‹ Histoire de la Grèce sous la domination des Romains (volume 4)Chapitre 48 sur 179 · ARROGANCE DES SOLDATS ROMAINS · texte numérisé non relu

ARROGANCE DES SOLDATS ROMAINS

provinces de la péninsule grecque (ils n'étaient pas, il est vrai, très nombreux), paraissent s'être plu, en diverses circonstances, à se montrer très arrogants et même parfois brutaux. Dans deux romans de l'époque qui suit immédiatement, auxquels nous devons plusieurs renseignements précieux sur la vie de la péninsule grecque, nous trouvons, entre autres, la scène suivante, qui est caractéristique. Un pauvre jardinier rencontra un jour sur la grande route un légionnaire italien, peut-être un centurion d'un grade inférieur, qui voyageait pour son service. Le jardinier n'ayant pas compris une question qu'il lui avait adressée en latin et n'y ayant par suite fait aucune réponse, le brutal se jeta immédiatement sur lui et l'accabla de coups; ils finirent cependant par s'entendre, mais alors le soldat ^'oulut, en manière de congé, prendre au jardinier son âne. Le jardinier se défendit de toutes ses forces^ roua de coups le Romain, le laissa finalement demi-mort^, puis courut en toute hâte dans la ville voisine, oii il se réfugia chez un ami. Mais bientôt le soldat arriva également, alluma la colère de ses camarades, qui y étaient stationnés, et qui, sous de faux prétextes, déterminèrent les autorités à faire des perquisitions pour retrouver le malheureux jardinier. Un fatal hasard finit par trahir la cachette du pauvre diable, et il fut traîné en prison, au milieu des cris de triomphe des soldats, pour être l'objet d'une accusation capitale ^

Mais ce qui est beaucoup plus regrettable^ c'est que cette arrogance des instruments subalternes de la domination de Rome sur l'univers trouvait son pendant dans l'attitude peu digne d'une grande partie des principaux Grecs eux-mêmes. Des contemporains très sensés, comme l'excellent Plutarque, nous affirment de la manière la plus précise que, même à cette époque, il était encore très possible aux Hellènes, tout en restant, comme c'était raisonnable, subordonnés à la puissance impériale et aux gouverneurs provinciaux, de conserver une

• dans des villes grecques (la plupart du temps sans doute comme patrons) le droit de cité effectif ou honorifique; ainsi, par exemple, le Romain L. ^milius Reclus, qui, sous Trajan et Hadrien, apparaît aussi comme citoyen de Sparte et d'Argos. Orelli, n° 3040.

') Cf. Apul., Metam., IX, 39-42. Lucian., Asin., 44-46.

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