‹ Histoire de la Grèce sous la domination des Romains (volume 4)Chapitre 54 sur 179 · PLUTARQUE ET DELPHES · texte numérisé non relu

PLUTARQUE ET DELPHES

il aimait à séjourner à Athènes \ sa ville de prédilection " ; il fit plusieurs apparitions chez les amis de sa famille dans les villes phocidiennes du voisinage^ et, sans parler de ses voyages scientifiques dans diverses parties de la Grèce , il aimait à s'associer aux réjouissances des fêtes d'Eros àThespies*, des jeux Isthmiques et Olympiques ^ Citoyen fidèle à sa patrie, il ne se déroba pas non plus aux obligations politiques qui lui étaient imposées. Jeune encore et du vivant de son père, il était parti de sa ville natale pour aller s'acquitter d'une mission auprès du gouverneur romain de la province % et^ dans son âge mûr, il remplit les fonctions d'archonte-éponyme de Chéronée"^. Mais ce qui eut une importance toute particulière pour ses travaux, c'est que, pendant de longues années, il remplit précisément dans cette ville, dans son pays natal, les fonctions de prêtre d'Apollon Pythien ^ Cette position lui créa pour longtemps les relations les plus étroites avec le grand sanctuaire national de Delphes, avec le clergé de Delphes et les Amphictyons ^, et elle exerça d'ailleurs sur ses tendances comme écrivain une influence très marquée.

^) Cf. Plut., Consolât, aduxor., 1 init. Quœst. Symp., I, 10. II, 2.

^) Cf. Plut., Vit. Aristid., 27 fin. Bemetr., 24. D'après Humer., Ed. etc. (éd. Wernsdorf), p. 167. 802, et Ellissein% op. cit., il aurait aussi enseigné quelque temps à Athènes.

3) Plut., Quaest. Symp., IV, 1, 1.

*) Plut., Amator. 2.

^) Plutarque aux jeux Isthmiques : Plut., Quœst. Symp., V, 3, 1 sqq. 4. VIII, 4. Un banquet à Elis, Plut., ibid., IV, 2, 1.

^) Plut., Reipiibl. gerend. prxc, 20; l'auteur représentait-il seulement la ville de Chéronée ou le Kotvov des Béotiens ? c'est ce qu'il n'est pas possible de reconnaître d'une manière précise dans cette courte mention. Affaires politiques de Plutarque à Rome : Plut., Demosth., 2.

"') Plut., Quœst. Symp., Il, 10, 1 init., VI, 8, 1.

^) Cf. Plut., Quœst. Sxjmp., VII, 2, 2 init. (On ne sait pas bien si le collègue de Plutarque dans le sacerdoce dont il est ici question, et qui s'appelait Euthydème, exerçait ses fonctions à Delphes ou à Chéronée).

^) Plut., Quœst. Symp., VII, 2, 1. Écrits de Plutarque relatifs à Delphes, notamment « sur le El à Delphes » , « sur les oracles de la Pythie « et « sur la décadence des oracles*». Il paraît avoir composé ces ouvrages, au moins les deux premiers, dans une période où il était relativement au début de ses travaux ; cf. Be El apud Belphos, 1 : « èyà) yoOv 7ip6ç <7s... çiXocç Ttbv Iluôtxtbv Xoywv sv:ouç, c^amp à7i;ap5(àç àTcocxéXXwv v.. t. X. » (d'après

* D'autres dialogues de Plutarque encore ont Delphes pour théâtre; ainsi c'est sous un portique du temple qu'a eu lieu la discussion bien connue : De sera nnminis vindicta.

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Ce qui valut certainement à Plutarque sa plus grande renommée, dont il jouit déjà parmi ses contemporains, ce fut sa grande collection historique, composée à Chéronée, sous Trajan, de biographies de Grecs et de Romains célèbres, qu'il dédia à son ami le Romain Gains Sossius Senecio (v. plus bas)\ Mais son enthousiasme pour les nobles figures du passé grandiose de sa nation et de lanation latine, le vivant intérêt qui anime pour lui l'histoire et qui se révèle aussi dans tout le reste de ses nombreux écrits, ne se séparaient pas de la sympathie la plus ardente pour la situation comme toujours

