CORINTHE
rable perspeclivo do sa citadelle s'élevaiil majcslueusemenl sur la montag-ne ; avec les charmes de sa situation sur le large plateau qui s'incline dans la direction du golfe Grisaïque, au pied du versant septentrional de la montagne ; avec ses trois magnifiques grandes voies partant du marché, la voie Isthmique, la voie Sicyonienne et la route du Léchœon ; avec ses nombreuses œuvres d'art, dont les unes — telles que, par exemple, la majestueuse Athene d'airain, avec son piédestal orné des figures des Muses, au miUeu du marché — s'élevaient isolées, ou faisaient corps avec les fontaines, tandis que d'autres appartenaient aux sanctuaires^ extrêmement nombreux, consacrés pour la plupart au culte de vieilles divinités helléniques ou de divinités corinthiennes locales^ sans compter les divinités romaines, les personnages romains divinisés (t. I, p. 483) et les divinités orientales qui avaient récemment fait invasion à Corinthe ; avec ses bains et ses autres magnifiques constructions de tout genre ; avec son Craneion , le gracieux faubourg de Test, qui, par ses charmants bosquets, ses maisons de campagne, ses frais ombrages et son air pur, ses élégantes fontaines et ses aimables retraites, se recommandait particulièrement comme une résidence pour la classe riche*; Corinthe avec ses ports de Léchaeon^ de Cenchrées et de Schœnos, était une vraie ville de commerce de ce temps. Il est vrai que l'élément savant n'y manquait pas non plus; les études philosophiques, même la sévère rudesse de l'école cynique, y trouvaient aussi leur place ^; les librairies ^ y abondaient^ ainsi que les riches collections de livres rares dans les gale-
spécialement, voy. Pausan., II, 2, 7 ; 3, 3 et 5 et 6; 4, 6; 5, 1 et 2. Aristid. (éd. Jebb.), ibicL, p. 23 (éd. Dind., p. 39). En fait d'édifices de Corinthe nouveaux pour le temps de Pausanias, on peut citer notamment le temple de Jupiter Capitolin (Pausan., II, 4, 5), dans la partie occidentale de la ville, sur la pente de l'Acrocorinthe, près du gymnase et au-dessus du théâtre. (Déjà Stace, Silv., II, 2, 34, décrit [suivant toutes les apparences, devisu]une colonnade qui conduisait de Léchgeon ou de la route de Léchœon dans la direction de l'Acrocorinlhe. Friedl^nder, IP, p. 65, 3.
*) Cf. CuRTius, Peloponnesos, II, p. 524 jusqu'à p. 540. Pausan., II, 2-5. Dans le Craneion se trouvaient aussi les tombeaux de Lais et de Diogène, Pausan., II, 2, 4.
2) Cf. Philostrat., vu. Apollon. Tyan., IV, 25.
^) Cf. LuciAN., Quomodo historia sit conscribenda, 17 init.
ries, Icis écoles et les ^^-ymnases*. Mais ce qui toutefois l'emportait de beaucoup, c'était l'activité mercantile, et aussi la vie de plaisir, exubérante, sensuelle et enivrante. La nouvelle Corinthe n'était pas moins que l'ancienne (cf. p. 83) « la ville d'Aphrodite » ; mais en même temps les mœurs italiques avaient aussi fait de Corinthe une ville où les combats de gladiateurs et de fauves étaient pratiqués avec une véritable passion^ où l'atroce usage des Romains de transformer la mort des criminels condamnés en une jouissance théâtrale pour la foule était devenu de la plus cruelle façon national. Ici, plus que partout ailleurs, le théâtre, absolument dégénéré, avait été envahi par le ballet; c'est surtout ici, enfin, que les cérémonies religieuses de l'Orient, le culte d'Isis et de Sérapis avec leurs fêtes splendides, avaient jeté de profondes racines. Enfin, nous avons déjà vu plus haut combien les messagers de l'Evangile eurent de difficultés seulement pour maintenir la jeune communauté chrétienne, dans une certaine mesure, à un degré élevé de pureté morale. On arriva donc ici aussi à ce résultat : Desinit in piscem mulier formosa superne. Mais, parmi les villes grecques, c^est toujours en définitive la vieille Athènes qui commande le plus l'intérêt, en ellemême et aussi pour nous, surtout parce que, désormais comme jadis, il n'y a point d'autre ville du monde grec d'alors à laquelle nous ayons à emprunter autant de la vie individuelle. Ainsi que Plutarque s'en rendait déjà clairement compte % le caractère propre de la nature du peuple athénien s'était conservé avec une énergie toute particulière. D'un autre côté, l'amour avec lequel la partie éclairée du monde grec et ce qu'il y avait chez les Romains de natures d'une organisation délicate s'attachaient à cette ville splendide, à cette ville aux grands morts et aux impérissables souvenirs, de l'ordre le plus noble et le plus élevé, à ce lieu où étaient
') Cf. Aristid., iUd> (Jebb.) p. 24; (Dind.) p. 40. Sur les études médicales, voy. plus haut, p. 174. Sur la splendeur, la richesse et la beauté de Corinthe, voy. d'une manière générale Aristid., ibid., (Jebb.) P. 22 — 25; (Dind.) p. 36— 42. Et cf. Dio Chrysost., (éd. Morell.) Orat, XXXVII {Corinth.) p. 464 et Or. Vl, p. 87 c. et Lucian., Ihid.y 29»
^) Plut., De Sera num. vind^, 15.
