LES AMIS DP] PLUTARQUE EN GRÈCE
devenu un homme mùr^, un célèbre maître de sagesse et un écrivain renommé. Loin de là, il se retrouvait toujours volontiers avec ses anciens amis dans ses nombreux voyages en Grèce, à Jîdepsos^ à Athènes^ aux jeux Isthmiques et Olympiques, aux Thermopyles^ et à l'occasion de son service de Delphes ; il se plaisait dans leur joyeux commerce^ et recevait, lui aussi, de très nombreuses visites à Ghéronée et à Delphes \ A mesure que grandit sa célébrité, il fut de plus en plus recherché par des savants étrangers, par des savants hellénistiques notamment^ et en particulier par des philosophes et des sophistes en renom qui aspiraient à faire la connaissance personnelle du plus brillant représentant, en Grèce, de la science grecque de cette époque % Pour ne pas répéter ici les noms déjà mentionnés des savants que Plutarque avait connus dès sa jeunesse, citons encore des hommes tels que Moschion*^, Basiloclès ''j le géomètre Boéthos^, Héracléon de Mégare et Didyme le Cynique % Olympicos *°, le poète Sosiclès
en Italie. En l'an 169 (p. 163), il est à Aquiiée, puis à Rome, médecin ordinaire de Commode (p. 169. 191. 195); il meurt probablement en l'an 200, âgé de 70 ans (p. 205).
*) Mentionnons également ici, à titre de curiosité, le savant cordonnier Nicandas (qui vivait sans doute à Ghéronée ou à Athènes) ; il cultivait aussi les arts de la palestre, et il était en bons termes avec les jeunes savants; ceux-ci ne lui épargnaient pas les plaisanteries, et ces mystifications finirent par causer la mort du pauvre homme. Plut., Fragm. de animaj 1,2 (Plut., Oper., vol. V, éd. Dûbner, fr. III).
2) Plut. Quœst. Sympos., VIII, 10.
3) Cf. Quœst. Sympos., VII, 2.
*) A Ghéronée, il reçut notamment la visite de l'excellent Diogénien de Pergame, homme d'un grand mérite, et du stoïcien Philippe de Pruse. Quxst, Sympos., VII, 7, 8; sur Diogénien, voy. encore VIII, 1 et 2; 9. Visites à Delphes; Plut., De El apud Delphos, 1. Cf. (sur Diogénien) De Pythiœ oracuL, 1 fin. 3. 5. 7 sqq. Sarapion d'Athènes et le géomètre Boëthos : Plut., ibid., 5. Relations suivies de Plutarque avec des savants étrangers à l'occasion des jeux Pythiques : Plut., De defectu oraculor., 2 sqq. Entre autres, le stoïcien et historien Philippe de Pruse. Plut., ibid., 15, sqq.; cf. Quxst. Symposiac, VII, 7, 8.
^) D'une manière tout à fait générale, cf. Plut., Consolât, ad uxor., 5. Chœremonianos de Traites. Quxst. Sympos. y II, 7.
'^) Un des interlocuteurs dans l'écrit : De tuenda sanitate prœcepta.
') Un des interlocuteurs dans le dialogue : Sur les oracles de la Pythie é
S) Plut,, De Pyth. orac., 5, sqq.; cf. Quœst. Sympos., V, 1. VIII, 3, 2 et 3.
^) Plut., De defect, orac, 6 sqq.
^") Plut., De sera num. vind., 3 sqq. et Quxst. Sympos. ^ III, 6, 3 sqq.
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(le Coi'onOj^ Agémaque", le rhéteur Dorothée^ Symmaque de INicopolis, Polycrate*, le grand prêtre Lucanios de Corinthe% les Macédoniens Nicératos et Antipater e. Mais ce sont les rapports avec Athènes qui exercèrent sur Plutarque une attraction permanente. Il y avait acquis le droit de cité, sans doute à un âge déjà avancé, et avait été classé dans la tribu Léontis^ C/esi à Athènes que vivaient ses anciens maîtres el un grand nombre d'amis de sa jeunesse, ainsi que beaucoup d'hommes considérables, avec lesquels il entretint d'une manière permanente des relations personnelles et littéraires. Le sage de Chéronée appelait son ami le riche et généreux Antiochos Philopappos (v. plus bas), auquel il dédia son écrit ayant pour titre: Comment on 'peut distinguer le flatteur de.Tami^. La plus étroite amitié unissait Plutarque au poète Sarapion% auquel il dédia son écrit Sur le El de Delphes^ de même qu'à l'aimable sophiste Callistrate^^ et en particulier à un autre sophiste célèbre, Favorinus ^\
1) Plut., Quxst. Sympos., 1, 2, 6. II, 4. V, 4, 1.
2) Plut., Quaest. Sympos., IV, 2, 1 sqq.
3) Plut., ibid., IV, 2, 3.
