‹ Histoire de la Grèce sous la domination des Romains (volume 4)Chapitre 79 sur 179 · VOYAGES DES GRECS EN GRÈCE · texte numérisé non relu

VOYAGES DES GRECS EN GRÈCE

encore entretenus avec amour, du grand Philopœmen (cf. t. I, p. 162 et voy. ci-après, chap, m) n'avaient sans doute plus guère d'intérêt supérieur que pour les Hellènes euxmêmes, tandis que la mise en scène de la bataille d'Actium, qui appartenait à l'histoire du monde, captivait au même degré, d'une manière permanente, les Romains et les Grecs.

Mais l'intérêt historique et l'intérêt artistique — pour ne pas rentrer encore une fois (cf. t. 1, p. 404) dans l'examen spécial du second, qui trouvait notamment dans les lieux consacrés du pays sa satisfaction la plus complète ^ — ces intérêts se rencontraient de la manière la plus heureuse lorsque le voyageur avide de s'instruire tournait ses regards vers les innombrables statues des hommes illustres de la Grèce, que l'on trouvait encore en tous lieux. Pour ce genre d'études, chaque commune, grande ou petite, du pays hellénique offrait de riches matériaux ; mais celui qui se bornait même à visiter Rhodes, Athènes, Delphes et Olympie pouvait, dans cette forêt de monuments de marbre et d'airain, devant ces innombrables trophées, devant ces pierres^ témoignages authentiques d'une époque disparue, faire en quelque sorte passer devant lui Fhistoire de ce pays dans un style lapidaire du genre le plus grandiose ; il pouvait aussi étudier la marche de l'histoire grecque depuis l'époque classique de Solon et des héros de Marathon jusqu'à la petite génération contemporaine, qui prodiguait comme par monceaux les statues à des sujets des plus bas placés, et qui en même temps, tantôt faute de ressources et tantôt par une déplorable ineptie, avait bien vite décidé — cela n'arrivait que trop souvent — de consacrer, par un changement d'inscription, à des personnages modernes d*une grandeur absolument contestable les statues des hommes de ses beaux jours.

Le goût des Romains et des hommes des pays hellénistiques pour les voyages se rencontrait d'ailleurs avec celui qui poussait jadis les anciens Hellènes à errer par le monde. Sans parler de ceux qui> natifs de TAchaïe, continuaient à se

4) Voyages de Romains à Cnide dans un but artistique, Plin., N, H., XXXVI, 5> (4), 20.

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rendre par troupes aux endroits où avaient lieu les jeux nationaux depuis long-temps consacrés ^ le nombre de ceux qui, comme Plutarque, faisaient pour des motifs de toutes sortes leurs voyages dans leur propre pays n'a pas dii être sans importance. La richesse de documents que nous devons à Plutarque , les écrits de Lucien et les peintures d'Apulée , dans son Aîie d'or, nous donnent tout au moins les preuves les plus abondantes d'une circulation extrêmement active, par terre et par eau, dans toutes les parties de l'Achaïe. Il ne manquait pas non plus, dans la mesure où vivait encore chez les Hellènes, en Grèce et au dehors, le vieil esprit de commerce, de hardis navigateurs qui, alors comme depuis les temps des grands Ptolémées, partaient des ports de la mer Rouge pour traverser l'Océan du Sud, à la poursuite des trésors de l'Inde, et visitaient en même temps, dans le Delta de l'Indus, les places où, à l'époque impériale, « on montrait encore des chapelles, des autels, des fondations de camps et des puits, comme souvenirs du séjour de l'armée macédonienne^ n. D'autres Grecs d'Europe, à l'esprit cultivé^ se sont sans doute trouvés parmi les troupes de voyageurs qui recherchaient de leur côté, en Asie et en Egypte, les souvenirs mythologiques et historiques, les chefs-d'œuvre, les charmes du paysage et les endroits dont l'attrait les pouvait captiver. Pour ne pas parler des antiquités bien des fois mentionnées de la région de la Troade, c'étaient notamment Éphèse — alors riche place de commerce, la principale de l' Asie-Mineure occidentale — le « Trésor du pays », la capitale de la province d'Asie, une des plus populeuses et des plus belles cités de l'ancien monde % et Smyrne, cette ville splendide dont la main de l'homme avait, non moins qu'une admirable position, formé

^) Voyages de Grecs à Olympie dans un but artistique, v. Epigtet., Dm., I, 7, 23.

^) Cf. FRiEDL.KiNUER, Op. Cit., p. 99, d'après Hudson, Geuyr. minores. Ptripl. mar. Erythr., I, p. 24. Cf. aussi plus iiaut, p. 204, 1. Expéditions commerciales gréco-macédoniennes, sous les premiers Antonins, jusqu'en Chine : v. FrikdlvDnder, p. 33.

3) Strabo.v, XIV, 1, 24 fin. p. 950 (641). Plutarch., Lijsand., 3 fin. Aristjd., Or., XLÏI, p. 522 (ed, Jebb.) ; p. 775, éd. Dindorf, I. Sènec, Efi t., 102, 21. .

