tels qu'en indique Sueton., Domitian, , 8. Aurélius Victor {Epitorn. [Gall. -Julian.] 42 fm.) raconte au surplus, comme on le sait, que différents procurateurs de Trajan se permirent alors pendant un certain temps des abus de pouvoir et des exactions très graves ; ce fut seulement l'impératrice Plotine qui détermina son époux à mettre fin à ces désordres.

LES GOUVERNEURS ROM UNS EV ACFTAÏE lo3

nous soit même pas possible de reconstituer à force de combinaisons autre chose qu'un fil bien ténu, qui nous conduit à travers les événements à la description d'un ordre de faits infiniment plus riche, à savoir la situation des Grecs d'Achaïe pendant cette période, au point de vue de l'histoire de la civilisation. Comme transition, nous allons examiner encore quelques faits historiques de ce temps qui nous sont parvenus, concernant principalement les rapports des habitants de ce pays avec l'administration romaine, ou avec les Romains en tant que peuple gouvernant.

Enfin, nous connaissons comme appartenant aux dernières années de Trajan plusieurs gouverneurs romains d'Achaïe. Nous possédons notamment une longue inscription grecque de Phocide, qui se rapporte à un procès épineux. Le citoyen Memmios Antiochos de Daulis avait acheté un domaine rural considérable, dépendant de la succession d'une dame du nom de Cléa ; il avait pris à ferme des champs, et, suivant toutes les apparences, également des bois (des oliviers, des bois de construction, des platanes et des saules), et une contestation s'était élevée entre lui et la commune de Daulis sur la délimitation de cette propriété et des domaines municipaux. De là procès: on saisit (en l'an 116) le proconsul Cassius Maximus, qui désigna pour arbitre Titus Flavius Eubule. Mais la cause traînait en longueur; en l'an 117, le nouveau proconsul Valerius Severus dut confîrmerEubule dans safonction. Mais ce ne fut qu'en l'année 118, par conséquent déjà sous le règne d'Hadrien, sous le proconsulat de Glodius Granianus *,

^) Cf. BoCKH, C. I. Gr., vol. I, n'^ 1732, p. 849 sqq. (On remarque avec intérêt cette quantité de noms grecs, que nous retrouverons plus loin parmi les amis de Plutarque). En ce qui concerne les autres fonctionnaires romains en Grèce, à cette époque, nous avons déjà remarqué plus haut (p. 136) que nous n'en connaissons qu'un petit nombre. Pour l'époque de Trajan, Marini {Frat. Arvali, vol. II, p. 753 et 762) admet le proconsul L. Julius Marinus Cœcilius Simplex. C'est également sous le règne de Trajan, et au début, que se place le questeur nommé dans Gruter, 430, 5, et dans Orelli, n° 5448, lequel, d'après Boughesi, Annal. Instit., 1846, p. 343, pourrait être Licinius Sura. Pour la Macédoine, nous connaissons, suivant toutes les apparences encore sous Trajan, le proconsul (L. Eggius) Ambibulus Pompejus Longinus Cassianus L. Maecius Postumus (dans Orelli, n» 6006. iVIo^îMSEN, Inscr. Neap., p. 57, n° 1110) et L. Julius Marinus Caeci-

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que le procès reçut sa solution. Eubule décida, en présence des avocats de la ville de Daulis, Zopyre et Parménon, et de Memmios Antiochos, vers la fin d'octobre 'J18, dans la ville de Chéronée, qu'il devait revenir à Memmios Antiochos, sur le domaine litig-ieux, en oliviers 435 plèthres phocéens^ en bois de construction 430, en platanes et saules 200 (le plèthre vaut 950 mètres carrés), et que tout le reste appartenait à la ville de Daulis. En même temps, il donna les instructions nécessaires sur la manière de procéder au mesurage et au bornage, devenus indispensables, des propriétés de chacune des parties. Le litige se prolongea d'ailleurs encore quelques temps ; quelques questions accessoires et d'importance secondaire donnèrent lieu à de nouvelles difficultés^ qui ne furent tranchées que plus tard, vraisemblablement Tannée suivante, par un accord entre l'avocat de Memmios, nommé wSérapias, et quelques nouveaux arbitres dont la plupart étaient des citoyens d'Anticyre et de Tithorée.