R. VoLKMANN, Comm. de consolât, ad. Apollon, pseudoplutarch.- 1867, p. 13, cet écrit se placerait cependant après Domilien). Du passage de l'écrit De Pythide oraculis, 9, où il fait une vive peinture, comme d'un événement tout récent, de la formidable éruption volcanique qui détruisit, en l'an 79 ap. J.-C, les célèbres villes de la-Campanie situées au pied du Vésuve, on pourrait peut-être inférer que cet écrit est le premier de ceux que Plutarque consacra à la Pythie, et que Plutarque lui-même avait inauguré vers cette époque ses fonctions sacerdotales. Cf. aussi Clinton, Fast. Roman., vol. I, p. 67. VoLKMANN, ibid, (l'époque de Titus paraît également indiquée par le passage de Plut., ibid., 28.) Nous voyons par Plut., De Pyth. oracuL, 29, que (quoique Plutarque mette les explications dont il s'agit dans la bouche de son ami Théon) notre auteur avait fait, avec d'autres fonctionnaires du culte d'Apollon, d'énergiques efforts pour que Delphes recouvrât son éclat extérieur d'autrefois. Plutarque présent aux jeux Pythiques : Quœst. Syrnp., II, 4-5, V, 2. VIT, 5. An seni sit gerenda respubl., 17; aux Thermopyles : VIII, 10. Nous ne pouvons pas nous associer à la conjecture émise par plusieurs modernes, d'après laquelle Plutarque aurait été prêtre d'Apollon à Delphes même ; autant qu'il est possible de s'en rendre compte par ses écrits, sa résidence était bien à Chéronée, éloignée de Delphes de quatre milles et demi; seulement, sa fonction de prêtre d'Apollon dans cette localité le mettait naturellement en relation, de la manière la plus étroite, avec Delphes. Par contre, nous ne considérons nullement comme improbable que Plutarque, personnellement, ait siégé de longues années dans le conseil des Amphictyons, peut-être comme député béotien *. Cf. Plutarch., Quœst. Symp., V, 2. VIII, 10. Cf. An seni sit gerenda respiiblica, 17 et notamment 20 init.^ comparé avec 1 init. : « otio)? (j-y]6£T£poç knolei^zi ty]v [xaxpàv cruvoSîav [xé^pi SsOpo xotv?) T:pozp'/o\i.ivriy v.. t. 1. » D'après cet écrit {ibid., 17), Plutarque fut plus d'une iois chargé par les Amphictyons de présider aux jeux Pythiques.

1) Cf. Plutarch., Vit. Thés., 1 init. Vit. Romul., 15. Vit. Demosthen., \ init. et 31 fm. Vit. Dion., 1 init. Ct. aussi Vit. Agid., 2. Vit. Mmil. Paul. i init. et voy. Clinton, p. 97-99.

* Nous voyons sous Hadrien un prêtre de Delphes du nom de Mestrios Plutarchos (Boeckh, C. I. dr., vol. 1, n» 1713) : c'est peut-être un descendant de Plutarque. Keil. Inscr. Bceot.,

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si triste^ si pauvre d'espoir, des Grecs ses contemporains. Plutarque n'a pas le moindre souffle d'esprit réformateur, à proprement parler ; mais cet honnête homme avait à cœur de conjurer partout, dans les manifestations les plus diverses de la vie sociale, autant que la plume et la parole pouvaient encore atteindre ce hut, la décadence morale de son peuple, qu'il déplorait profondément. Le prêtre d'Apollon travailla donc en ce sens avec ardeur, sur le terrain religieux et philosophique. Comme philosophe, il était également éloigné des Stoïciens et des Epicuriens \ contre les doctrines desquels il se livra à une vive polémique; il se montra fidèle à une tendance éclectique, avec une certaine prédilection pour l'ancienne Académie. S'appuyant sur les profondes théories de Platon et des Pythagoriciens, « avec lesquels il sut notamment fondre habilement des principes d'Aristote » ; porté vers les conceptions orientales, admettant des théories sur la « transcendance du divin », sur les « démons » placés comme des êtres intermédiaires entre le monde et la divinité, sur la manifestation de la divinité et sa réception en nous dans l'état d'enthousiasme, sur la divination et les prodiges, sur le dualisme d'un hon et d'un mauvais principe ; fermement attaché aussi à la religion populaire et à sa mythologie, il n'arriva pas assurément à un système intrinsèquement homogène et complet, mais il ouvrit la voie à laquelle ce qu'on a appelé le néoplatonisme devait plus tard donner toute sa largeur. Par contre, le point capital, le centre de son système était l'éthique ; ses efforts tendirent avant tout, sous une forme pratique et populaire, d'une part, à raffermir l'attachement partout profondément éhranlé à l'antique croyance, et, d'autre part, à offrir à ses contemporains une morale élevée ^ Attaché par les liens les plus étroits au culte d'Apoî-

