LOCALITÉS PRÉSENTANT US LNTÉKÈT HISTORIQUE
naient aussi leurs droits. Des historiens comme le vieux et digne Plularque étaient amenés, par la nature même de tous leurs travaux, à accorder aux endroits qui avaient été le théâtre des grands événements de leur histoire nationale la plus forte part de leur attention. Pausanias, dont nous avons si souvent parlé, visita avec une pieuse émotion tous les lieux mémorables de ce pays, qui lui était à bon droit si cher. Toutefois, d'une manière générale, c'était seulement sur les points culminants de l'histoire grecque que se portait l'intérêt des touristes étrangers. La vigoureuse et féconde époque qui s^écoule entre Lycurgue et Clisthène était déjà alors, suivant toutes les apparences, traitée à ce point de vue avec une certaine défaveur. En revanche^ les voyageurs qui avaient quelque culture visitaient volontiers les tombeaux des Grecs illustres ; on allait en pèlerinage aux champs de bataille et aux lieux de campement des grandes guerres, en particulier de l'époque qu'on a appelée classique, et notamment des guerres contre les Perses \ L'empereur Hadrien (v. plus bas) visita en Arcadie la place où Epaminondas avait trouvé la mort; il alla aussi en Phrygie, dans la petite ville de Melissa, oil jadis l'Athénien Alcibiade avait été assassiné ; il y fit ériger à ce capitaine de l'ancien temps une statue en marbre de Paros, sur le tertre qui recouvrait son tombeau, et voulut que chaque année de splendides sacrifices rappelassent sa mémoire ^ Arrien visita, comme avant lui Hadrien, la hauteur située près de Trapézonte, oiiXénophon et les Dix-Mille avaient pour la première fois aperçu lamer Noire, et remplaça par des autels de marbre les antiques monuments en pierre brute qui s'élevaient à cette place ^ Parmi les souvenirs d'une époque plus récente, on entourait alors d'une sollicitude toute particulière ceux d'Alexandre le Grand. Du temps de Plutarque, on veillait encore à la conservation du magnifique chêne d'Alexandre, sur les bords du Céphise ; c'est sous ce chêne qu'avait été dressée, lors de la bataille de Chéronée,
*) Artemidor., Onirocrit., IV, 47. p. 288. Monument de Léonidas et de ses Spartiates aux Thermopyles. Strab., IX, 4, 16, p. 656 (429)*
2) Athen., XIII, 4 (34), p. 574, f.
3) Arrian., Peripl. ad Hadrian., I, 1.
SOUVEMHS d'aUATOS Et HE FLAMIMMJS 22o
la tente du jeune et vaillant héritier de la couronne de Macédoine; non loin de là se trouvait le vaste espace consacré à la sépulture des Macédoniens tombés dans cette bataille^ qui tient une si grande place dans l'histoire ^ Quant au lion colossal en marbre gris de Béotie, élevé sans inscription, comme un «monument muet » de l'héroïsme des Grecs, sur le tertre recouvrant la sépulture des Thébains et de leurs alliés, il s'est conservé jusqu'à nos jours^ Près de Thèbes, on montra à Pausanias, tout près de la place où Gadmos avait semé les dents du dragon (p. 222), celle où étaient inhumés les citoyens tombés lorsque celte malheureuse ville fut prise d'assaut par Alexandre \ Pour ne pas parler des souvenirs d'Alexandre dans rOrient hellénistique, où le mausolée de ce grand roi, dans la ville égyptienne d'Alexandrie, demeura pendant de longs siècles un lieu sacré entre tous^ il y avait aussi, dans l'histoire plus récente de la Grèce, plus d'un point vers lequel se portaient, avec une sympathie empressée, ceux des Grecs tout au moins dont l'esprit était cultivé. La figure de Pyrrhos, le chevaleresque roi d'Épire, ne cessa de captiver les Grecs : Pausanias lut encore, avec un vif intérêt, les inscriptions pleines de fierté dans lesquelles le vaillant héros avait, dans le temple de la déesse thessalienne Athêné Itonia, ainsi qu^à Dodone, consacré les armes des guerriers celtes et macédoniens du Macédonien Antigone Gonatas, par lui battus dans une nouvelle attaque après les malheurs de son retour d'Italie*. Et c'est avec émotion qu'il contempla le tombeau de Y « aigle d'Epire » dans le sanctuaire de Démêler, à Argos, où ce hardi chevalier avait trouvé une fin déplorable '. Le tombeau et Fhéroon de l'illustre fondateur de la Ligue achéenne, l'Arateion de Sicyone, fut encore visité tout au moins par Plularque
') Plutarch., Alexand.^ 9.