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réunis des monuments et des chefs-d'œuvre magnitiques rayonnant toujours du plus pur éclat, à ce centre d'établissements d'enseignement si vantés, cet amour allait sans cesse grandissant. Les voyageurs prenaient de préférence, alors comme auparavant, le chemin de la ville de Périclès ; Finiliation aux mystères d'Eleusis continuait à être briguée par les étrangers démarque^; on aimait toujours, au dehors, à acquérir le droit de cité athénien "^ C'est ainsi que nous savons (p. 176) que Plutarque devint citoyen d'Athènes^ ; et, pour ne pas parler de personnages insignifiants — ni nonplus du droit de cité honoraire conféré à des chanteurs et athlètes célèbres *, ni d'une foule de professeurs en renom de l'université d'Athènes qui, à l'exemple d'Ammonios (p. 161), acquirent toujours de préférence le droit de cité à Athènes et furent à diverses reprises revêtus de charges importantes dans l'administration de l'Attique — nous voyons notamment une famille hellénistique de sang princier acquérir à Athènes le droit de cité. Le dernier roi de Comagène qui fut déposé par Yespasien, Antiochos IV Épiphane le Grand, avait deux fils, nommés Callinique et (Gains Julius Antiochos) Epiphane. Epiphane eut à son tour trois fils, les frères Antiochos Philopappos. De ces jeunes gens, l'un en particulier. Gains Julius Antiochos Philopappos, devint à Athènes un personnage important; sans renoncer à son titre royal, il acquit le droit de cité attique et fut inncritau dème de Bésa, dans la tribu Antiochis, sans doute parce que sa famille portait le même nom que l'antique Héraclide, l'éponyme de cette tribu, auquel les
*) Cf. LoBECK, Aglaophamus, p. 37 sqq.
2) La défense faite par Auguste (et dont nous avons parlé, t. I, p. 467) de vendre le droit de cité athénienne, n'était déjà plus observée en fait sous Tibère, et son acquisition par ce moyen continua d'être fréquente. Cf. Brungk, Anal. Gr. II, p. 208, VI. Ellissen, Zur Gesch. Athens, p. 27 sqq.
3) En même temps, à Athènes même, les descendants de la noble famille de Cimon et de Miltiade étaient toujours particulièrement honorés, tandis que les familles des tyrans Lacharès et Aristion n'avaient pas cessé d'être bannies de la ville. Plut., De sera numinis v indicta, 13. Sur les descendants de Thémistocle, voy. Plut., Themist., 32 fm. BOckh, C. I. Gr., l, p. 442.
^) Cf. BôcKH, c. L Gr., II, n. 3425. III, n. 5913, et voy. vol. I, n. 247. 1427. 1428. 1720.
