PUJTAUO UE EX ITALIE
qu'il séjourna à Rome et en Italie, probablement durant un temps assez long, et qu'il y étudia avec la plus vive ardeur le monde romain et son histoire jusqu'à l'époque tout à fait contemporaine. Ne nous raconte-t-il pas lui-même qu'il visita jadis, en compagnie de son ami le consulaire Mestrius ou Metrius Florus, le fameux champ de bataille de Bédriacum, et plus tard, à Brixellum, le tombeau de l'empereur Othon \
Comme la vie de Plutarque ne fut pas agitée par de grands, encore moins par d'orageux événements^ il n'est guère possible, en l'absence de renseignements positifs sur son histoire, de donner une chronologie exacte et détaillée de son existence depuis son retour d'Italie en Achaïe. Il est vraisemblable que le règne de Vespasien n'était pas encore terminé lorsqu'il rentra dans sa patrie. Le sacerdoce qu'il exerça dans sa patrie, ses nombreux voyages en Grèce et dans les villes asiatiques, ses voyages ultérieurs à Rome du temps de Domitien, sa longue et paisible vie d'écrivain à Chéroiiée, ces points principaux de sa vie extérieure peuvent être marqués dès à présent, sans qu'il soit possible de leur donner une place absolument précise dans l'ordre chronologique. Par contre, nous sommes renseignés d'une manière beaucoup plus sûre et plus complète sur tout ce qui touche au genre de vie de Plutarque et qui le caractérise , depuis son retour de Rome dans cette Grèce sur laquelle il reporta désormais toutes ses sympathies et son affection toute entière.
La politique n'était nullement l'objet principal de l'ambition de Plutarque '. Ami enthousiaste de sa belle patrie^, alors
*) Plut., Vit. Othon., 14 et 18. Plutarque visita aussi alors la ville de Ravenne, où il vit la statue de Gaius Marius ; v. Plut., Vit. Mar. , 2 init. Les traces de ses études historiques à Rome sont partout visibles dans ses biographies; cf., par exemple, Plut., Num.t 8 fin.
2} On peut, il est vrai, remarquer sur ce point que ses plus belles années s'écoulèrent pendant l'époque de la dynastie flavienne, à laquelle, suivant toutes les apparences, il était peu favorable, et que notamment sous Domitien, pour un homme tel que Plutarque, une prudente retraite se recommandait particulièrement. L'aversion pour les affaires publiques, pour celles de Rome notamment, est peinte dans l'écrit De exilio avec des couleurs tout à fait vives, mais il ne faut pas oubher que cet écrit est destiné à consoler un proscrit. Nous pouvons, par contre, tirer des conclusions plus positives de l'écrit : An seul sit gerenda respublica, où Plutarque s'étend notamment sur les affaires à entreprendre, soit par les jeunes gens, soit
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tombéo si bas, il no rechercha point l'honneur des hauts emplois de l'administration romaine; et, d'un autre c«Mé, le charme des études auxquelles il s'attachait avec amour le captivait encore trop pour lui permettre de briguer même les hautes situations politiques que, alors encore, l' A^chaïe pouvait offrir à un homme de valeur. C'est ainsi qu'il se fit son existence : existence charmante d'un érudit consacrant au travail des loisirs fortunés, et qui, à Fabri des soucis matériels, jouissant du bonheur de famille le plus complet, jeta par la renommée de son érudition, de ses écrits aussi nombreux que goûtés, par son exquise amabilité personnelle, un rare et nouveau lustre sur la pauvre petite bourgade de Chéronée, sa résidence permanente, notamment sous l'empereur Trajan, de l'époque duquel datent aussi la plupart de ses écrits \ Toutefois, Plutarque était bien loin d'être ce que Ton appelle un savant de cabinet. Tout au contraire, en dépit de sa vie pacifique et calme, et, pour ce qui est de l'Achaïe, en dépit aussi du temps oii il vivait, il se plaisait dans un mouvement très intense, et ce laborieux et infatigable écrivain ne cessait de faire des efforts pour exercer, avec son bon sens intelligent, une action pratique. Il ne lui vint jamais à l'esprit de "s'enfermer dans sa- bibliothèque et dans son cabinet de travail comme dans une coque. Loin de là, il fut plus d'une fois conduit au dehors, soit par les intérêts de ses travaux historiques, soit par un penchant irrésistible pour les voyages. Il fit ample connaissance avec la province d'Asie et avec la vie tumultueuse des capitales de Sardes et d'Ephèse-. Il visita vraisemblablement plus d'une fois encore Rome, oi^i il comptait de nombreux amis '^ ; il recherchait volontiers, en été, la fraîcheur des bains délicieux d'vEdepse dans FEubée*;
par les vieillards (cf. 19 fin. 20 init.), et aussi de l'écrit : Reipublicge gerendœ prœcepta, 10. 20.
^) Plut., Vit. Demosth., 2.
-) Plut., Anlm. an corp. aff. sint pejor., 4.
3) Cf: Plut., Vit. Publicol., 15. Quœst. Symp., VIII, 7 sqq. et De curiositat., 15. De frnterno amore, 4 init. Vit. Demosthen.,2, où il est aussi question d'affaires publiques qui l'avaient conduit à Rome. ^) Plut., Quœst. Symp., IV, 4 et 5.