2) Pausan., IX, 40, 5. Gf Strab., IX, 2, 37, p. 634 (414). ULHicHtj, Beisen, I, p. 160. Gottling, Ges. AbhamU.,ljÇ. 147-149. Scu^efër, Demosthenes, II, p. 534.
3) Pausan., IX, 10,1.
'') Pausan., I, 13, 2. Cf. Droysen, Histoire de l'Hellénisme, trad. Bouché^ Leclercq, III, p. 198.
^) Pausan., I, 13, 7; II, 21, 5. Cf. Droysen, op,^clt., p. 210. Schnei- DKRwiRTH, Gesch, von Argos, II, p. 16. 34 sqq.
H. 11. ir,
226 SOUVENIRS d'aratos et de flamlninus
avec un affectueux enthousiasme; le même écrivain nous raconte, en y trouvant une satisfaction morale, que de son temps la descendance d'Aratos florissait encore en diverses branches à Pellène et à Sicyone (dans cette dernière ville en la personne de Polycrate, citoyen considérable, et de ses fils Polycrate et Pythoclès, pour lesquels Plutarque* écrivit la biographie d'Aratos), tandis que la famille de son assassin, FAntig-onide Philippe, s'était depuis longtemps éteinte dans la ruine et la honte. 11 ne peut, à la vérité, nous dissimuler que les fêtes, les cérémonies religieuses et les honneurs héroïques établis par les Sicyoniens reconnaissants à la gloire du défunt homme d'Etat, au jour où leur ville avait été délivrée de la tyrannie (en l'an 251 av. J.-C.) et au jour natal d'Aratos, s'étaient de son temps perdus à quelques vestiges près, et étaient tombés dans l'oubli ^ Par contre^ la ville de Chalcis en Eubée avait maintenu dans tout leur éclat les honneurs et les sacrifices que, dans sa reconnaissance, elle avait institués pour Flamininus, parce que sa puissante intervention •avait apaisé le courroux du sévère M'. Acilius Glabrio, lequel avait juré de tirer une terrible vengeance de la défection des Chalcidiens devenus partisans d'Antiochos le Grand dans la guerre de Syrie. Plutarque vit encore les inscriptions par lesquelles le peuple de Chalcis avait à cette époque consacré « à Flamininus et à Héraclès » le gymnase, « à Flamininus et à Apollon » le Delphinion. Du temps]^de Plutarque encore , le peuple de Chalcis élisait de temps en temps un prêtre de Flamininus, offrait des sacrifices à la mémoire de l'illustre Romain, et entonnait l'hymne qui se terminait par ces paroles: «Nous vénérons la Foi romaine, l'inébranlable gardienne des serments. Chantez, jeunes filles, le grand Zeus et Rome, chantez aussi Titus et la Foi des Romains, secourable Paean, ô Titus sauveur M» Par contre, les souvenirs, longtemps
1) Plut*, Arat., 1.
2) Plut., Arat., 26. 53. 54 fin. Cf. encore Pausan., II, 8, 1 et 2; 9, 4 et 6. L' « Arateion » s'élevait devant le palais des tyrans Cléon et Nicoclès, que les Sicyoniens, du temps de Pausanias, avaient^ par une naïveté piquante, transformé à raison de sa situation imposante en un sanctuaire des empereurs romains (cf. I, p. 483,3); v. aussi Curtius, Pelop.^ II> p. 493.
2) Plutarch., Flaminin.j 16.