Séleucides, si proches parents de la famille de Philopappos, paraissent même avoir rattaché leur origine. Ce Philopappos, qui arriva au consulat vers l'an 100 et qui était avec Plutarque dans des relations d'étroite amitié, rendit à Athènes beaucoup de services dans la manière de l'époque. Sa grande fortune* lui permit une générosité qui fut hautement appréciée; c'est ainsi que, une fois entre autres, à l'occasion d'une fete solennelle, il subvint de ses deniers comme agonothète aux frais de la chorégie pour toutes les tribus athéniennes, fut revêtu à Athènes de charges et de dignités et se vit également donner un siège d'honneur au théâtre de Dionysos. Après sa mort, il eut un tombeau sur la colline des Muses^ d'antique célébrité : ses frères lui élevèrent là (de d 14 à 116), avec l'autorisation des magistrats athéniens, un monument d'une splendeur véritablement princière. Cette construction, de forme concave et de marbre blanc (trois niches soutenues par quatre pilastres), oii figuraient avec des inscriptions les images des membres défunts comme des membres vivants de cette famille (et notamment la statue assise du citoyen de Bésa que l'on voulait honorer), cette construction existe encore en grande partie aujourd'hui. Quant à la famille de Philopappos de Bésa, elle continua de prospérer à Athènes ^
C'est à Athènes que se perpétua, plus que dans toutes les autres villes grecques, si nous faisons abstraction de Rhodes, un écho de Fancienne vie publique, si pleine de mouvement. Un reste du caractère antique, et notamment de l'esprit démocratique, vécut dans ce peuple, quoique bien défiguré et bien atténué, jusqu'à son dernier soupir ^ Le mécanisme de l'ancienne constitution continua toujours de fonctionner suivant les anciens errements, que nous avons eu à diverses reprises Toccasion de rappeler dans les précédentes sections de cet ouvrage. A la vérité, la matière de cette activité était
') Cf. ci-dessus, p. 133, 2 et voy. Bôckh, C. I. Gr., I, p. 432. 433. Orelli, n. 800. Cf. Plutarch., Qusest. Sympos., I, 10, 1. De adulât, et amie, i înit. Wyttenbach, Animadv. in Plut. Op. Mor,, vol. I, p. 325. Pausan., I, 25, 6. Ellissen, p. 52 sqq. Bursian, Geogr.^ p. 276. Philologus, XXIII, p. 606. Grotefend, Imperium Romanum tributim descripturUy p. 142. Philist., IV, i, p. 94, n. 5, 3 sqq.
2) Plutarch., Reip. gerend. prœc, 3. De sera nwminis vindieta, 15,
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très pauvre. Les élections pour les charges publiques et pour le Sénat, des débats sur des affaires locales, des rassemblements, des scènes tumultueuses, des émeutes à propos de la cherté des vivres, des tempêtes politiques dans la ville * et dans l'assemblée du peuple qui avaient à peu près Fimpor^ tance delà célèbres tempête dans un verre d'eau», ce sont là des choses qui paraissent n'avoir plus guère trouvé de chroniqueurs. Ce n'était vraiment plus guère la peine de consigner des faits comme celui qui se produisit lorsque, dans le temps que Plutarque étudiait à Athènes, l'assemblée du peuple décida, entre autres résolutions^ de faire nourrir aux frais de l'Etat jusqu'à la fin de ses jours le chien Capparos, entretenu dans le temple d'Asclépios pour y faire bonne garde, lequel, poursuivant sans merci un homme qui avait commis un vol dans le temple, avait permis de l'arrêter ^ C'est de pareilles futilités que s'occupait alors ce peuple jadis si grand, mais c'était cependant un écho de ce noble enthousiasme s'enflammant si facilement pour les belles actions et de cette générosité pleine de grandeur que Plutarque encore reconnaissait dans le caractère de ses contemporains athéniens "^ En réalité, pour que des intérêts plus élevés fussent en jeu, il fallait qu'il s'agît, comme cela arrivait souvent, de l'érection d'une statue d'honneur ou de relations avec le gouvernement romain. Parmi les fonctionnaires, alors comme auparavant, les membres de l'Aréopage et les stratèges supérieurs étaient, à proprement parler, les seuls dépositaires d'un pouvoir politique réel et palpable. En ce qui concerne l'Aréopage, nous apprenons que, vers la fin de la période dont nous parlons ici, un ami de Plutarque, du nom d'Euphane, était à la tête de cette assemblée, et que Téminent philosophe de Chéronée dédia son écrit bien connu : Si les vieillards doivent s'occuper des affaires publiques à ce fonctionnaire athénien, déjà arrivé à la vieillesse, dans Tintention bien marquée] de le détourner de son projet d'abandonner, en
*) Plutarch., Qnsest. Sijmpos., VIII, 3, 1 init. Cf. Lucian., Demon., 9. 64.
-) Plutarch., De solert. animal., 13.
^) Plutarch., Vit. Aristid., 27 fin.
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raison de son âge avancé, la présidence de l'Aréopage, ainsi que son siège dans le conseil des Amphictyons et la dignité dont il était revêtu à Athènes comme prêtre de Zeus Polieus et Agorseos ^ Quant au stratège supérieur, ce qui forma de plus en plus à cette époque sa tâche principale, ce fut la surveillance des grands établissements d'enseignement d'Athènes; de là vient qu'à cette époque et dans celles qui suivirent, on choisissait assez volontiers ces fonctionnaires parmi les professeurs de philosophie et de rhétorique ; c'est ainsi que nous avons déjà rappelé (p. 141) que le célèbre maître de Plutarque, le philosophe iVmmonios, fut revêtu trois fois de cette dignité.
