VOYAGES EN GRÈCE
n'étaient pas à la mode de toute antiquité, comme la fameuse vallée de Tempe ou les environs de Delphes avec Fantre de Corycie au pied du Parnasse , ou lorsqu'ils n'étaient pas situés sur la g-rande route. Ceux d'entre les Romains qui goûtaient de préférence le charme des paysages grecs étaient en général fixés eux-mêmes dans la province ; ils y possédaient une villa, de préférence sur le bord de la mer*, dont la beauté majestueuse les aptivait toujours le plus puissamment. Plus restreint encore a dû être le nombre des voyageurs qui, comme Dion Glirysostome, ne dédaignaient pas de pénétrer plus avant, jusque dans les cantons écartés, dans les régions montagneuses et boisées (v. plus bas), et d'apprendre à connaître , à côté des citadins d'une si haute culture et moralement descendus si bas, les naïfs habitants cachés dans les forêts et leur état sociale D'ailleurs, dès que ces voyageurs ne venaient pas en Grèce pour les jeux solennels et pour leurs études, il n'y avait, en général^ parmi eux qu'une minorité qui se préoccupât vivement du présent de la Grèce. Mais, dans cet ordre d'idées, ce qui attirait le plus grand nombre d'étrangers, c'était surtout les établissements grecs destinés aux malades. i '
Parmi ces établissements, la plus haute réputation, chez les Romains comme ailleurs;, était acquise au sanctuaire d'Asclépios à Epidaure, dans le Péloponnèse, qui jouissait d'une antique célébrité. A quelques lieues de cette ville (deux lieues et
1) Cf. ci-dessus, chap. I, p. 46,2, et voy. les observations générales de Friedlànder, DarstelL, II, p. 110-113. Curtius, Peloponnesos, 1, p. 83 sqq. Sur le sens de la nature dans l'antiquité, d'une manière générale, cf. Friedlander, p. 104 sqq. Sur Tempe, voy. encore Pun., N. H., IV, 8 (15), 31, Sur l'antre de Corycie, voy. Plutarch., De Pyth. oracuL, 1. Pausan., X, 82, 2. Arbres célèbres et vénérés pour leur haute antiquité : le platane Ménélaïs sur les bords d'une source près Gaphyae en Arcadie, planté, disait-on, par Ménélas lors de son départ pour Troie. Puis l'antique saule du sanctuaire de Hêra à Samos ; le chêne de Dodone ; les oliviers de Délos (où il y avait 'aussi un palmier) et de l'acropole d'Athènes. Pausan., VIII, 23, 3 et 4. Cf. Cic, De legg., I, 1. Plin., N. H., XVI, 44 (88 et 89), 238 et 241, où il est aussi fait mention d'un platane d'Agamemnon à Delphes, et de l'olivier d'Héraclès àOlympie. Sur le platane gigantesque près de Gortyne en Crète, voy. Plin., N. H., XII, 1, (5), 11; sur le pin gigantesque du mont Ida, v. Strabon,XIII, 1, 44. p. 899 (603).
^) Cf. Dio Chrysost., (éd. Morell.) Orat., I, p. 11. Orat., VII, p. 98 sqq.
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demie du petit village actuel d'Epidaure), entre les premières hauteurs de la partie méridionale du mont Arachnœon, se trouvait le vallon boisé consacré à Asclépios et dont l'isolement naturel était encore complété par des murs. Ce plateau, entouré d'une ceinture de montag-nes, appelé encore aujourd'hui par le peuple de cette contrée « hiéron », était alors un des sites les plus charmants de la Grèce ; on y était aussi attiré par l'élég-ance des temples et des édifices destinés pour les fêtes, tandis que les jardins sacrés s'élevaient sur les hauteurs boisées. Les nombreuses déprédations que ce sanctuaire avait subies dans les dernières générations de la République, puis de nouveau du fait de Néron ^^ « n'avaient rien enlevé à sa puissance d'attraction. Un beau jardin et un riche musée artistique, rempli de monuments sans nombre de toute la série des siècles pendant lesquels tout ce qui avait besoin d'aide avait été attiré, de toutes les parties du monde connu, par la célébrité du dieu d'Epidaure et la réputation des prêtres du lieu^ la grande expérience par eux acquise dans Fart de soigner les malades et de les guérir, perpétuée par la tradition orale et par des observations recueillies avec soin » : tel était ce vénérable Asclépieon , tel il continua de fleurir. Et même ce fut précisément dans l'époque impériale qu'il acquit une nouvelle et haute importance; il fut alors un centre religieux du monde gréco-romain. Dans cette station célèbre, le terrain formant proprement le téménos du temple était spécialement consacré. Les vestiges, en partie encore clairement reconnaissables , d'anciens murs montrent que cet enclos sacré comprenait toute la largeur de la partie supérieure orientale de la vallée. « C'est dans ses limites que s'étendait le bois touffu , sous les ombrages duquel les baigneurs se promenaient et les compagnies s'installaient pour les fêtes. C'est dans ce bois que se trouvaient disséminés les bâtiments affectés au culte et aux soins médicaux; la masse des ruines montre de quelle manière grandiose ils étaient établis ». Elle permet notamment de constater que les bains froids formaient un élément important de la méthode
1) Dio Chrysost. (erl. Morell.) Or. XXXI, p. 356 a.