^) Traités spéciaux : contre les Stoïciens : De Stoïcorum repugnantiis, De absurdis Stoïcorum opinionibus et Adversus Stoîcos ; contre les Épicuriens : Adversus Colotem et Non posse suaviter vivi secundum Epicurum (traités que Plutaïque paraît avoir écrits au temps où il était encore soit étudiant, soit professeur), et De occulte vivendo. Cf. Gell,, iV. A., il, 8 et 9.

-) Cf. aussi Bernhardy, Griech. Litt.-Gesch., I, p. 575. Pauly, JR. E.,' V, p. 1776 sqq., et encore p. 1705. 1714. (Cf. aussi Zeller, Phil, der

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Ion, il piiblio imo séri(^ d'ecriis relatifs h la sitiialion, à cotte époque, du sanctuaire de Delphes et do son culte ^ ; et en même temps, philosophe plein d<' honnes intentions quoique non toujours exempt de pédanterie, ennemi des conceptions g-rossièrement sensuelles du vieux monde et de la brutale et toute matérielle superstition du vulgaire, il cherche à donner partout aux mythes et aux cultes antiques de son peuple une signification élevée, idéale, profondément morale, pour lutter ainsi contre les tendances destructrices et dissolvantes qui agissaient alors sur le monde entier. Dans son ardeur à assurer à l'antique croyance de nouveaux et plus solides appuis et à remédier à l'effroyable désordre des idées morales, notamment chez le peuple, il combattit avec une énergique ardeur les conceptions grossières et vulgaires dont les dieux étaient l'objet, la superstition sotte et fanatique, les usages honteux et barbares, la magie et la sorcellerie, les « purifications impures », les mortifications obscènes ; il s'éleva également avec une vivacité toute particulière contre les doctrines d'Evhémère, en qui il voyait avec indignation un destructeur de toute croyance". Il dut assurément la meilleure part de son action à ses nombreux écrits populaires et pratiques, dans lesquels il se meut sur les divers terrains de la vie intellectuelle et pratique, et de préférence aussi sur celui des relations entre les hommes au point de vue du sentiment. Partout se manifeste dans ces écrits son caractère aimable, sa noble affabilité, la bonté et la philanthropie qui sont dans sa nature ; recherchant volontiers les plaisirs honnêtes, ami également, suivant l'antique manière béotienne, de la table et de la coupe, et d'une sociabilité pleine de gaieté qu^embellissaient chez lui et chez ses nombreux amis les jouissances délicates de l'esprit,

Griechen, III, p. 433 sqq., 524 sqq. Ad. Schmidt, Geschichte der Denkund Glauhensfreiheit, p. 173. 179. 207. Gregorovius, Geschichte Hadrians, p. 258 sqq. C. Schmidt, Die bùrgerliche Gesellschaft in der altrômischen Wdt (trad. A.-V. Suchard), p. 326-331.

1) Cf. ci-dessus, p. 166-167.

2) Cf. par exemple ses théories, dans Plut., De audiend. poet. 4, où il s'oppose aussi très nettement à une interprétation allégorique des mythes et des traditions. A remarquer sa vive polémique contre Evhémère. Plutarch., De hid. et Osirid., 23. V. aussi Ad. Schmidt, op. cit., p. 179. 207.