Voilà au moins un fait qui nous permet de nous faire une idée sommaire des occupations des gouverneurs romains. Nous n'avons plus, dans cet ordre d'idées, à nous arrêter que sur un point. Il s'agit du proconsul ou questeur pro prse tore Gnaeus Cornelius Pulcher; et si c'est bien sous Trajan (après ses victoires sur les Daces) ou peu après sa mort, et non pas sous Caracalla seulement qu'il administra en Grèce, les renseignements que nous possédons sur lui témoigneraient d'une fusion déjà assez avancée des Grecs d'Achaïe avec leurs dominateurs. Car l'inscription de Trœzène, à laquelle nous devons de connaître son nom, nous apprend notamment que non seulement les Hellènes le choisirent pour agonothète de différents jeux solennels des plus importants, des Caesarea anciens, des Cœsarea récemment institués en l'honneur de Trajan, des jeux Isthmiques et des jeux d'Asclépios à Épidaure, mais que de plus la confédération Achéenne le nomma, pour l'année de son administration, son stratège et son greffier [-(Ç)X^x\>.y.iz\iq) \

lius Simplex comme quœstor pro prœtore ; Bockh, C. I. Gr., III, n» 4238 c. Le questeur M. Marius Rufinus figure dans Mommsen, ibid.^ p. 76, n° 1426.

') BocKH, C. I. Gr., vol. I., n» 1186.

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Quoi qu'il en soit, les Hellènes, vivant en paix sous les gouverneurs de Trajan, suivirent avec le plus vif intérêt le cours de ses nouveaux et héroïques exploits, jusqu'au jour où l'on' reçut enfin la grande et douloureuse nouvelle de la mort de ce vaillant homme de guerre, qui succomba en Cilicie, dans les premiers jours de l'année 417, et oii l'on apprit en même temps que son proche parent Hadrien, dont on vantait l'amitié pour les Grecs, avait pris le pouvoir.

Tels sont les renseignements, bien incomplets, que nous possédons sur l'histoire politique de la péninsule grecque dans cette période. Nous terminons par une remarque que nous avons déjà faite : c'est que le travail de nivellement entre l'élément grec et l'élément romain fit dans ce temps un progrès sérieux et continu. En même temps que les mœurs et les habitudes romaines de tout genre gagnaient chaque jour du terrain en Grèce \ nous trouvons partout, dans les écrivains de ce temps, des traces visibles de deux faits: d'une part, Tentraînement toujours croissant qui poussait les Grecs à rechercher le droit de cité romaine^ dans le but notamment d'arriver par cette voie aux emplois de l'administration romaine ^ et, d'autre part, le fait que la garde prétorienne romaine , dans laquelle nous retrouvons plus d'un nom grec ( p. 38 et ci-dessous, note 2) ge recrute aussi désormais en Macédoine. Ce travail progressif de nivellement n'excluait pas assurément plus d'un incident regrettable*. C'est ainsi que les soldats romains, dans les

<) Outre plusieurs indications qui trouveront leur place plus bas, cf. ici, par exemple, la peinture d'ApuL., (éd. Hildebrand, vol. I), Meiaw. , II, 19 fin.

2) Cf. entre autres les railleries àeP\uid,vq\ie {De tranquiUitate animœ, 10). En fait de personnages intéressants, voy. l'inscription de G. Julios Léonide d'Athènes, soldat dans la légion Flavia Firma XVI à Tarse (Bockh, C. L Gr., III, no 4439); puis, le prétorien Alcibiade (Pauly, Real-Encyclop. d. Mass. AUerth. V, p. 1541), auquel plus tard Phlégon de Tralles, affranchi de l'empereur Hadrien, dédia son écrit sur les Olympiades. Enfin, ce T. Flavius Philinos de Thespies (voy. l'inscription dans leRhein.Mus.y II, p. 105. Keil, Syll. inscr.Boeot., p. 134, n° 34), qui, sous ou après Domitien, remplit successivement les fonctions de questeur en Asie, de préteur, de légat du gouverneur à Cypre, de proconsul en Lycie et en Pamphylie. Cf. aussi BocKH, C. L Gr., II, Addenda, n» 2346 e.

3) Dio Cass., LXXIV, 2. V. aussi Bockh, C. I. Gr., vol. II, Addenda, n» 18i3 b.

*) C'est ici également qu'il faut placer les Romains qui acquirent aussi

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