‹ Histoire de la Grèce sous la domination des Romains (volume 4)Chapitre 61 sur 179 · ACCROISSEMENT DU PROLÉTARIAT · texte numérisé non relu

ACCROISSEMENT DU PROLÉTARIAT

raie, repris depuis Auguste une marche ascendante, mais non pas celui des hommes libres propriétaires de biens-fonds. Ce qui est d'ailleurs caractéristique , c'est que la masse de la nouvelle génération qui grandit après l'effroyable détresse de la période précédant la bataille d'Actium offrait des types mal venus et sans beauté; pour parler plus exactement, on remarquait, du temps de Dion, une diminution frappante dans le nombre des beaux hommes ; un homme beau était absolument une rareté, tandis qu'on était frappé de l'augmentation dans le nombre des belles femmes ^ Les grands latifundia, aussi bien en Grèce que dans tout le monde antique, favorisaient l'exploitation par les esclaves, et notamment l'exploitation en pâturages^; quant à la partie pauvre de la population libre, sauf une souche vigoureuse de petits paysans, de pâtres, de chasseurs, qui se conservait dans l'intérieur du pays, elle émigrait de plus en plus volontiers dans les villes anciennes et nouvelles, en particulier dans celles qui étaient situées sur la côte, où le commerce et l'industrie avaient continué de fleurir ou se relevaient peu à peu, et où les pauvres pouvaient trouver du moins une espèce d'existence de lazzaroni ^ L'an-

') Dio Chrysostom. (éd. Morell.) Or. XXI, De pulckntudin.,^. 269 c. d.

2} Cf. aussi les observations faites incidemment par Philostrat., VU. ApolL, VIII, 7, 12, où l'on voit clairement que, par exemple, dans PArcadie, dépeuplée comme elle l'était, la propriété territoriale était tombée par grandes masses dans un petit nombre de mains, et que l'on avait par suite besoin, pour l'exploitation des bois et des pâturages, de troupes d'esclaves de toute espèce.

3) C'était là un torrent qu'il était très diflicile d'arrêter. Il ne l'était pas moins de déterminer cette population de prolétaires, devenue étrangère à la vie rurale, à quitter la vie des villes, avec sa flânerie paresseuse, sa licence et sans doute aussi ses habitudes de vol, pour retourner aux durs travaux des champs. C'est ainsi que Dio Chrysost. (éd. Morell.), Or. VII, p. 105 sqq., donne très bien à entendre qu'un de ces possesseurs de biens immenses mais dépeuplés dans l'île d'Eubée, où la situation était devenue la même qu'en Arcadie, avait vainement offert aux prolétaires de sa ville les conditions les plus favorables et avait fait de vains efforts pour les déterminer à abandonner leur vie oisive de lazzaroni et à s'établir comme paysans libres sur ses propriétés. On était très heureux, dans certaines circonstances, quand on trouvait dans ces régions des hommes qui, peu importait à quel titre légal, s'emparaient de ce pays aussi désolé que magnifique et fondaient de leur propre chef de nouveaux centres de population rurale ; cf. Dig Chrysost., ibid.

SITUATION DIFFICILE DES HELLÈNES i93

tique souche de celle classe rurale el bourgeoise , robuste et aisée, qui jadis, dans la belle époque, faisait volontiers et faci^ lament le coûteux service des hoplites, qui avait fourni ces mag-nifiques armées de citoyens dont nous avons vu la dernière au temps de Philopœmen, — voilà celle qui tendait à disparaître \ et voilà le sens dans lequel nous devons interpréter les déclarations de Plutarque.

Ceci nous amène à examiner les circonstances qui, en dépit de longues années de paix et de tranquillité, en dépit des dispositions les plus favorables des empereurs romains pour les Grecs, opposèrent à un relèvement de la prospérité nationale hellénique de si grands obstacles. Les charges qu'imposait aux Grecs d'Achaïe Tadministration provinciale du Sénat romain, même avec des gouverneurs d'une honnêteté éprouvée et animés des meilleures intentions ou rigoureusement sur-

*) Sur la population rurale affluant d'une manière continue dans les villes — (phénomène semblable à celui que nos aînés parmi nos contemporains ont encore observé, notamment dans l'île de Sicile, sous le gouvernement des Bourbons) —cf. aussi les indications de Dio Chrysost., Orat. VII, p. 105 sqq. 119 sqq. Dion Chrysostome examine aussi {07\ VII, éd. Morell., p. 119 sqq.) la question de savoir comment on pourrait remédier à l'appauvrissement croissant dans les villes et venir en aide, dans les grandes villes remplies de pauvres et où la vie est très chère, aux prolétaires qui ne possèdent que leurs bras. Mais, en dépit de son expérience pratique et de sa connaissance des couches les plus diverses du peuple, Dion se borne à dire, en définitive, que la pauvreté n'est pas un mal et que ce n'est pas une honte de travailler; toutefois, il détourne même les pauvres, non seulement des travaux auxquels dans tous les temps et dans Tesprit de tous les honnêtes gens une souillure morale est attachée — comme notamment, cela va sans dire, de toute participation aux œuvres hideuses de prostitution {ibid., p. 125 d) — mais encore des travaux qui servent au luxe; il les détourne par exemple (p. 122 h sqq.) de ceux de teinturier, mégissier, fabricant d'onguents, coiffeur, décorateur de maisons ; de même les prolétaires ne doivent pas se faire acteurs, mimes, danseurs, joueurs de cithare ou de flûte, ni huissiers exécuteurs des mandats de justice ou scribes chez les avocats (p. 123 d sqq.). De la sorte, en dehors des travaux des champs et de quelques métiers d'un ordre moins mécanique, il ne reste à proprement parler que peu de chose, tout au plus quelques fonctions judiciaires inférieures! La perte en paysans libres n'était que très imparfaitement réparée par la population hbre, toujours « parasite » en définitive, qui naissait de l'affranchissement obtenu par un grand nombre d'esclaves, à l'aide de leurs propres économies. Sur les formes de cet affranchissement, cf. Rhein., Mus., II, p. 552 sqq. et Bocku, C. l. Gr., vol. I, no 1607-1608. Keil, Syll. insci'. Bœot., p. 67-108.

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