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il nous montre souvent, sous un aspect charmant, un admirable fonds d'honneur et de solidité morale, comme on pouvait le rencontrer encore à cette époque dans une partie de ce que les Grecs comptaient d'âmes nobles et d'esprits cultivés. Nous constatons à la vérité, de temps a autre, un grain de pédanderie savante, d'un effet étrange. Nous éprouvons certainement une impression des plus singulières en voyant ce vieillard, dans une « Consolation » à sa noble épouse après la mort d'une fille bien aimée, aboutir tout droit, pour s'y perdre, à une dissertation savante, philosophique et archéologique*. L'influence que Plutarque exerça sur les Grecs ses contemporains fut, suivant toutes les apparences, très considérable. Il se trouva du moins, à en juger par ses écrits, en relations étroites et permanentes avec un très grand nombre de personnages considérables, à beaucoup desquels il a, notamment dans ses Propos de table, élevé un indestructible monument. Le centre de toutes ses relations personnelles était naturellement formé par sa nombreuse famille, qui vivait dans une large aisance et dont le commerce se présenta toujours sous les aspects les plus agréables. Le célèbre écrivain était, nous ne savons depuis quelle époque, marié à Timoxène % fille d'Alexion, sans doute aussi de Chéronée ^, personne d'un rare mérite, sérieuse, sensée, absolument digne de lui par la noblesse de son caractère et la distinction de son esprit*, et qui jouissait à Chéronée, ainsi qu'auprès des nombreux amis que Plutarque comptait au dehors, d'une aussi haute estime

*) Plut., Consolât, ad uxor em, 10-11.

2) Plut., ibid., 2. Cf. 9 s. fin. Voy. la relation pleine d'intérêt d'un vovage à Thespies que Plutarque, lorsqu'il était encore jeune marié, entreprit avec Timoxène pour y offrir un sacrifice lors de la fête d'Eros, parce qu'une querelle avait éclaté entre parents des deux côtés. Plut., Amator., 2 init.

^) Plut., Quœst. Symposiac, VII, 3, 1 init. Corsini, ibid, p. ix. Keil, Inscr. Boeot., p. 206.

*) Ces quelques traits caractéristiques me semblent donnés par la Consolatio ad uxorem, citée plus haut. D'après le ch. x du même écrit, Timoxène était initiée, comme son époux, aux rites mystiques des fêtes de Dionysos. Mais il faut laisser sans solution la question de savoir si la Timoxène mentionnée dans Plut., Conjug. prsec, 48, qui avait composé un traité sur l'amour de la toilette et de la parure ou une lettre (adressée à Aristilla), était l'épouse de Plutarque.

FAMILLE DK PLUTARQUE 171

que son honorable époux. Elle avait peut-être pour frère Craton, le beau-frère dont Plutarque parle souvent ^ et que nous rencontrons à diverses reprises autour de lui comme son compagnon favori, soit dans les fêtes, soit dans les voyages de l'homme illustre dont Craton était l'ami. De l'union de Plutarque et de Timoxène naquirent un grand nombre d'enfants. Plutarque nous raconte lui-même que sa fidèle épouse lui donna et éleva quatre fils^ ; ils en perdirent deux, l'aîné et un second nommé Chseron, qui mourut en bas âge, en l'absence de son père ^ Les deux autres, au contraire, atteignirent l'âge viril et prospérèrent àlajoie de leurs parents. C'étaient Autobule, dont son père mentionne lui-même lesnoces, et qui figure à chaque instant dans les écrits et dans les dialogues postérieurs du vieillard * ; puis Plutarque, sur lequel le père ne s'étend pas. C'est à ce dernier et à Autobule qu'il dédia, comme on sait^ son traité « De l'origine de l'âme dans le Tintée de Platon^ ». Plutarque était déjà grand-père lorsque

0 Plut., Quxst. Symposiac, I, 1,2-3; 4, 1-2. II, 6, 1-2. IV, 4, 3. Il n'est pas fait mention, à ma connaissance du moins, d'une ou plusieurs sœurs mariées de Plutarque. Nous voyons, du reste, figurer dans les « Propos de table » plusieurs autres personnages encore, que Plutarque appelle ya|xgpbç yiijlwv, et que nous devons sans doute considérer comme ses beauxfrères; par exemple, Firmus (Plut., Quxst. Symposiac, II, 3, 2-3); Patroc\ms (ibid., II, 9. Cf. V, 7, 3. VII, 2, 2), qui joue aussi un rôle dans les dialogues De sera numinis vindicta, 1 sqq. et De anima (Plut., Opp,, t. V, éd. Dùbner, fr. VI, p. 8 sqq.)