Précisément à cette époque, Athènes était par-dessus tout une ville d'université. Sans doute Tuniversité d'Athènes, avec ses philosophes, ses rhéteurs et les représentants de ce qu'on a appelé la jeune sophistique, n'est dans toute sa splendeur que dans la période qui commence avec Hadrien. Mais déjà au temps qui nous occupe, les intérêts des Athéniens étaient presque exclusivement concentrés sur les établissements d'enseignement ^ et leurs représentants. La vie tout entière et le ton général à Athènes étaient déjà alors réglés d'une manière presque exclusive sur l'élément académique. A l'instar de ce qui se passe aujourd'hui encore dans une ville allemande d'importance moyenne, n'ayant qu'un mouvement commercial et une industrie peu développés, l'université dominait à Athènes, et ses intérêts déterminaient le courant d'idées des citoyens comme leurs sympathies. Les luttes dogmatiques entre les différentes écoles philosophiques, l'opposition entre les professeurs de philosophie et les représentants de la jeune sophistique alors naissante, entre lesquels la conciliation ne devait pas s'opérer de longtemps, faits dont nous exposerons l'ensemble dans la troisième partie de cet ouvrage, la nomination aux différentes chaires, la vie extérieure de chacun des savants, les
*) Plutarch., An seni sit gerend. respubl., 1 init. Cf. 4. 10. H. 17. 20 init.
-) Sur une bibliothèque à Athènes, que des inscriptions ont récemment fait connaître (et qui daterait environ du i*^' siècle av. J.-C), voy. Rhein. Museum, XVIII [1863], p. 269.
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jeunes étudiants romains, grecs et hellénistiques avec leurs serviteurs, des anecdotes des cercles académiques : voilà ce qui faisait alors la vie de la ville qui avait été jadis la première grande puissance du monde grec.
Cet esprit académique de la vieillesse d'Athènes se manifeste d'une manière tantôt comique, tantôt aussi tout à fait gracieuse. Même à cette époque, ce peuple aux sentiments délicats ne supportait pas encore la basse flatterie, celle qui casse pour ainsi dire les vitres Ml y a plus : comme on n'était plus en état de rien produire, même dans la vie politique, on se cramponnait au moins, avec une touchante intensité de sentiment, aux grandes traditions d'autrefois. Il était assurément très étrange d'entendre les rhéteurs et les orateurs judiciaires athéniens entretenir sans cesse, à tout propos et hors de propos, ce petit peuple à Tesprit si vif des glorieux exploits^ devenus presque des mythes, de Marathon, de Platée et de Salamine '. Mais, en réalité^ les Athéniens dont l'intelligence était cultivée vivaient tellement dans le passé, que, même dans la gaieté des festins et les coupes pleines, ils ne renonçaient pas à se livrer à des digressions sur des points d'archéologie et assistaient avec satisfaction à des débats comme ceux que Plutarque dépeint d'une manière charmante sur l'antique et incomparable gloire dont rayonnait leur tribu Jjlantis, sur ses grands hommes, sur les droits honorifiques qu'elle possédait encore à cette époque, sur les motifs de ces distinctions ^ et sur la gloire des autres tribus. Les hommes instruits et cultivés (et ce n'était d'ailleurs pas
') Cf. Philostrat., Vit. Sophist., I, 25, 4. II, 10, 2 init.
2) Cf. les mordantes railleries de Lucien {Rhetorum prœcepta, 18).
3} Plutarch., Qusest. Sympos., l, 10. De même — car dans ce temps de décadence, on attachait le plus grand prix à descendre de glorieux ancêtres même perdus dans la nuit des temps — certaines familles en Béotie tenaient, avec une jalouse exigence, à faire reconnaître que leur arbre généalogique remontait jusqu'au roi des temps héroïques Ophelias et aux Héraciides; d'autres, en Phocide, prétendaient descendre du fameux capitaine Daïphantos, le vainqueur des Thessaliens dans les grandes luttes qui précédèrent les guerres médiques. Plutarch., Le sera num. vindict., 13. Il y avait même encore à cette époque, disait-on, des descendants des Spartes mythiques. Dio Chrysost., Orat. IV, p. 62. c. Plutarch., De i^ern num. vind.j 21.