^) Plut., ibicL, IV, 4 et 5. On se demande si ce Polycrate est identique à celui qui est mentionné dans Plut., Be Pyth. oracuL, 29, — ou à un des descendants d'Aratos de Sicyone, pour lesquels Plutarque écrivit la biographie d'Aratos {Yit. Arat,, 1) — ou s'il s'agit partout de la même personne. Parmi les contemporains de Plutarque, un peu plus jeune que lui, figure l'historien Jason d'Argos, qui écrivit en quatre livres une histoire allant du temps de Xerxès à la guerre Lamiaque (Suidas, s. v.).
6) Plut., ibid., V, 3 et 4.
6) Plut., ibid., V, 4 *.
'') Plut., Qusest. Sympos., I, 10, 1 init.
^) Gf; aussi Quaest. Sympos., ibid.
^) Plut. De El apvd Delphos, 1 init. ; voy. aussi De Pyth. oracuL, 5 sqq. Quaest. Sympos., I, 10.
10) Plut., Quaest. Sympos., IV, 4, VII, 5.
i<) Plut., Quaest. Sympos., VIII, 10; c'est aussi à lui qu'est dédié l'écrit, composé en Fan 106 (Gltnton, Fast. Rom. , p. 93) : De primo frigido.
* 11 faut ajouter encore un certain nombre d'hommes, dont nous savons seulement qu'ils étaient assez liés avec Plutarque pour qu'il leur dédiât un de ses écrits. De ce nombre est le jeune Nicandre, auquel, à son entrée dans l'âge viril, au commencement de ses études philosophiques, Plutarque dédia l'écrit : De recta ratione audiendi. Puis cet ApoUonios auquel, jeune encore lui-même, il adressa à l'occasion de la mort d'un fils chéri une célèbre lettre de consolations philosophiques, qu'à la vérité R. Volkmann, Comm. de consolât, ad Apoll. pseudophitarchea, 1867, déclare aujourd'hui apocryphe. Puis le proscrit de Sardes auquel est dédié l'écrit Su7- l'exil ; Ménémaque de Sardes, auquel est dédié celui qui porte pour titre: ReiTpublicx gerendx jrraicepta; Alexandre, auquel est adressé l'écrit De malignitate Eerodoti. Sur les amies de Plutarque, voy. ci-aptés. L'écrit De midierum virtute proœni. en nomme une, Léontis, sur laquelle nous ne savons pas autre chose.
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11 est assurément très facile de comprendre comment notre Plularque pouvait exercer sur Télite intellectuelle de ses contemporains une aussi puissante attraction. A celui qui ne cherchait que la science, cet homme devait imposer, car il possédait une érudition sans égale parmi ses contemporains. Ne nous impose-t-il pas encore à nous-mêmes par Faisance avec laquelle — après s'être rendu complètement maître de toutes les richesses poétiques de sa nation, après s'être livré aux études philosophiques les plus étendues, après être descendu avec une amoureuse audace jusque dans les profondeurs de la médecine et des autres sciences naturelles — il dispose partout des inépuisables trésors de son savoir, comme, dans un de ses plus remarquables Essays, a pu seul le faire un des savants de notre époque qui joignent à la valeur intrinsèque le g-oùt le plus exquis? Ne savait-il pas, de cette manière qui plaisait tant aux Grecs, animer ses entretiens les plus sérieux comme les repas les plus joyeux par une heureuse application des poètes nationaux, et, entre tous, de son poète favori, Ménandre ^ ? Et n'était-il pas aussi toujours, en dépit de toute son antipathie, au point de vue scientifique, contre les écoles des Stoïciens et des Épicuriens, l'homme des ménagements les plus délicats dans la forme, lorsqu'il se trouvait en rapport personnel avec les représentants de ces écoles? Enfin, par la pureté de son caractère et de ses mœurs, par la noblesse de ses sentiments, par une humanité parfaite, ne se démentant pas même vis-à-vis d'un pauvre esclave -,
D'autres Athéniens sont encore mentionnés : dans un banquet à Athènes un certain Ariston, Qusest. Sympos., I, 1, 1 init. ; Milon, I, 10, 2; Xénoclès, II, 2; Satyros el Euthydème de Sounion, III, 10; Mœragène, IV, 6; le comique Straton, V, 1; Nicoslrate, VII, 9, 10; Ephébos, VIII, 9, 3. Sur les relations de Plutarque avec Euphane , voy. ci-après. Admiration pour la beauté des monuments d'Athènes : Plut., Vit. Pericl.i 13.
1) Sans parler de centaines de citations de Ménandre dans Plutarque, cf. aussi Plut., Quœst. Sympos., VII, 8, 3, et notamment l'écrit intitulé AiHstophan. et Menandri comparatio.
^) Cf. Plutarch., Cato maj., 5. De adulât, et amie, 17. Il faut dire que Plutarque, à l'occasion, n'hésitait pas à faire corriger d'importance les mauvais garnements qu'il rencontrait parmi ses esclaves, même ceux qui avaient pris dans sa société un vernis de philosophie. Gell , JV. A., I, 26,5-9. ■