2) Plutarch., Consol. ad uxorem, 2. Plutarque mentionne « ses fils cadets » sans autres détails [Quxst. Sympos., VIII, 6, 1. Voy. aussi 10, 1). Il parle de « ses fils », d'une manière générale, dans son traité De El apud Delphos, 1, Quxst. S|/mp., VIII, 10, 1.

^) Plut., Consol. ad uxor., 5. L'autre fils était, comme plusieurs le conjecturent (cf. Rhein. Mus., XVIII, p. 269; A. Schâfer, De libro Vit. X. orat,, p. 24; K. Keil, Syll. inscr. Boeot., p. 227 b sqq.), le Soclaros nommé dans Plut., De audiend. poet., 1. Mais voyez, en sens contraire, Wytten- BAGH, Animadv. in Plut. Op. Mor., p. 171 et vol. I, sur le traité De audiend. poet., p. 119. A la vérité, ce ne serait pas impossible; seulement, ce nom revient si souvent dans Plutarque, et notamment (ci-après, p. 173, 5) comme s'appliquant au jeune fils d'Aristion de Phocide, que je ne crois pas pouvoir réclamer d'une façon tout à fait absolue le Soclaros précité pour la famille de Plutarque.

M Plut., Quxst. Sympos., IV, 3, 1. Voy. aussi VIII, 2, 3, 10, 3, et ciaprès, p. f. 12.

°) Cf. l'épigraphe en tête de ce traité.

172 LES AMIS DE PLliTARQUE EN GRÈCE

Timoxène lui donna aussi uno fille, quo le père appela du nom de sa mère. L'enfant avait toutes les apparences de la vigueur; elle semblait vouloir prospérer et se développait à la joie de ses parents, lorsqu'elle leur fut enlevée par une mort soudaine, dans un âge encore très tendre, au cours même d'un des nombreux voyages de son père ^ Tels sont les renseignements que nous possédons sur la famille de Plutarque ; du moins il ne nous paraît pas que ses écrits puissent en fournir, avec certitude, de plus détaillés".

La famille de Plutarque était liée d'une étroite amitié avec celle de son compatriote, le savant grammairien Théon, dont il a déjà été question plus haut (p. 163). Théon figure très fréquemment^ dans les écrits de Plutarque, et sa sœur entretenait également avec Timoxène lesrelationsles plusamicales*. Nous citerons aussi Philinos^, homme original, qui éleva son fils Sostrate avec du lait et du pain seulement, à l'exclusion de toute espèce de viande. Un hôte non moins intime du palais des Muses de Chéronée était le savant médecin Philon , fixé dans une ville voisine, à Hyampolis" en Phocide,. où ses amis allaient sans doute aussi le visiter lorsqu'on y célébrait ce qu'on appelait les Elaphéholies, fête d'i^rtémis^ consistant en chasses et festins solennels : le caustique Agias

^) Plut., Consolât, ad uxor., 1 init.; 2mit. ; 8 ; 9 fin.

-) On ne sait si l'on doit compter parmi les fils de Plutarque le Flavianos qui paraît dans Plut., Amatoria', ce ne serait pas impossible en soi, d'après le ch. 1 et le ch. 2 init. de cet écrit, et Winckelmann l'admet {ad loc. p. 99); cf. Keil, Syll. inscr. Boeot., p. 230. Par contre, Suidas, s. v. Lamprias, nous nomme encore un autre fils de l'illustre savant, Lamprias, qui avait dressé un catalogue des nombreux écrits de son père (cf. Pauly, Ueal-Encyclop.j IV, p. 751, et les raisons de douter exposées dans A. Scha- FER, Comment, de libro vit. decern orat., p. 2-27). Voy. la discussion d'autres parentés douteuses de Plutarque dans Pauly, Real-EncycL, V,

3) Plut., Qusest. Symposiac, I, 4, 1-3; 9, 1. 2. 4; IV, 3, 3; VIII, 4, 5 ; 6, 1, 4; 8, 2. De Pyth. oracid., 2. 3. 4. 5 sqq., De facie in orbe lunse, 7 sqq, et ISon posse suaviter vivi secimd. Epicur., 2 sqq. Le fils de Théon était Caphisos [Qusest. Sympos., VIII, 4,5); autres fils encore, voy. î6?;rf., 6,1.

*) Plut., Consol. ad uxoiem, 7.