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la magnificence, et qui fui jusqu'aux dernières années de Marc-Aurèle une des métropoles les plus célèbres de TAsie \ C'étaient notamment ces deux villes que les Grecs et les Romains visitaient avec un égal intérêt.

Quant à TÉgypte, qui, pour l'ancien monde aussi, était le véritable pays des merveilles, elle n'attirait sans doute pas seulement les Romains et les Hellénistiques, tels qu'Apollonios de Tyane (p. 132). Plutarque ne nous parle-t-il pas d'un savant de sa connaissance, le Lacédémonien Cléombrote, homme riche et indépendant, qui^ poussé surtout par la curiosité et le désir de s'instruire et de former son esprit, avait fait dans cette région de grands voyages. Cléombrote n'avait pas visité seulement l'Egypte, il avait aussi séjourné chez ces peuplades qu'on appelait les Troglodytes ; il était remonté très haut dans la mer Rouge^ et avait enfin rendu également visite à l'oasis et à l'oracle de Jupiter Ammon ^ Malheureusement, les lauriers de Ctésias empêchaient beaucoup de ces hommes de dormir. Que peut -on penser en effet de ce même Cléombrote, de cet homme pieux et grave, se permettant de raconter devant une réunion d'élite, à Delphes, parmi d'autres choses extraordinaires, qu'il avait trouvé chez les Barbares, sur les bords de la mer Rouge, un prophète, homme d'une grande beauté, possédant plusieurs langues, qui s'était entretenu avec lui dans un élégant dorien, qui connaissait à fond Delphes et la religion grecque, mais qui avait vécu pendant toute l'année au milieu de nymphes et de démons errants et n'avait paru qu'une seule fois sur le rivage pour annoncer l'avenir aux hommes, et en particulier aux princes qui venaient le visiter, ainsi qu'aux conseillers des princes ^ ! Un autre contemporain de Plutarque, le grammairien Démétrios de Tarse, se permit quelque chose de tout à fait semblable ; il avait vécu longtemps en Bretagne et, de retour à Delphes, racontait à ses auditeurs qu'il y avait tout

^) Strabox, XIV, i, 37, p. 956(646) ; seulement, à l'époque de Strabon, ses rues, à cause du manque de fossés d'écoulement, étaient encore très sales. Philostr., Vit. ApolL Ti/(m., IV, 7 init.

2) Plut., De defect. oracuJ., 2.

^) Plut., ihid., 21.

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autour de la Bretagne beaucoup d'îles désertes, dont quelques-unes étaient appelées des noms de certains démons et héros. Kronos, disait-il, était enfermé dans une de ces îles, et y dormait sous la garde de Briarée. Démétrios prétendait même qu'il avait visité une de ces îles sur Tordre de l'empereur; mais tout à coup avaient éclaté un orage et une violente tempête, on avait aperçu des signes dans le ciel, et les indigènes avaient dit qu'un des êtres célestes avait disparu \ Ce sont sans doute des histoires de marins analogues qui ont également servi de base aux singulières indications contenues dans l'étrange écrit de Plutarque : Sur le visage qui se voit dans le disque de la lune, sur de belles et mystérieuses îles habitées par des Grecs dans l'Océan occidental, bien loin à l'ouest de la Bretagne, voisines d'un lointain continent occidental, vaste terre avec des fleuves immenses et fangeux, habitée également sur sa côte par des Grecs; sur ce continent, ajoute Plutarque, régnaient la religion et les mœurs grecques ^. Ces récits ont été interprétés de nos jours par un savant plein d'imagination en ce sens que Ton aurait connu à cette époque l'existence du golfe du Mexique, du Delta du Mississîpi et de l'île de Cuba. En réalité d'ailleurs, la moitié occidentale de Tempire romain était bien plus rarement visitée par les Grecs et les Hellénistiques pour le seul plaisir de voyager. C'est à Rome que la plupart se rendaient, pour de tout autres motifs, et en général les régions de l'Ouest n'attiraient les voyageurs grecs que lorsqu'ils avaient à y traiter quelque affaire*, ou lorsque, comme par exemple Plutarque, ils poursuivaient un but scientifique.

^) Plut., De defect, orae., 2 et 18. Prodiges semblables racontés sur la même contrée : v. Plut,, 0pp., éd. Dùbner, vol. V, p. 20 sqq., fr. XI, ex Commentariis in Hesiodum.

2} Plut., Be facie in orbe lunœ, 26. L'étrange interprétation mentionnée dans le texte qui, par une conséquence naturelle, fait un Américain antique du fabuleux étranger venu d'une de ces îles à Carthage, alors colonie romaine, et dont l'ami de Plutarque, Sulla de Carthage, raconte {ibid., 26 sqq.) des faits merveilleux — cette interprétation se trouve [je suis forcé de citer de mémoire] dans un article paru vers le milieu de l'année 1850 dans le Deutsches Museum, sous le titre : Die Kenntniss der Alten von Amerika.

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