‹ Histoire de la Grèce sous la domination des Romains (volume 4)Chapitre 49 sur 179 · ESPKIT PROCESSIF ET SERVILE DES GRECS · texte numérisé non relu

ESPKIT PROCESSIF ET SERVILE DES GRECS

certaine autonomie honorable \ Dans la pensée de Plutarque, le Grec qui ne se lançait pas à la poursuite des emplois de l'administration romaine pouvait continuer à trouver dans le soin attentif des intérêts nationaux^ dans la représentation bien entendue de sa patrie vis-à-vis du gouverneur et de l'empereur, dans la conservation de la paix et de la concorde entre des concitoyens qui n'avaient pas cessé d'être passionnés et facilement excitables, dans la participation à l'œuvre de la justice, notamment comme accusateur, lui déférant les excès des grands, ou comme défenseur des faibles, les éléments d^une vie publique, active et honorable ^ Malheureusement, trop peu de Grecs profitèrent des occasions de ce genre ; bien loin de là, ces fidèles descendants des fauteurs de la funeste politique oligarchique des dernières dizaines d'années qui précédèrent Mummius, firent, dans leur folie, tout ce qu'il fallait pour voir s'évanouir en une ombre vaine jusqu'au reste d'indépendance que la politique romaine leur avait encore laissé. Plutarque se plaint notamment avec la plus vive amertume des grands personnages de la province, dont l'avidité et l'esprit de chicane avaient la plus déplorable influence. Leurs allures hautaines et la pression qu'ils exerçaient '^sur les tribunaux de leurs pays ébranlaient chez les citoyens des classes inférieures la confiance dans la justice nationale ; et les éternels litiges engendrés et aggravés au sein des communes par leur arrogance, sujets de luttes où l'on s'opiniâtrait jusqu'au bout, donnaient finalement lieu^ et souvent sans nécessité, à des appels au gouverneur. Il arrivait ainsi qu'en beaucoup d'endroits toutes les affaires, grandes et petites, étaient portées à sa juridiction, et que, pour chaque sentence, pour chaque autorisation, pour chaque mesure à prendre, on commençait par demander une décision de l'autorité supérieure. Par là on anéantissait naturellement de plus en plus toute espèce d'administration indépendante ; on enlevait tout crédit aux municipalités, aux résolutions du peuple et aux tribunaux, et on contraignait positivement les Romains à devenir des maîtres

') Plutarch., Reip. gerend. prœc, 10. 17. 32. -) Plutarch., Reip. gerend. prœc, 10. 32.

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plus absolus encore qu'ils ne l'étaient par eux-mènies,et qu'ils ne voulaient eux-mêmes l'être \ A cet ordre didées se rattachait aussi évidemment, en partie, la quantité excessive d'inutiles deputations envoyées à la cour et au gouverneur, et qui, la plupart du temps^ ne servaient qu'à flatter la vanité des Grecs qui en faisaient partie et du dépositaire de la puissance souveraine romaine, ou prenaient leur raison d'être dans un pitoyable esprit de servilité ^ Naturellement, les hommes même dont l'honneur était à toute épreuve ne réprouvaient nullement d'une façon absolue l'envoi de deputations à Rome, dans les affaires importantes ; mais alors ils demandaient que le représentant de la province ou du canton fût un homme ayant de la décision, du courage et du sens ^ Ils ne considéraient pareillement en aucune façon comme superflues, même en dehors des missions d'une réelle importance, les deputations chargées simplement d'aller saluer, ainsi que l'exigeait l'étiquette, tout nouveau gouverneur*. Au reste, la mise sur pied d'une deputation de ce genre n'était nullement une petite dépense, et, lorsque des particuliers s'en chargeaient à leurs frais personnels, des hommes très riches y pouvaient seuls suffire (p. 34etsuiv., 63);nous savons notamment par Pline le Jeune que les Byzantins, entre autres, députaient tous les ans, pour aller saluer l'empereur en leur nom particulier, un ambassadeur qui recevait 12.000 sesterces (3,262 francs) pour frais de voyage, et un autre, qui recevait 3.000 sesterces (815 francs), pour aller saluer le gouverneur de Mœsie, c'est-à-dire précisément le fonctionnaire qui, comme grand commandant militaire dans la presqu'île danubienne, était évidemment à cette époque le personnage romain le

1) Plutarch., Reip. gerend. prœc, 19. 32. Les querelles privées entre les grands, de la nature la plus misérable souvent, dégénéraient au surplus assez fréquemment (d'après Plutarch., ibid. 32) en funestes divisions qui précipitaient momentanément des communes entières dans le plus grand désordre. Cf. aussi Plutarch., De fraterno amore, 17.

^) Plutarch., Reip. gerend. prsec, 25. Cf. An seni sit gerend. respubl., 19 fin.

8) Plutarch., Reip. gerend. prœc, 10. 19.

♦) Plutarch., Reip. gerend. prœc, 13. 20. Cf. An seni sit gerend, respubl., 19 fin.

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