«) Plut., Qusest. Sympos., I, 6, 1. Il, 4, 5, 1. IV, 1, 1-3. V, 10, 4. VIII, 7, 1 et 4. Philinos est aussi un des interlocuteurs dans le dialogue A* Pythise oraculis.

'<-') Plut., Quœst. Sympos , II, 6, 2. IV, 1, 1-2. VI, 2, 1-2. VIII, 9, 1 et 3.

Li:S AMIS DE PLUTAHOUK KN (lUEC.E 173

de Chéroiiée eL Marcion peuvent aussi être comptés parmi les amis qui composaicmt le cercle de Plutarque*; de même, les médecins Onésicrate (celui-ci dans la jeunesse de Plutarque) etCléomène". Il convient sans doute aussi de mentionner le jeune Niger, qui, des hauts enseignements de la philosophie qu'il avait été chercher à l'étranger, s'était beaucoup moins approprié la sagesse de ses maîtres qu'une disposition à la critique malveillante, une insupportable manie de trouver à redire à tout, et un penchant à prétendre tout savoir mieux que personne ^, Aristion * de Tithora en Phocide, ainsi que son fils Socîaros ^. Mais ce beau cercle des amis de Plutarque — que nous rencontrons partout dans ses écrits, et dont le charme est si puissant — était bien plus étendu encore. Plutarque avait, pendant ses années d'études, noué de nombreuses relations avec des savants de toutes les branches \ de toutes les

1) Plut., ibid., II, 10, 1-2. Ill, 7, 1. IV, 1, 1 et 3.

2) Plut., ibid., V, 5, 1. VI, 8, 5. Cf. De musica, 2 sqq. Autres amis béotiens, voy. Plut., Amator., 2.

^) Plut., Quœst. Sympos., VI, 7. Niger se produisit plus tard comme sophiste en Gaule et en Galatie, mais ii y*mourut pour avoir avalé une arête de poisson. Plutarch., De tuend. sanit. prdec, 16 (14).

*) (Cet Aristion est tenu pour identique à Aristion, fils d'un nommé Socîaros, archonte de Tithora, par Ulrichs, JR/iem. Mus., II, p. 552. Ill, 3, p. 555). Plut., Qusest. Symp., ibid., et voy. aussi ibid., 10, 1. 111,9.

^) Plut., Amator., 2, 10 sqq. Ce Socîaros aujourd'hui tenu pour identique au T. Flavius Socîaros qui figure dans l'inscription de Tithora, de l'année 98 ap. J.-C. (Bôckh, C. 1. Gr., vol. I, n*» 1733, 5, p. 852; voy. Rhein. Mus., XVIII, p. 269), et (Rhein. Mus., p. 268) à i'épimélètfe de Delphes mentionné dans la Nia Ilavowpa, Nov. 1861, n° 280, p. 388, On ne sait pas d'une manière certaine si le Socîaros nommé à plusieurs reprises par Plutarque dans fécrit De solertia animalium et De venatione (Plut., 0pp., t. V, éd. Dubner, fr. XXXI, p. 48) et dans les « Propos de table » (II, 6, 1 sqq. comme possesseur de beauxjardins sur les bords du Céphise ; m, 6, 3 et 4. V, 7, 4. VI, 8, 4. VIII, 6, 3. Ulrighs, Rh. Mus., II, p. 552) est le même que Socîaros de Tithora. Dans Bôckh, C, L Or., n° 1732 (inscription de Daulis) a, 41, vol. I, p. 850, figure aussi L. Mestrios Socîaros.

*■') On est particulièrement surpris de la quantité de médecins avec lesquels Plutarque était lié. Sans parler du grand nombre de ceux qui sont mentionnés ci-dessus dans le texte, nous voyons encore Thémison (Plutarch., 0pp., tom. V, éd. Dubner, fr. VII, De Anima, n» 10, p. 12); Glaucos, dans l'écrit de Plut., De tuend. sanit. prœcept., puis Athryilatos de Thasos, Quœst. Sympos., III, A, 1 ; Zopyros, ibid.. Ill, 6; Moschion (cf. ci-après, p. 175, 6) , III, 10, 2 ; Zenon, IV, 4, 3 ; Nicias de Nicopolis , VII, 1. Déjà le grand-père de Plutarque, Lamprias, avait eu (cf. Plut.,

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