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seulement à Athènes) avaient grand soin de célél)rer (le sixième et le septième jour du mois Thargélion) les anniversaires de la naissance de Socrate et de Platon, aux écoles desquels la ville était précisément redevable, à cette époque, de n'être pas depuis longtemps descendue au rang d'un<' paisible ville de province*. Les philosophes, enfin, qui savaient trouver le ton vraiment approprié au caractère national étaient parfaitement en état d'acquérir une popularité dont leur situation personnelle bénéficiait aussi à un haut degré. L'homme le plus populaire dans cet ordre d'idées fut Démonax, intelligence de premier ordre, qui tint tellement sous le charme Lucien lui-même, le spirituel railleur, que celui-ci a, sous l'empire de la plus profonde conviction, élevé en son honneur un magnifique monument. Démonax, Cypriote de naissance % issu d'une famille riche et considérée, avait été, dès sa jeunesse^ à la recherche de l'idéal. Formé à l'école de philosophes en renom, notamment du cynique Démétrios, que nous connaissons déjà (p. 70), et du stoïcien Epictète ^, il passa, suivant toute apparence, la plus grande partie de sa vie, la période de son âge mur et celle de sa vieillesse, à Athènes, sa ville favorite*. Eclectique par ses tendances théoriques, mais surtout attaché à la pure doctrine de Socrate, prenant de l'école cynique, dans sa vie, la simplicité, mais non l'obscénité % parlant bien, connaissant à fond la poésie et la philosophie de la nation ^, il acquit peu à peu un très grand crédit. Plein d'une énergique vigueur, souple dans ses allures \ d'une pureté irréprochable dans sa vie et dans ses
*) Plutarch., Quœst. Sympos., VIII, 1, 1 init. ; 2, 1 init.
2} LuGiAN., Demon., 3 init. Épigramme cypriote sur Démonax dans le Philologus, XXV, p. 369. XXVI, p. 445.
^) LuciAN., ibid.
''■) Démonax (cf. plus haut, p. 7, 1) a dû naître un peu après la moitié du i^^' siècle de notre ère et fit, sans doute déjà sous Vespasien, un premier séjour à Athènes avant de se fixer d'une manière permanente dans cette ville, où il vécut notamment dans les derniers temps du i""* siècle, pendant la première moitié du second et^ encore au delà. Cf. aussi Friedl.^nder, Darstellungen, II, p. 253.
^) LuciAN., Démonax, 3. 4. 5. 6. 62.
^') LuciAN., ibid. y 4. 62.
') LuciAN., ibid., 4.
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mœurs, homme d'honneur, noble et loyal, complètement indépendant, libre de toute préoccupation d'intérêt \ il apparut aux Athéniens comme le modèle du philosophe, portant ses théories jusque dans la vie pratique. Le philosophe était affranchi de toute vanité de savant, de tout orgueil de Tesprit; adversaire non des égarés, mais de l'erreur et de Tinjustice, il ne faisait fuir personne par un sérieux morose ou une critique pleine d'amertume, et son influence s'exerçait toujours sur ses disciples pour les élever moralement et pour les animera Ami et consolateur des pauvres et des infortunés, il aimait aussi à réconcilier les frères et les époux divisés, et se montrait toujours doux, indulgent, affable et d'une radieuse sérénité ^ Un tel caractère devait naturellement imposer aux Athéniens. A la vérité, il commença par choquer souvent le peuple. Si habilement, si élégamment que Démonax sût s'exprimer*, plus d'un se trouva froissé par sa franchise qui ne connaissait pas de détour, par sa liberté d'allures qui allait jusqu'à la rudesse, et par une raillerie piquante et souvent très « cynique » ^ Les inimitiés naquirent en foule, et même il arriva que Démonax n'échappa qu'avec peine à la menace d'un procès criminel pour prétendue impiété ^ Mais lorsqu'on se fut une fois habitué à sa manière, on ne se lassa pas de s'amuser et de rire des discours spirituels — souvent aussi? à la vérité, nous l'avons dit , pleins de rudesse et même cyniques — de cet homme, dont la fantaisie humoristique ne respectait ni les plus célèbres professeurs de philosophie, ni les plus grands personnages de race grecque et latine, ni même les gouverneurs de TAchaïe \
Démonax s'identifia enfin si complètement avec le peuple athénien qu^on le révéra comme un être supérieur, en quelque sorte, comme le bon génie de la ville. On vit s'apaiser immédiatement une des innombrables séditions d'Athènes, au mo-
^) LuciAN., 3. 8 init.
-) Ltjcian., 5 fin. 6. T.
3) LuciAN, 8. 9. 10.
*) LuciAN., 4.
^) LuciAN., 11 init.
^) LuciAN., 11.
") LuciAN., 12-62. soi
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ment où le vénérable vieillard apparut silencieux au milieu du tumulte \ Sa valeur morale était si universellement reconnue en Grèce que Ton voulut même lui élever une statue à Olympie ; mais il déclina cet honneur avec l'expression de sa gratitude ^ Dans sa vieillesse, cet homme excellent était si universellement révéré que, partout où il paraissait à Athènes, tout le monde se levait respectueusement devant lui. Tous les Athéniens se sentaient heureux lorsque Démonax franchissait le seuil de leur maison ; ils le voyaient volontiers s'asseoir à leur table ou même coucher chez eux ; s'il passait devant les boutiques des boulangers, on le comblait de présents ; les enfants lui apportaient des fruits et l'appelaient « père » ^ Agé presque de cent ans * et se sentant faible et incapable de s'aider, il mit volontairement un terme à ses jours par la faim. Contre le vœu par lui exprimé peu de temps avant sa mort, la ville entière lui fit de magnifiques funérailles ; les philosophes portèrent son cercueil jusqu'au lieu de sa sépulture, suivis de tout le peuple formant un long et solennel cortège. Sa mémoire demeura bénie à Athènes, et la pierre même sur laquelle le vieillard s'était souvent reposé fut, longtemps encore après sa mort, couronnée de fleurs \
D^autres faits forment, à la vérité, sur cette charmante peinture un pénible contraste, et révèlent bien clairement le dépérissement progressif et intrinsèque de ce qu'il y avait de bon dans le tempérament grec. Les traces, visibles dans toute la Grèce, d'une profonde décomposition morale (v. plus bas) sont à Athènes aussi sensibles à un haut' degré. Le goût délicat qui jadis avait distingué le peuple athénien de tous les autres Hellènes était également en pleine décadence. On pouvait sans doute pardonner aux Thébains, ce peuple complètement déchu, qui continuait cependant de célébrer la mé-
*) LuciAN., 9. 11 inU.,63. 64.
2) LuciAN., 58 ; cf. 63.
3) Llgian., 63.
*} LuciAN., 63 init. Cf. plus haut, p. 249, 4. Il paraît notamment avoir joui encore sous Je règne d'Antonin le Pieux, à Athènes et en Grèce, de la plus grande considération.
") LuciAN., 40 fin. 65-67. Cf. encore, sur Démonax, Ellissen, Zur Gesch. Athens, p. 107,