‹ Histoire de la Grèce sous la domination des Romains (volume 4)Chapitre 51 sur 179 · ÉDUCATION ET JEUNESSE DE PLUTARQUE · texte numérisé non relu

ÉDUCATION ET JEUNESSE DE PLUTARQUE

appartenait à une très bonne famille de bourgeoisie de cette cité béotienne, qui avait une antique célébrité mais était bien déchue depuis la première guerre contre Mithradate. Nicarque, son arrière-grand-père, avait eu à souffrir d'une manière tout à fait immédiate des maux de la guerre pendant l'époque cruellement calamiteuse de la lutte entre Antoine et Octave *• Nous avons également déjà fait une fois mention de Lamprias, le grand-père, qui, d'après le portrait plein de bonhomie que nous en fait son petit-fils, était un gai et jovial buveur, un compagnon spirituel et plein d'entrain ^ Par contre, le nom du père de notre auteur, dont celui-ci parle à diverses reprises tantôt longuement, tantôt incidemment, nous est demeuré inconnu ; peut-être s'appelait-il aussi Nicarque, comme son grand-père ^: c'était un homme sérieux et plein de sens *. Notre Plutarque lui-même naquit, selon toutes les probabilités, vers le milieu du i" siècle ap. J.-G. ^ Issu d'une famille qui réunissait la noblesse de l'origine, l'aisance et une haute culture intellectuelle, Plutarque ne pouvait que se tourner de bonne heure vers les études où le conduisaient tout spécialement la douceur de son caractère et tout l'ensemble de sa nature, qui se repoi'tait avec prédilection vers le passé grandiose et les créations intellectuelles de sa nation. Il fut suivi par son frère Lamprias, railleur humoristique % auquel plus tard,

i) Plutarch., Vit. Anton., 68 fin.

-) Plutarch., Vit. Anton., 28 et Quœst. Symposiac, I, 5, 1. IV, 4, 4 init., V, 5, 2. 6. 8,3. 9. IX, 2, 3.

^) C'est ce que conjecturent non sans vraisemblance, Bâhr dans Pauly, R. E. d. klass. Alterth., V, p. 1773. Corsini, In Vit. Plutarch, (sur Plut., De placit. philosoph.) p. IL Keil, Syll. inscr. Boeot. p. 225.

^) Plut., Quœst. Symposiac. I, 2, 2 init. et fin., II, 8. III, 7, 1. 8, 1. 9. 2, V, 5, 2. Reipubl. g&rend.prœcept., 20. Cf. ci-après.

°) Clinton, Fast. Roman., I, p. 49. 85, explique que la naissance de Plutarque doit vraisemblablement être placée dans l'année 46 ap. J.-C; cf. aussi l'article Plutarchus dans Pauly, jR. E., V, p. 1773.

6) Plutarch., De El apud Delphes, 3 init. 4. Quœst. Symposiac. I, 2, 5 init. 6. 8, 3. lî, 2, 1 init. IV, 4, 4 init. 5, 3. 6, 1. VII, 5, 1-3. 10, 2. VIII, 6, 5. IX, 5, 1-3. 6, 1. 14, 2-4. 15, i. Un autre frère de Plutarque, Timon (Corsini, ibid. p. V) est mentionné dans Plutarch., Quœst. Sympos., I, 2, 1 init. 2 init. 3 init. 4. II, 5, 1 et 2 init. De sera numinis vindicta, 1 sqq. et (Plut., 0pp., V, éd. Diibner, fragm. VI, p. 8 sqq.) Plutarch., De anima. Plutarque aimait ce Timon de la manière la plus tendre ; il déclare même

non conlenl de lui élever un monument dans ses Propos de table, Plutarque donna encore un rôle important dans plusieurs de ses dialogues, Sur le El de Delphes^ Sur la décadence des oracles , et dans son étrange dialogue Sur le visage qui se voit dans le disque de la lune^ ainsi que dans le dialogue avec l'académicien Diadymène Sur les notions communes^ dirigé contre les Stoïciens. Laviede Plutarque fut ainsi celle d'un éruditgrec du meilleur aloi^ mais il dédaigna de figurer d'une manière permanente à Athènes ou à Rome dans l'enseignement public ; il préféra vivre de longues années, en riche particulier, dans la petite ville de Béotie où il était né, et y donner à ses travaux d'écrivain la plus grande extension ; c'est le motif principal pour lequel sa vie s'écoula sans grands événements. Il faut ajouter que, étant donné la nature des sources qui sont à notre disposition^ nous sommes malheureusement contraints de reconstruire de pièces et de morceaux sa biographie, à l'aide des renseignements épars dans ses nombreux écrits et de rares indications dues à d'autres écrivains.

Suivant toutes les apparences, le célèbre philosophe Ammonios d'Alexandrie exerça sur la direction de son esprit une influence très marquée. Ammonios occupait alors (c'est-à-dire sous Néron et Yespasien) une très haute situation à Athènes comme représentant d'un éclectisme qui combinait les théories de Platon^ d'Aristote et des Stoïciens ; « il était pourtant, au fond, académicien ». Il acquit à Athènes le droit de cité et fut à diverses reprises (p. 141) investi de la charge de premier stratège. Plutarque nous a laissé, dans le XI« livre de ses Propos de table , réunis à une époque avancée de sa vie, une peinture charmante du temps où il étudiait à Athènes et de ses relations avec Ammonios^, qu'il ne nomme jamais

[De fraterno amove, 16 fin.) que, parmi tous les dons desquels il a à remercier la destinée, il place au premier rang l'amour de son frère.

1) Sur Ammonios, cf. Pauly, R. E., I, 1, p. 868. Ellissen, Zur Gesch. ■Athxns, p. 46. Lotholz, Zur Gesch. der Bedeutung Athens, p. 16 et G. G. ZuMPT, Ueber den Bestand der philosophischen Schulen in Athen, p. 45. La rencontre de Plutarque et de son frère Lamprias avec Ammonios à Delphes, au temps du séjour de Néron en Achaïe (en l'année 66 ou 67, voy. Clinton, ibid.,p. A9. Zumpï, op. cit., p. 45) — Plutarch., De El apud Delphos, 1 fin. 2. 3 init.;4. 6. 17 init. — est, à ma connaissance, le premier fait H. n. 11

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